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Affouragement et agrainage
Affouragement et agrainage


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Chevreuil (Capreolus capreolus) goûtant une feuille de ronce
Normalement les animaux sauvages trouvent seuls leur provende dans la nature… Il paraît, pour certains, que même Dieu y pourvoirait !

Seulement, et pour des intérêts le plus souvent diamétralement opposés, les hommes contribuent à l’aide alimentaire des animaux sauvages.

Les chasseurs, par exemple, affouragent ou agrainent les cerfs, les chevreuils*, les sangliers, les faisans ou les perdrix pour disposer du plus de gibier possible, quelquefois au-delà des capacités limites du milieu sur lequel ils sont élevés, ce qui ne va pas sans dégâts aux arbres ou aux cultures.



* Les animaux sauvages savent très bien profiter des fourrages ou des tourteaux, même quand ils n'ont pas été mis à leur disposition par un fermier qui aimerait mieux, sans doute, que seules ses vaches en profitent. À moins de deux cents mètres de la maison, les chevreuils savent parfaitement utiliser le foin et les maïs écrasés que le fermier voisin apporte sur ses embouches.

Rougegorge près de la mangeoire aux oiseaux
À l’opposé et probablement pour des raisons compassionnelles, d’autres hommes nourrissent les petits oiseaux ou les écureuils qui fréquentent leur jardin et probablement aussi pour le plaisir de les observer.

Est-il rationnel, voire raisonnable de nourrir les petits oiseaux ? Je n’en sais rien. Si la fourniture de graines ou de matières grasses, en hiver et d’eau libre quand il gèle, apporte une aide sans doute précieuse aux espèces pour affronter les rigueurs du froid, faut-il, comme l’ont préconisé, en premier, les anglais, les nourrir toute l’année ? Je ne saurais le dire avec certitude.



Ce qui est sûr, c’est que depuis que dans notre quartier, les mésanges, sittelles, accenteurs, merles, grives, moineaux, pinsons, verdiers et autres tarins, sont nourris toute l’année, il ne se passe pas de jour où nous ne recevions de plaintes des tordeuses, noctuelles, pucerons et autres taupins qui n’en peuvent plus de ne plus infester nos jardins comme ils en avaient pris l’habitude.

Entre les deux, l’apport d’une aide alimentaire est indispensable pour fixer, maintenir ou sauver des populations d’espèces sauvages. C’est le cas des « buitreias » (de l’espagnol buitre : vautour) qui désignent des placers où l’on dépose des cadavres d’animaux où les espèces charognardes et nécrophages viennent se nourrir. On le fait aussi pour les ours, les loups ou les lynx.

Dans les années cinquante, lors d’un hiver particulièrement rigoureux, nous l’avions fait, mon père et moi, tous les jours pendant près d’un mois pour des dizaines d’oies, de cygnes, de canards, de vanneaux, de pluviers, de bécassines, non seulement pour apporter des « bronnées** » de son et de plantes hachées mélangés ou de l’eau chaude pour la boisson et le bain, mais aussi pour casser la glace au bord de l’étang gelé et dégager, au moins pour un temps, quelques mètres carrés d’eau libre.

** Bronnée est un mot du patois mayennais qui désigne initialement des plats à base de lait et de pain trempé, par extension, ce mot désigne aussi toutes sortes de soupes que l’on confectionne pour les chiens, les canards ou les cochons. Ce mot est incontestablement apparenté au mot breton « bron » qui désigne le sein de la femme.




Mésange à longue queue et étourneau près de la mangeoire
Nourrir des oiseaux peut aussi se révéler très intéressant vis-à-vis des enfants lorsque ceux-ci n'ont pratiquement pas (ou plus) de contact avec la nature.

Les expériences que nous avons menées, y compris auprès d'enfants en difficulté, se sont toujours révélées fructueuses et profitables.
Pinson du Nord près de la mangeoire
Les deux photos jointes ont été prises dans le cadre d'une campagne de nourrissage hivernal menée par les enfants d'une classe en IME.

Plus d'une quinzaine d'espèces d'oiseaux différentes ont pu être observées, y compris le pinson du Nord, le tarin des aulnes et même le sizerin flammé (très exceptionnel dans le Morbihan).
Sitelle près de la mangeoire
Depuis quelque temps, je mets de la graisse de rognon de veau à la disposition des oiseaux qui fréquentent les alentours du jardin. À l'évidence, les oiseaux, qui ne venaient plus chercher des graines, fréquentent à nouveau la mangeoire et se servent de ce gras pour nourrir leurs petits. Du fait de certaines particularités du comportement de nourrissage parental, il nous a été possible de compter le nombre de familles par espèces qui fréquentaient la mangeoire.
Corneille près de la mangeoire
C'est ainsi que nous avons pu compter trois nichées de mésanges noires, cinq ou six nichées de mésanges bleues, une nichée de mésange huppée, deux nichées de mésanges nonnettes, une nichée de sitelles, deux nichées de mésanges à longue queue, deux nichées de pinsons, une nichée de rougegorges, une nichée d'accenteurs, deux nichées de pies et une nichée de corneilles.


Les moineaux qui nichent au-dessus de la salle de bain n'utilisent pas cette nourriture, pas plus que d'autres granivores qui fréquentent la mangeoire quand elle est approvisionnée avec des graines (verdiers, pigeons ramiers, tourterelles, etc.). Ce sont principalement des oiseaux insectivores ou partiellement insectivores (pinson) qui apprécient ce gras de veau. Les pies et les corneilles sont des oiseaux plus ou moins nécrophages... C'est tout à fait normal qu'ils viennent y goûter. Cela écrit, ce qui est remarquable, c'est le manque total de crainte que ces oiseaux d'ordinaires très farouches finissent par développer puisqu'ils viennent se nourrir à moins de trois mètres de distance de la fenêtre derrière laquelle nous les observons...




Samedi 8 mai 2010, mon boucher me donne du gras de rognon de veau, un bon kilo. Je le mets sur la mangeoire puisque les mésanges charbonnières, le rouge gorge, les deux couples de pinson, accessoirement la sittelle, les mésanges bleues et la mésange nonette y viennent encore régulièrement. Je sais aussi que la corneille qui niche à 300 mètres ou la pie qui le fait à moins de 50 mètres vont très vite rappliquer.

La corneille s'affirme...
La corneille est pratiquement la première arrivée. Elle prend possession de la mangeoire en croassant vigoureusement, manière d’affirmer ses prérogatives… ? Je ne sais pas. Mais elle adopte toujours ce même comportement à chacune de ses visites.
La bouchée est impressionnante...
La corneille a tôt fait d’emporter de grandes quantités de gras à chacun de ses voyages. La totalité de cette provende disparaîtra en moins de 3 heures !
Les pies harcèlent la corneille.
Cela ne va pas sans heurts. Les pies qui nichent juste en face de la mangeoire et qui en profitent largement ont une certaine propension à venir harceler la corneille. Cela se passe sans heurts. Il s’agit davantage de prouesses en termes d’acrobaties aériennes…
Le couple de pies sur la mangeoire
Lorsque la place est vacante, les pies en profitent pour faire le plein.
Un coup de bluff
Au retour de la corneille, les pies font mine de paraître plus grosses qu’elles ne sont, sans grand succès cependant.
Opportunité, sans doute
Entre ces épisodes cornéliens, les mésanges, les pinsons, les rougegorges et même les accenteurs en profitent pour venir grappiller les miettes que les becs puissants des corvidés ont semées autour de la mangeoire
.
Méfiance cependant !
Sans perdre pour autant leur vigilance à l’égard de ces gros oiseaux qui ont tôt fait de mettre des petits oiseaux au menu de leur progéniture.

Mésange nonette
Les mésanges nonnettes ont un comportement très particulier sur les mangeoires. Elles n’y stationnent que pendant un temps très court, juste le temps pour elles de se saisir d’une graine - elles affectionnent particulièrement le tournesol - pour s’envoler à l’abri sous la proche ramée pour la décortiquer ou plus loin parfois, probablement pour faire des stocks…

Fauvette à tête noire
Depuis quelques années, j’avais remarqué que l’on pouvait observer des fauvettes à tête noire tout l’hiver, souvent sur les pommes, mais encore jamais sur les mangeoires. Cette année 2011, un mâle vient régulièrement sur la graisse de rognon. Le comportement de cet individu est assez particulier : il ne descend jamais dans le panier contenant la graisse, mais tente du mieux qu’il peut d’en saisir des fragments depuis le bord et surtout, il se place toujours de manière à être le plus caché possible à la vue par le poteau qui supporte les mangeoires… N’est pas fauvette pour rien !

Fauvette à tête noire

Fauvette à tête noire et mésange bleue

Bruant zizi [Photo Kristen Prioul]
Kristen, une amie, qui habite une autre des sept collines d’Hennebont, m’envoie une photographie (prise tard dans la soirée, cela pour expliquer la qualité relative du cliché) sur laquelle on distingue nettement un des deux bruants zizi qui fréquente une de ses mangeoires… J’ignorais totalement que cette espèce fréquentât les mangeoires… Cela laisse augurer des changements drastiques sur les comportements de nos oiseaux sauvages en zone sub-urbaine par rapport à ceux qu’ils manifestaient en zone rurale…

Fauvette à tête noire

Tarin des aulnes

Mésange à longue queue
Bon nombre d'oiseaux qui ne viennent pas sur les graines apprécient beaucoup le gras de rognon de veau...

Juvénile fauvette à tête noire
Photo Kristen Prioul
Ce printemps 2011 est très sec. On ne voit guère d’insectes, peu de papillons* et les oiseaux de nos jardins sont à l’évidence à la recherche de nourriture pour eux-mêmes et leurs jeunes. C’est tellement vrai qu’ils viennent quémander autour de la mangeoire qu’en cette saison, je laisse normalement vide.

C’est l’accenteur qui a donné le signal et tout dans son comportement, étonnamment familier, m’incita à réapprovisionner les mangeoires. Mais c’est aussi vrai des fauvettes à tête noire, des sitelles et des mésanges nonnettes… un peu moins des mésanges charbonnières (sauf le soir) et des mésanges bleues qui sont peut-être plus ubiquistes.

Ce qui est frappant, c’est la modification de comportement des oiseaux réputés farouches qui, quand le besoin devint pressant, ont su venir manifester leurs besoins auprès de celui dont ils ont dû apprendre qu’il approvisionnait leur garde-manger.

Belle leçon d’humilité pour les hommes, et surtout les puissants ou qui croient l’être assez pour qu’on les suce quand on devrait les éradiquer…

[* De la mi-mai à la mi-juin, je n'ai vu, dans mon jardin de Kerpotence, d'ordinaire très fréquenté, qu'une piéride du chou, une petite tortue, un machaon, deux argus et un vulcain ! Voir : Noé Conservation Papillons des jardins ]
  





Faut-il nourrir les Oiseaux toute l'année ?
http://www.sciencesnaturelles.be/cb/nourrir_oiseaux/periode.htm

LE NOURRISSAGE HIVERNAL :
http://champagne-ardenne.lpo.fr/protection/le_nourrissage_hivernal.htm

La chasse autrement : un exemple alsacien :
http://www.inra.fr/dpenv/girarc34.htm

La maîtrise des oiseaux en milieu urbain :
http://www.inra.fr/dpenv/clergc26.htm






[ Corrélats : Chasse / La question du nourrissage / ...]

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