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Altermondialisme
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Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Diversité culturelle et pensée unique / Les dérives démocratiques / Des insoumissions utopistes / La disparition des niches écologiques / Raz-de-marée en Asie : tous altermondialistes /

Crise, protections, globalisation : il va falloir repenser le monde /
COMMENT, DE 1918 À 1939, LES ÉLITES FRANÇAISES ONT FAIT LE CHOIX DE LA DÉFAITE et
vidéo /
De la démondialisation… /
Qui a peur de la démondialisation ? /
La démondialisation, un concept superficiel et simpliste /
Oui, la démondialisation est bien notre avenir /
Démondialisation ou mondialisation à visage humain : le vrai débat. /
La démondialisation, suite logique de l’altermondialisme /
L’heure de la démondialisation est venue /
Démondialisation : La grande controverse /
Démystifier la mondialisation qui vise à établir définitivement la domination du capitalisme /
Maurice Allais : Les effets destructeurs de la Mondialisation /
Sites Internet et articles / Corrélats /


La fiche officielle de l'assassinat de mon grand père.
Être mort pour De Wendel pour récupérer
le baron Seillières, quelle ironie !
Tous les êtres vivants reçoivent des informations du milieu qui les environne. Certains hommes ou femmes, mieux que d’autres, perçoivent de plus petites variations de l’information qui circule. C’est affaire d’intelligences.

Pour ce qui est de la mort de mon grand père, il fut sabré, avec cinq de ses camarades, par des uhlans alors même que, comme infirmier, il soignait des allemands blessés : clic.



On pourra aussi se donner la peine de lire cette page : Aux souvenirs des vaincus du capitalisme !

Un de mes oncles qui avait combattu à Verdun et au chemin des Dames, entre autres, dans le génie, racontait, quand il en avait un petit coup dans son nez, seule condition qui le faisait sortir de son mutisme absolu pour ne parler que de ses combats... racontait donc, au souvenir des fusillés pour l'exemple, que si des officiers qui avaient commandé les pelotons d'exécution étaient morts d'une balle dans le dos, c'est sûrement parce qu'ils fuyaient devant les boches...

La fiche d'un autre de mes oncles : clic



D’aucuns perçoivent mieux des petites variations de températures, d’autres ont un goût développé, d’autres ont du nez, d’autres sont très sensibles aux mimiques de leurs concitoyens, d’autres plus analystes de leurs discours ou de leurs écrits comme d’autres sont mieux doués pour obtenir un joli poli sur le bois dont ils ont fait un meuble, etc.

À chaque fois qu’un individu perçoit une variation, même infime, de l’information, il pourra ou non réagir à cette variation selon que celle-ci sera ou non signifiante, c’est-à-dire qu’elle exigera ou non, de la part du percevant, une réponse adaptée. Les raisons pour lesquelles l’individu sera dans l’obligation de répondre sont nombreuses. Elles dépendront de son état interne, autrement dit de son homéostasie, des taux de ses hormones circulantes, de celui de sa vigilance, de son impatience ou de son apathie, de son anxiété, voire de ses peurs ou angoisses, de son statut social ou de celui auquel il aspire, de son ego, ou autrement pressenti, de la manière dont fonctionne son cerveau orbito-frontal de l’imaginaire, de la façon dont il aura construit ses automatismes de réponses, par le biais des apprentissages qu’il aura reçu, des interdits sociaux, religieux, philosophiques, politiques ou idéologiques qu’on lui aura inculqués ou qu’il se sera forgés, de la manière dont il donne du sens à ses lectures, aux discours qu’il entend ou prononce, aux œuvres qu’il admire ou exècre, aux émotions qui l’animent, aux variations de sa pression sanguine, en un mot, elles dépendront de sa culture.

Or si l’on veut bien admettre qu’il y a autant d’intelligences, souvent vives et remarquables et quand bien même ignorées, et par voie de conséquence, autant de cultures individuelles adaptées, comment peut-on imaginer qu’il nous faudrait accroire que la seule voie possible serait que nous soyons tous clonés en Homo mens exclusarius, ce qui pourrait se traduire par homme à la pensée unique !

Sans doute, et parce que l’homme est grégaire, il est bon qu’une culture collective émerge dans un groupe soumis aux mêmes facteurs environnementaux. C’est le sens des morales sociétales et très pragmatiquement des lois et des règlements dont s’honorent les États de droit… tous les États, quand bien même leurs valeurs ne seraient pas les nôtres et qu’ils détestent les rillettes du Mans ! Tout simplement, parce qu’il serait judicieux d’accepter, par exemple, qu’il vaut mieux, pour l’ensemble des usagers de la route, que tous les automobilistes, motocyclistes et camionneurs roulent à droite, respectent les vitesses limites, s’arrêtent aux stops et montrent qu’ils sont capables d’un peu de courtoisie.

Leroy-Gourhan énonçait « qu’une idée avait davantage de chance d’être acceptée et faite sienne par un groupe, dès lors qu’elle apportait un bénéfice mesurable pour le groupe ». Il en va de même de la morale, des lois, des règlements ou des cultures.

Or, depuis les années 1970, on ne voit rien d’autre que la prééminence du tout économique dont on veut nous faire croire qu’il est un but quand il ne devrait n’être qu’un moyen.

Sous couvert de pensée unique et dans tous les domaines, nos démocraties sont devenues des despotismes, voire des fascismes que l’on refuse même de considérer comme telles tant nous sommes aveuglés. Pourtant tous les ingrédients des fascismes sont bien réunis dans nos sociétés dites modernes : parti unique, népotisme dans tous les domaines politiques, économiques, culturels, littéraires, etc. ; État n’assurant plus que des fonctions régaliennes (armée, police, justice) justifiées par une montée insupportable de l’insécurité (immigration, islamisme, drogue, etc.) ; suspicion, délation, vidéo surveillance, radars en tous genres érigés en moyens de coercition ; discréditation, voire criminalisation des oppositions ; restriction des libertés individuelles ; contrôle de la presse, d’Internet, des livres (à voir les effets de la publicité pour les médias récemment autorisée sur les chaînes de télévision) ; justice de classe (la récente loi Perben a formidablement oublié les délits financiers, de faux, usage de faux, prévarication, etc. et que penser de l’immunité dont bénéficient les gens d’en-haut ?) ; etc. Récemment, dans notre beau pays des droits de l’homme, une proposition de loi pour criminaliser les malades mentaux a germé chez le groupe « réformateur » de l’UMP ! (à rapprocher probablement avec la loi sur l’exercice du métier de psychothérapeute et la mise en place du fichier ADN élargi aux petits délinquants - dès trois ans - « non sexuels »).


Le discours propagandiste que l’on entend constamment est partout le même : il faut s’adapter aux exigences de la modernité ; dire oui aux référendums sous peine de passer pour un demeuré et s’il advenait que l’on votât non, on nous le ressert, avec un zeste de pédagogie, afin que démocratiquement, nous nous soumettions ; comprendre la nécessité des réformes (retraites, santé, éducation, culture, code du travail, non-assistance aux démunis ou chômage comme on voudra, etc.) quand bien même elles seraient une injure à l’intelligence d’un grand nombre qui analyse bien les reculs sociétaux qu’elles ne manqueront pas d’entraîner… Si j’en juge d’après les films américains que j’ai l’occasion de regarder, j’ai bien peur que l’on nous impose bientôt une seule façon de baiser : en plaquant notre partenaire contre une porte. Désolé, mais forniquer debout, je m’y refuse.

Parmi les insoumissions utopistes qui font les thèmes favoris de réflexion des altermondialistes, on peut citer pêle-mêle :


1. Que le néolibéralisme n’est ni une fatalité, ni une religion, mais une merde…

2. Qui nous vaut encore des guerres partout et toujours pour que quelques-uns s’approprient le pétrole, le cacao, les phosphates, le nickel, les cacahouètes, des votes et le pouvoir de régner ou de mettre en place des despotes et de les y laisser tant qu’ils auront l’heur de servir la bonne cause capitaliste…

3. Qui nous vaut que les peuples n’ont guère l’occasion de disposer d’eux-mêmes, ni de se débarrasser de leurs oppresseurs, sauf si leur chute sert les intérêts ci-dessus…

4. Qui nous vaut la politique impérialiste de Bush et de ses affidés, la tyrannie de Poutine ou l’absence de politique de l’Europe…

5. Qui nous vaut que l’ONU est morte deux ou trois fois, en Bosnie, à Jenine et à Bagdad…

6. Qui nous vaut de nouvelles formes de colonialismes, toujours ethnocentrés, partout ailleurs que dans les pays appartenant au G 8, quoique …

7. Qui vaut aux pays du G 275 une dette toujours grandissante, mais que par bonté d’âme, et bien hypocritement, on efface quand elle a été remboursée trois ou quatre fois par les intérêts versés…

8. Qui nous vaut des démocraties qui s’accommodent bien des pouvoirs d’instances non élues comme le FMI, l’OMC, l’AGCS, les commissaires européens, les banques mondiales ou européennes, l’OCDE, sans oublier l’OMS ou l’OIT qui savent aussi (parfois) d’où le vent souffle…

9. Qui nous vaut une entreprise de marchandisation tous azimuts des services, de l’éducation, de la santé, de la culture…

10. Qui nous vaut de payer les dettes du Débit Lyonnais, embringué dans l’affaire « executive live », mais de n’entendre jamais un mot des juteux profits qu’en auront tiré quelques douteux personnages milliardaires ou présidents ou les deux…

11. Qui nous vaut de ne guère croire en la justice de nos États de droit, sauf si l’on a les moyens d’essuyer ses chaussures elfiques sur le parquet…

12. Qui nous vaut des patrons voyous, des capitaines voyous, des élus voyous, des paristocrates voyous … en grande impunité

13. Qui nous vaut des grandes pauvretés, des dramatiques exclusions, des restaurants bondés du cœur, des secours catholiques ou pas, et une grande honte de manger à sa faim ou de dormir sous sa couette…

14. Qui nous vaut des harcèlements, des chantages, des menaces partout et surtout au travail…

15. Qui nous vaut une politique de l’emploi exécrable, des conditions de travail de plus en plus contraignantes et nociceptives et qui nous vaudra (peut-être, mais pas sûr) un nouveau code du travail où les contrats de projets concoctés par le Medef voudront qu’en tête de notre constitution nous réécrivions que l’esclavage est un droit aliénable pour tous…

16. Qui nous vaut l’avènement et le règne des déréglementations, du dumping fiscal, de la prééminence des marchés financiers et boursiers, du sacro-saint gain de productivité et des patenôtres des actionnaires, un comble quand ils sont petits porteurs et spoliés quand même…

17. Qui nous vaut la PAC, les OGM, le tout phytosanitaire, le dumping agricole, les pollutions diverses engendrées par l’agriculture productiviste, le gaspillage de l’eau, les stocks pour soutenir les prix surtout élevés pour le consommateur…

18. Qui nous vaut une notion de développement durable galvaudée et sans commune mesure avec ce que nous serions en intelligence d’attendre…

19. Qui nous vaut une marchandisation du vivant, une brevetabilité systématique de toutes nos cellules, nos tissus, nos organes… Vous n’aurez pas mon âme, je l’ai vendue !

20. Qui nous vaut une marchandisation de nos cultures, de nos langues nationales ou régionales, de nos créations artistiques …

21. Qui nous vaut une marchandisation de l’école, du savoir et même du bénévolat associatif…

22. Qui nous vaut tous les relents des racismes, des ostracismes, des exclusions, des xénophobies, des ghettos, des communautarismes, des désintégrations surtout comme le dit Fillon « pour les jeunes issus de l’immigration arabo-musulmane de troisième génération », ce qui, même sans voile pudique, se résume à jeunes français, … c’est-à-dire, finalement, d’origine celto-wisigothe comme Sarkosy et vous, non ?

23. Qui nous vaut des médias à la botte, prompt aux micro trottoirs propagandistes, aux sophismes en tous genres, aux amalgames ou aux contrevérités…

24. Qui nous vaut de nous voiler sur la condition qui est faite aux femmes, pas seulement d’ailleurs dans les pays qu’on nous montre d’un doigt accusateur en oubliant que dans le nôtre : nature, chasse, traditions, beuveries, violences conjugales et pédophilie font bon ménage avec famille, silence, secret, défonce…

25. Qui nous vaut de nous réjouir si le mur de Berlin tombe et de nous murer dans notre impuissance sémantique pour ne rien pouvoir dire sur celui de la honte que construit Sharon (il est vrai que l’on s’est longtemps tu au sujet du massacre à l’entrée du métro homophone et qu’on a libéré Papon)…

26. Qui pourrait bien nous valoir d’éprouver de l’empathie (par procuration) pour toutes les résistances, fussent-elles qualifiées de terroristes… si au moins nous étions sûrs qu’elles ne soient pas aussi manipulées par ceux cités en 2… pour que nous bêlions, panurgement, de 3 à 25… et devant tous les autres points qui n’ont pas été cités, tant la liste serait longue et jamais exhaustive, mais dont chaque proposition nous ramènerait immanquablement aux mêmes constats d’impuissance… cacophonique.

Du point de vue de l’écologie humaine, qu’a-t-on vu émerger ces dernières trente années ou plus exactement, qu’a-t-on vu exploser ces trente dernières années qui avait commencé à prendre corps surtout après la fin de la première guerre mondiale ?


D’abord et malgré une formidable explosion démographique, une extraordinaire chute de la biodiversité humaine marquée essentiellement par une réduction invraisemblable du nombre de ses niches professionnelles, culturelles, linguistiques ou philosophiques.

De la réduction du nombre de niches, voire de la tendance à ce qu’il n’y en aurait plus que deux, d’un côté des prédateurs jamais assouvis, s’appropriant, sans vergogne, les richesses mondiales et davantage encore le travail social et de l’autre, des parasites, jamais satisfaits de leur sort, toujours affamés, souvent malades, peu enclins à l’effort, prompts à se faire assister, intellectuellement déficients, désespérément infantiles, prédisposés pour toutes les vilenies, etc., deux phénomènes vont s’amplifier : d’une part, l’émergence d’une caste toute puissante, auto protégée et de l’autre, une exacerbation fantastique des compétitions et des mécanismes d’exclusion.

Nous savons que la niche écologique est un des moyens que la nature a su mettre en place pour diminuer autant que faire se peut les compétitions interspécifiques, en ce sens que deux espèces ne peuvent pas occuper une même niche sans que l’une en exclut l’autre. Dans l’espèce humaine, on voit plutôt le contraire ou plus exactement, on voudrait accréditer que la compétition est nécessaire. Le coup fut finement joué. En réduisant le nombre de niches professionnelles à une seule, celle de salarié, la compétition pour l’occupation ou la conservation d’un emploi devenait plus vive, surtout si elle s’accompagnait d’un volant suffisant de demandeurs d’emploi non satisfaits. Alors pendant que les parasites sociaux s’entredéchirent, s’entretuent, se réfugient dans leurs intégrismes syndicaux, philosophiques, religieux, corporatistes, suspectent et dénoncent d’autres parasites d’une autre couleur, d’une autre origine… les prédateurs sont encore plus puissants et gourmands.

Le fait marquant de l’évolution récente de l’écologie humaine est le fossé toujours plus profond qui sépare ces deux catégories d’hommes. Les riches toujours plus riches (1 % des plus riches disposent d’un revenu égal à celui des 60 % les plus pauvres ; les cents patrons les mieux payés de la planète disposent d’un revenu mille fois plus important que celui de leurs employés de base) ; les autres, salariés ou chômeurs, avides d’occuper la seule niche qu’on leur consent, davantage agressifs entre eux.

Face à cette inégalité criante, que font les États démocratiques : ils enterrent progressivement et subtilement lesdites démocraties qui deviennent des despotismes fortement teintés de fascisme. Si les hommes politiques de gauche ou de droite, pareillement affidés au système puisqu’ils en récoltent quelques miettes, sont prompts à stigmatiser les altermondialistes au prétexte qu’ils n’ont pas de projet politique, sous-entendu conforme à celui qui respecterait l’ordre nouveau établi, c’est sûrement qu’ils craignent comme la peste qu’une alterpolitique vienne leur couper l’herbe autour de la niche dans laquelle ils se prélassent. Tous les coups bas sont permis. Il est vrai que les altermondialistes ont tant de récriminations disparates qu’il est encore facile de les qualifier de ramdams, d’hourvaris (surtout s’ils sont opposants à la chasse) ou de baroufs utopistes, faciles à discréditer, voire à criminaliser.

Il vaudrait mieux sans doute que les altermondialistes se souviennent qu’après les tiers-états de la FSE, en place de Grèves, on y monta la guill…, je m’égare.

En attendant, et si l’on veut bien admettre que les utopies d’aujourd’hui finissent toujours par devenir les réalités de demain, la seule alterpolitique possible n’aura pas d’autre but que de réduire aussi drastiquement que ce sera possible et vite, par tous les moyens (politiques, démocratiques, sociaux, je n’ose pas écrire violents), les inégalités criantes d’aujourd’hui. Et pour commencer, refuser d’élire quiconque, censé être votre porte parole*, sitôt qu’il accède aux responsabilités n’entend plus que les courtisâneries de ceux qui trouvent quelques intérêts à augmenter les inégalités partout et pour le plus grand nombre encore.

Et si l’utopie n’est pas au bout de la route, la kalachnikov est toujours rangée dans le placard au fond du couloir, comme on dit en Suisse.

À moins que l’utopie ultime ou fondamentale soit de croire que la démocratie fût possible !

[* Que penser de M. Juppé dont on nous assène qu'il est si important pour la France, surtout depuis qu'il est frappé d'inégibilité ou des propos de M. Sarkosy qui, à l'évidence (si l'on en juge par ses réactions), n'est né, ni à Puteaux, ni à Garches, mais qui « sait » ce qui est bon pour la France !... Que penser de cette délinquance des puissants dont je pense qu'elle est la raison de la délinquance ordinaire...tout comme le terrorisme d'État est à l'origine du terrorisme factuel ? Tenir de tels propos en Chine (patrie des droits de l'homme d'affaires) me vaudrait une balle dans la tête, en France, je ne risque qu'un mois ferme en comparution immédiate, enfin pour l'instant.]




Jeudi 6 janvier 2005 : l'éditorial de Denis Sieffert dans le numéro 833 de Politis (www.politis.fr)

Raz-de-marée en Asie : tous altermondialistes

Denis Sieffert

La catastrophe provoquée par le raz-de-marée de ce lendemain de Noël n'est pas une catastrophe comme les autres. C'est tout le " village global " qui en a été meurtri, celui d'Internet, des télévisions satellitaires, des charters à bas prix, et des communications faciles. Un monde nouveau à la géographie déboussolée.

Il suffit pour s'en convaincre d'énoncer cette vérité qui, en d'autres temps, aurait confiné à l'absurde : sur les plages de Thaïlande et du Sri Lanka, la Suède a connu la plus grande catastrophe de son histoire moderne. Deux mille, peut-être trois mille morts. Sans se faire trop d'illusions sur les ressorts de nos émotions collectives, c'est là, dans l'identification à des victimes qui nous ressemblent, qu'il faut chercher l'origine du formidable élan de solidarité des pays du Nord. Instrument-roi de cette époque, la télévision a évidemment joué un rôle majeur dans la mobilisation.

Soir après soir, pendant dix jours, des équipes de reporters nous ont envoyé des images des régions dévastées. Et la télévision a fait, admirablement, ce qu'elle sait faire : produire de l'émotion. Elle nous a raconté des histoires de parents qui ont vu leurs enfants emportés par la vague géante, et montré des survivants dont elle a fait des " miraculés ". Le tout, non parfois sans voyeurisme. Mais c'est peut-être grâce à ces récits que les dons ont afflué comme jamais auparavant.

Ces manifestations de solidarité ont donné les moyens des premiers secours. Elles constituent déjà un acte politique en soi. Pour toutes ces raisons, nous croyons que quelques strates de conscience collective vont rester, comme en dépôt de ces journées douloureuses. Et que des questions qui vont au-delà de l'émotion n'ont pas fini de se poser.

La solidarité n'épuise pas les interrogations politiques. Il faut d'abord résister à l'illusion que la nature aurait été équitable dans sa cruauté, voire " démocratique ". Le mot fut souvent employé ces jours-ci. Il est évidemment trompeur. L'échelle du malheur n'est pas la même. Ni par le décompte des victimes, ni par les conséquences à moyen et long termes. Le voisinage entre touristes et autochtones n'apporte qu'en apparence la preuve d'un partage d'une destinée commune. Il est, tout au contraire, le témoignage d'un déséquilibre de plus en plus vertigineux entre le Nord et le Sud.

Car si les causes telluriques de la tragédie ne relèvent pas de comportements humains, en revanche, l'ampleur du bilan est la conséquence directe d'une inégalité entretenue par un système inique. Un système qui produit chaque jour son lot de tragédies silencieuses, ces dizaines de milliers de victimes quotidiennes de la malnutrition, ou ces malades du sida laissés à l'abandon. La catastrophe du 26 décembre agit comme un révélateur. Elle pose des questions économiques, écologiques et humaines. Pourquoi, par exemple, n'existe-t-il pas dans ces régions de système d'alerte alors qu'il en existe à proximité des pays occidentaux ?

Comment a-t-on laissé détruire les protections naturelles que sont les barrières de corail, qui auraient freiné la déferlante avant qu'elle n'atteigne les côtes ? Et plus profondément encore, pourquoi des populations entières de l'Inde ou du Sri Lanka sont-elles condamnées à quitter les villages de l'intérieur des terres pour tenter de vivre des miettes du tourisme dans de fragiles habitations en bord de mer ? Peu ou prou, toutes ces interrogations invitent à repenser l'aide au développement (voir nos articles pages 4 à 8). À reconsidérer non seulement l'urgence et l'humanitaire, mais le long terme des structures économiques et sociales des pays qui nous prêtent leur sable chaud et leurs cocotiers, quand la mer est calme.

En toute bonne logique, le 26 décembre, la terre entière aurait dû devenir altermondialiste. En bonne logique, l'idée d'une taxation des transactions financières permettant d'alimenter un fonds permanent d'aide au développement aurait dû prendre corps ; l'abolition de la dette des pays pauvres aurait dû devenir une évidence.

L'idée d'une meilleure rémunération des matières premières aurait dû s'imposer comme un impératif économique incontournable. Qui n'a rêvé en ces jours d'une ONU forte, disposant de moyens d'interventions immédiats, échappant à la concurrence des puissants, organisant équitablement le commerce international ?

Au lieu de cela, le spectacle offert par les grandes puissances n'a guère laissé place à l'illusion. Effets d'annonces, images laborieusement corrigées quand l'opprobre menaçait, récupérations politiques : tout y est passé.

Chacun y allant de son idée de machin humanitaire (" Samu européen ", " Samu mondial " et autres...). La palme revenant une fois de plus à l'administration Bush, qui a immédiatement vu midi à sa porte, créant une " coalition " pour concurrencer les Nations unies, puis intervenant en solo sans égard pour les ONG déjà engagées sur le terrain. Business as usual.

Au point que nous pouvons tous partager les craintes de Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU, sur l'authenticité sonnante et trébuchante des sommes annoncées par certains États. Il existe une telle contradiction entre les bonnes intentions subitement affichées et un système qui exècre idéologiquement toute forme d'aides publiques !





L'homme étant l'aléa naturel le plus capable d'infliger des dommages considérables à ses alter ego, surtout s'ils sont momentanément plus faibles, on ne manquera pas d'inscrire le site de Gérard Verna parmi ses favoris :
http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/

L'environnement hostile :
http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/EH/F/deff/plan_général_du_site.htm

http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/PUB/GT1.html : LA GRANDE TRICHE / Corruption, éthique et affaires Internationales / avec Jean-Claude Usunier / voir aussi GT2.html et GT3.html

Pourquoi diable, sont-ils si pauvres ? Enquête sur le sous-développement
http://www.cafe-geo.net/cafe2/article.php3?id_article=75

Altermondialiste avec Novethic :
http://www.novethic.fr/novethic/site/index.jsp

Altermondialisation :
http://www.novethic.fr/novethic/site/article/index.jsp?id=90016
http://www.novethic.fr/novethic/site/article/index.jsp?id=89311
http://www.novethic.fr/novethic/site/article/index.jsp?id=26878
http://www.novethic.fr/novethic/site/article/index.jsp?id=18596
http://www.novethic.fr/novethic/site/article/index.jsp?id=14463
http://www.novethic.fr/novethic/site/article/index.jsp?id=14158

Altermondialisation :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Altermondialisation

Altermondialisation sur Le Monde Diplomatique :
http://www.monde-diplomatique.fr/recherche?s=altermondialis*

____________________

On ne perd pas son temps à consulter ces documents :

GUIDE CITOYEN DU FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL à l'attention des militants et des ONG /
http://www.amisdelaterre.org/publications/guide_fmi.html

LA MESURE DU DÉVELOPPEMENT :
http://doc-iep.univ-lyon2.fr/Ressources/Documents/Enseignements/Cours/Ecodev/mesure.pdf

Économie politique internationale / Mondialisation / Liens vers dossiers / :
http://doc-iep.univ-lyon2.fr/Ressources/Documents/Enseignements/Seminaires/SE400/index.html

Mondialisation et inégalités :
http://www.minefi.gouv.fr/TRESOR/etudes/mondialisation_inegal_francais.pdf

Les inégalités dans le long terme :
http://www.jourdan.ens.fr/piketty/fichiers/public/Piketty2001b.pdf

Attitudes vis-à-vis des inégalités de revenu en France : existerait-il un consensus ? 1
http://www.jourdan.ens.fr/piketty/fichiers/public/Piketty2003c.pdf

PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES, TRANSFERTS SOCIAUX ET RÉDUCTION DES INÉGALITÉS :
http://www.cerc.gouv.fr/doctrav/99-04.doc

Faut-il pratiquer la discrimination positive ?
http://www.cafe-geo.net/cafe2/article.php3?id_article=251

Pour une analyse critique de la discrimination positive :
http://www.communautarisme.net/docs/discrimination-positive.pdf

Les oubliés de l’égalité des chances Participation, pluralité, assimilation... ou repli ?
http://www.communautarisme.net/docs/montaigne-discrimination.pdf






[Corrélats : Intelligence et culture / Effet de serre / Travail / Appropriation / ...]

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