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La lutte contre la faim : juste assez pour que les affamés ne mordent pas la main de ceux qui les nourrissent mal ?



Crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crimes contre la planète… Quand je vois ce que les riches osent nous faire, en toute impunité, je me dis qu’il est plus que temps que nous nous en débarrassions, et si ça n’est pas une fois pour toutes, ça n’est pas très grave puisque cela nous donnera une bonne occasion de remettre ça, avec la plus grande jubilation. ?


Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Généralités / Une « affaire »… internationale / Les trois aberrations des politiques agricoles / La faim dans le monde / En France, pour manger, un salarié sur dix a recours aux associations / La faim gagne du terrain FAO 30 octobre 2006 / Jean Ziegler : "Nous allons vers une reféodalisation du monde" / Nyéléni : forum pour la souveraineté alimentaire, le site (http://www.nyeleni.org/) / Crise alimentaire et accaparement des terres : site (http://farmlandgrab.org/) / La grande arnaque du lait : Comment l'agrobusiness vole aux pauvres leurs moyens de subsistance et un aliment vital / Mobiliser le savoir pour éradiquer la faim / Céréale : millet et sorgho, le mil / Le défi alimentaire à l'horizon 2050 / Qui est derrière l'accaparement des terres /

Sites Internet et articles : / Tableau des articles archivés (.docm) / Corrélats /

L'Accaparement de terres: En Amérique latine, il y a effectivement de l’accaparement de terres. /
Le défi alimentaire à l'horizon 2050 /
Quand l’industrie de la viande dévore la planète /
DuPont et Monsanto se partagent le marché sud-africain des semences /
Qui nourrira la Chine : L’agrobusiness ou les paysans chinois ? Les décisions de Beijing ont des répercussions mondiales /
Un investissement agricole responsable ? Les efforts actuels visant à réglementer les accaparements de terres ne font qu’empirer la situation /
Au Mozambique, un méga projet menace de déplacer des millions de paysans /
Accaparement des terres = accaparement de l'eau /
Le contrôle de l’alimentation : un pouvoir géopolitique /
Les prix alimentaires /
La faim dans le monde /
Plafonnement de la propriété foncière : brider les accapareurs de terres ou museler le débat ? /
Le G8 et l’accaparement des terres en Afrique /
Spécial souveraineté alimentaire /
La souveraineté alimentaire africaine attaquée par les intérêts des multinationales /
Un activiste camerounais menacé d’emprisonnement pour s’être attaqué à un accapareur de terres de Wall Street /
Bollorépugnant en Afrique, la saga judiciaire /
Nourrir 9,5 milliards de personnes en 2050 : les solutions du monsantoère de l'Agriculture /
La dernière frontière du colonialisme : l’accaparement des terres /
La complexité des systèmes alimentaires : un atout pour la sécurité alimentaire ? /
Les petits producteurs nourrissent le monde avec moins d'un quart de l’ensemble des terres agricoles /
Planète huile de palme : les paysans payent le prix fort pour l'huile de palme bon marché /
Récolte de misère : l’accaparement du marais de Yala détruit les moyens de subsistence des paysans kenyans /
Accaparement des terres : une négociation (?) s’engage entre le groupe Bollorépugnant et les riverains de ses plantations... /
Le terrorisme alimentaire avance en terrain couvert /

Orge à six rangs (Hordeum vulgare)
L'utilisation par l'homme des céréales pour son alimentation est extrêmement ancienne.


La culture du seigle et de l'avoine, en Europe moyenne et en Europe du nord, est connue depuis 2 000 ans avant notre ère ; celle du blé ou de l'orge était pratiquée dans le pourtour méditerranéen et au Moyen Orient, plus de 5 000 ans avant notre ère ; celle du maïs par les indiens en Amérique, plus de 7 000 ans avant notre ère ; celle du riz, au moins 9 000 ans avant notre ère et celle du sorgho et du mil en Afrique, probablement 12 000 ans avant notre ère.

Avoine cultivée (Avena sativa)
Blé ou froment (Triticum aestivum)
Maïs (Zea mays)
Sorgho (Sorghum halepense)





Aujourd’hui, la production des céréales est devenue une « affaire »… internationale.

Les pays en développement souffrent de pénurie quand, dans les pays riches, c'est la surproduction qui « prime » et même qu'on subventionne.

Alors, dans les pays pauvres, la pénurie devient synonyme de famine potentielle. Alors son corollaire "aide alimentaire" génère des trafics en tous genre, de la corruption, de la prévarication, mais aussi des chantages de la part des pays riches qui « échangent », un peu de blé, de riz ou de maïs, transgénique si possible, livré en vrac...

Tant pis pour la qualité, du moment que le prix est juste.

Quelques semences therminator pour faire bonne mesure, du Paraquat ou du Chlordécone...

Et leur pillent leur pétrole, leurs cacahouètes, leur café, leur cacao, leur coton, leurs bois précieux, leur caoutchouc, leurs diamants, leur uranium, leur « tout-ce-que-vous-avez-à-pas-cher-et-qui-nous-fait-tant-défaut »...

La surproduction n’enrichit pas les paysans. Bien au contraire.

Ceux qui s’enrichissent, ce sont les stockeurs et toute une série d’intermédiaires parties prenantes du commerce international des céréales (d'autant plus juteuxque les subventions aux paysans pour leur "manque à gagner", pour le maintien des cours, la gestion des stocks et la maintenance des silos, le transport et même la destruction des surplus restent à la charge des contribuables).

Ce sont les politiques, complices directement ou indirectement, de cette manne, pas nécessairement en espèces sonnantes et trébuchantes, plus prosaïquement en pouvoirs accrus au sein des négociations avec les branches professionnelles, avec les partenaires européens, contre les États-Unis ou vice-versa…

Qu’importe finalement si les stocks coûtent cher, c’est le contribuable qui paye.

Qu’importe si les céréales sont de mauvaise qualité, c’est des nègres qui les bouffent quand ils ne les paient pas une deuxième fois à leurs ministres prévaricateurs.

Qu’importe, si au terme de leur désespoir, des terroristes posent des bombes, c'est l'homme de la rue qui fournit l'essentiel des victimes…

Je proposerai bien que l'on ajoute le E d'équitable au sigle OMC, pour voir...

Bienvenue dans la mondialisation néolibérale…

Et pour faire bonne mesure, combien y a-t-il d'élus à l'OMC ? M. Lamy ne sait rien des urnes si ce n'est que parfois elles circulent bourrées.



Pour information un article paru dans le Monde Diplomatique et reproduit ci-dessous :

Les trois aberrations des politiques agricoles

Par Jacques Berthelot / Chercheur associé au laboratoire Dynamiques rurales de l’Institut national polytechnique de Toulouse

Le Monde Diplomatique | Septembre 2003 | Pages 22 et 23

L’agriculture est au cœur du marchandage qui clôturera, théoriquement en janvier 2005, le cycle dit « du développement » de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), lancé à Doha en novembre 2001, et dont la conférence ministérielle de Cancun (10-14 septembre 2003) constitue une étape intermédiaire capitale. Tous les accords négociés constitueront en effet un « paquet global » et donneront lieu à un « engagement unique » (« rien n’est approuvé tant que tout n’est pas approuvé ») à signer par chaque État membre.

Commissaire chargé des négociations commerciales pour les quinze membres de l’Union européenne, M. Pascal Lamy* précisait, le 18 décembre 2002, lors d’une audition par l’Assemblée nationale française : « L’Union européenne a été en première ligne sur les "sujets de Singapour" : facilitation du commerce, concurrence, investissement et transparence dans les marchés publics. Si les réformes [de la politique agricole commune, PAC] proposées par la Commission sont adoptées par le Conseil, nous utiliserons ou non les marges de manœuvre additionnelles en fonction de nos intérêts dans la négociation. » Le 19 mars 2003, il évoquait à nouveau ce donnant-donnant devant une commission spéciale de la Chambre des communes à Londres : « Sur la question de l’accès au marché, nous devrons payer sur l’agriculture puisque nous pouvons gagner beaucoup sur l’industrie et les services. »

Après la réforme de la PAC adoptée par le conseil des ministres de l’agriculture le 26 juin 2003, le commissaire chargé du secteur, M. Franz Fischler, confirmait que, « lors de la réunion ministérielle de Cancun, l’Union ne sera disposée à entamer son capital de négociation que si nous obtenons des contreparties ». Dès lors que le cycle de Doha s’élargira aux « sujets de Singapour », il est acquis que l’Union ira au-delà des propositions faites en vue d’un nouvel Accord sur l’agriculture (AsA) : réduction de 36 % des droits de douane sur les importations agroalimentaires et de 55 % des soutiens internes liés à la production (M. Lamy a déjà porté cette baisse à 60 %, le 31 juillet) - mesures que ne compense pas la réduction, bienvenue pour le reste du monde, de 45 % des subventions aux exportations dites « restitutions » (lire Les mots pour le dire) L’accord commun États-Unis - Union européenne du 13 août 2003 pour un nouveau train de réductions n’est pas crédible. Il implique que les deux complices continuent à tricher massivement dans la notification de leurs aides à l’OMC (1).

Adopté en 1994, l’AsA n’a été bénéfique ni au Nord ni au Sud, et les propositions pour sa renégociation s’apparentent à une fuite en avant qui aggravera les ravages déjà provoqués. Négocié essentiellement entre les États-Unis et l’Union européenne, cet accord n’est que le reflet de leurs politiques agricoles respectives, des dernières réformes de la PAC (1992, 1999, 2003), comme des lois (Farm Bills) américaines sur l’agriculture (1996, 2002) qui sont autant de machines de guerre au bénéfice exclusif de leurs firmes agroalimentaires mondialisées. Tout cela enrobé dans un discours sur les intérêts des consommateurs, sur l’environnement et le bien-être animal dans les sociétés du Nord, ainsi que dans quelques pleurs sur les affamés du Sud dont les trois quarts sont des ruraux, essentiellement des agriculteurs.

Trois facteurs expliquent la poursuite de cette politique suicidaire par les États : au Nord comme au Sud, l’utilisation de concepts économiques mystificateurs dans les négociations agricoles ; au Nord, les pressions des firmes agroalimentaires ; au Sud, la conviction erronée qu’il y a davantage à gagner à l’ouverture des marchés du Nord qu’à la protection de ses propres marchés intérieurs.

L'imposture politico-juridique

Parmi les concepts de base des politiques agricoles - protection, prix mondial, surplus du consommateur, dumping, subvention découplée, etc. -, la définition des deux derniers repose sur une imposture politico-juridique. Ainsi, le dumping est défini dès 1948 par l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), ancêtre de l’OMC, comme l’exportation à un prix inférieur non pas au coût de production, mais au prix du marché intérieur. Cela explique les réformes de la PAC de 1992, 1999 et de juin 2003 : en abaissant par étapes les prix agricoles intérieurs jusqu’au niveau du prix mondial, l’Union pourra exporter sans « restitution », donc, formellement, sans dumping.

Il suffira de compenser les revenus des agriculteurs par des aides dites « découplées » - c’est-à-dire non liées à la production ou au prix de l’année en cours - et autorisées par l’AsA, du moins jusque fin 2003. Ainsi le prix garanti (dit « d’intervention ») des céréales a été abaissé à 101,31 euros la tonne depuis juillet 2001, niveau équivalent au prix mondial, mais très inférieur au coût de production du blé français, pourtant le plus compétitif des Quinze (160 euros par tonne). Une aide directe aux producteurs, d’un montant de 63 euros par tonne (basée sur les superficies et rendements des années 1989-1991), comble la différence et a permis à l’Union d’exporter son blé sans « restitutions » de juillet 2001 à juin 2002, mais non sans un énorme dumping réel. La Commission européenne espère ainsi accroître les exportations de blé de 16,6 à 18,8 millions de tonnes de 2002 à 2010 !

Comme les États-Unis ont supprimé toutes les mesures de maîtrise de la production depuis 1996 (gel des terres, stockage public, subventions au stockage à la ferme), les prix mondiaux se sont effondrés. Washington a dû quadrupler ses aides directes de 1996 à 2000, et les re-coupler largement, pour une période de dix ans, dans le Farm Bill de 2002. D’où le dumping accru du Nord sur les pays du Sud, facilité par le désarmement douanier imposé à ces derniers par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, malgré les marges de manœuvre autorisées par l’AsA. Résultat pour eux : un déficit agroalimentaire croissant car les prix de leurs produits tropicaux se sont effondrés à un moment où la non-rentabilité de leurs cultures vivrières, conséquence du dumping des pays développés, les incitait à développer les cultures d’exportation.

Un cas d’école est fourni par les importations de blé de l’Afrique noire, qui ont augmenté de 35 % entre 1996 et 2000, alors que leur valeur à l’importation baissait de 13 %. Elles ont même crû de 84 % au Burkina Faso pour une facture n’augmentant que de 16 %. Ce dumping vivrier a poussé l’Afrique de l’Ouest francophone à accroître fortement sa production de coton, pour laquelle elle dispose d’un net avantage comparatif, les coûts de production y étant les plus faibles du monde (lire André Linard, « Le coton africain sinistré », Le Monde diplomatique, septembre 2003). Mais l’effondrement du prix du coton, provenant moins de l’importance des aides (pas nouvelles) aux producteurs américains et européens (mais aussi chinois) qu’à la suppression de la maîtrise de l’offre aux États-Unis depuis 1996, a entraîné une perte annuelle de 200 millions de dollars de 1997 à 2001 pour l’Afrique de l’Ouest (2).

C’est parce que les aides directes de l’Union européenne seront réputées couplées début 2004, à l’issue de la « clause de paix » (article 13 de l’AsA), donc astreintes à réduction à l’OMC, que M. Franz Fischler a fini par convaincre le conseil des ministres de l’agriculture de réformer la PAC le 26 juin 2003. La réforme consiste à découpler totalement ces aides, au prétexte que le nouveau « paiement unique par exploitation » - égal au montant moyen des aides directes reçues de 2000 à 2002 - sera versé sans que les bénéficiaires soient obligés de produire, ou s’ils produisent autre chose que les produits les ayant justifiées : céréales et oléoprotéagineux (COP), viandes bovine et ovine.

Prétendre que ces paiements seront sans effet sur la production ou sur les prix est une énorme supercherie ! La plupart des négociateurs du Sud et l’ensemble des organisations non gouvernementales (ONG) du Nord et du Sud en sont désormais conscients, mais les États-Unis et l’Union s’accrochent à ce subterfuge puisque l’AsA l’autorise.

L’Union devrait cependant déchanter rapidement. D’abord parce que la majorité de la production de céréales et oléoprotéagineux étant destinée à l’alimentation du bétail (108 millions de tonnes de céréales, 12,6 millions de tonnes de son et 18,3 millions de tonnes d’oléoprotéagineux en 1999-2000), il s’agit bien d’aides aux intrants, donc d’aides couplées et astreintes à réduction, selon l’article 6.2 de l’AsA pour les pays développés. Leur découplage total n’y changera rien pour les agriculteurs qui continueront à produire des COP. La production de volaille et de porc sera aussi attaquable pour dumping, puisque les aliments du bétail y représentent plus de 50 % du coût de production.

Ensuite parce que les aides de la « boîte verte » (aides autorisées) seront elles-mêmes facilement attaquables à l’OMC dès 2004 en prouvant le dommage réel dû à leur effet de dumping (3). Le combat dérisoire de M. Fischler pour abriter les aides PAC dans cette « boîte verte » de l’OMC est donc perdu d’avance, et la nouvelle réforme est caduque avant d’avoir été mise en œuvre.

La stratégie des Quinze en vue de réformer la PAC et l’AsA est totalement dictée par les firmes agroalimentaires. La Confédération des industries agroalimentaires de l’Union (CIAA) (4) déclarait ainsi, le 19 juin 2003, qu’elle « juge trop ambitieuse l’élimination envisagée des restitutions à l’exportation [de 45 %]. Tant qu’il y aura des différences entre les prix payés par les industriels sur les marchés mondiaux et sur le marché communautaire, les restitutions seront nécessaires ».

Invité le même jour par cette Confédération, le commissaire Lamy la comblait d’aise : « L’industrie agroalimentaire a le privilège de bénéficier de trois commissaires : Franz Fischler au titre de l’agriculture, Erkki Liikanen pour l’industrie, et votre serviteur sur les questions de commerce international (...). Les négociations de l’OMC devront permettre à nos produits de bénéficier de la baisse des tarifs. J’espère compter sur vos suggestions lorsque nous en viendrons à identifier les priorités à cet égard. »

Enfin, et c’est le plus désolant, les gouvernements du Sud se sont laissés berner en se battant davantage pour l’ouverture des marchés du Nord que pour la défense de leur marché intérieur contre le dumping du Nord, pour peu qu’ils puissent protéger à l’importation quelques produits vivriers de base. Cette stratégie a échoué : elle s’est soldée par un déficit agroalimentaire accru et n’a profité qu’aux multinationales.

Lucides, la Via Campesina (qui regroupe environ soixante-dix mouvements paysans dont, en France, la Confédération paysanne) et le Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest (Roppa) déclaraient le 17 juillet 2001 : « La priorité des paysans et de leurs familles dans les pays les moins avancés (PMA) est de pouvoir produire pour leur famille, puis d’avoir accès au marché intérieur, bien avant d’exporter. » Ce n’est malheureusement pas la position que prennent les gouvernements des PMA dans les négociations internationales.

Pour empêcher l’aggravation de la faim au Sud et la mort des campagnes au Nord, la PAC et l’AsA doivent être reconstruits sur le principe de la souveraineté alimentaire, sans dumping d’aucune sorte. Sans souveraineté alimentaire, c’est-à-dire sans protection aux importations, il ne saurait y avoir de développement global des pays du Sud, où les agriculteurs sont encore majoritaires. Et sans ce développement, les pays du Nord ne pourront y exporter des produits et services à haute valeur ajoutée. L’Union européenne aurait intérêt à défendre cette stratégie, notamment à Cancun, car ses exportations subventionnées ne représentent que 10 % de sa production de céréales et de produits laitiers, 8 % de sa production de viandes et 30 % de sa production de sucre. Ce n’est pourtant pas le chemin qu’elle prend...

Jacques Berthelot.

(1) Lire L’Agriculture, talon d’Achille de la mondialisation. Clés pour un Accord agricole solidaire à l’OMC, L’Harmattan, Paris, 2001 ; « Pourquoi et comment la libéralisation des échanges agricoles affame les paysans du Sud et marginalise ceux du Nord », dans Cetim, Via Campesina, Une alternative paysanne à la mondialisation néolibérale, Genève, octobre 2002. Contact : berthelot@ensat.fr. Consulter aussi www.solidarite.asso.fr/actions/Agri....

(2) Daryll Ray, Notice to Mali farmers : Forget subsidy levels. Focus on lack of policies to limit production, APAC, université du Tennessee ; Louis Goreux, Préjudices causés par les subventions aux filières de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, ministère des affaires étrangères, Paris, mars 2003. (

3) Didier Chambovey, « How the Expiry of the Peace Clause Might Alter Disciplines on Agricultural Subsidies in the WTO Framework », Journal of World Trade, 36 (2) : 305-352, 2002.

(4) CIAA : www.ciaa.be

* voir Énergie



Juste une précision : on parle (surtout) beaucoup de la faim* dans le monde... Aujourd'hui, la seule (juste) répartition, entre tous les hommes vivant sur notre planète, de la totalité de la production annuelle de céréales produitesdans le monde (stockées et pourrissant finalement) pourrait fournir près de 2 300 calories (2 850, si on y ajoute les viandes stockées pareillement, pourrissant tout pareil) par jour et pour chacun des hommes peuplant notre planète... De quoi, nous rendre tous obèses !

Régler le problème de la faim dans le monde ne dépendra pas d’un emplâtre technique comme celui qu’on veut nous faire gober avec les OGM ou avec le sac de riz de M. Kouchner en Somalie…C’est un problème sociopolitique… C’est donc un problème qui ne sera réglé que par la volonté des politiques qui n’en n’ont guère et par celle des sociétés, de plus en plus maintenues dans un mutisme assourdissant. C'est peut-être la raison que certains d'entre eux s'équipent de sonotones, à moins que de ces problèmes et d'autres, ils ne s'en branlent ?

Pour vaincre la morosité envahissante liée aux concepts jubilatoires de la pensée unique, je vous suggère de découvrir ou redécouvrir les écrits de Jacques Ellul, entre autres.

____________________

* En oubliant de mentionner que le secours catholique ou les restaurants du cœur suppléent largement les carences de l’État. Sinon la faim, au moins la malnutrition frappe cruellement les miséreux dans notre pays… Difficile de leur venir en aide, si, comme on nous le laisse entendre, il faudra s’acquitter de l’amende de 10 euros par personne pour payer les malversations du Débit Lyonnais** dans l’affaire « executive life ». La fraternité a bon dos quand elle enrichit François P. !

Cela écrit, quand on analyse les propos sarkostiques d’Elliott Nénesse***, le ministre des prohibitions diverses, qu’il martèle au cours d’une émission sinon pour convaincre, au moins pour conditionner, on ne peut guère se déclarer surpris du comportement de nos pâristocrates pour lesquels : les principaux choix de sociétés sont irrévocables, le libéralisme immuable, la misère et le chômage, qui vont avec, irréversibles… Il faudra bien s’adapter et s’en accommoder, sans colère, ni révolte… Car ce ministre et ses pandores veillent !

** Quand en septembre 2005, LCL fort d'un nouveau logo et néanmoins dispendieux et de son mariage avec le Crédit agricole a fait une rentrée fracassante à grand renfort de pubs dispendieuses sans doute aussi, sur toutes nos chaînes, dans tous nos journaux, ce ne furent que louanges et autres vœux. Tout le monde avait semble-t-il oublié que nous, les petits contris-butaires-buables, nous continuions d'en payer les dettes. C'est vrai qu'à la fin, c'est normal qu'on nous prenne pour ce que nous sommes finalement, des C... et le temps ne fait rien à l'affaire !

*** L'affaire EADS, la banque




Ce ne sont pas les boulets d'un cheval, mais les genoux d'un enfant !
(Pâturons ou "cannons")
Pour manger, un salarié sur dix a recours aux associations / par F. Tassel - Libération - 17 juin

Une étude CSA pour les banques alimentaires souligne une paupérisation croissante.

Plus fort que bien des discours sur la paupérisation des classes populaires et moyennes, ces chiffres issus d'une enquête réalisée auprès des personnes faisant appel aux banques alimentaires (1) : une personne sur dix est salariée, 16 % touchent une retraite, 67 % d'entre elles disposent d'un logement durable, 24 % sont hébergées, une personne sur dix seulement vit sans logement.


Ces données démontent l'idée reçue qui voudrait que les personnes ayant des difficultés à se nourrir soient toutes exclues et privées des besoins élémentaires. " Les couches de la population ayant recours à l'aide alimentaire augmentent. C'est le constat d'un environnement social dégradé, voire délabré ", lâche Pierre de Poret, président de la Fédération française des banques alimentaires (FFBA).

Allongement. Parmi les catégories dont les besoins sont croissants, figurent les familles monoparentales, dont une sur quatre fréquente le réseau de la FFBA. Les femmes vivant seules avec un jeune enfant et se débrouillant avec un petit boulot sont les plus nombreuses. Une autre partie des habitués de ce type d'aide sont les moins de 26 ans (notamment en Ile-de-France) et les plus de 70 ans. Catégories les plus fragilisées de la population. L'allongement de la durée de l'appel à cette aide est un autre signal fort : une personne sur deux y a recours depuis plus d'un an, et une sur trois se fait aider depuis plus de deux ans. Un dernier chiffre : 72 % des personnes accueillies sont françaises.

La demande croissante des agriculteurs interpelle aussi la FFBA. " La pauvreté dans les zones rurales semble bel et bien progresser, relève Pierre de Poret. Il semble que les solidarités traditionnelles de la famille et du voisinage jouent moins. L'isolement y est plus grand que par le passé. " À la campagne apparaît une demande d'aide qui va au-delà de la nourriture.

Selon l'étude du CSA, " huit associations sur dix ont mis en avant un objectif dépassant le cadre de l'aide alimentaire, comme l'aide à l'intégration sociale, à la reconstruction personnelle ou aux soins de santé ". Certaines personnes viennent dans le réseau des banques alimentaires pour signaler une détresse sociale ou financière.

Même si le besoin alimentaire n'apparaît pas prioritaire, les associations donnent de la nourriture pour que la personne réalise une économie sur ce poste budgétaire, permettant ainsi de faire face à d'autres dépenses comme le loyer ou l'achat de vêtements.

Symptômes d'une crise sociale profonde, bien des associations ont dû élargir leur périmètre d'intervention au-delà du seul don de nourriture.

Soutien scolaire. Elles fournissent aussi des vêtements, donnent des conseils pour des démarches administratives, pratiquent le soutien scolaire, ou encore proposent des ateliers (bricolage, couture, lecture). " D'ailleurs, souligne Pierre de Poret, les associations demandent une aide plus grande de la part des collectivités territoriales, car elles ont le sentiment d'assurer une part de l'aide sociale qui incombe à l'État. "

(1) Étude réalisée par l'institut CSA du 6 au 15 avril 2006 auprès de 4 112 associations travaillant avec les 79 Banques alimentaires réparties sur tout le territoire. Chaque association aide 138 personnes par mois.




La faim gagne du terrain.

J. Diouf invite les dirigeants mondiaux à honorer leurs engagements.

30 octobre 2006, Rome - Faisant remarquer que les promesses ne donnent guère à manger, M. Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, a invité aujourd'hui les dirigeants mondiaux à honorer les engagements pris en 1996.

Dix ans après le Sommet mondial de l'alimentation (SMA) qui s'est tenu à Rome cette année-là et qui promettait de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde d'ici à 2015, ce nombre est aujourd'hui plus élevé dans les pays en développement - 820 millions - qu'il ne l'était en 1996, a déclaré M. Diouf.

"Loin de diminuer, le nombre de personnes affamées dans le monde est en train d'augmenter - au rythme de 4 millions par an", a ajouté M. Diouf qui prenait la parole lors du lancement du rapport annuel de la FAO : " L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde " (SOFI 2006).

Les dirigeants des 185 pays présents au SMA avaient qualifié la faim dans le monde d'"inacceptable et intolérable", a rappelé M. Diouf. "Aujourd'hui, je suis profondément navré d'avoir à annoncer que la situation est toujours intolérable et inacceptable - d'autant plus que dix années se sont écoulées."

"Expédier les affaires courantes n'est plus de mise", a souligné M.Diouf. L'incapacité d'atteindre l'objectif du SMA serait "scandaleuse", a-t-il ajouté.

Recul insignifiant

Selon le SOFI, les 820 millions d'êtres humains victimes de sous-alimentation dans les pays en développement représentent une réduction insignifiante de trois millions par rapport au chiffre de référence de 823 millions relatif à la période 1990-1992 et pris en compte par le SMA.

Cependant, les résultats sont encore plus déplorables si on les compare au total de 1996 de quelque 800 millions, ce qui correspond à un accroissement de 23 millions.

Honorer l'engagement du Sommet signifierait une diminution du nombre de personnes sous-alimentées de 31 millions chaque année jusqu'en 2015, alors que ce nombre est en train de grimper au rythme d'environ 4 millions par an.

Néanmoins, au cours des dix dernières années, la proportion de personnes victimes de la faim dans les pays en développement a reculé par rapport à la croissance démographique, indique le SOFI.

Une personne sur cinq dans les pays en développement était sous-alimentée en 1990-92, chiffre qui s'établit actuellement à 17 pour cent.

L'Objectif du Millénaire

Les projections de la FAO suggèrent qu'on pourrait assister à une autre diminution de 17 à 10 pour cent au cours des neuf prochaines années. Cela signifie que le monde s'est engagé sur la bonne voie pour réaliser l'Objectif du Millénaire relatif à la réduction de la faim", selon le rapport.

Néanmoins, le nombre total de personnes sous-alimentées dans les pays en développement en 2015 est projeté à 582 millions, soit 170 millions de plus que l'objectif du Sommet mondial de l'alimentation de 412 millions.

Plus de la moitié de ces personnes serait concentrée en Asie du Sud et de l'Est (respectivement 203 millions et 123 millions). L'Afrique subsaharienne compterait 179 millions d'affamés, soit plus du double de l'objectif fixé par le SMA.

Profondes disparités

Les tendances mondiales de réduction de la faim masquent des disparités profondes entre les régions, indique le rapport.

A titre d'exemple, les régions Asie-Pacifique et Amérique latine-Caraïbes ont vu une réduction globale à la fois du nombre et de la prévalence de personnes sous-alimentées.

En Afrique subsaharienne, "la tâche qui incombe à la région reste imposante", selon le rapport. La région compte actuellement 206 millions d'affamés, près de 40 millions de plus qu'en 1990-92.

L'objectif du SMA est encore atteignable si l'on prend des mesures concrètes et concertées, fait remarquer le SOFI.

Le rapport préconise une approche sur deux fronts insistant sur des actions directes contre la faim et mettant l'accent sur le développement agricole et rural.



Les points chauds

Le rapport énumère une série d'autres mesures nécessaires à l'éradication de la faim dans le monde pour les années à venir.

À cet égard, citons : cibler les programmes et investissements dans les points chauds de la pauvreté et de la sous-alimentation; accroître la productivité des petites exploitations agricoles; créer de bonnes conditions pour les investissements privés (transparence, bonne gouvernance); faire bénéficier les pauvres du commerce mondial, avec des filets de sécurité pour les groupes vulnérables; porter le niveau de l'APD à 0,7 % du PIB.

"Il nous faut redoubler d'efforts pour atteindre le but de réduction de la faim du SMA. Cela n'est possible qu'en présence d'une volonté politique", conclut le rapport.




Jean Ziegler : "Nous allons vers une reféodalisation du monde"

Dans son nouvel essai, L'Empire de la honte (Fayard), qui paraît le 10 mars, le sociologue et intellectuel subversif genevois - aujourd'hui rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation de la commission de l'ONU pour les droits de l'homme - part à l'attaque des "sociétés transcontinentales privées". Accusées d'entretenir la famine, de détruire la nature et de subvertir la démocratie, elles étendent leur emprise sur le monde et veulent réduire à néant les conquêtes des Lumières. Pour leur résister, il faut retrouver l'esprit de la Révolution française et relever la tête, comme le fait déjà au Brésil le président Lula da Silva.

Votre livre s'intitule L'Empire de la honte. Quel est cet empire ? Pourquoi "de la honte" ? Quelle est cette honte ?

Jean Ziegler : Dans les favelas du nord du Brésil, il arrive aux mères, le soir, de mettre de l'eau dans la marmite et d'y déposer des pierres. À leurs enfants qui pleurent de faim elles expliquent que "bientôt le repas sera prêt…", tout en espérant qu'entre-temps les enfants s'endormiront. Mesure-t-on la honte éprouvée par une mère devant ses enfants martyrisés par la faim et qu'elle est incapable de nourrir ?

Or l'ordre meurtrier du monde - qui tue de faim et d'épidémie 100 000 personnes par jour - ne provoque pas seulement la honte chez ses victimes, mais aussi chez nous, Occidentaux, Blancs, dominateurs, qui sommes complices de cette hécatombe, conscients, informés et, pourtant, silencieux, lâches et paralysés. L'empire de la honte ? Ce pourrait être cette emprise généralisée du sentiment de honte provoqué par l'inhumanité de l'ordre du monde. En fait, il désigne l'empire des entreprises transcontinentales privées, dirigées par les cosmocrates. Les 500 plus puissantes d'entre elles ont contrôlé l'an passé 52 % du produit mondial brut, c'est-à-dire de toutes les richesses produites sur la planète.

Dans votre livre, vous parlez d'une "violence structurelle". Qu'entendez-vous par là ?

Jean Ziegler : Dans l'empire de la honte, gouverné par la rareté organisée, la guerre n'est plus épisodique, elle est permanente. Elle ne constitue plus une crise, une pathologie, mais la normalité. Elle n'équivaut plus à l'éclipse de la raison - comme le disait Horkheimer -, elle est raison d'être même de l'empire. Les seigneurs de la guerre économique ont mis la planète en coupe réglée. Ils attaquent le pouvoir normatif des États, contestent la souveraineté populaire, subvertissent la démocratie, ravagent la nature, détruisent les hommes et leurs libertés. La libéralisation de l'économie, la "main invisible" du marché sont leur cosmogonie ; la maximalisation du profit, leur pratique. J'appelle violence structurelle cette pratique et cette cosmogonie.

Parlez également d'une "agonie du droit". Que veut dire cette formule ?

Jean Ziegler : Désormais, la guerre préventive sans fin, l'agressivité permanente des seigneurs, l'arbitraire, la violence structurelle règnent sans entraves. La plupart des barrières du droit international s'effondrent. L'ONU elle-même est exsangue. Les cosmocrates sont au-dessus de toute loi. Mon livre fait le récit de l'effondrement du droit international, citant de nombreux exemples tirés directement de mon expérience de rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation.

Vous qualifiez la famine d'"arme de destruction massive". Quelles solutions préconisez-vous ?

Jean Ziegler : Avec la dette, la faim est l'arme de destruction massive qui sert aux cosmocrates à broyer - et à exploiter - les peuples, notamment dans l'hémisphère Sud. Un ensemble complexe de mesures, immédiatement réalisable et que je décris dans le livre, pourrait rapidement mettre un terme à la faim. Il est impossible de les résumer en une phrase. Une chose est certaine : l'agriculture mondiale, dans l'état actuel de sa productivité, pourrait nourrir le double de l'humanité d'aujourd'hui. Il n'existe donc aucune fatalité : la faim est faite de main d'homme.

Certains pays sont écrasés, dites-vous, par une "dette odieuse". Qu'entendez-vous par "dette odieuse" et quelles solutions préconisez-vous ?

Jean Ziegler : Le Rwanda est une petite république paysanne de 26 000 km2, située sur la crête de l'Afrique centrale séparant les eaux du Nil et du Congo, et cultivant le thé et le café. D'avril à juin 1994, un génocide effroyable, organisé par le gouvernement hutu allié à la France de François Mitterrand, a provoqué la mort de plus de 800 000 hommes, femmes et enfants tutsis. Les machettes ayant servi au génocide ont été importées de Chine et d'Egypte, et financées, pour l'essentiel, par le Crédit Lyonnais. Aujourd'hui, les survivants, des paysans pauvres comme Job, doivent rembourser aux banques et aux gouvernements créanciers jusqu'aux crédits qui ont servi à l'achat des machettes des génocidaires. Voilà un exemple de dette odieuse. La solution passe par l'annulation immédiate et sans contrepartie ou, pour commencer, par un audit de celle-ci, comme le préconise l'Internationale socialiste ou comme l'a fait au Brésil le président Lula, pour ensuite la renégocier poste par poste. Dans chaque poste, il y a en effet des éléments délictueux - corruption, surfacturation, etc. - qui doivent être réduits. Des sociétés internationales d'audit, comme PriceWaterhouseCooper ou Ernst & Young, peuvent tout à fait s'en charger, comme elles se chargent, chaque année, de vérifier les comptes des multinationales.

Vous citez à plusieurs reprises le président Lula da Silva comme modèle. Qu'est-ce qui vous inspire cette considération dans son action ?

Jean Ziegler : J'éprouve à la fois de l'admiration et de l'inquiétude en considérant les objectifs politiques et l'action du président Lula : de l'admiration parce qu'il est le premier président du Brésil à accepter de reconnaître que son pays compte 44 millions de citoyens gravement et en permanence sous-alimentés et à vouloir mettre un terme à cette situation inhumaine ; de l'inquiétude, aussi, parce qu'avec une dette extérieure de son pays de 235 milliards de dollars Lula n'a pas les moyens d'en finir avec cette situation.

Dans votre livre vous parlez également d'une "reféodalisation du monde". Qu'entendez-vous par là?

Jean Ziegler : Le 4 août 1789, les députés de l'Assemblée nationale française ont aboli le régime féodal. Leur action a eu un retentissement universel. Or, aujourd'hui, nous assistons à un formidable retour en arrière. Le 11 septembre 2001 n'a pas seulement fourni à George W. Bush l'occasion d'étendre l'emprise des États-Unis sur le monde, l'événement a aussi justifié la mise en coupe réglée des peuples de l'hémisphère Sud par les grandes sociétés transcontinentales privées.

Dans votre livre, vous faites très souvent référence à la Révolution française et à certains de ses protagonistes (Danton, Babeuf, Marat…) : en quoi estimez-vous qu'elle a encore quelque chose à apporter, deux siècles après et dans un monde bien différent ?

Jean Ziegler : Lisez les textes ! Le Manifeste des Enragés de Jacques Roux fixe l'horizon de tout combat pour la justice sociale planétaire. Les valeurs fondatrices de la république, mieux, de la civilisation tout court, datent de l'époque des Lumières. Or l'empire de la honte détruit jusqu'à l'espérance de la concrétisation de ces valeurs.

Dans votre livre, vous reprochez à la guerre globale contre le terrorisme de détourner des ressources nécessaires à d'autres combats plus importants, comme celui contre la faim. Pensez-vous que le terrorisme soit une fausse menace, cultivée par quelques États ? Si oui, qu'est-ce qui vous le fait penser ? Pensez-vous que cette menace n'est pas réelle ou qu'elle mérite un traitement différent ?

Jean Ziegler : Le terrorisme d'États des Bush, Sharon, Poutine… est aussi détestable que le terrorisme groupusculaire du Djihad islamique ou d'autres fous sanguinaires de ce type. Ce sont les deux faces d'une même barbarie. Elles sont bien réelles l'une et l'autre, puisque Bush tue et que Ben Laden tue. Le problème est l'éradication du terrorisme : il ne peut se faire que par un bouleversement total de l'empire de la honte. La justice sociale planétaire seule pourra couper les djihadistes de leurs racines et priver les laquais des cosmocrates des prétextes de leurs ripostes.

En 2002, vous avez été nommé rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation. Quelle réflexion avez-vous tirée de cette mission ?

Jean Ziegler : Mon mandat est passionnant : dans une totale indépendance - responsable devant l'Assemblée générale de l'ONU et la commission des droits de l'homme -, je dois rendre justiciable, par le droit statutaire ou conventionnel, un nouveau droit de l'homme : le droit à l'alimentation. C'est un travail de Sisyphe ! Il progresse millimètre par millimètre. Le lieu essentiel de ce combat, c'est la conscience collective. Longtemps, la destruction des êtres humains par la faim a été tolérée dans une sorte de normalité glacée. Aujourd'hui, elle est considérée comme intolérable. L'opinion fait pression sur les gouvernements et les organisations interétatiques (OMC, FMI, Banque mondiale, etc.) afin que des mesures élémentaires soient prises pour abattre l'ennemi : réforme agraire dans le tiers-monde, prix convenables payés pour les produits agricoles du Sud, rationalisation de l'aide humanitaires en cas de brusques catastrophes, fermeture de la Bourse des matières premières agricoles de Chicago, qui spécule à la hausse sur les principaux aliments, lutte contre la privatisation de l'eau potable, etc.

Dans votre livre, vous apparaissez comme un défenseur de la cause "altermondialiste", voire comme un porte-parole de ce mouvement. Comment se fait-il que vous interveniez si rarement dans les manifestations "alter" et que l'on ne vous considère généralement pas comme un intellectuel "alter" ?

Jean Ziegler : Comment donc ? J'ai parlé devant 20 000 personnes au "Gigantino" de Porto Alegre en janvier 2003. Je me sens comme un intellectuel organique de la nouvelle société civile planétaire, de ses multiples fronts de résistance, de cette formidable fraternité de la nuit. Mais je reste fidèle aux principes de l'analyse révolutionnaire de classe, à Jacques roux, Babeuf, Marat et Saint-Just.

Vous semblez attribuer tous les malheurs du monde aux multinationales et à une poignée d'États (États -Unis, Russie, Israël…) : n'est-ce pas un peu réducteur ?

Jean Ziegler : L'ordre du monde actuel n'est pas seulement meurtrier, il est également absurde. Il tue, détruit, massacre, mais il le fait sans autre nécessité que la recherche du profit maximal pour quelques cosmocrates mus par une obsession du pouvoir, une avidité illimitée. Bush, Sharon, Poutine ? Des laquais, des auxiliaires. J'ajoute un post-scriptum sur Israël : Sharon n'est pas Israël. Il est sa perversion. Michael Warshavski, Lea Tselem, les "Rabbins pour les droits de l'homme" et maintes autres organisations de résistance incarnent le véritable Israël, l'avenir d'Israël. Ils méritent notre totale solidarité.

Pensez-vous que la morale a sa place dans les relations internationales, qui sont plutôt dictées par les intérêts économiques et géopolitiques ?

Jean Ziegler : Il n'y a pas le choix. Ou bien vous optez pour le développement et l'organisation normative ou bien vous choisissez la main invisible du marché, la violence du plus fort et l'arbitraire. Pouvoir féodal et justice sociale sont radicalement antinomiques. "En avant vers nos racines", exige le marxiste allemand Ernst Bloch. Si nous ne restaurons pas de toute urgence les valeurs des Lumières, la République, le droit international, la civilisation telle que nous l'avons bâtie depuis deux cent cinquante ans en Europe vont être recouverts, engloutis par la jungle.

Depuis le départ des talibans, le Moyen-Orient et le monde arabo - musulman semblent parcourus par une vague de démocratisation plus ou moins spontanée (élections en Afghanistan, en Irak, en Palestine, ouverture de la présidentielle à d'autres candidats en Égypte…). Comment jugez-vous cela et pensez-vous que la démocratie puisse s'exporter dans ces pays ? Où croyez-vous qu'ils sont condamnés à avoir des régimes despotiques ?

Jean Ziegler : Il ne s'agit pas "d'exporter la démocratie". Le désir d'autonomie, de démocratie, de souveraineté populaire est consubstantiel à l'être humain, quelle que soit la région du monde où il est né. Mon ami le grand sociologue syrien Bassam Tibi veut une existence en démocratie et y a droit. Or, depuis trente ans, il vit en Allemagne, en exil de la dictature effroyable qui sévit dans son pays. Elias Sambar, écrivain palestinien, un autre de mes amis, a droit à une Palestine libre et démocratique, non pas à une Palestine occupée, ni à une vie sous la férule d'islamistes obscurantistes. Tibi, Sambar et moi voulons la même chose et y avons droit : la démocratie. Le problème : la guerre froide, l'instrumentalisation des régimes en place par les grandes puissances, enfin la lâcheté des démocrates occidentaux, leur manque de solidarité active et réelle font que les tyrans du Moyen-Orient, d'Arabie Saoudite, d'Égypte, de Syrie, du Golfe, d'Iran ont pu durer jusqu'à aujourd'hui.

Gian Paolo Accardo²




Agreste produit et publie des statistiques et études sur l'agriculture, la forêt, les industries agroalimentaires, l'occupation du territoire,...





« La faim est un crime contre l’humanité », par Jean Ziegler

Comment parler de la faim dans le monde sans parler de Jean Ziegler, homme politique et sociologue suisse. Il a été rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde, de 2000 à 2008. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dans lesquels il analyse notamment cette question (dont L’Empire de la honte), et est également connu pour cette phrase : « l’agriculture mondiale peut aujourd’hui nourrir 12 milliards de personnes [...] donc les enfants qui meurent de faim sont assassinés. »

Jean Ziegler : « La faim est un crime contre l’humanité »

Sur une invitation de La Voix du Nord, Jean Ziegler, spécialiste de la question alimentaire dans le monde à l’ONU, est venu à Lille pour répondre à nos questions. Un milliard de personnes souffrent de malnutrition. Le constat ne fait qu’empirer depuis la crise. Dans l’indifférence. [Source : La Voix du Nord, mars 2012]

Quel est l’état de la situation de la faim dans le monde aujourd’hui ?

« C’est LE scandale. Un meurtre collectif. Selon le rapport sur l’insécurité alimentaire dans le monde de la FAO (Food and Agriculture Organization), l’année dernière, toutes les cinq secondes, un enfant de moins de 10 ans est mort de faim ; 37 000 personnes par jour ; et près d’un milliard – sur les sept milliards que nous sommes – sont en permanence gravement sous-alimentées. Le même rapport, qui n’est contesté par personne, dit que l’agriculture mondiale en l’état actuel de ses forces de production pourrait nourrir – à raison de 2 200 calories par jour selon les critères de l’Organisation mondiale de la santé – 12 milliards d’êtres humains, c’est-à-dire presque le double de l’humanité ! »

Aujourd’hui, il est donc possible d’enrayer la faim dans le monde… « Il n’y a pas de fatalité. Un enfant qui meurt de faim est assassiné. Le problème de la destruction de millions d’êtres humains par la faim est dû à des mécanismes qui sont le fait de mains d’hommes – ce que j’appelle l’ordre cannibale du monde – et qui peuvent être détruits par les hommes aussi. »

Pourquoi meurt-on encore de faim aujourd’hui ?

« Il y a la faim structurelle et la faim conjoncturelle. La structurelle, c’est la destruction implicite due au développement insuffisant des forces de production, un sous-développement d’une société, la faim invisible qui tue. La faim conjoncturelle, c’est quand une société, une économie, implose. Suite à une guerre, comme au Darfour, ou à une catastrophe climatique. »

Un enfant malnutri est condamné à vie, pourquoi ?

«Il y a une reproduction biologique de la malédiction par la faim. Des millions de mères sous-alimentées donnent naissance à des millions d’enfants sous-alimentés, ce sont des crucifiés de naissance, c’est la sous-alimentation fétale. La moitié des femmes du Mali ne peuvent allaiter par sous-alimentation. Un enfant entre 0 et 2 ans, qui n’a pas une nourriture suffisante, ne reviendra jamais à une vie « normale »; car c’est à cet âge que les neurones se forment. S’il est sous-alimenté, il est multilé pour la vie. »

Vous qui côtoyez des chefs d’État, Kofi Annan et Ban ki-moon à l’ONU… Pourquoi n’arrive-t-on pas à résoudre le problème ?

« Un des mécanismes les plus meurtriers à dénoncer, c’est la spéculation actuelle sur les aliments de base, le maïs, le riz et le blé, qui couvrent 75 % de la consommation mondiale. En 2007-2008, les grands spéculateurs ont perdu 85 000 milliards de dollars de valeur patrimoniale dans les bourses financières. Ils ont, du coup, migré vers les bourses de matières premières, notamment agricoles. Ils ont ainsi réalisé des profits astronomiques. Et ce, de manière tout à fait légale. De ce fait, les prix du marché mondial flambent. Tout le monde est d’accord pour dire que la spéculation boursière sur les aliments de base est l’une des raisons principales du massacre collectif. Le prix du maïs a augmenté de 93 % en dix-huit mois ; la tonne de blé meunière a doublé (271 €) en un an ; la tonne de blé philippin a augmenté de 113 %. L’impact dans les bidonvilles du monde est énorme. À Lima, le riz s’achète dans des gobelets maintenant. Et dans la soupe du soir, ce sont quelques grains seulement qui flottent… Les spéculateurs devraient être traduits devant un tribunal, c’est un crime contre l’humanité ! »

Contre la spéculation, n’y a-t-il aucune intention de faire évoluer les choses ?

« Le 5 octobre dernier, Nicolas Sarkozy dit à la télévision qu’au prochain G20 à Cannes la France va s’occuper du contrôle de la spéculation sur les aliments de base; en France, des couches modestes commencent à souffrir de l’augmentation des prix. Trois semaines et demi plus tard, pas une ligne sur cette question de la spéculation. Pourquoi? Parce que les dix géants– Cargill…–, qui contrôlent 85% de la nourriture commercialisé dans le monde sont intervenus, à la Maison Blanche, Paris, Londres. Ils ont le pouvoir, politique, financier… L’an dernier, les 500 plus grandes multinationales contrôlaient 52,8% du produit mondial brut. Cette oligarchie du capital financier mondialisé qui règne en dictateur sur la planète a un pouvoir qu’aucun roi, aucun empereur ou aucun pape n’a jamais eu. Il y a donc bien un problème de reconquête de la souveraineté étatique. Le président de la France, qui est quand même la quatrième puissance économique du monde, s’est mis à genou. Il y a un constat d’impuissance total de ceux qui sont dépositaires de l’intérêt général et du bien public. »

Vous dénoncez également le dumping agricole…

« Oui, l’Union européenne déverse des centaines de milliers de tonnes de surplus agricoles, fruits, légumes, poulets, sur les marchés africains pour la moitié ou le tiers du prix du produit africain équivalent. Et quelques kilomètres plus loin, le paysan local s’épuise au travail, dix heures par jour, avec sa femme et ses enfants, sous un soleil brûlant, et il n’a pas la moindre chance d’arriver à un minimum vital. Le dumping agricole détruit les pays agricoles africains. L’hypocrisie des commissaires de Bruxelles est abyssale. Ils fabriquent la faim en Afrique et refoulent par des moyens militaires les réfugiés de la faim, ceux qui cherchent à atteindre la frontière sud de la forteresse Europe. »

Y a-t-il une volonté de lutter contre ?

« Le 5 octobre dernier, Nicolas Sarkozy dit à la télévision qu’au G20 de Cannes, la France va s’occuper du contrôle de la spéculation sur les aliments de base ; en France, des couches modestes commencent à souffrir de l’augmentation des prix. Trois semaines et demi plus tard, pas une ligne. Pourquoi ? Parce que les dix firmes géantes, qui contrôlent 85 % de la nourriture commercialisée dans le monde, sont intervenues, à la Maison Blanche, à Paris, à Londres… Elles ont le pouvoir politique, financier… Le président de la France, quatrième puissance économique du monde, s’est mis à genoux. Il y a un constat d’impuissance totale. »

Quel a été l’impact de la crise ?

« La crise a fait que les grands pays ont dû renflouer leurs banques et ont biffé pratiquement totalement leurs contributions au Programme alimentaire mondial (PAM), qui fournit l’aide urgente en cas de famine. En 2008, le budget était de 6 milliards de dollars, il est aujourd’hui de 2,8 milliards ! L’affaiblissement de l’ONU sur le terrain est dramatique, ce qui fait qu’en Éthiopie ou en Érythrée, ses fonctionnaires doivent refouler des centaines de personnes, des familles entières, qui veulent accéder aux centres d’alimentation mais qui se retrouvent brutalement dans les savanes…. »

Vous évoquez aussi les agrocarburants…

« Les agrocarburants et l’accaparement des terres. Bolloré, Billegrain… rafflent des milliers d’hectares de terres arables en Afrique pour en faire des matières premières de biocarburants. C’est la banque mondiale qui soutient cet accaparement des terres. Avec une théorie fallacieuse. La productivité des pays africains est très basse. Ça c’est vrai. Un hectare de terre, de mil, de céréales au Sahel ou au Niger donne en temps normal– quand il n’y a pas de crise, ou de sécheresse– donne 600 à 700 kg. En Bretagne, en Normandie, c’est 10000 kg. La banque mondiale dit, il faut donner ces terres à l’étranger pour rentabiliser, donner la possibilité à l’investisseur étranger qui a les capitaux, la technologie, l’accès au marché pour les rentabiliser. Et on chasse les paysans africains et les grandes groupes s’installent avec des crédits de la banque européenne d’investissement, la banque africaine de développement, la banque mondiale…

Pourquoi la productivité est basse dans les pays africains ?

« Parce que 3,8% des terres sont irriguées. Là où la machette est l’instrument de travail depuis des millénaires; pratiquement pas de tracteur; sur tout le continent pour un milliard de personnes 250000animaux de traite… Il faut désentter les pays les plus pauvres pour leur permettre d’investir dans l’irrigation et la semence de leurs paysans. Car ce n’est pas que le paysan n’est pas capable. Il faut affronter la banque mondiale là-dessus. Même mensonge. C’est vrai que le climat se détériore. Mais dire que la solution, pour réduire l’énergie fossile, est de substituer par de l’énergie végétale, c’est un mensonge. Les multinationales répondent par les biocarburants. L’année dernière, les Américains ont brûlé 138millions de tonnes de maïs et des centaines de millions de tonnes de blé. Une directive européenne dit que pour 2020, 10% de toute l’énergie consommée doit être d’origine végétale. Et c’est encore l’Afrique qui souffrirait– 36% des Africains sont gravement sous-alimentés– et c’est à ce continent qu’on imposerait la production de l’énergie végétale. »

Qu’est-ce qui vous scandalise aujourd’hui?

« Ce qui me scandalise, c’est la faim silencieuse. La Corne de l’Afrique, soit 12,4 millions de personnes dans cinq pays (Djibouti, Erythrée, Kenya, Somalie, Ethiopie), qui subissent, depuis avril et pour la cinquième année consécutive, une sécheresse absolument meurtrière. Comme les prix ont augmenté, les pays n’ont pas pu faire de réserves alimentaires et, deuxièmement, le PAM n’a pas suffisamment de moyens pour aider les survivants. Dans la Corne de l’Afrique, des milliers et des milliers de gens meurent à cause de ces différentes causes.

Et maintenant, la tragédie commence au Sahel : cinq pays, trente millions d’habitants. Là aussi, c’est ça qui m’énerve, le crétinisme télévisuel, en quelques secondes, on dit: “À cause de la sécheresse, des gens meurent de faim, à cause de la sécheresse, le Niger est au bord de l’effondrement, etc.” C’est vrai mais derrière la sécheresse, il y a les vraies causes: l’impossibilité pour ces pays de faire et d’acheter des réserves alimentaires. Ils vont de récolte en récolte mais les récoltes s’épuisent en avril. Et même si les pluies de juin et septembre sont importantes, la récolte suivante est en octobre: la soudure est donc de six mois. Pendant ces six mois, il n’y a rien à manger. Alors, il va y avoir des appels contre la faim – évidemment il en faut, ça n’a pas de prix un enfant qui peut manger - il faut l’intervention d’urgence, mais il faut des réformes structurelles pour interdire la spéculation et que les prix sur le marché mondial baissent. Il faut réduire la dette de ces pays. Au Niger, la Banque mondiale a fait une étude de faisabilité pour l’irrigation capillaire de 44000 ha, avec des canaux. Si ce projet se réalisait, on pourrait faire trois récoltes par an et, avec le produit des récoltes, ad vitam aeternam, la population nigérienne serait à l’abri de la faim. Le projet coûter 852 millions de dollars mais le Niger, qui est le deuxième producteur d’uranium du monde, n’a pas le moindre sou. »

On n’entend pas, ou très peu, d’échos dans la campagne présidentielle…

« Je suis sidéré. ça n’intéresse pas les énarques, il y a une inconscience incroyable. Et en plus un mauvais calcul tactique. Je constate que le massacre quotidien de la faim de millions de personnes est le scandale inacceptable de notre temps. Et je suis sûr que les générations suivantes vont regarder notre génération avec une incrédulité totale: comment ont-ils pu tolérer ça ? Comme on regarde aujourd’hui les générations qui ont toléré l’esclavage dans une Europe civilisée, qui avait derrière elle les Lumières. Alors, que ce meurtre collectif ne fasse pas l’objet principal de la campagne présidentielle est incompréhensible d’autant que la France est le pays d’Europe qui comprend la densité la plus forte d’ONG, d’organismes, de gens engagés…

Ici, la pensée de la solidarité internationale est très fortement ancrée dans la conscience collective. Les socialistes scandinaves ont, dans les quinze provinces, un secrétaire national et un international. Et ils gagnent les élections essentiellement sur des arguments de solidarité internationale. Si j’étais un stratège de François Hollande, je lui dirais: un discours sur deux, je le ferais là-dessus, je mobiliserais. Que le principal candidat de gauche ne mobilise pas la conscience de solidarité des Français, qui est réelle, est incompréhensible. »

Y a-t-il des raisons d’espérer ?

« Oui, énormes! Je pense que nous sommes proches de l’insurrection des consciences. Che Guevara a dit: “Les murs les plus puissants s’écroulent par des fissures.” Partout, des fissures apparaissent. Partout, les gens se battent contre les délocalisations, qui est l’incarnation même du néolibéralisme, il y a des résistances… Par exemple, ATTAC, contre le capital financier. Même Nicolas Sarkozy a évoqué la taxe Tobin. Il y a une conscience qui se fait. La spéculation sur les biens alimentaires touche les gens en France maintenant. Il faut montrer aux gens qu’ils ont toutes les armes, qu’il suffit de se baisser et de les ramasser: la mobilisation populaire, le vote et l’exigence citoyenne! Kant a dit: l’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi. Et Bernanos dit Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres. Les responsables du meurtre collectif sont connus, les victimes sont connues, les mécanismes qui tuent aussi, et les armes démocratiques, c’est à moi de les utiliser. Avec la misère qui augmente, le pouvoir d’achat qui baisse, les gens vont se mettre en route et ça peut aller très vite. Les processus révolutionnaires sont très mystérieux. »

Le printemps arabe, aujourd’hui les Indignés… n’est-ce pas le début d’une prise de conscience ?

« Il est vrai que l’explosion du prix de la galette (orge ou maïs), en Egypte a créé l’angoisse et favorisé les revendications de la place Tahrir. L’explosion du prix de la baguette tunisienne dans les régions pauvres a jeté les gens dans la rue qui revendiquaient un contrôle des prix que Ben Ali ne voulait pas accorder. À leur origine, c’était essentiellement des révoltes de la faim, c’est certain. »

Et si vous aviez un message à envoyer au futur président…

« Qu’il agisse pour l’interdiction de la spéculation, du dumping, qu’il combatte la directive européenne sur les agrocarburants et interdise les accaparements de terres par les multinationales d’origine française ; il faut intervenir au FMI pour lutter en faveur du désendettement des pays les plus pauvres et honorer les cotisations à l’aide alimentaire. Tout cela, immédiatement !

Vous savez, on est passé à un millimètre de résoudre ce problème. Pendant la guerre, Hitler a utilisé la faim comme arme d’extermination dans les camps de concentration et pour réduire les peuples occupés. Là, les Européens ont compris que la faim était due à la main de l’homme. Cette expérience ont fait que les Nations unies ont créé le droit à l’alimentation comme le premier droit humain ; ensuite l’Organisation a lancé en 1946 le FAO, puis le programme alimentaire mondial. On est passé à un millimètre de la victoire, de l’élimination de la faim. Et tout de suite après est venue la bipolarisation du monde, la glaciation Est-Ouest puis le néolibéralisme. La pyramide des martyrs ne cesse de croître, c’est la situation dans laquelle nous sommes. »

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Jean Ziegler peut enfin dire «qui sont les canailles»

Source : Le Matin, octobre 2012

TÉMOIGNAGE — «Il y a aujourd’hui assez pour nourrir douze milliards d’êtres humains. Si des gens meurent de faim, c’est à cause de la spéculation, dénonce Jean Ziegler.

«Je peux dire enfin qui sont les canailles», répond le Genevois, interrogé sur ce qui le motive à témoigner encore et toujours sur la faim dans le monde. Pour la sortie de la version allemande son livre «Destruction massive. Géopolitique de la faim», Jean Ziegler fait lundi la Une du Tages-Anzeiger. Il dit avoir consigné ce qu’il a appris de 2000 à 2008 comme rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation.

«Longtemps j’ai dû me taire, parce que j’étais quotidiennement en contact avec des grands groupes, le Fonds monétaire International, la Banque mondiale et de nombreux chefs d’État», explique le sociologue, qui avoue que son silence lui a été pénible. Il s’est même «souvent senti comme un traître», par exemple en rejoignant les paysans mayas guatémaltèques dans sa grosse Toyota blanche frappée aux armes de l’ONU.

De l’espoir tout de même

«Ces gens très pauvres me regardaient les yeux plein d’espérance et je savais que je ne pouvais pas satisfaire leurs espoirs. Lorsque je leur demandais la seule chose qui puisse les aider, je savais que je n’avais aucune chance de faire passer l’idée d’une réforme agraire et que celle-ci serait balayée trois mois plus tard à New York», note l’ancien professeur et politicien genevois.

Jean Zieger dit ne pas être désillusionné pour autant. Son ouvrage, dit-il, est «aussi un livre de l’espoir». Car pour la première fois dans l’Histoire de l’humanité, il serait aujourd’hui possible de nourrir tout le monde.

«Le fait qu’un enfant de moins de 10 ans meurt de famine toutes les cinq secondes et que près d’un milliard d’êtres humains sont fortement sous-alimentés relève du massacre». C’est une sorte de «crime organisé», commente-il.

Pas coupables mais complices

Nous ne sommes pas coupables de cette situation dont nous n’avons pas conscience, admet l’ancien conseiller national socialiste connu pour ses positions altermondialistes. «Mais nous sommes complices en tolérant que des multinationales et des spéculateurs décident chaque jour de qui mangera et vivra et de qui aura faim et mourra».

Questionné sur ce que nous pouvons faire comme individu, Jean Ziegler répond que l’action politique est plus efficace que de faire des dons ou de restreindre sa consommation de viande, même s’«il y a lieu de s’interroger dès lors qu’un quart des céréales produites sert à engraisser le bétail de boucherie».

Il est possible d’agir à l’échelon politique, ajoute-il, «car nous vivons dans une démocratie». «Nous pourrions par exemple faire exclure les non-producteurs et les non-utilisateurs directs de produits alimentaires des bourses aux matières premières.»

« Il faut savoir qu’au moment où les États de la zone euro libéraient 1 700 milliards pour remobiliser le crédit interbancaire, dans le même temps, ils coupaient d’un tiers le financement de l’aide alimentaire d’urgence. Or, 71 millions de personnes dans le monde ne vivent que de cette aide »

Un milliard d’êtres humains sont en permanence gravement sous-alimentés. « Un milliard de crucifiés dès la naissance ! Alors que la FAO indique que l’agriculture mondial peut nourrir sans problème 12 milliards d’êtres humains, soit le double de l’humanité présente. Un enfant qui meurt de faim est assassiné », ajoute le sociologue. « Autrefois, les enfants du Sud mouraient sous l’esclavage et la colonisation. Aujourd’hui, ils meurent sous le capitalisme globalisé », affirme-t-il.

Les Chinois comme les Impérialistes du 19e siècle

«Les paysans travaillent dur», répond Jean Ziegler questionné sur les faibles rendements de l’agriculture en Afrique. «Mais ils n’ont aucun soutien: ni irrigation, ni semences, ni bêtes de trait, pas de tracteur, pas de fertilisants de synthèse, rien de rien».

«Ils ont un grand savoir-faire», mais plutôt que de les aider, on tire prétexte de ce manque de ressources et de rendement pour les déposséder des terres les plus fertiles, explique Jean Ziegler. «Selon la banque mondiale, on leur a déjà pris 41 millions d’hectares de terres arables».

L’arrivée d’investisseurs chinois ne change rien, «au contraire». Ils se comportent en Afrique «comme les Impérialistes occidentaux du 19e siècle». Pour Jean Ziegler, «la Chine est une dictature qui pratique le néo-libéralisme et qui s’est adaptée au mieux au capitalisme prédateur».

«Pékin soutient au Soudan une dictature qui mène une guerre abominable contre son propre peuple», ajoute l’ancien rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Ce «uniquement parce qu’ils s’intéressent aux réserves de pétrole».

Vidéos Jean Ziegler peut enfin dire «qui sont les canailles»






http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/page_accueil_82/donnees_ligne_2.html

Gagner la course à l'alimentation : http://www.infoforhealth.org/pr/prf/fm13edsum.shtml

LA SITUATION MONDIALE DE L'ALIMENTATION ET DE L'AGRICULTURE 2003- 2004
http://www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/006/y5160f/y5160f00.htm

Insectes des denrées alimentaires :
http://www.inra.fr/Internet/Hebergement/OPIE-Insectes/d-insectes.htm

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Assurer la sécurité alimentaire grâce à une agriculture durable
http://www.greenpeace.fr/campagnes/ogm/dossiers/Pretty_Good_fr.pdf

DU BLE AU PAIN : http://www.snv.jussieu.fr/bmedia/blepain/index.htm

Alimentation / Nutrition :
http://agora.qc.ca/encyclopedie/recherche.nsf/resultatsRS?OpenForm&Query=FIELD+Secteur+Contains+Alimentation+/+Nutrition

MALNUTRITION PROTÉINO-ÉNERGÉTIQUE ET AVITAMINOSES :
http://medecinetropicale.fr/cours/malnutrition_proteino_energetique.htm

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Géopolitique de la faim
http://www.cafe-geo.net/cafe2/article.php3?id_article=477

Cours de Nutrition / par le Dr DESPORT / Nutritionniste au CHU de Limoges :
http://www.chu-limoges.fr/nutrition/cours/index.htm

Cahiers de nutrition et de diététique :
http://www.uvp5.univ-paris5.fr/CAMPUS-NUTRITION/cycle2/PolyCycle2.pdf

Carences nutritionnelles / Étiologies et dépistage :
http://disc.vjf.inserm.fr:2010/basisrapports/carences.html

Pauvreté et santé : http://whqlibdoc.who.int/publications/2003/924256236X_fre.pdf

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Les urédiniomycètes : http://cgdc3.igmors.u-psud.fr/microbiologie/urediniomycetes.htm

Nyéléni : forum pour la souveraineté alimentaire, le site /




Articles :


Argentine : soja de Monsanto et faim des peuples indigènes (Toba, Cuarani, Mapuche,...) /
Crise alimentaire : le commerce de la faim /
La faim de l’agro-business ou les ennemis de l’humanité. /
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