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Contre-pouvoirs

Toute personne qui soutient la politique criminelle de l'état sioniste devra être jugée comme complice de ses crimes. Le fait d'avoir excercé de hautes responsabilités politiques est une circonstance aggravante.


Sommaire de la page : Boycott, surtout pas, c'est interdit, mais le retour par le premier Exodus venu, pas que je sache ? / Boycott : la contre-offensive d’Israël et de ses amis / Le Crif, vrai lobby et faux pouvoir / Finalement, Alliot Marie est-elle pire que ce qu'elle paraît ? / Messieurs, la division porte ses fruits, continuons les "réformes" / Sites Internet / Corrélats /

Charles Enderlin : « Israël a joué la carte des islamistes » /
Nous n’avons aucune obligation de les laisser continuer... et si nous en avions une, nous devrions alors la transgresser /
Révolution populaire, de dilemme en perspective. /
Sarah-Palin-Canada ou l’ovation éhontée de l’imbécillité. /
Une élection de plus et une déception de plus. /
4e pouvoir, mon cul : La presse écrite française sous perfusion /
Mille milliardaires à faire payer /
Elena Poniatowska : Le Mexique du Cœur … /
Eric Toussaint parle de Thomas Sankara /
Grèce : L’ennemi est intra - muros. Supprimons le Programme de Stabilité du gouvernement du Pasok ! /
Le peuple islandais montre la voie ! /
Islande : Non massif au référendum sur la loi Icesave /
De l’irresponsabilité syndicale, par Alain Refalo /
La presse : quatrième pouvoir ou faites-moi rire, je n'ai pas encore les lèvres gercées. /
La réponse sociale n’est pas à la hauteur de la crise /
Des remplacements d'enseignants titulaires confiés à des étudiants /
Salariés en colère : des séquestrations sans conséquences ? /
Pour une insurrection des consciences /
Urgence pour les libertés, urgence pour les droits /
La religion du marché /
BDS contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine /
Dissidence : le site /
Dépôts de plaintes contre Base élève /
Crise : De la Dette Publique ou du Contrat Social ?… /
La bio hors-la-loi ! Quelle loi ? Résistance ! /
Flottille de Gaza : les citoyens du monde doivent réagir ...là où les gouvernements ont échoué /
Stephane Hessel appelle au boycott d’Israël /
Hommage à ceux qui agrandissent la surface de la cage /
Une grève, des mondes /
Un contre-pouvoir face au lobby de la finance /
E. Woerth mérite sa retraite /
Il faut remettre la finance à sa place /


Procyon lotor ou Raton laveur
Personnellement, je n'appelle pas au boycott d'Israël et de ses productions - soutiens... Je me garde bien de les acheter. Mais j'aimerais appeler à son blocus, à son embargo, à sa mise en quarantaine jusqu'au jour où toutes les résolutions de l'ONU prises à son encontre seront respectées et jusqu'au jour où ses responsables politiques et autres, coupables de crimes de guerre et contre l'humanité, auront été jugés et condamnés. Quant à un éventuel voyage de retour par des navettes avec l'Exodus, je ne le pleurerai pas !


Je ne sais pas s'il y a quelques justes dans ce pays… Je ne les entends guère et quand j'entends leur propos, c'est toujours inaudible du fait du vacarme pro-sioniste de journalistes, philosophes et autres politiques prompts à nous servir la soupe de l'antisémitisme ou plus récemment encore d'Alliot Marie, pour oser parler de ségrégation ou de discrimination. C'est de discréditation dont elle devrait parler et pour soi-même. Ce personnage n'est même pas respectable dans la fonction qu'elle prétend occuper.

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Un article du Monde Diplomatique du 22 février 2010

lundi 22 février 2010 :

Boycott : la contre-offensive d’Israël et de ses amis

« Je n’accepte pas que des personnes, responsables associatifs, politiques ou simples citoyens, appellent au boycott de produits au motif qu’ils sont kasher ou qu’ils proviennent d’Israël. Je souhaite que le parquet fasse preuve de davantage de sévérité à ce sujet. J’ai donc adressé une circulaire aux parquets généraux, leur demandant d’identifier et de signaler tous les actes de provocation à la discrimination. J’entends que tous les auteurs d’actes soient poursuivis dès qu’ils auront été identifiés et notamment quand les appels auront été faits sur Internet. À cet égard, je salue la détermination du parquet dans l’affaire de l’individu qui avait appelé au boycott de produits israéliens par voie d’affichettes dans un centre commercial de Mérignac (1) . » Ainsi s’exprime Mme Michèle Alliot-Marie, ministre d’État, ministre de la justice et garde des sceaux, le 18 février, dans son discours au dîner de l’antenne bordelaise du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).

L’« individu » qu’elle évoque s’appelle Sakina Arnaud. Membre de la Ligue des droits de l’homme, elle participe à la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction (BDS) dans sa région. Lui reprochant d’avoir apposé des autocollants sur des produits provenant de colonies israéliennes de Cisjordanie, le grand magasin Carrefour de Mérignac porte plainte contre elle pour « dégradation légère ». Le parquet requalifie toutefois la plainte en « incitation à la discrimination raciale, nationale et religieuse ». Sur cette nouvelle base, le tribunal de Bordeaux la condamne, le 13 février, à une amende pénale de 1 000 euros, plus 1 euro de dommages et intérêts pour les parties civiles (l’association Avocats sans frontières de Gilles-Wiliam Goldnadel, qui vient d’être élu à la direction du Conseil représentatif des institutions juives de France, et la Chambre de commerce France-Israël) et 500 euros de frais de justice. Carrefour, en revanche, est débouté !

Que les autorités françaises aient voulu faire un exemple, nul n’en doute. Mais il y a fort à parier qu’elles n’en resteront pas là. D’ores et déjà, des militants d’autres villes sont convoqués au commissariat ou la Préfecture pour avoir participé à telle ou telle action BDS. Pourtant, le 20 mai 2009, dans une réponse au député Eric Raoult à l’Assemblée nationale, Mme Michèle Alliot-Marie assurait : « Depuis le début du conflit israélo-palestinien au mois de décembre 2008, plusieurs associations de défense de la cause palestinienne sont intervenues dans des grandes surfaces en appelant au boycott des produits en provenance d’Israël ou de pays supposés apporter une aide à ce pays (…). Ces opérations, il faut bien le préciser, touchent des produits importés d’Israël et non des produits casher. » (2)

Le mouvement de solidarité aurait-il, entre-temps, changé d’orientation et de méthodes, pour s’en prendre aux produits, magasins et restaurants juifs observants ? Le ministère de l’intérieur n’a signalé aucune action de ce type. Et pour cause : l’antisémitisme et le racisme ont toujours été radicalement étrangers au mouvement français de solidarité avec la Palestine. Comment une ministre d’État peut-elle se contredire avec autant d’aplomb, pour proférer une contre-vérité reprise à son compte par le premier ministre lui-même (3) ? Et pourquoi cette tentative soudaine pour intimider et discréditer ceux qui dénoncent l’impunité d’Israël ?

La réponse se trouve peut-être dans cet aveu récent de Daniel Shek, l’ambassadeur d’Israël en France : « Nous encourageons des organisations à porter plainte contre les organisateurs du boycott. Nous conduisons des activités politiques à l’ambassade en liaison directe avec des ministres, des organisations, des étudiants et des consommateurs, qui se réveillent (4) ». Étrangement, cette intervention directe dans les affaires intérieures françaises n’a entraîné aucune réaction du Quai d’Orsay. On imagine comment ce dernier aurait réagi si la Déléguée générale de Palestine en France s’était targuée publiquement de se concerter avec des membres du gouvernement et des associations afin d’organiser le dépôt de plaintes contre l’importation en fraude de produits des colonies de Cisjordanie sous l’appellation frauduleuse made in Israël…

Mais l’ingérence de M. Daniel Shek trahit surtout l’affolement des dirigeants israéliens devant leur isolement croisant, avec l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies du rapport Goldstone (novembre 2009) et la ferme prise de position du Conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne sur Jérusalem (décembre), sans oublier le Dubaïgate (février 2010). Alors que la complicité de la « communauté internationale » conditionne plus que jamais la possibilité pour Israël de poursuivre sa politique anti-palestinienne, cette « série noire » a de quoi inquiéter MM. Benyamin Netanyahou, Avidgor Lieberman et Ehoud Barak.

D’autant qu’une partie de l’opinion, choquée par le massacre de Gaza et lasse de l’impunité d’Israël, entre à son tour dans l’arène, pour faire pression sur les responsables économiques et politiques. Avec de premiers succès. Les gouvernements britannique et irlandais exigent d’Israël qu’il étiquette les produits des colonies. Veolia, à qui son implication dans le tramway de Jérusalem a fait perdre des marchés juteux, envisage de s’en retirer. La banque Dexia cesse de prêter aux colonies (sauf celles de Jérusalem). Le puissant Fonds souverain norvégien désinvestit d’une société chargée de l’électronique du mur. Le Fonds de pension danois PKA et la Danske Bank boycottent la colonisation. Sans parler des « petites victoires » remportées à la base : Nouvelles Frontières modifiant son site et son catalogue, Soda-Club écarté de la Fête des vendanges à Montmartre, etc.

La contre-offensive juridique coordonnée par l’ambassade d’Israël avec des associations pro-israéliennes et l’appui des autorités françaises peut de surcroît se heurter à une contradiction juridique. Si le boycott d’Israël et de sa production en tant que tel tombe notamment sous le coup des articles 225-1 et 225-2 du Code pénal et de l’article 24, alinéa 8, de la loi du 29 juillet 1881, en revanche aucune loi ne réprime celui des produits de la colonisation israélienne. Au contraire, ces derniers sont directement visés par plusieurs textes européens et français :

- l’Accord d’association Union européenne-Israël, qui, par son article 83, exclut les produits des colonies des avantages fiscaux dont jouissent ceux « du territoire israélien ». Autrement dit, ils doivent acquitter des taxes qu’ils fraudent en se présentant comme produits d’Israël. Dans son avis en date du 29 octobre 2009, l’avocat général de la Cour européenne de justice, précise que « le régime préférentiel en vertu de l’accord CEE-Israël ne peut être appliqué à un produit originaire de Cisjordanie et, plus généralement, des territoires occupés » ;

- le Code français du commerce, qui interdit la falsification des « règles d’origine » des produits (et donc la mention « made in Israël » au lieu de « made in Palestine » ou « made in Westbank », etc.) ;

- la Directive européenne 2005/29/CE du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2005 « relative aux pratiques commerciales déloyales des entreprises vis-à-vis des consommateurs ». Cette directive est relayée dans le droit français par les articles L 121-1 et suivants du code de la consommation qui prévoient et répriment les pratiques commerciales trompeuses créant une confusion ou reposant sur des allégations ou présentations fausses ou de nature à induire le consommateur en erreur.

Si la campagne BDS choisit de se concentrer sur les productions des colonies (5), elle peut donc s’appuyer sur la loi et porter ainsi un coup d’arrêt sérieux à la contre-offensive concoctée par Daniel Shek. À moins que Mme Alliot-Marie, qualifie le législateur (européen et français) d’« antisémite » et le poursuive comme tel…

Dominique Vidal

(1) « Michèle Alliot-Marie : “Ma présence parmi vous ce soir est l’occasion de réaffirmer la place de la communauté juive au sein de notre Nation” », crif.org.

(2) Séance unique du mercredi 20 mai 2009, Assemblée nationale.

(3) Au dernier dîner du CRIF, le 4 février 2010, M. François Fillon dénonçait les « scandaleux mouvements de boycott des produits casher ou israéliens ».

(4) The Marker, Tel-Aviv, 27 janvier 2010.

(5) Omar Barghouti, qui fut à l’initiative de la campagne et la coordonne du côté palestinien, précise dans un texte très récent : « La direction palestinienne collective du BDS a toujours pensé que les personnes et organisations de conscience qui soutiennent les droits humains connaissent le mieux leurs situations respectives et sont les plus capables de décider des moyens et des rythmes appropriés pour construire le mouvement BDS dans leur environnement. Quelquefois, viser tactiquement des produits faits seulement dans les colonies peut-être le meilleur moyen pour faire progresser une campagne » (« Boycott “Ariel” and the Rest ! All Israeli Academic Institutions are Complicit in Occupation and Apartheid », Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel).Droit, Solidarité, Commerce, Justice internationale, Israël

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Le Crif, vrai lobby et faux pouvoir

Par ESTHER BENBASSA directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études (Sorbonne)

Clermont-Tonnerre déclarait, le 24 décembre 1789, à la tribune de la Constituante, qu'"il faut refuser tout aux juifs comme nation dans le sens de corps constitué et accorder tout aux juifs comme individus…" Catégorique, il rejetait alors tout "communautarisme". Lorsqu'on se gargarise aujourd'hui en haut lieu ou dans les médias de communautarisme, on ne pense guère qu'aux Arabo-musulmans. Loin de toute langue de bois, disons clairement que ce mot est devenu synonyme de "musulmans". C'est vers eux que, du voile à la burqa en passant par l'identité nationale, tous les regards sont tournés, dans un pays pourtant laïque comme la France. Objet de cristallisation, comme les juifs l'ont été dans le passé, la nationalité française de nombre d'entre eux passe au second plan après leur religion.

En revanche, lorsque le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) organise son dîner annuel et qu'il lance des fatwas contre les uns et les autres, quand les politiciens de tout bord, y compris le Président et le Premier ministre, y accourent, personne n'ose parler de communautarisme. François Fillon est allé jusqu'à dénoncer ledit communautarisme lors de ce même dîner, au prétexte qu'il "refuse l'égalité et la fraternité". Il faisait bien sûr référence au communautarisme musulman. Et pourtant, tous les ingrédients sont réunis pour parler aussi de communautarisme juif. Cette année, comme l'an passé, les mesures d'ostracisme ont visé le PCF et les Verts, au motif de leur campagne de boycott des produits israéliens. Comble de l'horreur, certaines municipalités communistes auraient fait citoyen d'honneur Marwan Barghouti, l'un des responsables du Fatah, en geôle à vie en Israël.

On en vient à se demander si le Crif n'est pas plutôt le porte-parole d'Israël en France, comme une seconde ambassade de ce pays. Il y a un siècle, ce qui aurait passé pour de la double allégeance s'appelle aujourd'hui soutien à Israël. Parce que les juifs de France collent, paraît-il, à la ligne politique d'Israël, qu'elle soit de gauche ou de droite, leurs institutions, dont le Crif, ne feraient que suivre le mouvement. Les voilà tous légitimistes. Après la victoire d'un Nétanyahou et de ses alliés en Israël, on ne s'étonnera donc pas de la forte droitisation du Crif, concrétisée entre autres par l'entrée dans son comité directeur de personnalités aux opinions radicales.

Mais qui représente véritablement le Crif et combien sont-ils en son sein ? On ne le saura jamais. Ce qui compte, c'est qu'il est perçu comme un lobby (mot horripilant en France) par les politiciens. Et considéré comme tel, il l'est bien, un lobby, en fait. Ceux qui s'agglutinent à son dîner croient vraiment qu'il joue un rôle important dans la machine électorale. On y vient à la pêche aux voix juives, et pour être adoubé par des juifs dont l'influence serait déterminante, en raison de la place qu'ils occupent, ou sont censés occuper, dans la société française. De cet appui ne bénéficieront bien sûr que ceux qui soutiennent le plus Israël et qui donnent des gages clairs dans le combat contre l'antisémitisme. Un combat certes indispensable, mais qui mériterait de n'être pas instrumentalisé pour faire accepter toute politique israélienne, y compris la plus blâmable. Projetant sur la scène française ce qui se passe entre Israéliens et Palestiniens au Proche-Orient, le Crif ne manque aucune occasion pour appuyer la politique antimusulmane du gouvernement. En revanche, il a ses bons musulmans, comme Israël a ses bons Palestiniens, les seuls avec qui il daigne "dialoguer".

Aussi peu représentatif qu'il soit, le Crif est sans doute au diapason des positions de bien des juifs français, de plus en plus conservateurs politiquement, supporteurs inconditionnels d'Israël en toute circonstance et se réfugiant dans la mémoire de la Shoah et dans la dénonciation de l'antisémitisme, qui vont de pair. Celles-ci, forces rassembleuses indéniables, contribuent surtout à la survie d'un judaïsme qui le plus souvent s'y résume, ayant par ailleurs grandement perdu sa pratique et la conscience de ses valeurs essentielles. Qu'est-ce que le Crif sinon un groupuscule endogamique qui se donne des airs de petit Etat indépendant, agissant à sa guise, faisant plier les uns et les autres, tant par le biais de l'autocensure, sensible chez bien des journalistes, craignant à juste titre d'être soupçonnés d'antisémitisme dès qu'ils oseront critiquer la politique israélienne, que par l'instrumentalisation de la culpabilité de la Shoah intériorisée par la classe politique ? Le pouvoir imaginé que cette minuscule institution a su se fabriquer se retourne hélas contre les juifs eux-mêmes, et d'abord contre ceux qui ne se reconnaissent nullement en elle. Il génère à son tour de l'antisémitisme et offre des arguments, certes fallacieux, à ceux qu'obsèdent les vieux thèmes bien rôdés du pouvoir juif, du complot juif. La "servilité" de circonstance des professionnels de la politique face au Crif vient renforcer les anciens préjugés.

Cette foi trop partagée dans la puissance des juifs et de leurs instances représentatives n'augure rien de positif. Le dîner du Crif enfin déserté, ses menaces ramenées à leur juste proportion de dangerosité réelle, voilà des mesures prophylactiques qui seraient susceptibles d'enrayer en partie une hostilité antijuive se nourrissant de fantasmes.

Dernier ouvrage : "Être juif après Gaza", CNRS éd., 2009.

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Chers amis, collègues et lecteurs,

La tribune sur le CRIF ("Le CRIF, vrai lobby et faux pouvoir ") que j'ai publiée le 17 février dernier dans Libération a suscité quelques remous.

Le CRIF a publié sur son site une lettre que mon ami Théo Klein m'avait adressée en réaction à cette tribune.

Vous trouverez ci-après: 1) le texte de cette lettre de Théo Klein; 2) ma réponse à Théo Klein.

J'ai demandé au CRIF la publication de ma réponse sur son site web ainsi que sa diffusion auprès des abonnés de sa newsletter. Le CRIF vient de me signifier son refus. Cette attitude ne fait hélas que confirmer mon diagnostic.

Vous souhaitant une bonne lecture, bien cordialement,

Esther Benbassa



La lettre de Théo Klein (19 février), telle que publiée sur le site du CRIF

Chère Esther Benbassa,

J'ai pris connaissance avec étonnement et regret des termes sulfureux de votre article sur le CRIF publié dans Libération, plus exactement sur son dîner annuel, dont d'ailleurs j'ai été l'initiateur en 1985.

Le déferlement de qualificatifs dérisoires et méprisants dont vous souhaitez balayer le dîner, l'institution et ses dirigeants n'apporte cependant - en dehors de la manifestation de votre colère et de votre mépris - aucune contribution, pas la moindre suggestion : votre balayage, vous le souhaitez total et définitif.

Vous parlez de communautarisme à ce groupe humain auquel vous avez longtemps appartenu et appartenez peut-être encore, dans la méconnaissance de l'esprit de la kehilah qui marque ce groupe sans doute depuis la Babylonie et certainement depuis la fin du deuxième Temple et de toute autorité juive sur la terre ancestrale.

Il y a bien longtemps que je déplore certains propos dans des discours de présidents du CRIF et que, d'ailleurs, je leur fais part de mes critiques.

Je n'assiste que rarement au dîner lui-même en manifestant cependant par ma présence au moment des discours de la permanence au sein de l'institution de femmes et d'hommes ouverts à d'autres idées que celles qui sont exprimées publiquement.

Nos juifs sont tels qu'ils sont et le problème est de savoir si nous restons avec eux pour les aider à sortir du ghetto dans lequel ils s'enferment au moindre vent mauvais ou si nous les abandonnons mais alors pour aller où ?

J'ai été inquiet et triste en vous lisant, car dans la voie où vous vous êtes lancée avec votre ardeur habituelle, vous risquez de vous retrouver bien seule et de ne plus être celle que vous étiez.

Bien cordialement vôtre.

Théo Klein

Ma réponse à Théo Klein (21 février)

Cher Théo Klein,

Dès réception de votre lettre, le 19 février, je vous ai appelé au téléphone pour, au nom de l'amitié et de l'estime que je vous porte, débattre directement avec vous. Ce que nous avons fait en toute cordialité. Vous m'avez annoncé que votre lettre serait publiée sur le site du CRIF. Maintenant qu'elle l'est, je me permets à mon tour de vous répondre publiquement.

Il me semble que vous avez focalisé votre attention sur le dîner dont vous avez été l'initiateur. Dois-je pourtant vous rappeler que lorsque vous étiez vous-même président du CRIF, ce dîner, porte ouverte aux échanges, avait une autre tonalité ?

De fait, le CRIF d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec le CRIF d'alors.

C'est un CRIF de repli, un CRIF dont les actes et les discours portent préjudice aux Juifs plutôt qu'ils ne les protègent, en entretenant le mythe d'une puissance juive omniprésente.

La droitisation de cet organisme est un fait patent. L'entrée de M. Gilles-William Goldnadel au sein de son comité directeur n'est pas due hasard. Je vous renvoie aux déclarations faites à ce sujet à la presse par M. Serge Hajdenberg, lui aussi ancien président du CRIF.

Dans ma tribune, c'est tout cela que je déplorais. Et si je l'ai écrit, c'est parce que je constate chaque jour un peu plus l'hostilité antijuive - certes blâmable - que le CRIF contribue à sa façon à nourrir, et ce plus encore depuis l'offensive israélienne contre Gaza et les déclarations faites alors par M. Richard Prasquier.

Dans votre missive, vous m'écrivez qu'il faut vivre avec les Juifs tels qu'ils sont. Je vous rappelle que, depuis 1790-1791, les Juifs français sont émancipés légalement et que rester membre de la " communauté " est désormais affaire de choix individuel. J'assume pour ma part pleinement ma judéité. C'est précisément pour cette raison que je critique le CRIF tel qu'il est.

Je m'octroie en outre le luxe de décider de vivre avec des Juifs qui sont pour l'existence d'Israël, mais sont aussi capables de le critiquer quand il le faut et ne rechignent pas à défendre la cause des Palestiniens. Bref, avec des Juifs dignes de l'humanisme et de l'universalisme auxquels, autrefois, on les identifiait. Le nombre ne fait pas la qualité, et si " isolée " je devais être, je préfère l'être avec ceux que j'ai choisis.

Je crois aux vertus du débat public, y compris s'agissant des questions " communautaires ". C'est précisément là ce que le CRIF rejette, ainsi qu'il l'a encore démontré en refusant à France Info, le 17 février, d'envoyer un de ses membres dialoguer publiquement avec moi sur les ondes, et en optant pour ce que j'appellerai la " guerre entre Juifs ", comme dans le ghetto d'antan.

Vous me demandez quelle suggestion je puis faire.

Profitons de l'exemple nord-américain et de la naissance du mouvement J-Street qui, se distinguant des institutions juives existantes, cherche à promouvoir, concernant Israël, un autre discours juif, aussi bien auprès du Congrès que dans le pays.

Exigeons du CRIF qu'il devienne effectivement représentatif des Juifs de France, dans toute leur diversité, qu'il donne droit de cité en son sein à toutes les nuances de l'opinion juive (telles Une autre voix juive, l'Union juive française pour la paix, etc.), qu'il cesse de frapper d'illégitimité de principe telle ou telle d'entre elles, et de taxer de haine de soi ou de trahison les Juifs critiques de la politique israélienne.

C'est en rompant avec sa politique endogamique actuelle que le CRIF aura quelque chance de faire entendre une voix juive équilibrée et donc crédible.

Avec toute mon amitié.

Esther Benbassa

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Messieurs, la division porte ses fruits, continuons les "réformes".

mercredi 31 mars 2010

par moka



Messieurs, je crois que nous pouvons légitimement être fiers de nous : toutes ces réformes sur l'école, sur la santé... on pouvait craindre le pire !

Mais finalement, nous avons presque tout fait passer. Sans révolte générale, sans raz de marée, sans révolution.

Anesthésie.

Leur anesthésie a été menée de main de maître.

Le pays paraît mûr pour le reconnaître : il faut être raisonnable, penser à la dette, cesser de vouloir hypothéquer l'avenir de nos enfants.

À force d'avoir été décliné sur tous les tons, dans tous les discours, notre dogme est devenu une évidence : nous n'avons pas le choix. La libéralisation est le seul modèle possible de nos jours, à moins de vouloir défendre l'ex-archipel du goulag.

Plus personne n'ergote vraiment quand nous leur annonçons que notre politique vise à améliorer l'efficacité de nos services publics. Plus personne ne répond quand nous déclarons que leur coût est démesuré pour la richesse générale du pays.

Nous avons réussi à leur faire croire que nous sommes pauvres. Que l'éducation et la protection sociale ne peuvent plus constituer des priorités politiques en 2010. Amusant quand on pense à l'état de la France au sortir de la guerre de 39-45... Quand le conseil national de résistance s'est mis à l'ouvrage.

Le principal est fait.

Ils sont prêts à admettre que les bénéfices produits par leur travail n'ont plus à être utilisés pour le bien commun.

Le principe général de la fermeture nécessaire des classes et des hôpitaux ne les réveille plus que ponctuellement, quand ils sont directement concernés, ce qui ne fait, à chaque fois, qu'une poignée de familles.

Nous avons volé leur langage. Nous nous sommes approprié leurs mots : "modernité" ; "réforme" ; "progrès" ; "formation" ; "revalorisation" et les avons vidés de leur sens. Nous avons discrètement remplacé dans les discours : "égalité" par : "égalité des chances" et ils croient qu'on parle de la même chose.

Il faut les voir s'empêtrer dans leurs discours, se replier sur leur jargon syndical, empêchés de communiquer, empêchés de penser.

Et puis, il y a la branche intello, ceux qui imaginent qu'ils vont convaincre en pondant des dossiers de trente pages. Ceux qui brandissent les analyses des recettes de l'État, le coût de la défiscalisation, des heures supplémentaires exonérées de charge, du bouclier fiscal et autres baisses de TVA... Ils sont presque touchants, à vouloir passionner leurs contemporains sur les secrets de la bourse, les causes réelles de la crise, les effets de la libéralisation des marchés, les paradis fiscaux... Les gens sont calibrés pour des spots de 1 mn 30, personne ne comprend plus rien à une argumentation de plus d'une page, et ça nous arrange bien.

Syndicats.

Évidemment, il faut d'accommoder des syndicats de fonctionnaires.

Pour la santé, pas trop de problème, avec la réquisition d'office et le surmenage chronique, ils ne disent plus trop rien.

Mais les enseignants, il faut l'avouer, ça nous faisait un peu peur ! Ça fait du monde, quand même, des gens habitués à avoir leur mot à dire.

Mais ça a été plus facile qu'on ne pensait. Ce sont de grosses machines, ces syndicats. Et il y a de moins en moins de gens pour les faire fonctionner. Leurs responsables sont coupés du métier depuis des années. Les centrales sont très préoccupées de la gestion de leur propre appareil.

Il a suffit d'éviter de discuter sur le fond des réformes. Comme depuis 1905, les syndicats ne sont plus sensés s'occuper de politique, il a été facile de les obliger à négocier point par point, d'empêcher la jonction "de la maternelle à l'Université." Ça tombait bien, chaque profession, chaque niveau étant représenté par un syndicat différent.

Il a suffit de leur laisser croire qu'ils auraient la parole sur les détails, à condition de ne pas remettre en cause les principes généraux. Ça fait finalement des gens avec qui on a pu se montrer ferme.

Quant aux organisations plus revendicatives, nous avons pu les écarter en prétextant leur petitesse ou leur non représentativité. Ça a flatté les autres, et les a rendus plus dociles.

Évidemment, il reste les militants. Des gens qui ont du mal à exercer leur profession d'enseignant, de soignant, de juge, voire de gardien de la paix dans les conditions imposées par la restriction générale des budgets. Des personnels qui n'acceptent pas la philosophie générale du chiffre.

Pour eux, la réponse la plus efficace a été la soupape utile d'une action syndicale perlée, les manifestations ponctuelles.

Nous avons eu raison de ne pas craindre ces manifestations.

Même après les mobilisations record l'an passé, rien ne s'est passé. Les centrales syndicales, toutes à leurs négociations interprofessionnelles, ont "oublié" les utiliser comme de vrais leviers de négociation. Elles ne les ont pas insérées dans de véritables plans d'action. Il faut avouer qu'on n'en espérait pas tant...

Insoumis.

Évidemment, il reste un tout petit problème. Ce sont tous ces foyers d'insoumission, les collectifs parents-enseignants, le mouvement de résistance pédagogique des enseignants du primaire. On a commencé par vouloir taper fort, sanctionner, c'était une erreur. Ils en ont profité pour se faire connaître du grand public. Les évaluations CM2 leur ont donné une occasion inespérée de médiatisation, il faudra veiller à ce que cela ne se renouvelle pas. Le mieux est qu'on ne les entende pas trop.

Il ne faudrait pas qu'ils aillent propager ces principes de désobéissance civile. Ce serait ennuyeux, si ce genre de mode d'action allait se répandre. Incontrôlable, insaisissable, ingérable.

Il ne faudrait pas trop non plus qu'ils aillent s'inspirer des modes de revendication du privé chez les Contis ou chez Total...

Le pire serait qu'ils pensent à utiliser les temps de grève comme des temps ouverts pour la réflexion et la rencontre. Qu'ils en profitent pour promouvoir ce type d'action. Pour construire la convergence des mobilisations à partir de la base. Qu'ils finissent par contourner les partis, les syndicats. Qu'ils parviennent à les obliger à changer de fonctionnement.

Mais ça va.

Tant que les insoumis condamnent les grèves, que les syndicats condamnent les désobéissances, que tous critiquent les syndicats, ça nous fait une bonne base. Ça permet que chacun se dégoûte et reste bien sagement dans sa classe.

Comme ça, on pourra continuer à boucler ce qui reste : la réforme de la formation des maîtres, des lycées, et lancer les EPEP, poursuivre la saignée des personnels...

Après il faudra prévoir une petite pause, histoire que l'électeur moyen oublie un peu tout ça. Et se préparer tranquillement pour les élections de 2012... En exploitant le thème de la faillite de l'école malgré toutes les réformes, par exemple ?



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[ Corrélats : Israël: un état terroriste / ...]



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