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Agriculture et biodiversitéc
Agriculture et biodiversité






Un champ de lavande sur le Causse noir
« L’idéal du paysan, c’est le talus de trop sur lequel pousse l’arbre de trop où se pose l’oiseau de trop qu’il n’aura de cesse d’éliminer de son horizon. Après, il s’étonnera qu’il lui faille appeler l’industrie chimique au secours pour lutter contre les ravageurs qui l’envahissent. »

L’agriculture, par vocation, s’oppose à la biodiversité. Les agrosystèmes, au même titre que les écosystèmes sont caractérisés par les deux flux de matières et d’énergie qui les traversent.

Le flux d’énergie est essentiellement d’origine solaire (photosynthèse, carburants pétroliers, éolien, traction animale, main-d’oeuvre humaine, etc.). En France, l’essentiel du courant électrique est nucléaire. Le flux d’énergie est un flux ouvert au sens où la forme la plus dégradée de l’énergie, c’est-à-dire l’énergie calorifique est perdue définitivement.




Le flux de matières est fermé puisque la matière, au terme de multiples transformations, est recyclée. La quantité de matière totale sur la Planète est finie au sens où rien ne crée, rien ne se perd, tout se transforme. L’essentiel de la matière dans les agrosystèmes est constitué par les matériaux destinés à l’alimentation organique et minérale des plantes. C’est en effet à partir de leur seule production primaire que les agrosystèmes peuvent fonctionner.

Mais les flux d’énergie et de matières sont nécessairement limités. Le flux solaire est constant et le rendement photosynthétique, bien qu’étant le meilleur connu, reste faible (< 10 % dans les meilleurs cas). Les flux de matières sont aussi limités. Il ne sert à rien, au prétexte que l’azote favorise la croissance des végétaux d’en exagérer la fourniture. Les paysans ont longtemps su les dégâts que ces excès provoquaient sur leurs récoltes.

Mais parce que ces flux sont limités, le paysan a tout intérêt à faire en sorte que la concurrence qui s’installe entre les plantes qu’il veut récolter et les autres qui ne l’intéressent pas soit la plus faible possible. Sa pratique va donc le conduire tout naturellement à chercher à éliminer les « mauvaises herbes » et, de facto, tous les êtres vivants qui concourent à une baisse de ses rendements, donc de ses revenus.

Jusqu’aux années 50, c’est-à-dire juste après la Seconde Guerre mondiale, la plupart des exploitations agricoles tentaient de vivre en conservant un minimum de biodiversité, laquelle s’observait en termes de richesse cynégétique, ornithologique, botanique, halieutique, etc. Aujourd’hui un nombre considérable d’espèces ont disparu ou sont devenues bien rares. C’est le cas du moineau friquet qui a presque totalement disparu. C’est le cas du moineau domestique qui a beaucoup régressé. Et ce sont toutes deux des espèces anthropiques !

Les atteintes graves à l’environnement et, corrélativement, à la biodiversité ont commencé avec la mise en place des politiques de souveraineté alimentaire. Il fallait produire, produire à n’importe quel prix, sinon n’importe quoi. Oser dénoncer quelque excès ou aberration était se vouer aux gémonies.

C’est ainsi que l’agriculture productiviste est devenue dominante. Les résistances paysannes ont été vaincues à coups de primes, de conseils éclairés des techniciens à la solde des coopératives ou des grands groupes chimiques. Plus insidieusement, par le développement de certaines formes d’enseignement agricole, par certaines subventions accordées préférentiellement à certains types de recherches agronomiques, etc.

Aujourd’hui, 30 cultures fournissent 90 % de l’énergie diététique alors que plus de 7000 espèces de plantes ont été cultivées depuis les débuts de l’humanité ! Le blé, le maïs et le riz fournissent plus de la moitié de l’énergie diététique consommée dans le monde. On comprend l’appétit des banquiers et des spéculateurs !

Aujourd’hui, 14 espèces animales sont utilisées pour la production alimentaire. Les bovins, les buffles, les ovins, les caprins et les poulets fournissent 90 % des viandes consommées. Pour mémoire, il existe plus de 15 000 espèces de mammifères et d’oiseaux.

Sur le plan de la diversité génétique, on estime aujourd’hui qu’une race animale a disparu chaque mois pendant ces dix dernières années !

L’appauvrissement génétique des plantes cultivées est aussi très inquiétant. Un nombre considérable de cultivars, parfaitement adaptés à certaines conditions environnementales, ont disparu, parce qu’interdits, remplacés par des plantes imposées (autorisées du fait de leur inscription, par exemple, sur le catalogue géré par l’Office communautaire des variétés végétales (OCVV)). La sélection naturelle n’a plus lieu d’exister puisque les grandes firmes (Monsanto, Sygenta, BASF, Bayer, etc .) se chargent de créer les nouvelles plantes qu’il faudra planter (OGM), sans pour autant que leur efficacité dans des zones écoclimatiques particulières soient garanties (montagnes, régions froides, trop chaudes, à déficit hydrique aléatoire, etc.). Or, ces aléas sont loin d’être improbables si l’on veut bien prêter attention aux conclusions du GIEC sur le réchauffement de la Planète !

Un autre aspect des risques que font courir les pertes en biodiversité dans les agrosystèmes, c’est une moins bonne nutrition et une moins bonne sécurité alimentaire.

La monotonie alimentaire est ce qui conduit le plus vite à l’obésité, au diabète, à la malnutrition, à la boulimie autant qu’à l’anorexie. Ce sont les glucides et les graisses qui sont préférentiellement choisies pour la couverture énergétique. Le déficit protéique est très préjudiciable aux femmes et aux enfants (déficit pondéral, retards mentaux, grossesses difficiles, etc.).

Du fait du dumping économique qui permet que certains produits alimentaires européens arrivent sur les marchés des pays en développement moins chers que les produits locaux, ceux-ci sont oubliés et leur culture abandonnée au profit d’autres cultures non vivrières, mais destinées à l’export (huile de palme, par exemple).

Pourtant de nombreuses études ont montré que les paysans avaient un savoir-faire essentiel pour améliorer les qualités propres à certaines variétés. La sélection opérée sur le sorgho est significative de ce point de vue selon que l’on cherche des variétés riches en lysine (femmes enceintes, enfants en bas âge) ou riches en protéines constitutives. Il faut quand même se rappeler que les variétés de plantes, de fruits ou de légumes, ne sont pas toutes pareillement riches en tel ou tel composé… Pour ne prendre qu’un exemple, la qualité d’un cru dépend d’abord du sol sur lequel pousse la vigne.

Mais si les paysans ont aussi vite soufflé dans la trompette à la gloire de l’agrochimie obligée, nombre d’entre eux, pas nécessairement les plus résistants, s’est vite aperçu que ces méthodes étaient, à plus ou moins long terme, synonyme de faillite, de destruction massive d’espèces, de stérilisation des sols, d’empoisonnement des eaux, des insectes, des oiseaux, des hommes et d’eux-mêmes.

Souvent inconsciemment, toujours intuitivement (sans doute du fait de ce que l’on nomme le bon sens), beaucoup d’agriculteurs ont compris les intérêts d’une biodiversité relative dans les agrosystèmes, c’est-à-dire une biodiversité d’où la concurrence n’est pas éradiquée, mais où la présence d’espèces avoisinant les productions recherchées jouaient en synergie avec elle. On pourrait prendre l’exemple des plantes messicoles comme enrichissement des systèmes de rhizosphère des céréales.

Les bénéfices écosociosystémiques de la biodiversité des agrosystèmes sont nombreux.

Les premiers sont évidemment tout ce qui fait l’économie du système, c’est-à-dire l’approvisionnement en denrées alimentaires, en matière première pour les industries agroalimentaires ou assimilées, en combustibles et carburants, en matière de gestion et recyclage des déchets, en matière de cycle de l’eau, traitement et épuration, hydrologie et protection des nappes phréatiques, en matière de régulation des facteurs climatiques, en matière de conservation des potentiels et des ressources génétiques, etc.

Les deuxièmes sont dépendants de la politique agricole choisie. Ce sont, pour simplifier, les intérêts du contrôle : contrôle ou non des semences, contrôle ou non des OGM, lutte contre les maladies (par exemple, la fièvre catarrhale), les parasites et les ravageurs, protection des abeilles et des pollinisateurs, contrôle de la fertilité des sols, protection des flores et faunes du sol, lutte contre l’érosion hydrique et éolienne, lutte contre la dégradation du climat, de la qualité des eaux de surface et des aquifères, lutte contre les inondations, etc.

Les troisièmes sont attachés à la dimension culturelle des agrosystèmes. La première dimension est le savoir-faire paysan. C’est un métier qui contrairement à celui d’enseignant demande de longues années de pratique et de formation. Mais les agrosystèmes fournissent aussi, aux non-agriculteurs, des richesses culturelles ou éducationnelles irremplaçables, des sujets pour la recherche scientifique, la connaissance de la nature, sans oublier des dimensions esthétiques comme l’analyse des paysages et pour ceux ou celles qui en éprouvent, des émotions ou des approches morales ou transcendantales.

Les quatrièmes sont des bénéfices sociétaux. L’exemple le plus significatif porte sur l’habitat selon qu’il est groupé ou dispersé en fonction des approvisionnements en eau potable et sur son caractère vernaculaire en fonction des caractéristiques géologiques et climatiques du terroir. Dans les bénéfices sociétaux, on n’oubliera pas de compter les réseaux de distribution induits (eau, fluides énergétiques, transports, ramassage scolaire, Internet, téléphonie, etc.). On n’oubliera pas non plus la place laissée aux zones boisées, aux étendues d’eaux continentales, aux carrières, aux zones humides, aux sites techniques d’enfouissement des déchets, aux zones récréatives et de loisirs, aux activités de pêche, chasse, cueillette, de promenade, sportives, etc. C’est d’ailleurs un rôle essentiel des agrosystèmes de nous garantir un bon approvisionnement en oxygène… même et y compris à certains, que je connais bien, et qui souffrent très rapidement d’overdose d’oxygène aussitôt qu’ils sont amenés à quitter leur ordinateur pendant plus d’un quart d’heure.

Un des arguments que l’on oppose au maintien et au développement de la biodiversité dans les agrosystèmes est la fameuse souveraineté alimentaire… Comme si nourrir la Planète supposait qu’on la détruise en même temps.

La question de la souveraineté alimentaire est une question politique. C’est une question de planification écologique au sens où, ce qui doit faire question, c’est de combien de temps on dispose. Est-ce qu’on travaille sur ces questions avec à l’idée de trouver des solutions sur le court terme ou est-ce que l’on travaille sur le long terme. C’est la même question qui se pose avec le fonctionnement de la BCE quand elle prête des liquidités aux banques privées sur 8 jours ou sur 3 ans.

La plupart des experts ( ?) s’accordent pour dire que la quantité de nourriture produite sur Terre est suffisante chaque jour pour nourrir deux fois plus de monde que n’en compte la Planète et que la problématique se situe au niveau de la distribution.

C’est cette distribution qui est faussée. Nous sommes tous responsables de ce hiatus, pour la raison essentielle qu’à notre niveau, nous sommes tous plus ou moins cupides et tous plus ou moins irréfléchis. Évidemment, les spéculateurs, les banquiers et les autres catégories de goinfres capitalistes sont plus responsables que nous ne le serons jamais… sauf que c’est aussi nous autres qui achetons des asperges chinoises ou des haricots verts du Kénya. C’est aussi nous qui ne protestons pas avec assez de vigueur pour faire en sorte que les sojas OGM qui sont débarqués à Lorient repartent au Brésil afin qu’il cesse d’en cultiver, parce qu’il aurait mieux à produire. C’est aussi nous qui ne nous posons pas la question de l’intérêt de faire du poulet à l’export au prétexte que cela donnerait du travail sous rémunéré à des femmes dans le centre Bretagne… au moins jusqu’à 35 ans, parce qu’après quand elles souffrent trop de TMS, elles sont déclarées inaptes, émargent à la COMAREP, voire au resto du cœur !

Dans le cadre du développement durable, c’est-à-dire dans une gouvernance tripartite et bijective (voir la page développement durable sur le site écosociosystèmes) entre l’État, les producteurs et les consommateurs, on peut faire état des propositions les plus souvent avancées pour maintenir et développer la biodiversité dans les agrosystèmes :

Au niveau de l’État et des décideurs politiques :

- Réduire les subventions en direction des agricultures non durables ;

- Encourager les agricultures durables, diversifiées, non subventionnées en leur assurant des revenus décents ;

- Aider les agriculteurs quand ils s’impliquent et s’engagent à mettre en œuvre des pratiques favorables à la biodiversité, à l’environnement, à la santé des consommateurs, au climat, à la protection des ressources en eau, à la conservation des paysages, etc. par le biais d’une rémunération compensatrice pour services redus à la société.

- Favoriser les productions locales et de saison, les circuits de distribution courts ;

- Repenser drastiquement les modes de fonctionnement de la grande distribution, la question des délocalisations des transformations agroalimentaires, des coûts de transports ;

- Protéger les agrosystèmes contre les détournements d’objectifs autres que la production alimentaire (agrocarburants, urbanisation et autres aménagements péri-urbains)

- Faciliter l’installation des agriculteurs sur des structures de taille raisonnable pour éviter qu’ils soient contraints de faire appel à une trop importante mécanisation ou à l’usage immodéré des pesticides et autres intrants.

- Mettre en place une planification écologique au niveau local et national de manière à gérer les échanges de produits entre régions productrices et régions demanderesses.

Au niveau des producteurs (agriculteurs, maraîchers, éleveurs, apiculteurs, etc.) :

- Faire le choix de pratiques agricoles durables avec un objectif de gestion intégrée des pesticides, au moins dans un premier temps, puis d’agroécologie et agrobiologie dans uns second temps ;

- Veiller à la conservation de la biodiversité génétique autant végétale qu’animale.

- Conserver les races traditionnelles souvent bien adaptées au terrain et au marché local. Il ne sert à rien d’avoir une super laitière si on n’a pas d’autres moyens d’utilisation du lait que pour le mettre en poudre pour les Chinois !

- Veiller à économiser les ressources en eau ;

- Lutte contre l’érosion ;A

- Garantir une consommation raisonnable de ce qui est récolté ;

- Réduire l’utilisation des engrais, pesticides, herbicides, etc. Leur préférer les composts, les fumiers et autres amendements naturels.

- Privilégier la lutte biologique contre les ravageurs ;

- Privilégier le bien-être animal (haies, abris pour l’hiver, zones de nourrissage ailleurs que dans la boue, espace vital suffisant, conditions de capture et de transport vers les abattoirs, techniques d’abattage, etc.) ;

- Échanger des informations et des savoir-faire sur les pratiques ancestrales, traditionnelles ou ethniques ;

Au niveau des consommateurs :

- Prendre conscience des impacts environnementaux des choix en matière de consommation de produits alimentaires ;

- Veiller à avoir une alimentation variée, quitte à privilégier la qualité à la quantité… Cela suppose aussi une politique salariale qui permette l’accès aux produits bio lesquels sont généralement plus chers que les produits discount ;

- Privilégier les producteurs locaux, les circuits courts, les ventes directes, les sytèmes privilégiant l’absence d’intermédiaires, etc. ;

- S’abstenir de consommer des espèces fragiles, en régression, voire menacées de disparition ;

- Refuser des produits en provenance de pays qui pratiquent la spoliation des peuples qu’ils colonisent ;

- Privilégier les productions locales et de saison ;

- Lutter contre le sur emballage ; composter ses déchets putrescibles ;

- Réduire ou prohiber l’utilisation des pesticides dans son jardin, mettre en œuvre des techniques agroécologiques, ne plus bêcher, par exemple… ;

- Éviter de tuer les taupes et autres auxiliaires du jardinage ou de l’agriculture par ignorance ou par bêtise ;

- Privilégier toutes les astuces qui offrent un maximum d’opportunités pour les espèces animales ou végétales de s’installer durablement dans son jardin (à titre d’exemple, le jardin de Kerpotence où je réside et dont la surface est de l’ordre 1 000 m2 recèle plus de 600 espèces animales différentes… toutes répertoriées, photographiées et en ligne sur Internet !).











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