[* Ce sont les femelles âgées, peu dérangées et sur des territoires riches qui semblent pouvoir avoir trois jeunes]
Le chevreuil est souvent décrit comme un animal crépusculaire ou nocturne… C’est vrai quand ces animaux sont dérangés ou chassés. Quand ils ne le sont pas, les chevreuils sont, à l’instar des antilopes, des animaux diurnes, passant beaucoup de temps à se nourrir et à se déplacer à la vitesse de 300 à 500 mètres à l’heure.En effet, contrairement aux cerfs qui pâturent des graminées, le chevreuil prélève de-ci, de-là, une herbe, une feuille de ronce, un fragment d’écorce, une bouchée dans un fruit, etc. Quand les chevreuils sont souvent dérangés et qu’ils n’ont alors pas le temps nécessaire à consacrer à leur prise alimentaire (dont il faut préciser qu’elle est peu énergétique et par conséquent qu’elle doit être abondante), le chevreuil se rabat sur des sources alimentaires concentrées. C’est de cette façon que l’on peut constater les dégâts qu’il commet, par exemple en abroutissant des jeunes arbres dans les plantations forestières.
Couchette typique du chevreuil | Moquettes (crottes) de chevreuil |
Un peu nos voisins...À trois cents mètres à peine de la maison et sur un territoire d'une dizaine d'hectares, vit une petite famille de chevreuils qui se montre volontiers, le soir, malheureusement parfois un peu tard pour la photographie :
Le père (22 juillet 2004 / 21 h 41), en pleine période de rut, sur la piste de sa femelle qui avait préalablement pris grand soin de marquer souvent son passage avec des petits pipis… mais qui va pourtant repousser ce brocard pendant une bonne heure avant de faire des huit sous les pommiers. (Avant d'accepter le coït, la femelle de chevreuil court longuement devant le mâle en faisant des ronds ou de huits d'une dizaine de mètres de diamètre).
La mère (13 juillet 2004 / 21 h 00), inquiète ou attentive à la sortie du mâle. Elle est en chaleur et vient de marquer toute la lisière du bois de ses odeurs. Aussitôt qu'elle apercevra le mâle, elle ira à sa rencontre et le fera courir pendant un bon moment avant de s'éclipser dans les bois pour une saillie. Cette femelle a eu trois chevreaux au mois de mai. Elle nous les présentera le surlendemain. J'avais rencontré un des jeunes au cours du mois de juin en observant des engoulevents.
Le fils de l'année précédente (16 juillet 2004 / 21 h 18) et (17 juillet 2004 / 21 h 47). Sa sœur a été braconnée au mois de juin, exactement à l'heure où les engoulevents commencent à ronronnéer et cela à moins de deux cents mètres de nous.
 Brocard (le père) |  Femelle (la mère... sans ses trois petits de l'année, restés dans le bois) |
 Jeune mâle d'un an |  Jeune mâle d'un an (le même, sinon son frère) |
Vous avez dit régulation…Chaque année, et conformément au plan de chasse établi pour une population de chevreuils sur un territoire donné, un certain nombre d'individus sont tués au cours de battues. Ce mode de chasse est le plus souvent pratiqué. Il consiste à faire courir des animaux afin qu'ils traversent une ligne de tir.
En général, les plans de chasse privilégient le tir des mâles et / ou des femelles bréhaignes. Le tir sélectif est toujours possible sur des animaux arrêtés et parfaitement identifiables, à la condition de disposer d'une bonne paire de jumelles ou d'une lunette. En effet, il est toujours difficile d'identifier le genre d'un chevreuil distant d'une centaine de mètres, même à l'arrêt.
Squelette d'un chevreuil blessé par balle**... probablement au cours d'une battue et perdu... [** un genou pulvérisé] | Mais lorsque les animaux courent et sautent, quand les mâles ont perdu leurs bois, il devient tout à fait faux de dire que l'on peut en trois ou quatre secondes identifier le sexe et l'âge de l'animal qui passe à portée de tir, l'ajuster et le tirer. |
Dans la réalité, les chasseurs sur la ligne de tir lâchent leurs coups de fusils sur les animaux qui passent, indifféremment sur les mâles ou les femelles, les jeunes ou les vieux.
L'émotion aidant, bien des chasseurs ne disposent pas du sang-froid qu'il leur faudrait pour bien viser. Il ne faut pas s'étonner quand après ces battues, on retrouve des blessés agonisants, des morts et, beaucoup plus tard, des squelettes.
Antilopisation :Maintenant que les animaux que j'observe sont 9 sur leur territoire, je remarque des modifications intéressantes de leur comportement de groupe, en particulier, alimentaire et de nuit. En effet, plusieurs fois, j'ai pu assister à des pâturages collectifs dans une prairie sur laquelle les animaux, distants les uns des autres d'une dizaine ou d'une quinzaine de mètres, se disposent en ligne en avançant. Pendant que les uns broutent, d'autres surveillent. La désynchronisation instaurée dans le broutage fait qu'il y a toujours ou presque un animal qui surveille. Si d'aventure, tous les animaux broutent en même temps, alors d'un coup tous les animaux relèvent la tête et passent un bon moment à surveiller leur environnement. Puis les animaux se remettent à brouter, les uns après les autres assurant ainsi une désynchronisation dans les phases de broutage et surveillance, désynchronisation favorable au groupe tout entier. Parfois, mais c'est plus rare, le mâle dominant reste de longs moments sans s'alimenter, assez en retrait de la ligne des animaux qui pâturent et assure alors à lui seul la surveillance du groupe.
De retour !
 Deux ans plus tard, le jeune (photographié ci-dessus) est devenu un joli brocard | Notre petite famille a connu bien des vicissitudes. D'abord la chasse. Le père a sans doute été tué, même s'il ne figure pas sur la liste des animaux abattus ! Vous avez dit régulation ? Puis nous avons été souvent très dérangés. |
Le calme est revenu. Nous en profitons pour sortir des bois. Il faut dire qu'il pleut tellement, ce lundi 8 mai 2006, qu'on ne s'entend même pas mastiquer sous les bois, avec les gouttes qui ne cessent de tomber. Alors prudence, on est mieux vigilants en plein champ.
Dommage pour le photographe auquel il manquera beaucoup de lumière pour ses clichés.
 Le même occupé à brouter |  Deux femelles sous la pluie |
Quelque part près de la ria d'Étel, c'est aujourd'hui dimanche 8 janvier 2012, il est 16 heures... Il y a des coups de fusils partout, sur les bécasses, sur les siffleurs, sur les courlis... Nous nous sommes installés au beau milieu d'un pré, à l'abri des coups de fusils, sauf peut-être des snipers... Ce ne sont pas les assassins qui manquent sur cette terre. Nous sommes quatre. C'est l'heure de la digestion ruminatoire... Pourquoi pas cette formule : vous avez bien la collation soupatoire ! Je suis le n° 4 et bien mâle... Profitez bien de cette courte histoire de vie... Elle demeure bien rare, même pour vous !
 n°1 et n° 2 |
 n° 4 : moi...et n°3 |
 Bien décidé, je me lève... |
 et m'arrête ! |
 ça me gratte... |
 et m'alerte ? |
 Mais, ça n'est que vous... |
 Alors, je mange un peu... |
 Je me couche, |
 et surveille, alentour |
 La torpeur qui me gagne |
 Tant pis, je dors un peu... |
Biologie du chevreuil / Thèse sur les causes de mortalité et de morbidité de l'espèce /
http://wwwbibli.vet-nantes.fr/theses/2004/euzenat4/frame.htm
Sélection des sites de repos / cerfs / Chevreuils / Sympatrie /
http://pastel.paristech.org/archive/00000464/01/these_BALTZINGER.pdf
MONDES ÉMERGENTS ET ÉVOLUTION DES SYSTÈMES VIVANTS :
http://www.intervivos.fr/index0303.php

Retour