Jeudi 23 octobre 2008…
Cette semaine, deux évènements nous ont offert deux remarquables exemples de leur traitement dans la presse écrite.
| Le premier concernait la manifestation à laquelle les enseignants avaient participé le dimanche 19 octobre à Paris pour la défense d'une certaine école, pas celle de Darcos… et pour la défense des RASED (Réseaux d'Aides Spécialisées aux Élèves en Difficulté). Le second concernait la réforme des secondes des lycées… |
Le premier était totalement dénié par la majorité des journaux. Quand l'événement était traité, ce n'était guère plus qu'en page quatre ou cinq, avec une minuscule photographie ou sans. La volonté que cette manifestation passe inaperçue était perceptible.
Le second faisait la " une " de la très grande majorité des journaux nationaux comme régionaux.
Le premier était une réponse collective à la dégradation programmée de l'école et à la disparition des RASED. Je rappelle que les RASED sont aussi une réponse collective aux problèmes rencontrés par des enfants en difficulté à l'école.
Le second consiste à faire croire que l'individualisation des choix de formation par les lycéens en seconde serait un gage de leur réussite. Je ne doute pas que ce sera vrai pour bon nombre de ceux qui sont en situation de privilégiés sociaux. Je n'y crois pas pour la très grande majorité des élèves.
Dans la réalité et une fois de plus, le libéralisme insupporte l'action collective qui entrave ou retarde ses projets de casse socioculturelle pour lui préférer l'individualisme qui affaiblit l'individu et la cohésion sociale. On voit bien comment les syndicats ont été affaiblis, mais aussi pas mal d'ONG, de structures parascolaires (
GFEN,
PEP, etc. Voir aussi :
Huit associations complémentaires dénoncent leur étranglement financier). La motivation essentielle n'est pas seulement financière (privatisation des services), mais elle s'inscrit dans une prise de pouvoir d'une minorité d'individus sur la très grande majorité réduite pour tous ses développements matériels, culturels, éducationnels, psychologiques, récréatifs, etc.
S'attaquer à l'école, c'est sans doute le dernier avatar des tentatives de décohésion sociale… On verra bien !
[Voir :
DUBET F. : L’école des chances : Qu’est ce qu’une école juste ?]
Il n'est pas certain que les valeurs-refuges de la cohésion sociale comme la famille ou le travail, soient tant que cela utilisables. La famille se construit assez largement sur une base tribale, y compris dans ses refondations. Le travail est devenu essentiellement un moyen de réalisation de soi et un instrument de construction de son identité sociale.
**********
L'individualisme et l'action collectiveL'individualisme, qui témoigne aussi d'une libération personnelle de communautés étouffantes, est-il aujourd'hui responsable de tous les désengagements collectifs ?
[Article publié le 22/05/2008 / auteur : Albert Richez /
http://www.france.attac.org/spip.php?article8554]
________________________________________
Ou n'est-il pas encouragé pour servir des intérêts politiques partisans ? Nous sommes des militants qui veulent un autre monde, plus libre à l'égard des puissances financières, plus égalitaire, plus fraternel : c'est un Idéal et pas un Rêve ; pour construire ce Monde, nous ne pouvons agir seuls ; or, nous sommes trop souvent incapables de mobiliser des militants assez nombreux pour relever les défis à la hauteur des enjeux humains, qui nous interpellent. Pour mobiliser, nous devons donc comprendre l'individualisme et trouver des solutions fondamentales et concrètes pour donner l'envie de se mobiliser.
Il n'existe pas, dans l'histoire de l'humanité, d'individu préexistant à la société [1]. Et, dans l'histoire de la pensée, l'on trouve des philosophies qui présentent une humanité ambivalente. Tantôt, l'individualisation, poussée à l'outrance, atomise la personne excluant une société qui fait sens. Tantôt, des philosophies témoignent de perspectives d'organisation du monde, où l'homme peut faire sens avec autrui [2]. Et l'observation quotidienne de l'humain en tant que tel nous montre un être à la fois préoccupé du " pour soi " et du " pour autrui " [3] ; et, d'une manière générale, " malgré le règne de l'échange marchand, nous savons bien que nous n'échangeons pas seulement pour obtenir quelque chose, mais aussi pour entrer en relation, et parfois uniquement pour cela " ; ainsi, même aujourd'hui, dans notre société dominée par le " néo-libéralisme économique " et la compétition généralisée, nous cherchons plus la qualité des liens que la quantité des biens. Et après une journée de travail toute orientée vers la " productivité ", c'est le bonheur d'être soi gratuitement avec les siens, que nous recherchons, dans une relation de paix, de non concurrence et de tranquille sécurité. L'individualisme et l'être humain ne sont donc pas sans ambivalence. De fait, cohabitent en nous deux tendances indissociables et contradictoires : d'une part l'aspiration à la pleine liberté de " faire ce que l'on veut, y compris pour soi seul " et d'autre part la volonté d'association et le désir de " faire société ". Nous ne sommes pas seulement guidés par notre seul intérêt personnel mais aussi par des valeurs, des croyances et des conventions, qui nous constituent en communautés solidaires. Nous sommes donc amenés à reconnaître, comme l'analyse le philosophe contemporain François Flahaut, " qu'être soi ne va pas de soi " [4] ! Car nous désirons, tout à la fois, " être soi et pour soi " et, en même temps, " être avec et pour les autres ". Entre ces deux consciences, qui participent des deux rives de notre sentiment d'exister, nous sommes en tension permanente et, finalement, nous n'aimons autant la solitude qu'aux moments où nous sommes assurés de n'être pas seuls. Ce discours n'est que le reflet de ce que nous pouvons observer. Mais cette réalité n'est pas intégrée dans l'esprit de ceux qui pensent les programmes des partis de pouvoir et elle est reléguée après les questions économiques, ce qui fait de l'économie la science directrice des politiques humaines.
Alors, l'on peut se demander si toute la difficulté de " faire société " dans des combats-clés d'aujourd'hui ne participerait pas d'un vaste malentendu collectif et politique, qui exigerait alors une remise en cause profonde de nos orientations idéologiques ?
Même s'il est indiscutable - et on peut le montrer - que le capitalisme financier, qui dirige le monde exploite au maximum les tendances " atomisantes " d'une certaine individuation, il n'en reste pas moins que, depuis l'éclosion de la pensée moderne (Descartes pour la philosophie et Rousseau pour la politique), tous les discours politiques nous entraînent dans un double malentendu ; les doctrines dominantes (libéralisme, nouveau socialisme dit " démocratique ", marxismes divers) convergent à la fois sur une même conception implicite de l'être humain, qui serait un atome indépendant des autres et sur le fait qu'il serait dominé par une même pulsion, qui serait économique et lui donnerait, comme horizon unique, de " travailler, produire et consommer " ; or cette double vision, qui ne résisterait pas à un examen minutieux et scientifique, n'est jamais débattue en tant que telle. Et pour cause : l'individu est considéré comme n'ayant aucun poids dans l'Histoire : qu'il soit sociable ou solitaire, il n'influence en rien le destin de l'humanité ; ce qui importe en lui, c'est qu'il soit déterminé par une loi de l'espèce, qui le pousserait au progrès continu de la production en tentant, par politiques interposées, de sélectionner les modèles économiques et sociaux les plus adaptés pour produire et croître davantage. Ni Adam Smith, ni Herbert Spencer, ni Karl Marx, ni Jean Jaurès ne peuvent infirmer cette orientation, qui est leur schéma formel au-delà de politiques précises et de formes de lutte pour les promouvoir ou s'en libérer. Toutes ces théories narrent la même histoire de l'humanité : isolés aux origines, les humains ont été contraints, pour survivre et satisfaire leurs besoins, de constituer des sociétés. Celles-ci restent dominées par la compétition, qu'elles cherchent à contenir par la loi. Mais la loi est faite par les dominants. D'où le dilemme fondateur de la pensée politique moderne : comment établir l'harmonie sociale sans opprimer les libertés ou comment restaurer une égale liberté qui ne dégénère pas en conflit perpétuel ? [5] Et ces politiques diverses se résument finalement en trois solutions : " l'hypersociété ", qu'illustre bien le holisme, qui est la forme de société communautaire qui domine les consciences de ses membres, l'isolement des atomes que nous connaissons actuellement dans la " dissociété " décrite par Jacques Généreux, et une synthèse des deux, explorée par les totalitarismes ; elle consiste à broyer les individus atomisés dans une pâte à modeler uniforme censée accomplir le sens de l'histoire. Mais tout ceci repose sur deux erreurs : d'abord, la non reconnaissance de la complexité radicale de l'individu qui, par ce qu'il est en soi " même et autre ", est animé par des pulsions contraires ; il peut aussi bien " être avec et comprendre autrui " que " vouloir sa totale perfection solitaire et être intolérant aux autres pour diverses raisons considérées comme des défauts rédhibitoires " ; ensuite, pour préserver une " société lisse ", où tous seraient identiques, un seul moyen de construire de force l'harmonie sociale est utilisé : la course à l'abondance et la jouissance maximale des biens, ce qui se traduit en d'autres termes par la croissance continue et, au mieux, " soutenable " [6] ; et, bien sûr, je ne passerai pas sous silence qu'il existe aussi, un courant partisan de la décroissance, apparemment minoritaire, au moins en Occident. Tout ceci fait l'impasse sur une autre approche du " vivre en société " : la recherche du lien plutôt que la recherche du bien ; et qui sait si ce n'est pas là cet horizon d'un autre sens qui pourrait rassembler les individus pour une autre militance ?
Mais nous sommes aujourd'hui, ici et maintenant, loin de ce que certains appelleront un rêve. Et, dans une période dominée par le capitalisme financier, qui refuse toute régulation sociale d'État ou d'association d'États, nous assistons à la fois à des mobilisations de masse, plus nombreuses qu'il n'y paraît, pour défendre une cause et combattre une loi ou des situations inacceptables (le refus de la guerre en Irak en 2003 ; l'établissement de contrats précaires généralisés par la loi sur le Contrat Première Embauche (CPE) ; les délocalisations lorsqu'elles s'annoncent dans de si nombreuses entreprises), et à des actions militantes individuelles mais coordonnées (contre l'immigration jetable avec le Réseau d'Éducation Sans Frontières (RESF) et contre la culture en plein champ des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) avec " les faucheurs volontaires "), et enfin, à des comportements de passivité et de retrait de nombre d'individus, même modestes sur le plan social, mais qui se forgent l'opinion qu'ils pourront " se sauver tout seuls " parce que leur situation individuelle leur paraît les épargner du désastre collectif, qu'une analyse politique plus fine devrait leur faire apparaître ; et c'est ce dernier comportement, qui explique l'abstention de plus en plus massive aux élections dans beaucoup de démocraties occidentales [7] ; et il est pour le moins paradoxal que, depuis vingt ans, c'est dans les couches populaires, qui auraient le plus besoin de solidarité, que, dans les régimes dits " démocratiques ", l'abstention croît ! Remarquons que, lors des manifestations (collectives) contre la guerre en Irak et lors des combats (plus individualisés) de RESF, c'est bien de " liens " qu'il s'agit et non de " biens ".
Il existe donc toute une catégorie de population, qui " pense pouvoir s'en sortir seul ". Producteurs et consommateurs tout à la fois, ils se sentent intégrés dans notre " société " actuelle, qui, pourtant, est " dissociale " au sens où de plus en plus de personnes sont exclues du travail, du logement et de la consommation, que dans l'entreprise tout est fait pour isoler les travailleurs les uns des autres et les mettre en concurrence avec la menace permanente de licenciement, que le rejet des étrangers crée des tensions permanentes voire des révoltes dans les banlieues et que cette dissociation des citoyens est exploitée au maximum par le pouvoir conservateur et ultra libéral économique en place. L'élection de Sarkozy en témoigne : n'est-elle pas liée à la diffusion de l'illusion que des engagements individuels vont être capables de modifier des conditions sociales ayant une origine économique dépassant de loin la cause individuelle ? Des slogans de campagne présidentielle de Sarkozy, une manière de gouverner et des orientations politiques confortent cette atomisation des comportements : " quand on veut, on peut ", " à chacun selon ses efforts ", " vous n'avez pas besoin qu'on vous tende la main " [8]… et cela se prolonge par des mesures : moins d'impôts progressifs sur les revenus (les plus justes) et plus de taxes, égales pour tous, sur la consommation (les moins justes) ; ainsi du projet de Taxe sur la Valeur Ajoutée dite " sociale " ; des " franchises médicales ", qui valorisent le choix du risque individuel plutôt que de la solidarité collective ; l'imposition d'un système de décotes pour les retraites, qui poussent les salariés (qui le peuvent) à se prémunir individuellement d'insuffisances de revenus, qui résulteront des " manques à gagner " ; la mise en concurrence des services publics de marché ; la mise en œuvre de plans, qui gèrent les hôpitaux ou les tribunaux comme des entreprises ; l'assouplissement de la carte scolaire - avant sa probable suppression - plaçant peu à peu les établissements en concurrence ; l'augmentation des " partenariats public - privé " dans la formation et la recherche, qui remplace la responsabilité de la collectivité citoyenne par celle d'entreprises privées visant des profits particuliers ; la valorisation du pouvoir personnel ; dans les relations internationales enfin, la relation privilégiée développée en faveur du pays le plus réputé pour la valorisation de l'individu. Et tout ceci sur fond de peur continue des travailleurs impuissants face aux marché et au pouvoir invisible mais réel de multinationales, qui tirent parti du système néo-libéral [9].
C'est donc dans le lien entre ce manque de formation politique de citoyens face à des idéologues, qui se sont préparés collectivement de longue date à " surfer " sur la situation pour " libéraliser la société ", et les modalités de transformation des individus qu'il faut chercher les raisons d'une apparente accentuation de l'individualisme en soi. C'est tout au long du XIXe siècle et dans la première partie du XXe, alors que la pauvreté, très prégnante, poussait à la solidarité pour survivre, qu'est née, dans les consciences, l'idée d'un État Social, qui remplace, pour le prolétaire, par des Droits Sociaux résultant de son travail, les Droits de l'individu propriétaire [10] ; le prolétaire était alors, y compris au moment de la Révolution Française, un " sans droit ". Dès 1789, en effet, l'Assemblée Nationale vote une loi, qui distingue les citoyens " actifs " et les citoyens " passifs " ; et cette loi exclut la majorité des travailleurs de l'époque : celui qui n'a rien n'est rien ; bien que l'individu soit la valeur de référence de la modernité, dès cette époque, l'institution politique exclut les travailleurs de cette référence. Aujourd'hui, au contraire, tout est fait par l'ensemble des politiques d'États guidés par une certaine orientation politique largement condensée dans le Consensus de Washington [11], pour construire dans l'esprit et le comportement des individus une organisation sociale et une mentalité de relation à soi et à autrui, où chacun est invité à se débrouiller sans l'autre, dans une économie sans alternative, dite " moderne " parce qu'en rupture avec le passé ; chacun doit alors compter sur son seul mérite pour s'en sortir, le pouvoir politique se présentant comme ne pouvant rien faire d'autre que de suivre les impératifs d'une économie mondialisée. Les États se déclarant impuissants à " modifier la donne " [12] , chacun d'entre eux doit subir la " vague qui l'emporte à la remorque de l'économie " et chaque individu doit agir de telle sorte qu'il s'en sorte, individuellement et pour les siens, à partir de ses efforts et de son seul mérite.
Et, pourtant, ce néolibéralisme économique qui nous gouverne est fondé sur une idéologie qu'il est facile de démonter scientifiquement ; aussi bien sur la nature de l'individu que sur celle de la société, les postulats, qui dirigent son action, peuvent être facilement infirmés [13] ; ainsi, sont manifestement fausses les positions suivantes : (1) l'être humain est un " individu " qui existe avant et hors de toute relation à autrui ; (2) l'individu seul choisit ses règles et décide de ses actions ; (3) l'individu est seul responsable de ce qu'il fait et de ce qu'il est. (4) l'individu est strictement égoïste indifférent et rationnel ; (5) l'individu, indifférent au bien et à la souffrance d'autrui, et, par nature, agressif et prédateur ; 6) la Société est un contrat d'association volontaire et utilitaire ; (7) il n'y a pas de droits sans obligation ; (8) l'État doit être un acteur minimal, dans une société minimale ; par contre, la " dissociété ", c'est-à-dire le fait que tout lien social soit réduit, est, de fait, optimale ; (9) l'abondance de biens est la finalité nécessaire de la société ; (10) La généralisation de la libre concurrence maximise le bien-être.
Nous sommes donc en présence de plusieurs problèmes politiques : aujourd'hui, les citoyens, producteurs d'abord, consommateurs ensuite, pris par le piège de la publicité, veulent s'individualiser par l'originalité de leur consommation ; et, de fait, l'on peut, " théoriquement ", consommer aujourd'hui en voyages, en stages de formation personnelle, en objets manufacturés, des produits qui contribuent à la distinction de l'autre ; mais ils vivent la contradiction déjà dénoncée par Marx, dans ses Manuscrits de 1848, de ne pouvoir consommer ce qu'ils produisent par distance entre le désir créé par la publicité et leurs moyens financiers ; d'où une contradiction exploitable en termes de conflits, qui, à partir du désir d'individuation, peut provoquer leur frustration de citoyens. Et ceci ne peut qu'occasionner des tensions et des conflits. - de plus en plus de citoyens, lassés du fait qu'ils ne sont plus " représentés " dans leur mal-être, choisissent l'abstention comme position pour exprimer leur choix politique, et l'abstention va grandissante. Un exemple récent me permet d'illustrer mon propos : un camarade d'ATTAC Vendôme a écrit à son député " Nouveau Centre " pour l'inviter à ne pas voter la loi récente sur les OGM de mai 2008 ; celui-ci lui a répondu " qu'il voterait à l'assemblée selon sa conscience " ; cette déclaration lui a valu la réponse légitime du camarade vendômois : " la question n'est pas que vous votiez en votre conscience, mais que vous votiez en prenant en compte la conscience de ceux que vous représentez ". De plus en plus, en effet, nos représentants nationaux s'exonèrent du devoir de nous représenter ; et ils votent selon les consignes de leur parti, le tout dernier exemple étant le vote, en France, de bien des députés du Parti Socialiste (PS) à Versailles le 4 février 2008, sur le traité de Lisbonne. Un problème politique se pose donc en matière de démocratie : il y a tout lieu de penser que ce défaut de démocratie explique bon nombre d'attitudes individualistes. Il nous faut donc œuvrer pour que les idées des citoyens soient respectées, et notamment à gauche. - Enfin, un troisième problème se pose ; c'est celui de l'offre politique offerte ; j'ai montré plus haut qu'actuellement, sur le fond, l'offre politique de droite comme de gauche était une offre portant sur la manière de gérer les biens et non pas de satisfaire le besoin de lien, qui permettrait, fondamentalement, que l'individu puisse " être soi " et " être avec ". Précisons quand même que, sur ce point, il est arrivé à la Gauche, en créant les " 35 heures " par exemple, d'engager une mesure qui crée du lien (et de l'embauche). Pourtant, aucun leader socialiste ou social-démocrate n'a opéré la révolution intellectuelle qui le conduirait à déclarer que " la quête des liens vaut mieux que celle des biens ", car tous restent convaincus qu'aucun progrès de l'harmonie sociale n'est possible sans croissance de la production et de la consommation [14]. Ceci ne correspond pas au socialisme tel qu'il avait été élaboré par les pionniers du socialisme, tels Proudhon et Fourier, qui préconisaient plutôt un socialisme " associatif " ; et, sans en venir aux théories de la décroissance, peut-être faut-il s'intéresser aujourd'hui davantage à des économies d'un autre type telle que celle d'Amartya Sen, en étant bien conscient que l'adoption d'une telle théorie nous obligerait à nous ré-interroger sur une question philosophique qui n'est plus d'actualité depuis longtemps : la nature humaine. Au fond, si la culture néolibérale passe si bien dans l'opinion occidentale, c'est que, grâce à l'évolution antérieure des pensées libérale, socialiste et marxiste, ses prémisses constituaient déjà le cours de notre culture commune bien avant la vague politique néolibérale des années 1980. Il suffit, pour s'en convaincre de relire J Jaurès, qui, dès 1895, écrivait : " …qu'est-ce que l'humanité ? C'est le mouvement économique même, tel que Marx le conçoit, qui, à son dernier procès, amènera l'humanité affranchie de la lutte, de l'antagonisme, de l'inconscience épaisse, à se poser dans des conditions nouvelles le vieux problème : que suis-je dans le Tout ? " [15] : pour Jaurès (comme pour Marx d'ailleurs) la question politique posée est d'abord économique et, seulement en fin de parcours, anthropologique.
Alors, outre ces questions de fond qui orientent et la réflexion et l'action, nous devons maintenant nous interroger sur le " comment faire " pour nous appuyer sur " l'individualisme existant " tout en faisant progresser nos idées de progrès social et de développement en France et au niveau mondial : la question est - elle de privilégier l'action individuelle ou collective ? On l'a vu : lorsqu'une perspective de véritable progrès fait consensus, individuellement ou collectivement, qu'il s'agisse de l'opposition à la guerre en Irak ou du refus de l'immigration jetable, les militants se mobilisent. - par contre, la question de la démocratie est une vraie question : ce n'est pas en rendant le vote obligatoire que l'on éliminera l'abstention ; c'est en s'engageant dans une véritable démocratie qui soit respectée ; et ce propos vaut pour l'Union européenne comme pour la France. L'on ne saurait mobiliser l'opinion en la trompant au moment des engagements, si ceux-ci ensuite ne sont pas respectés : les représentants ne sont pas autonomes, ils agissent en fonction d'un mandat et on ne peut bafouer un vote du peuple prononcé nettement par référendum ; il y a nécessaire complémentarité entre démocratie participative et démocratie représentative, car un vote ne peut inclure tous les problèmes posés au quotidien ; dans ce contexte, une nouvelle donne démocratique doit être inventée, probablement grâce à l'élaboration d'une nouvelle Constitution et, qui dit Constitution dit Assemblée Constituante et approbation ultérieure du peuple par référendum. Ceci est l'essentiel ; reste ensuite à prévoir, dans cette Constitution, s'il faut introduire le Référendum d'Initiative Populaire (RIP) ainsi qu'un contrôle plus strict des élus, par un référendum révocatoire du président à mi-mandat par exemple, s'il faut donner plus de poids aux citoyens dans l'élaboration et le choix des programmes par la mise en place de Primaires pour la désignation des candidats, les programmes en France étant finalement conçus et écrits par des prétendus " experts " au sein d'un nombre restreint de citoyens membres de partis : ces questions doivent être débattues. Et il est clair que plus de démocratie crée de participation à la vie collective et donc permet plus de solidarité. Sur la question d'une démocratie, qui ne serait pas à la remorque de l'économie mais lui donnerait un autre sens, les propositions de Patrick Braibant dans ses lettres aux anticapitalistes (et aux autres) fournissent des perspectives qui intègrent du " lien " avant du bien (ex des entreprises alternatives comme les Coopératives Ouvrières, les mutuelles, les Association " Pour la Maintien d'une Agriculture Paysanne " (AMAP), entre autres, qui visent à renforcer le lien entre producteurs et consommateurs) ; ainsi, P Braibant propose deux orientations : " (1) s'approprier comme étant " politique " ce qui, dans l'économie, est décrété aujourd'hui purement économique ; ainsi, le partage du temps de travail ou les retraites ne sont pas qu'une question économique ; ce sont des conditions pour " disposer d'un Temps pour la politique ". (2) politiser dans l'économie ce qui est indispensable à la politique pour agir sur le social ; ainsi, en s'interrogeant sur le " Que produire ? ", l'on est amené à se poser des questions sur la nécessité de biens ou de services, qui permettent la réalisation de la démocratie ; et l'on s'aperçoit alors que ces biens et services doivent être produits pour que tous y aient accès dans les mêmes conditions ". - enfin, la question des perspectives de long terme est posée ; à une question posée à un syndicaliste enseignant-chercheur à l'Institut de Recherche Syndical (IRES) sur le lien éventuel à établir entre la faible syndicalisation en France (8 %, public et privé confondus) et l'individualisme, celui-ci me répondait qu'il fallait plutôt chercher les raisons dans d'autres causes ou historiques (les défaites historiques du syndicalisme lors de la crise sidérurgique par exemple), ou conjoncturelles (le décalage entre l'expérience de permanents anciens et les modalités de travail actuelles, qui ne permettent plus de comprendre le vécu des salariés et d'organiser un syndicalisme d'adhésions) ; mais il insistait surtout sur le fait qu'aujourd'hui les modalités de travail sont en total décalage avec les perspectives politiques affichées par les politiques pour rendre espoir aux travailleurs : les politiques ont trop insisté sur leur impuissance face à l'économique - ce qui est faux - et, sans relais politique, le syndicalisme n'offre pas d'alternative crédible aux travailleurs et ne leur apparaît plus indispensable. La vraie question posée aujourd'hui est donc celui de l'invention - et elle ne peut qu'être collective et unitaire - d'une nouvelle idéologie de progrès politique et social, qui risque de prendre du temps compte tenu de l'histoire de la gauche en France. De surplus, cette idéologie risque de ne pas correspondre à un changement fondamental, qui intègre les données qualitatives sur la nature de l'individu, que j'ai avancées tout à l'heure ; une idéologie, qui ne serait qu'anticapitaliste et fondée sur une croissance soutenable est-elle suffisante pour créer l'électrochoc d'une idéologie donnant de vraies perspectives à la citoyenneté nécessairement altermondialiste d'aujourd'hui ?
Ma conclusion découle de mon exposé : il n'existe probablement pas de problème individualiste fondamental, au sens où le capitalisme aurait transformé à ce point l'individu humain qu'il l'aurait " atomisé " dans une société dissociée. Bien sûr, sa pratique a accentué l'individuation de ceux qui sont mal informés ou qui profitent du système en individualistes forcenés. Mais l'individualisme est essentiellement lié à la nécessité d'une rénovation profonde de la démocratie, qui permette à davantage de citoyens de se sentir partie prenante de leur destin collectif. Reste ensuite à " idéologiser " ce destin collectif ; et, là, se pose la question de " l'économisme " de tous les programmes politiques : la croissance, même soutenable (avec les " puits de carbone " pour ingérer la pollution des grands), n'est pas durable ; nous dépassons les capacités de consommation que la planète nous offre ; et notre consommation d'occidental repu nécessiterait, pour être généralisée, trois planètes équivalentes ; un autre mode de vie, fait de la valorisation des liens plutôt que des biens, est nécessaire. Elle ne doit pas priver de développement les pays du Sud mais servir leur développement. Si ces données étaient connues de tous, il est probable que, de nouveau, l'on pourrait, dans une démocratie rénovée, qui encourage concrètement toute démarche et tout processus associatif marchand ou non-marchand, recréer du lien et remiser aux oubliettes de l'Histoire, l'individualisme atomisant de notre " dissociété ". Il est temps de s'engager dans cette voie. Je ne peux que collectivement nous y encourager.
Albert Richez, Membre du Conseil Scientifique d'ATTAC.
Notes
[1] Cf Norbert Elias : La Société des Individus : l'ensemble de l'ouvrage.
[2] Cf ouvrage collectif sous la direction de Jacques Calame : Identités de l'Individu, Contemporain ; pp 147 et suivantes (sq) : pour " l'individu atome ", voir Descartes, Hobbes, Leibniz, Nietzsche, Heidegger ; pour l'individu qui fait sens avec autrui, voir Kant et Lévinas.
[3] Cf Jacques Généreux : la Dissociété, pp 137 et sq.
[4] Cf F Flahaut, dans " Le sentiment d'exister. Ce soi qui ne va pas de soi ", cité par J Généreux dans Dissociété, p 141.
[5] Cf Jacques Généreux : la Dissociété, pp 334, 335, 336 et sq.
[6] Cf Jacques Généreux : la Dissociété, pp 338.
[7] Cf Thomas Coutrot, Démocratie contre Capitalisme, p 40 : " En ce qui concerne les taux de participation aux élections législatives entre le début des années 50 et le milieu des années 80 : la France a perdu 19 points, les Etats Unis 16 points, la Japon 15, le Royaume Uni 11 … les seuls pays connaissant une progression étant la Suède et le Danemark. Pire encore : partout où l'abstention s'accroît, elle le fait davantage dans les classes populaires que dans les classes moyennes et supérieures. Le suffrage redevient censitaire de facto… "
[7] Cf Thomas Coutrot, Démocratie contre Capitalisme, p 40 : " En ce qui concerne les taux de participation aux élections législatives entre le début des années 50 et le milieu des années 80 : la France a perdu 19 points, les Etats Unis 16 points, la Japon 15, le Royaume Uni 11 … les seuls pays connaissant une progression étant la Suède et le Danemark. Pire encore : partout où l'abstention s'accroît, elle le fait davantage dans les classes populaires que dans les classes moyennes et supérieures. Le suffrage redevient censitaire de facto… "
[8] Cf le Discours de Dakar de N Sarkozy.
[9] Depuis la fin de la décennie 70 en effet, les multinationales ont tissé leur toile pour concentrer le capital et détruire les conditions de solidarité des travailleurs ; dans chaque secteur d'activité (agro-alimentaire ; aéronautique ; téléphonie ; informatique…), à coups de fusions - acquisitions, de division du travail entre entreprises de 1° niveau et entreprises sous-traitantes, s'accompagnant à chaque fois de licenciements, souvent de délocalisations et de recrutement de personnels à statut précaires, elles ont accru démesurément leur pouvoir financier, elles ont éloigné les centres de décision des sites de production, elles ont cassé les concentrations ouvrières et individualisé les modalités de travail rendant plus difficile l'action syndicale ; désormais, le travailleur est de plus en plus seul et livré à l'arbitraire d'un pouvoir anonyme, qui s'est doté d'un personnel d'encadrement bien payé, qui lui sert de relais pour conduire un management de plus en plus asservissant.
[10] Cf toute l'œuvre de Robert Castel
[11] Le Consensus de Washington c'est : moins d'État économique et plus d'État sécuritaire, ce qui entraîne la baisse de la fiscalité directe et progressive ainsi que la privatisation des Services Publics ; l'extension du chômage, qui va de pair avec la lutte contre les syndicats ; les politiques désinflationnistes systématiques, qui s'opposent à la relance de l'investissement, de l'emploi et de la consommation.
[12] Cf Jacques Généreux dans " Dissociété " p 59 sur la politique de la Réserve Fédérale des États-unis (FED), qui fait exactement l'inverse de ce qu'engagerait une politique purement libérale : banque centrale qui règle les taux d'intérêt pour éviter la récession, déficits publics massifs et durables pour contrer les chocs négatifs, politique industrielle et de recherche pour s'assurer d'une position de leader indiscuté, politique de concurrence qui autorise la formation de champions nationaux par des fusions d'entreprises, illégales dans l'UE, réservation d'une partie des marchés publics aux PME, recours à des protections douanières unilatérales si une industrie nationale est menacée, droit d'interdire une OPA étrangère sur une entreprise américaine afin de protéger les intérêts stratégiques du pays…
[13] Si l'on en croit Jacques Généreux dans " Dissociété ", ces postulats faux peuvent être " déconstruits " comme suit :
» Sur la Nature humaine et l'individu :
(1) Alors qu'il est indiscutable qu'il est au minimum dès sa naissance en lien avec ses parents, pour les libéraux, l'être humain est un " individu " qui existe avant et hors de toute relation à autrui. Il serait plus juste de dire qu'il est la plus petite composante humaine observable dans une communauté humaine.
(2) toujours pour les libéraux, l'individu seul choisit ses règles et décide de ses actions. Et c'est essentiel pour l'économiste libéral car l'équilibre automatique des marchés suppose des individus indifférents les uns aux autres. Le souci de développer une science des marchés, mathématique comme la physique, a conduit les théoriciens néoclassiques à éliminer du raisonnement tout ce qui ne pouvait pas entrer aisément dans leurs équations.
(3) l'individu étant un être totalement " autonome ", on peut en déduire qu'il est seul responsable de ce qu'il fait et de ce qu'il est. Le corollaire de cette responsabilité exclusive est la naturalisation de toute inégalité ; en admettant le principe que tout individu a une égale valeur et un droit égal d'exercer sa volonté, on peut définir l'inégalité comme résultant d'une différence imposée, soit par une puissance extérieure, soit par la nature. Il n'existe donc pas d'inégalité sociale mais des inégalités naturelles, physiques ou psychiques à la naissance. L'État n'a pas à aider les pauvres car il entretiendrait un état de dépendance qui aggraverait la pauvreté (exemple de la théorie du " chômeur volontaire ").
(4) l'individu est strictement égoïste indifférent et rationnel. Mais l'histoire de la pensée et de l'action politique le prouve : cet égoïsme de l'individu, peut être compensé par sa sociabilité et ses penchants altruistes, d'où une possibilité de vie pacifique de l'individu en société.
(5) Et pourtant, chez les libéraux, l'individu, indifférent au bien et à la souffrance d'autrui, et, par nature, agressif et prédateur. Une société primitive, sans État et sans lois, est nécessairement le lieu d'une compétition féroce, qui cesse uniquement et temporairement par la victoire du plus fort ; et Machiavel le confirme : " Quiconque veut fonder un État et lui donner des lois doit supposer d'avance les hommes méchants. Les hommes ne font le bien que forcément. Mais, dès qu'ils ont le choix et la liberté de commettre le mal en toute impunité, ils ne manquent jamais de porter partout la confusion et le désordre ". Mais Hobbes reste le penseur emblématique de cette conception : " L'homme est un loup pour l'homme ". Mais, comme il faut bien vivre en société, les libéraux ont trouvé un succédané prétendument pacifique à cette agressivité de l'homme pour l'homme, c'est l'institution de marchés de " libre concurrence " dans toutes les activités humaines. Finalement, quel que soit la philosophie dont nous nous inspirons, qu'elle soit libérale (Hobbes) ou non (Rousseau, Marx), en dehors du socialisme méthodologique, que développe J Généreux dans Dissociété, p 160, ce sont la compétition et l'agressivité qui tendent spontanément à dominer les relations entre humains, dès lors qu'ils doivent vivre ensemble.
» Mais le libéralisme développe aussi une idéologie particulière sur la Nature de la Société, qui tend de répondre aux questions suivantes : pourquoi des individus, si peu disposés à vivre ensemble, vivent en société ? Comment définiront-ils des institutions et des lois communes ? Quelle finalité assigneront-ils à la société qu'ils constitueront ?
(1) la Société est un contrat d'association volontaire et utilitaire : " les passions qui poussent les humains à la paix sont la peur, la mort, le désir des choses nécessaires à une existence confortable, et l'espoir de les obtenir par leur activité " Ceci rejoint un propos de M Thatcher : " Il n'y a pas de société. Il y a des individus, hommes et femmes, et il y a des familles. Et aucun gouvernement ne peut faire quoi que ce soit autrement que grâce aux gens ".
(2) il n'y a pas de droits sans obligation : une société d'individus autonomes et égoïstes ne donne rien ; elle ne garantit aucun droit sans contrepartie : les individus n'acceptent que l'échange des droits. Citons encore M Thatcher : " …les gens doivent d'abord s'occuper d'eux-mêmes. C'est notre tâche que de prendre soin de nous et ensuite, aussi, de s'occuper de notre entourage. Les gens sont parfaitement convaincus d'avoir des droits aujourd'hui, mais ils oublient les obligations. Or, il n'y a aucun droit sans que quelqu'un ait d'abord satisfait à une obligation ". Et Anthony Giddens, le penseur de " la 3° voie " illustrée par Tony Blair ne dit pas autre chose lorsqu'il écrit : " Il n'y a pas de droit sans responsabilité "… alors que c'est la société qui prépare, dès sa naissance, un individu à exercer ses droits (l'individu naît créancier de la société et il n'en devient débiteur que lorsqu'il en été constitué " citoyen "). Le libéralisme soutient donc que la société n'est responsable de rien et ne fait que rendre à chacun que la contrepartie de ce qu'il offre ; d'où les discours sur " la performance au mérite, le culte de la responsabilité individuelle pour réduire les politiques de réductions des prestations sociales sans contrepartie, à culpabiliser les individus en situation d'échec (chômage, pauvreté, échec scolaire…), à réprimer les parents des jeunes délinquants, les prostituées et les mendiants…
(3) Il faut établir l'État minimum, la société minimale et la " dissociété " optimale : de ce fait, toute " production publique " (loi, règlement, institution, service public de défense, police et justice..) ne crée en soi aucune valeur et constitue seulement un moyen mobilisé en vue de vraies valeurs que sont les biens privés. Et, comme cette production a un coût, il convient de la limiter au strict nécessaire ; c'est un domaine d'exception, dont le champ est défini par la défaillance de l'action privée. L'État est donc réduit au rôle de gendarme et, pour limiter les conflits, tout est fait pour que les individus soient inclus dans des champs qui puissent réduire les conflits par des règles communautaires, d'où l'encouragement à ce communautarisme. " La dissociété " libérale opère donc un mouvement inverse de celui de la modernité. Son but n'est pas le progrès, mais le déclin de la société politique. Son défi est de maintenir l'ordre social en limitant autant qu'il est possible la coûteuse régulation publique. Sa solution n'est pas " post-moderne " mais " ante-moderne " : il s'agit de restaurer la soumission de l'individu aux normes de sa sous-communauté et de la religion. On ne s'étonne pas, dès lors, de voir le fondamentalisme religieux s'épanouir dans la société américaine, qui est aussi la plus avancée sur la voie de la " dissociété "… "
(4) l'abondance de biens, finalité nécessaire de la société : cela veut dire que l'économique prime le politique ; ainsi la démocratie est le moins mauvais des moyens pour éviter une extension perverse de la loi et du domaine public. Pour éviter la prédation et un système universellement policier, c'est donc la satiété pour tous qu'il faut viser : ceci s'appelle l'état d'abondance et, comme la compagnie désintéressée des autres ne produit aucun plaisir, l'abondance dont il est question ne peut être que l'abondance de biens et services consommables. D'où l'économie de marché : les libéraux promeuvent l'extension générale des marchés de libre concurrence (d'où leur " marchéisme ").
(5) La généralisation de la libre concurrence maximise le bien-être : hormis les activités organisées dans le champ d'action de l'Etat minimum, toutes les activités doivent être organisées sur le principe de la libre concurrence ; en effet, aux dires d'économistes comme Walras (école de Lausanne) ou F Von Hayek (école de Vienne), un ensemble de marchés parfaitement concurrentiels conduit spontanément l'économie vers un équilibre général stable, capable de se rétablir automatiquement à la suite de chocs perturbateurs et un tel système garantit l'utilisation la plus efficace des ressources et maximise le bien-être collectif. Des marchés libres assurent ainsi l'équilibre entre la poursuite de l'intérêt privé et la réalisation de l'intérêt général ; en conséquence, toute intervention politique, qui entrave la libre entreprise et le libre fonctionnement des marchés concurrentiels est contraire à l'intérêt général. C'est oublier que, depuis les années 70, des dizaines de théorèmes ont établi que : l'équilibre général des marchés parfaitement concurrentiels est impossible ; que la libre concurrence aggrave les déséquilibres au lieu de les résorber ; que la libre concurrence est inefficace en présence de biens publics, de rendements d'échelle croissants, d'interdépendances entre les fonctions d'utilité (externalités) et d'asymétrie d'information entre les agents et que la rivalité entre les agents est souvent moins efficace que leur coopération …
[14] Cf J. Généreux, dans Dissociété, p 338.
[15] Cf J. Jaurès dans l'Autre Socialisme, pp 138, 139.
Bibliographie :
(dans l'ordre d'apparition des citations et références) :
» Norbert Elias : La Société des Individus, Fayard (ou, chez Agora, collection POCKET (réédition 2006).
» Ouvrage collectif sous la direction de Claude Calame : Identités de l'individu contemporain, Editions Textuel, La Discorde (2008).
» Jacques Généreux : Le Dissociété, Seuil (2006).
» François Flahaut : Le Sentiment d'exister, Descartes et Compagnie (2002).
» Jean Jacques Rousseau : Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755) ; cf. édition du livre de poche de 1996.
» Thomas Coutrot : Démocratie contre Capitalisme, La Dispute (2005)
oRobert Castel et Claudine Haroche : Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi. Entretiens sur la construction de l'individu moderne ; Éditions Fayard (2001).
» Robert Castel : Les métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat ; Éditions Fayard (1995).
» Machiavel : Discours sur la 1e Décade de Tite-Live (1519), réédité chez Flammarion (1985).
» Hobbes : De Cive,1640, traduit sous le titre " Éléments du Citoyen ", Neufchatel (1780), puis par Flammarion sous le titre " Le Citoyen " ou " Les Fondements de la Politique " Paris (1982).
» Hobbes : Le Léviathan (1651), traduit à Paris (1971).
» Jacques Sapir : Les trous noirs de l'économie, Seuil (2005).
» Amartya Sen : Un nouveau modèle économique (Développement, Justice, Liberté), Éditions Odile Jacob (2000).
» Jean Jaurès : " La Morale Sociale de Benoît Malon " (1895) ; cité aussi dans " L'Autre Socialisme ".
» Patrick Braibant : Lettres aux anticapitalistes (et aux autres) sur la démocratie, Éditions L'Harmattan, Questions Contemporaines (2005.
**********
MAIN BASSE SUR L'ÉCOLE PUBLIQUE / Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi / Demopolis L'Éducation Nationale est accusée de "
fabriquer des crétins " et d'entretenir le "
chaos pédagogique ", l'insécurité et le chômage. En évitant les débats parlementaires, Xavier Darcos impose sans discussion une véritable révolution libérale. Le gouvernement met rapidement en œuvre une succession de mesures : suppression de la carte scolaire et de postes d'enseignants, évaluation publique des enseignants et des établissements, financement par l'État du développement des établissements privés dans les banlieues... Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi dévoilent la signification de ces mesures.
Ils révèlent que des associations de libéraux et de catholiques conservateurs proches du Front national et de l'Opus Dei sont à l'origine de ces propositions. Au nom de la liberté de choix, on prépare une privatisation de l'Éducation. La réforme de l'école est au cœur du projet de Nicolas Sarkozy. L'école institution de la République laïque est décriée, attaquée pour lui substituer une logique libérale dans laquelle l'école privée est instrumentalisée pour concurrencer et démanteler le service public.
Quelle part prennent l'actuel gouvernement et son ministre de l'Éducation nationale dans cette exacerbation de la concurrence, dans les nouveaux privilèges concédés à l'enseignement catholique ? Quel rôle jouent les officines libérales et intégristes qui prennent pour cible l'école publique ? Quel sens donner à toutes ces premières mesures engagées dans la précipitation : suppression de la carte scolaire, instauration d'un chèque éducation pour le privé, concessions sur la mixité, le service minimum... ? Des faits, des actes, des décisions, des liens, des réseaux montrent les multiples connivences, qui depuis une trentaine d'années s'entendent pour lancer une OPA sur l'Ecole publique."
L'Éducation nationale, née de l'idéal de l'école laïque, gratuite et obligatoire, est aujourd'hui en danger de mort. Sous la menace d'une croisade qui, portée depuis plus de 15 ans par les franges catholiques les plus intégristes des mouvements ultra-libéraux, s'invite désormais au cœur de la réforme économique menée par l'actuel gouvernement.
Hallucination, fantasme ?
Hélas, ce scénario-catastrophe n'est pas une lubie surgie de l'imagination fantasque d'un auteur de science-fiction. À l'heure où l'opinion prend la mesure des récentes et violentes remises en question du principe de laïcité en France, il est grand temps de s'interroger, sur ce que peut cacher le
discours de Nicolas Sarkozy au Latran, en direction de nos chères têtes blondes. La mission éducative qu'entend mener Monsieur le chanoine d'honneur du Vatican, signerait-elle la fin de l'école publique
Ceux qui veulent en finir avec l'Éducation nationale :
Depuis plus de 15 ans, dans un relatif secret, un certain nombre de groupements relevant d'une même nébuleuse clérico libérale, s'agitent en catimini. Leur but ultime : démanteler l'Éducation nationale et l'ensemble de son service public. Une croisade amenée avec prudence et minutie. Mais une détermination néanmoins implacable. Au cœur de cette nébuleuse, à droite de la droite, une douzaine d'associations * : "
Enseignement et libertés ", "
Créateurs d'écoles ", l'"
OIDEL ", "
SOS Éducation ", "
FSP- Fondation de service politique ", "
Créer son école ", "
CLE- Catholiques pour les libertés économiques ", "
ILFM : Institut libre de formation des maîtres ", "
Fondation pour l'école ", "
Famille et libertés ", "
Mission pour l'école catholique "...ou encore, l'ALEPS, "
Association pour la Liberté Économique et le Progrès Social ", filiale ultra-libérale du MEDEF, créée dans les années 60, dans le sillage de l'
UIMM.
[* Note personnelle : Attention, l'abus de clics sur certains liens peut provoquer une grave indigestion...]
Leurs "
penseurs ", leurs activistes, s'inscrivent dans la mouvance des idées agitées dans les "
think tanks " de l'extrême droite, au sein du Front National, du Club de l'Horloge. Voire, pour certains… de l'
Opus Dei.
Toutes réclament, à corps et à cris, l'avènement de la "
liberté de l'enseignement " en France. Qu'entendent-elles par "
liberté " ? Il s'agit en fait, d'organiser la mise en concurrence des établissements scolaires, dans une optique de concession de service public voire de marchandisation de l'école. Celle-ci garantirait une "
offre scolaire diversifiée ", sensée répondre à une attente désespérée des familles, injustement privées de leur liberté de choix... Des mots d'ordre libéraux bon teint, en apparence, mais qui, en réalité, servent opportunément la vision cléricale de ces nouveaux croisés. Ceux-ci n'espèrent rien d'autre que le retour à l'école d'antan. Celle d'avant la République, aux mains de l'Église.
L'école publique laïque, voilà l'ennemie
À en croire plusieurs des associations précédemment citées, au premier rang desquelles, l'hyperactive et bien nommée "
SOS éducation ", nous serions à la veille d'un cataclysme insoupçonné. L'œuvre de Jules Ferry serait devenue un véritable bourbier, une sorte d'antre du Diable porteur de tous les signes de décadence de notre époque, coupable d'une entreprise criminelle de corruption des moeurs de la jeunesse. Cette école serait aux mains des syndicalistes de l'Éducation nationale, omnipotents héritiers du bolchevisme, décidés, couteau entre les dents, à faire de nos chères têtes blondes de la graine de révolutionnaires nihilistes. Les programmes scolaires sont stigmatisés, accusés d'intelligence avec l'ennemi, par la diffusion d'une vision marxiste et culpabilisante de l'histoire mondiale. Des profs incompétents et démissionnaires, impuissants à endiguer la violence et l'échec scolaire montrés du doigt à toute occasion. Au final, tous les maux de notre société seraient imputables à ce Monstre froid, mammouth ingérable, fossile " comparable à l'ex-armée rouge ". Ces associations ne se contentent pas de stigmatiser les errances du système éducatif, de la méthode globale rendue responsable d'un illettrisme galopant, du contenu des programmes ou de la baisse alarmante du niveau depuis plusieurs décennies.
Elles vont bien plus loin. "
Dans le concert des déclinistes ", rapporte un article de Libération le 6 novembre 2006, "
SOS Éducation " est à part. Elle ne compte pas de personnalités dans ses rangs et cherche désespérément des alliés (...) Le 24 octobre,
Sauver les lettres, Sauver les maths et Reconstruire l'école ont publié une
lettre au vitriol, qualifiant " SOS Éducation " de " groupuscule malfaisant ". Car, au-delà de constats communs, leurs buts divergent radicalement. Dans la tradition laïque et républicaine, les trois associations réclament une école plus performante. SOS Éducation vise son affaiblissement, voire sa disparition. Le 17 septembre 2005, devant le Cercle Frédéric Bastiat qui se veut un haut-Lieu de la pensée, Vincent Laarman (Président de SOS Éducation, NDLR) annonçait la couleur : il n'y a d'espoir que "
si l'Éducation nationale se trouve menacée dans sa survie par la concurrence d'un grand secteur éducatif libre". Et de citer les États-Unis en exemple.
Le but ultime ne serait-il pas, au prétexte de libérer l'école, de faire disparaître l'école publique ?
À l'ombre de l'Opus...
Mais les questions éducatives ne monopolisent pas leurs foudres guerrières. Certaines associations entendent bien, aussi, se mêler des questions touchant plus intimement au " progrès des sociétés humaines ", tel qu'elles le conçoivent. C'est que l'avortement, la contraception, les prises de positions de Jean Paul II, puis Benoît XVI figurent parmi quelques-unes de leurs préoccupations essentielles.
Dans notre nébuleuse, CLE, Catholiques pour les Libertés économiques, dont les locaux se situent à l'adresse même du siège de l'Opus DEI en France. Son Président, Michel de Poncins, fut l'un des conseillers économiques de Jean-Marie Le Pen.
Ou encore, l'OIDEL. Une ONG très influente pour le Droit à l'éducation et la "
liberté d'enseignement ", reconnue par l'ensemble des institutions européennes, mais dont l'appartenance à l'Opus dei est révélée dans force sites, documents officiels du gouvernement fédéral genevois, et par l'engagement reconnu "
à l'œuvre " de plusieurs de ses membres éminents.
Un document extrait d'un rapport comparatif de l'OIDEL sur 85 pays non encore publié est diffusé opportunément, en avant première, le 22 avril 2007, à l'issue du premier tour de la présidentielle, pour développer la "
liberté d'enseignement en France ". Pourtant, il n'y a pas péril en la demeure de France nous sommes en 5ème position. Que signifient cette pression et la publication de ce programme d'action à ce moment de la campagne ? Que d'attention de la part de cette ONG européenne pour notre pays, en particulier à l'occasion de son Symposium de Lisbonne des 7 et 8 septembre 2007. L'OIDEL se penchait sur notre carte scolaire avec le concours des parents d'élèves des écoles privées françaises de l'UNAPEL, pourtant non concernées par cette question. Cette entreprise pour développer l'enseignement privé est également conduite, aujourd'hui, par les mêmes avec une rare violence en Espagne.
"
Guide du candidat 2007/2008 "...
Tout cela ne porterait pas à conséquence, si l'écho auprès des politiques et des pouvoirs publics, ne se faisait aussi fidèle. Jusqu'à inspirer, avec une étrange concordance, l'agenda de l'actuelle politique "
de réformes " du ministre de l'Éducation, Xavier Darcos.
Dans le sillage de la campagne présidentielle, en 2007, l'ALEPS et d'autres se fendaient d'une initiative pour le moins audacieuse : l'édition d'un "
Guide du Candidat 2007/2008 ", véritable feuille de route énonçant un catéchisme auquel devrait se conformer le candidat favori, dans une logique purement libérale. Et le gagnant fut ... Nicolas SARKOZY, arrivé en tête des notes attribuées aux divers candidats.
En matière d'éducation, un "
agenda des réformes ", assorti d'un authentique planning d'exécution, annonce "
dès 2007 ", entre autres mesures-phares :
"
Suppression de la carte scolaire et sélection à l'entrée des établissements scolaires et universitaires ""
"
Liberté totale de l'ouverture de classes, d'établissements, et du recrutement d'enseignants et de personnel administratif par contrat privé "...
Puis, à plus long terme, rien de moins que la "
suppression progressive du budget de l'Éducation nationale et du statut des enseignants fonctionnaires "... ou encore, l' "
autonomie totale des établissements en matière de programme, de personnel et de contrôle des connaissances ? "
Dans son éditorial en ouverture de "
la nouvelle lettre " n° 928, le 8 septembre 2007, Jacques Garello, responsable de l'ALEPS, encourage le nouveau Président, avec cette mise en garde, qui laisse songeur : "
Vous allez vous mettre à dos les syndicats d'enseignants à coup sûr, mais aussi les associations de parents et de façon plus large encore tous ceux qui sont attachés à l'idée du service public unique et laïque de l'Éducation nationale. Mais vous allez aussi sauver la jeunesse et, avec elle, l'avenir du pays. "
11 juin 2007, Élysée.
Toutes affaires cessantes, sous le feu des caméras et des micros, Nicolas Sarkozy annonce un assouplissement de la carte scolaire, dès la rentrée de septembre 2007. Paris brûle-t-il ? Comment expliquer une telle précipitation, de la part d'un Président de la République à réunir, dans les tous premiers jours de son mandat, les représentants des personnels et des parents d'élèves à l'Élysée pour traiter de la question de la suppression de la carte scolaire, qui réussit l'exploit de s'imposer au rang d'urgence nationale ? Comme si l'immense chantier de l'éducation nationale se limitait à la question de la carte scolaire. Rien n'indique, de surcroît, qu'il s'agisse là d'une demande émanant explicitement des parents, d'ailleurs la principale fédération s'y oppose. En septembre, l'académie de Paris n'a enregistré, en tout et pour tout, que 203 dérogations supplémentaires par rapport à l'année précédente. Une goutte d'eau.
11 juillet 2007 dans sa lettre de mission au ministre de l'Éducation nationale, le Président de la République fixe parmi ses objectifs budgétaires : "
S'agissant de l'enseignement sous contrat, qui répond à certaines attentes des familles, vous ne dissuaderez pas les établissements privés de s'installer dans des quartiers en difficulté et, au contraire, vous soutiendrez, lorsqu'ils existent, de tels projets d'installation, dans le respect des grands équilibres nationaux. ".
20 décembre 2007, palais de Saint-Jean de Latran, Vatican.
Nicolas Sarkozy, président de la République française, est intronisé "
chanoine honoraire ". Il s'en félicite, déclarant que " l
a laïcité n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû ". Défendant le concept de "
laïcité positive ", il enfonce le clou : "
un homme qui croit est un homme qui espère. L'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent (...) ". Espérance que la République, sorte de monstre froid, aux valeurs morales déconnectées de toute transcendance, ne saurait nourrir ... "
Depuis le siècle des Lumières, l'Europe a expérimenté tant d'idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l'émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l'amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s'est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives (...) n'a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l'existence(...) Et puis je veux dire également que, s'il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu'il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D'abord parce que la morale laïque risque toujours de s'épuiser quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini. Ensuite et surtout parce qu'une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité."
Concernant l'éducation, Sarkozy se lance dans une vibrante homélie : "
Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie ".
Tollé au sein du monde enseignant, qui dénonce, "
une véritable provocation vis-à-vis de l'école publique ".
Nicolas Sarkozy s'était déjà illustré, en 2004 dans son livre "
Les religions, la République, l'espérance "....Son coauteur : Thibaud Collin, membre de l'association de service politique, "
laboratoire d'idées " intégristes, réputé proche de l'Opus dei, et financièrement soutenue par le Vatican. Thibaud Colin est, par ailleurs, l'auteur d'un pamphlet hostile à une quelconque reconnaissance de l'égalité entre homo et hétérosexuels ? Thibaud Collin était de la visite au Vatican. Le discours lu par Nicolas Sarkozy, ressemble, par endroits, à un copié - collé de certains passages de leur œuvre commune. "
Le besoin spirituel, l'espérance, ne sont pas satisfaits par l'idéal républicain. La République est une façon d'organiser l'univers temporel (...). Elle n'est pas la finalité de l'homme ". Une République qui "
ignore le bien et le mal ", pouvait-on déjà lire à l'époque, veille du centenaire de la loi de 1905.
Ce 20 décembre, Henri Guaino, plume officielle du Président de la République, n'était, de toute évidence, pas de la partie.
17 janvier 2008, Ryad.
Nicolas Sarkozy, en visite en Arabie Saoudite, persiste et signe devant les 150 membres du Conseil consultatif du Royaume, fief du wahhabisme, peu réputé pour son esprit d'"
ouverture ". Le président de la République exalte ce qu'il nomme "
l'héritage civilisateur des religions " ... L'islam, qu'il prend la précaution oratoire de distinguer de l'intégrisme, "
négation de l'islam ", est appelé à prendre toute sa place dans sa vaste "
politique de civilisation "
Pour paraphraser Thiers qui, lors du vote de la loi Falloux, justifiait : "
un curé c'est 50 gendarmes ", dans l'esprit de l'ancien Ministre de l'Intérieur, un imam c'est 50 keufs ?
La rupture est désormais consommée avec la pratique laïque des Présidents de la Ve République. Nicolas Sarkozy est le premier Président qui emploie le nom de Dieu, en visite officielle... Les religions, désormais intégrées au pacte républicain. Ou instrumentalisées ?
Élysée, Ministère de l'Éducation ... Qui est aux commandes ?
Flash-back : 1992.
Nous sommes à la veille d'un important scrutin, les élections législatives de mars 1993. 150 personnes d'horizons divers, dont une grande partie de hauts fonctionnaires du service public de l'Éducation nationale et de responsables d'établissements privés, fondent une éphémère association : "
Créateurs d'écoles ".
Un organisme destiné à vendre de la formation ? Pas vraiment. Le bulletin n°1 de Créateurs met en exergue un objectif, qui en dit long : "
l'identification des verrous et les moyens de les faire sauter " (...) "
problèmes juridiques et financiers, rôle des collectivités locales ", "
gestion des personnels ", "
outils pédagogiques ", "
élèves, affectation, aide sociale ", "
programmes d'enseignement ", "
personnels administratifs, techniques, ouvriers et de service ".
Afin de "
faire sauter " ces verrous, l'association préconise, non pas une révolution, mais une réforme de velours. "
Ce sera sans doute la partie la plus délicate de notre travail, car il ne nous faudra pas tomber dans le piège de la " réforme globale ", mais identifier avec précision les actions nécessaires, tout en les rendant possibles. (....) La solution réside sans doute dans la mise en œuvre de dispositifs dérogatoires, qui n'obligent pas à la remise en cause systématique de tout l'existant, mais qui permettent d'importantes innovations au niveau des établissements d'enseignement. " Un lent travail de déconstruction, pièce après pièce, de la maison Éducation. Un véritable projet de gouvernement.
Parmi les membres fondateurs de cette ambitieuse confrérie : Maurice Quenet, Dominique Antoine et ... Xavier Darcos !
Soit, dans l'ordre, l'actuel Recteur de Paris, le Conseiller Éducation du nouveau Président de la République, et l'actuel Ministre de l'Éducation nationale.
Carte scolaire, service minimum, modification du statut des personnels, soutien à l'essor de l'enseignement privé, diminution de la place de l'État dans les missions de l'Éducation ... Connexions, actions, déclarations, projets et programmes communs attestent de ce complot ourdi, dans l'ombre, depuis un peu plus de quinze années, en toute discrétion, par ceux-là mêmes qui, aujourd'hui, sont aux commandes de l'Éducation nationale.
C'est sur l'histoire de ce complot, et l'identité de ses protagonistes que nous nous proposons, dans ce présent ouvrage, de faire toute la lumière. Et donner ainsi à comprendre, sous un jour nouveau, la politique éducative de l'actuel gouvernement...
[Note personnelle.
On pourrait ajouter : Le 18 décembre 2008, la France et le Vatican ont signé un accord sur la reconnaissance des grades et diplômes dans l'enseignement supérieur. C'est la fin du monopole de l'État dans l'attribution des diplômes de fac. Les syndicats s'insurgent, dans un silence médiatique assourdissant. http://www.lesmotsontunsens.com/vatican-kouchner-accord-reconnaissance-diplomes-universites-catholiques-laicite-2904
]
**********
Le Monde", le 2/09 septembre 2008
Les partisans de l’école privée peuvent se réjouir. Tous ceux qui préfèrent la séparation de l’école et de l’État à la séparation de l’Église et de l’État, qu’ils soient ultracatholiques ou ultralibéraux, ou ultra-les deux, peuvent savourer leur victoire. La guerre scolaire est presque terminée. Et ils ont gagné. Le ver était dans le fruit depuis l’accommodement Debré de 1959, lorsque l’État a permis à l’école privée d’avoir le beurre et l’argent du beurre : le pouvoir de concurrencer l’école publique par la sélection et le soutien financier de l’État pour le faire. L’avancée de la démocratisation scolaire a rendu cette concurrence de plus en plus déloyale. Avec un objectif de 80 % au bac, des enfants venant de milieux sociaux défavorisés et des classes surchargées, l’école publique s’est mise à ramer. Pour sauver le niveau, il aurait fallu augmenter le taux d’encadrement et faire baisser le nombre d’élèves par classe. Notamment dans les ZEP. Mais les budgets n’ont pas été à la hauteur des promesses. Au lieu de concentrer ses moyens au service de l’école publique, l’État a gaspillé sa marge de manoeuvre en augmentant les crédits alloués à l’école privée. Les vannes sont grandes ouvertes depuis 2004, date à laquelle les collectivités locales ont obtenu le droit de financer sans limites les établissements privés. Les régions de gauche ne sont pas en reste. Alors qu’il existe toujours plus de 500 communes sans école publique, l’État et les collectivités financent quasiment à parité la scolarisation d’un élève dans le privé et dans le public. Cela s’appelle déshabiller le public pour mieux habiller le privé.
Pendant ce temps, l’école publique coule. Loin de lui porter secours, l’actuel gouvernement instrumentalise certaines critiques constructives pour en faire le procès idéologique, ce qui semble justifier de la regarder se noyer. L’État pourrait profiter du tassement de certaines classes d’âge pour faire baisser le nombre d’élèves par classe, mais il préfère baisser le nombre de professeurs. Résultat, les classes resteront surchargées. Notamment dans les quartiers populaires, où les proviseurs disent pourtant manquer de personnel encadrant. En guise de réponse, le "
plan banlieue " prévoit de financer la création de 50 classes confiées à l’école privée, essentiellement catholique. "
Jamais l’État n’avait autant organisé la concurrence de son propre service public ", commente Eddy Khaldi, syndicaliste et enseignant. Il s’apprête à publier un livre qui devrait agiter la rentrée, Main basse sur l’école publique, cosigné avec Muriel Fitoussi (Demopolis). Fouillé et documenté, il retrace de façon parfois glaçante la montée en puissance du lobbying en faveur de l’école privée ; lequel est parvenu à placer des alliés au plus haut niveau des rectorats, de l’État, et même de l’éducation nationale, grâce à des réseaux comme Enseignement et liberté, Créateurs d’écoles ou SOS Éducation. À l’image de deux directeurs de cabinet du ministre de l’éducation nationale sous Edouard Balladur, Guy Bourgeois et Xavier Darcos. Conformément à la stratégie définie par Créateurs d’école, dont il fut l’un des membres fondateurs, l’actuel ministre de l’éducation nationale ne veut pas de guerre frontale avec l’école publique, mais une "
révolution de velours ". Juste assez de velours pour éviter une contre-offensive syndicale. Et ce qu’il faut de détermination pour faire avancer sa révolution, ou plutôt sa contre-révolution. Les grèves ne devraient plus être un problème grâce au service minimum, mis en place après un sondage privé décrétant que les Français y sont plutôt favorables... Une enquête opportunément commandée et financée par SOS Éducation. Avec ce joker, le ministre a les coudées libres. Mais, de toute façon, le plus dur est fait : la suppression de 11 000 postes de professeur dès cette année, 44 000 en quatre ans si ça continue à ce rythme, l’autonomisation des universités, la multiplication des partenariats privé-public, la déréglementation de la carte scolaire... Tout est passé comme une lettre à la poste. Y compris cette confidence d’Emmanuelle Mignon, conseillère du président de la République, rapportée par un journaliste en 2004 : "
Je suis pour une privatisation totale de l’éducation nationale. " Pourquoi se gêner ?
Dans les cénacles de l’école privée, on prépare déjà la suite : le "
chèque éducation ", grâce auquel chaque élève recevra directement l’aide de l’État pour choisir de s’inscrire dans le privé ou dans le public. Une idée empruntée au modèle anglo-saxon, qui a fait les beaux jours des écoles privées religieuses. Est-ce bien rassurant pour la cohésion sociale et le vivre-ensemble ? Jusqu’ici, l’école confessionnelle sous contrat donne le sentiment de vouloir privilégier l’enseignement au prosélytisme. Mais les temps changent. L’Église, qui confie de plus en plus ses missions éducatives à des courants comme l’Opus Dei ou la Légion du christ, milite pour accentuer le "
caractère propre ", c’est-à-dire le caractère catholique, de ses écoles. Les autres religions ne sont pas en reste. À quoi ressemblera le vivre-ensemble quand un nombre grandissant d’élèves français aura fait ses classes dans des écoles tenues par l’Opus Dei, les Frères musulmans ou les loubavitchs ? C’est à cela que devraient penser ceux qui, à droite comme à gauche, dénoncent volontiers le repli communautaire, mais n’ont aucun courage quand il s’agit de gouverner. Au mépris de cette évidence : l’État n’a pas les moyens de favoriser la privatisation et la confessionnalisation de l’enseignement au détriment de son école.
Caroline Fourest est essayiste et rédactrice en chef de la revue "
ProChoix "
**********
L'école est finie ? Une analyse de l'état de l'école par Philippe Meirieu :
http://regardeavue.com/index.php/2008/06/27/200-regarde-a-vue-contre-les-reformes-darcos
**********
Lettre de Jean Marie DARMIAN, maire de Créon, conseiller général de Gironde
Madame, monsieur,
Les citoyens de ce pays se laissent endormir par une sectorisation des attaques incessantes contre le système éducatif. En tant que Maire et ancien instituteur je suis effaré par l'accumulation des mesures destructrices qui laissent préluder à une mise en pièces de l'enseignement primaire.
Depuis sa nomination en mai 2007, le ministre de l'éducation nationale, M. Xavier Darcos, a en effet déjà à son actif :
» la "suppression de la carte scolaire", qui institue la concurrence entre écoles et accélère la formation de ghettos scolaires ;
» la promulgation de " nouveaux " programmes (dont les rédacteurs ne sont toujours pas connus !) contraires à l'avis de la profession et des chercheurs, après une mascarade de concertation, menée dans la précipitation ;
» la diminution de 2 h du temps hebdomadaire d'enseignement (l'équivalent de 3 semaines par an !) et la réorganisation de la semaine décidée contre les préconisations des professionnels et des spécialistes des rythmes scolaires ;
» le discrédit jeté sur l'action des enseignants de l'école publique, notamment en trompant l'opinion sur les performances de l'école française dans les évaluations internationales et sur le coût réel de notre école ; il ne cesse d'accréditer l'idée, portée par les groupes ultralibéraux, mais démentie par les spécialistes, que les résultats français sont plus mauvais que la moyenne et en baisse et que les dépenses sont plus élevées que nos voisins et en hausse ;
» des déclarations insultantes sur les maternelles considérées comme de simples garderies où le travail des enseignants consiste à " surveiller la sieste et à changer les couches " ;
» la disparition programmée des IUFM, revenant à supprimer la formation professionnelle, au lieu de chercher à l'améliorer ;
» l'étranglement financier des associations éducatives complémentaires de l'enseignement public ;
» les atteintes au droit syndical, au paritarisme et au droit de grève ;
» la mise en place du fichier base-élèves, comportant des données qui mettaient gravement en cause les libertés individuelles et le droit à l'éducation des enfants étrangers, quel que soit le statut de leurs parents ;
» le financement (pour 220 000 euros) d'une officine privée qui doit surveiller les prises de position des enseignants sur le web, " repérer les leaders d'opinion, les lanceurs d'alerte et analyser leur potentiel d'influence et leur capacité à se constituer en réseau ".
Il vient aussi de faire inscrire dans le budget 2009 :
» la **suppression brutale de 3 000 postes** d'enseignants spécialisés des RASED, tout en proclamant vouloir diviser par 3 le taux d'élèves en grande difficulté scolaire et en tentant de faire croire que la mise en place des 2 h d'aide personnalisée pourrait remplacer le travail des enseignants spécialisés ;
» la **baisse de 30 % des postes mis au concours en 2009 et, par voie de conséquence, de la formation continue remplacée par les PE2, avant sa disparition totale en 2010…
Tout récemment, il a confirmé que trois autres " réformes " seront mises en place en 2009 :
» la création de l'Agence nationale du remplacement, qui pourrait employer des maîtres non certifiés et précarisés ;
» la création des EPEP et la caporalisation des maîtres par des " super-chefs ", les directeurs d'EPEP (500 postes ont été budgétisés pour cela) ;
» la **suppression de la maternelle entre 2 et 3 ans**, remplacée par un " jardin d'éveil " à la charge des communes et des familles, premier pas vers la suppression de la maternelle avant 5 ans, réclamée par des amis politiques du ministre.
Et voici que, début novembre, plutôt qu'une revalorisation des salaires des enseignants, M. Darcos annonce qu'il octroiera une prime de 400 euros aux maîtres qui feront passer les évaluations nationales au CE1 et au CM2..
C'en est trop ! C'est maintenant notre dignité qui est bafouée !
Depuis toujours, les enseignants assumons la passation d'épreuves d'évaluation, la correction et l'analyse des résultats, sans penser à demander une rémunération spéciale, car l'évaluation des apprentissages de nos élèves fait partie de nos missions. De plus, quand il s'agit d'évaluations nationales, le plus souvent nous faisons la correction et l'analyse collectivement (en dehors des heures de classe), car les résultats à un niveau donné d'enseignement concernent toute l'équipe des maîtres, en amont et en aval.
Alors, pourquoi cette prime, telles des cacahuètes jetées à des singes ?
M. Darcos anticipe-t-il des résistances du fait que ces épreuves, entourées du plus grand secret, sont annoncées comme très difficiles par le ministère et qu'elles feront apparaître une énorme proportion d'élèves en grande difficulté, sans rapport avec la réalité ?
Redoute-t-il que ces épreuves mettent plus nettement en évidence la malfaisance des programmes 2008 ?
Craint-il que la profession y voie une rupture avec les exigences du Socle commun de connaissances et de compétences, conçu à partir des programmes de 2002, et qui est toujours en vigueur ?
A-t-il peur que les enseignants refusent de faire passer les épreuves et veut-il acheter notre soumission ?
Parie-t-il sur les difficultés financières des enseignants pour les opposer les uns aux autres et diviser les équipes d'écoles ?
Demandons la mise en place d'un Conseil national de l'évaluation à l'école comprenant des praticiens, des formateurs et des chercheurs pour mettre au point une politique de l'évaluation et élaborer des outils pour les équipes d'écoles et de cycle, au service des apprentissages des élèves définis par le Socle commun de connaissances et de compétences.
Appelons les conseils des maîtres et les conseils d'école à prendre, dès à présent, des mesures fortes pour protéger les enfants et les écoles des méfaits éventuels des épreuves nationales CE1 et CM2, que ce soit en raison du contenu des épreuves ou de leur utilisation. Nous les appelons en particulier à refuser fermement toute publication des résultats des écoles.
Nous ne pouvons plus continuer à subir cette politique scolaire fondée sur la concurrence entre, les collectivités, entre les élèves, entre les familles, entre les écoles et entre les maîtres. Elle est contraire à l'idéal de citoyens responsables et solidaires qui fonde notre école laïque et républicaine.
Tous les maires républicains doivent en avoir conscience et dénoncer cette avalanche de coups bas contre le corps enseignant abandonné le plus souvent dans la tourmente de réformes qui visent à le mettre à genoux.
Jean Marie DARMIAN
Maire de Créon
Conseiller général de la Gironde
http://www.jeanmariedarmian.fr
**********
En conscience, nous refusons d'obéir !
LETTRE OUVERTE AU MINISTRE DE L'EDUCATION NATIONALE
Mardi 27 janvier 2009
Monsieur le ministre,
Les enseignants désobéisseurs soussignés, se faisant l'écho de nombreux collègues en résistance contre le démantèlement du service public d'éducation, s'adressent à vous, en conscience, pour vous exprimer les raisons profondes de leur refus d'appliquer réglementairement le dispositif de l'aide personnalisée. Chacun-e d'entre nous a déjà écrit à son inspecteur d'académie une « lettre de désobéissance » pour l'informer de sa démarche et de ses motivations. Nous espérons ainsi vous convaincre qu'il est temps d'écouter et de prendre en considération l'opinion des enseignants et de réviser d'urgence votre politique pour l'école.
Le dispositif de l'aide personnalisée a été décidé en concomitance avec la suppression du samedi matin dont l'effet le plus tangible est, pour l'immense majorité de nos élèves, la perte sèche de deux heures d'enseignement. Ce changement a fait basculer de nombreuses écoles à la semaine de quatre jours. Ce dispositif ne peut donc être appliqué de la même façon selon que la semaine scolaire est organisée sur quatre jours (règle générale) ou sur quatre jours et demi (dérogation à la règle). Ce seul fait introduit de profondes disparités et inégalités entre les écoles. Car répartir le temps scolaire de 24 h en quatre jours ou quatre jours et demi a des incidences sur la mise en place du dispositif des deux heures d'aide personnalisée. Les écoles qui travaillent sur quatre jours et demi ont davantage de latitude pour placer les deux heures dans la semaine. Cela est plus complexe pour celles qui fonctionnent sur quatre jours. Ces dernières sont pratiquement contraintes d'ajouter une demi-heure à une journée de 6 h qui est la journée scolaire la plus longue d'Europe. Comment penser que des enfants en difficulté sur le temps scolaire normal sont à même de travailler une demi-heure de plus, parfois sur le temps du repas ou après la classe ? Comment ne pas considérer qu'il s'agit d'une violence imposée au rythme des enfants ?
La question des rythmes scolaires est au cœur du débat sur le dispositif de l'aide personnalisée. L'instauration brutale et sans concertation de la semaine de quatre jours, en dépit des préconisations des chrono-biologistes, est une catastrophe au regard de ses conséquences. C'est sur une journée qu'il faut équilibrer les heures de travail. En matière de rythmes de l'enfant, 4x6 ne sont pas égaux à 6x4 ! En d'autres termes, les écoliers français ont les journées les plus longues (6h contre 3h ou 4 h en Finlande, meilleure « élève » d'après l'OCDE), et le nombre de jours de classes le plus bas (à peine 140 contre 188 en Finlande, 190 en Grande-Bretagne, 210 en Italie et au Danemark). C'est un autre facteur d'aggravation de la fracture sociale, qui « pénalise surtout les enfants qui cumulent les difficultés personnelles, familiales et sociales. […]. L'Ecole de la République devient celle des enfants qui n'ont pas de difficulté majeure dans leurs rythmes, leurs façons d'être et de faire, dans leurs constructions cognitives et dans la mobilisation de leurs ressources intellectuelles » (Hubert Montagner). Ces constatations nous amènent à déplorer la casse systématique de toute tentative de cohésion sociale qui met en péril la capacité de tous à vivre ensemble.
Ce dispositif est mis en place, dites-vous, pour lutter contre l'échec scolaire. Il est présenté de telle façon à l'opinion publique qu'il apparaît comme le remède miracle à toutes les difficultés rencontrées par les élèves. Comment se fait-il qu'aucun enseignant, qu'aucun syndicat n'aient réclamé dans le passé un tel dispositif pour aider les élèves en difficulté ? Il faut croire que les enseignants et les syndicats de ce pays ne s'intéressent pas à ces élèves, que les enseignants n'ont jamais fait de propositions, que les mouvements pédagogiques n'ont pas expérimenté des dispositifs qui fonctionnent, même dans les classes dites difficiles. En réalité, ce dispositif consacre le renoncement à une politique ambitieuse pour l'école qui donnerait réellement aux enseignants les moyens d'enseigner dans des conditions décentes, avec une formation pédagogique adaptée. Cette politique aurait notamment pour vocation de réduire l'échec scolaire sans passer par des dispositifs externalisés qui dé-structurent la vie des écoles.
Selon le décret n° 2008-463 du 15 mai 2008 qui précise la mise en place du dispositif de l'aide personnalisée, les enseignants doivent repérer les élèves en difficulté. Il n'est absolument pas mentionné dans ce décret le nombre d'élèves minimum ou maximum pouvant bénéficier de cette aide. Les effectifs peuvent donc aller, dans l'absolu, de quelques-uns à pratiquement l'ensemble des élèves de la classe. Il est évident que selon les classes, les quartiers, les communes, le nombre potentiel d'élèves concernés par ce dispositif est très variable et cela introduit de fortes inégalités entre les classes et les écoles. Et que dire des écoles d'application dont les élèves sont purement et simplement exclus du dispositif ?
Le décret indique que les parents doivent donner leur accord à la présence de leur enfant sur ce temps qui se situe en dehors du temps scolaire obligatoire. Ainsi donc, en toute hypothèse, un enfant qui aurait vraiment besoin d'être aidé pourrait ne pas bénéficier de ce dispositif si ses parents ne le souhaitent pas ! Cette clause, rendue nécessaire par le caractère extra-scolaire du dispositif, suffit à en montrer les limites. Alors que cet enfant pouvait jusqu'à l'an dernier bénéficier de ces deux heures de classe qui étaient obligatoires, il se retrouve privé de deux heures bien utiles. Avoir introduit dans le cadre de notre mission d'enseignant deux heures facultatives pour les élèves, hors temps scolaire, sujettes à l'accord des parents d'élèves et qui sont présentées comme devant remédier à tout ce que nous n'avons pas réussi à faire dans le temps scolaire normal, traduit un profond mépris à l'endroit du travail des enseignants. Cela laisse entendre que, finalement, les enseignants auraient été bien incompétents dans le passé, alors que leur « impuissance » n'était que le résultat de politiques désastreuses que nous n'approuvions pas. Mais qui nous a écoutés ?
Ce dispositif « commercialise » l'École. Sa présentation, son organisation différente d'une école à l'autre introduit l'idée dans l'opinion générale que l'école devient un supermarché où le client (ici les parents d élèves) est roi. Les parents sont alors abusés et certains qui ne connaissent légitimement pas cet univers scolaire complexe, risquent de se comporter en véritables consommateurs déclinant leur souhait au gré de leurs envies ou humeur. (C'est ainsi que tout récemment un parent d'élève de l'une de nos écoles a écrit que son enfant ne pourra plus suivre l'aide personnalisée pour pouvoir aller au club de basket). D'autre part, en laissant la possibilité aux parents de renoncer au dispositif pour des raisons personnelles, il serait alors aisé de les rendre responsables de la future difficulté de leur progéniture, au même titre que c'est le malade qui est responsable du déficit de la sécurité sociale.
Ce dispositif ne prend pas en compte les projets pédagogiques qui ont été expérimentés avec succès dans de nombreuses classes pour remédier à l'échec scolaire. Quand le Ministère de l'Education Nationale se décidera-t-il à valoriser ces expériences, à permettre à tous les enseignants d'en prendre connaissance et de se les approprier, à organiser des formations qui rendent possible leur mise en œuvre ? Ce dispositif valide l'idée absurde, présente par ailleurs dans les nouveaux programmes, que tout peut et doit être quantifié et chiffré à l'école primaire : les connaissances, les évaluations, les résultats, les progrès. Mais quand comprendrez-vous qu'aujourd'hui, la priorité des priorités est de donner du sens aux apprentissages, de favoriser l'estime de soi, l'autonomie et la responsabilité des élèves, de les motiver pour venir à l'école, mais aussi d'alléger les effectifs et de créer des climats de classe propices au respect, à l'écoute et au travail, d'aider les élèves à mieux se connaître et à se situer par rapport aux autres, de retisser le lien avec les familles ?
En réalité, ce dispositif sera totalement inefficace au regard des enjeux de l'échec scolaire. Il faut redire que pour les élèves rencontrant des difficultés ponctuelles d'autres dispositifs peuvent être mis en œuvre à l'intérieur du groupe-classe, donc sans stigmatisation, notamment la différenciation pédagogique, le tutorat, les ateliers de besoins et de remédiation et autres dispositifs coopératifs. C'est bien souvent le manque de formation des enseignants qui empêche l'innovation pédagogique. Surtout, pour les élèves en grande difficulté, qui ne bénéficieront bientôt plus de l'aide des enseignants du RASED, ce dispositif sera bien insuffisant car nous n'avons pas les compétences des enseignants spécialisés du RASED.
Ce dispositif sera d'autant plus inefficace que dans le même temps vous organisez la disparition des RASED dont aucune évaluation n'a été réalisée. Ce dispositif n'a pas d'autre objectif en réalité que de faire des économies de postes sur le dos des RASED. Ces enseignants spécialisés, formés, vont désormais se retrouver « sédentarisés » dans des classes ordinaires. Comment peut-on effacer d'un trait de plume toutes ces compétences ? Qui peut penser que les enseignants de base vont pouvoir suppléer aux missions du RASED ? Qui peut croire que l'aide « personnalisée » peut remplacer l'aide spécialisée ? Qui peut croire qu'un enseignant spécialisé ayant la charge d'une classe aura le temps d'utiliser ses compétences particulières pour aider sérieusement les enfants en difficulté de l'école ? Nous vous rappelons les finalités du RASED publiées au B.O n°19 du 9 mai 2002 :"Le dispositif d'aides spécialisées, contribue à assurer, avec les équipes pédagogiques, d'une part, la prévention des difficultés préjudiciables à la progression dans le cursus scolaire ou à une bonne insertion dans la vie collective et, d'autre part, la remédiation quand les difficultés s'avèrent durables et se traduisent par des écarts d'acquisition attendues ou par un défaut durable d'adaptation à l'école et à son fonctionnement particulier". Ainsi, du jour au lendemain, ces missions ne seraient-elles plus d'actualité ? Par qui ces élèves qui ont des besoins particuliers seront-ils dorénavant pris en charge ? Certaines familles feront certes la démarche de s'adresser à l'extérieur de l'école, aux orthophonistes, aux CAMPS et CMPP. Vous semblez ignorer que les élèves qui sont dirigés vers ces structures (CAMPS, CMPP) le sont lorsque les membres du RASED considèrent que leurs compétences, déjà très spécifiques, atteignent leurs limites et ne permettent pas de traiter la difficulté de l'élève dans sa globalité. Mais ces professionnels sont déjà débordés et les délais de prise en charge seront d'autant plus allongés. D'autres familles acceptent de travailler avec le RASED parce que c'est un dispositif interne à l'école, mais elles ne feront jamais la démarche de consulter d'autres organismes. Nombre d'enfants se retrouveront sans aide, laissés pour compte.
Suppression massive de postes, formation initiale et continue inadaptée et bientôt réduite à une peau de chagrin, classes surchargées et de plus en plus hétérogènes, difficulté des enseignants à travailler en équipe, multiplication des incivilités et des violences, abrutissement de la jeunesse par la télévision et les jeux vidéo, les vraies questions qui sont à la source de l'échec scolaire ne sont pas prises en compte. C'est à ces problèmes qu'il convient aujourd'hui d'apporter des réponses en concertation avec les enseignants. La recette miracle de l'aide personnalisée est de la poudre de perlimpinpin qui masque en réalité une volonté de faire des économies budgétaires. Ce dispositif est une faute. Une erreur peut être corrigée, une faute doit être réparée.
La réalité, c'est que ce dispositif qui est censé lutter contre l'échec scolaire et qui est présenté comme la colonne vertébrale de votre réforme est aujourd'hui largement rejeté par les enseignants.
Nous affirmons que le dispositif de l'aide personnalisée est totalement illégitime sur le plan structurel, inefficace sur le plan pédagogique et désastreux pour l'avenir de l'école.
Aujourd'hui, nous n'avons pas d'autre choix que d'obéir à notre conscience de pédagogue, nous n'avons pas d'autre choix que de le combattre en refusant de l'appliquer à la lettre. Notre désobéissance est un devoir, car obéir au décret qui encadre ce dispositif reviendrait à perdre notre âme d'enseignant. Au nom de l'intérêt supérieur de notre mission qui a vocation à accompagner tous les élèves vers la réussite, nous vous disons sereinement, mais fermement : en conscience, nous refusons d'obéir ! En conscience, tant que ce décret ne sera pas abrogé, nous y désobéirons !
Notre désobéissance est également motivée par le refus des « réformes » que vous avez engagées, sans nous consulter, sans tenir compte de notre expérience : projet des EPEP, nouveaux programmes, évaluations nationales, stages de remise à niveaux, Agence nationale du remplacement, jardins d'éveils, accompagnement éducatif, masterisation des nouveaux enseignants .… Toutes ces mesures, qui accompagnent les milliers de suppressions de postes, participent au démantèlement du service public d'éducation. Nous refusons de collaborer à ce démantèlement.
Hier, nous avons ressenti beaucoup de mépris ; aujourd'hui, nous nous sentons profondément blessés de n'être toujours pas entendus. Nous aurions pu céder, comme d'autres collègues que nous ne blâmons pas, au découragement et au fatalisme. Mais, monsieur le ministre, vous avez touché à ce qu'il y a de plus sacré, vous avez touché à la conscience. C'est notre conscience professionnelle qui est atteinte par vos réformes. C'est pourquoi nous sommes en droit d'appeler à l'insurrection des consciences, à l'insurrection de toutes les consciences citoyennes pour vous rappeler que nous ne laisserons pas déconstruire le système public d'éducation sans réagir.
Notre désobéissance n'est pas seulement une démarche de contestation. Dans le même temps que nous refusons ce dispositif, nous montrons, par notre action quotidienne, que d'autres choix pédagogiques sont possibles. Nous ne voulons pas nous enfermer dans un refus parce que notre souci c'est d'abord la réussite des élèves. C'est pourquoi, malgré des conditions de travail difficiles que votre politique n'a pas prévu d'améliorer, nous mettons en œuvre des dispositifs d'aide, de remédiation et de soutien aux élèves en difficulté dans le cadre de l'ensemble du groupe-classe, avec la participation de tous les élèves.
Contrairement à ce que vous avez déjà affirmé, nous ne sommes pas hostiles à des réformes. Dans une situation sociale où les inégalités se creusent, où les attentes sociales qui pèsent sur l'école sont tous les jours plus lourdes, les politiques scolaires qui se sont succédées ont affaibli le service public d'éducation, même si la résistance qui s'est exprimée dans les mouvements des parents, des enseignants et dans la pratique pédagogique des collègues, nous a épargné le désastre que connaissent aujourd'hui certains pays ravagés par le libéralisme scolaire. Pour améliorer notre école, vers plus de justice sociale, plus de facilités pour tous les élèves à accéder à une formation et à une culture de haut niveau, nous sommes prêts au changement ; nous sommes disposés à faire les efforts nécessaires pour que l'école soit à la hauteur de sa mission d'instruire et d'éduquer. Nous n'avons d'ailleurs pas attendu vos « réformes » pour faire ces efforts. Alors, nous vous demandons de cesser de caricaturer notre démarche de résistance qui est avant tout motivée par l'inébranlable volonté de construire un service public d'éducation de qualité.
Monsieur le Ministre, des sanctions financières lourdes ont été prononcées par des inspecteurs d'académie à l'encontre de certains d'entre nous qui refusaient d'appliquer règlementairement le dispositif de l'aide personnalisée. Nous tenons à vous dire qu'aucune sanction disciplinaire ou financière ne nous dissuadera de poursuivre notre résistance, pas plus d'ailleurs que les simulacres de concession que vous avez affichés sur le sort des RASED. Il est temps, monsieur le ministre, d'entendre le cri de révolte qui monte des salles de classe et des salles des maîtres, il est temps d'entendre la colère et l'exaspération qui traversent le monde éducatif, y compris chez les parents d'élèves qui, majoritairement, nous soutiennent. Il est temps de stopper le démantèlement de l'école.
Notre détermination est grande, aussi grande que celle d'accomplir notre mission avec rigueur et professionnalisme. C'est pourquoi nous vous informons que nous participerons également aux prochaines journées de manifestations et de grève dans l'Education Nationale à l'appel des organisations syndicales et que nous approuvons l'idée d'Etats généraux de l'éducation lancée par Philippe Meirieu dans sa lettre ouverte du 27 décembre.
Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Ministre, l'assurance de nos sentiments déterminés et respectueux.
Publie sur :
http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/lirarticle-252147-1137631.html
**********
Le triangle des Bermudes
Sylvain Grandserre / Maître d'école / boycotteur des évaluations de CM2 / Porte-parole de
http://www.darcos-demission.org (pétition à signer) /
sylvain.granserre@wanadoo.fr"
Objets inanimés, avez-vous donc une âme " interrogeait Lamartine. À nous autres, professeurs des écoles qui risquons de la perdre dans le triangle des Bermudes du libéralisme, la question se pose désormais sans que la réponse puisse se faire attendre...
Si le billard des réformes se joue à trois bandes, ce puzzle est àtrois pièces.
Tout d'abord, il y a la suppression de la carte scolaire. Ceci permet un désengagement de l'état, non plus garant de la qualité partout pour tous, mais simple organisateur de la mise en concurrence des établissements. Faites vos jeux !
Ensuite, il y a l'idée d'en venir tôt ou tard pour les professeurs à un salaire au mérite, ce dernier se mesurant alors aux résultats obtenus par les élèves. Avec un tel système, les médecins n'accepteraient de soigner que les biens portants... Et les enseignants de ne travailler qu'avec les bons élèves !
Enfin, pour permettre l'ouverture du marché scolaire, il faut des chiffres, des éléments de comparaison tels que peuvent en donner les évaluations nationales de CM2 qui servent moins à évaluer les élèves qu'à dévaluer les écoles.
Et voilà, le tour est joué. Les parents stratèges chercheront ce qu'il y a de mieux pour leur enfant. Puis, du moins le croient-ils, ils choisiront l'école pour leur enfant... Or, c'est très exactement le contraire qui se produira et se produit déjà. C'est l'école qui choisira leur enfant... ou pas ! Car la logique du salaire au mérite pousse les établissements à ne prendre que les élèves pour lesquels le retour sur investissement sera élevé. Alors qui pour s'occuper de ceux qui risquent potentiellement de faire baisser le rendement ? Qui pour travailler en ZEP, avec les pauvres, les enfants de chômeurs, de rmistes, les non francophones, les handicapés ?
L'horreur pédagogique est en marche. À notre niveau, seuls, nous ne pourrons pas faire grand'chose pour maintenir la carte scolaire ou s'opposer au salaire au mérite. En revanche, on compte sur nous en hauts lieux pour donner nos chiffres tels des prix permettant l'ouverture de la grande braderie ! Car s'il a des tuyaux, le ministère n'a encore rien à faire circuler à l'intérieur ! À nous de le laisser à sec en ne fournissant aucune information sur les résultats de CM2 d'abord, puis de CE1.
Clairement, c'est notre seule chance de bloquer cette sale machine à courber l'échine. Nous pouvons relever la tête, être fiers du travail désintéressé que nous accomplissons auprès de ceux qui en ont le plus besoin. Jamais nos écoles ne devront prendre pour modèle ce qui vient de se montrer si désastreux à l'échelle planétaire : la concurrence, l'individualisme, l'égoïsme, l'appât du gain. Contre cette entreprise de déshumanisation nous avons la solution : le blocage complet à la source, pour assécher le caniveau où veut nous entraîner cette politique.
Enseignants : avez-vous une âme ?
**********
Source / auteur : Construire un monde solidaire /
http://www.monde-solidaire.org/Témoignage de Sadi Sainton, étudiant à l'Université Antilles Guyane en Guadeloupe
Je vous envoie ce mail un peu long, certes, mais je voudrais vous dire deux ou trois choses, que vous ne voyez pas trop dans les JT de canal+, France Télévision, TF1, M6, LCI... à propos de la grève en Guadeloupe puisque je la vis de l'intérieur. J'espère sincèrement que vous prendrez le temps de lire ces quelques lignes. Lisez tout, si vous le pouvez. Et une partie si c'est trop long. Je tiens au paragraphe en violet car c'est cette question qui m'a poussé à écrire un si long mail, mais je crois que tout comporte son intérêt...
Pourquoi ? Parce que j'imagine que vous entendez comme tout le monde les infos et que je les trouve très partielles (et partiales). Parce que je pense qu'il peut y avoir méprise. Vous pouvez diffuser à votre guise au sein de PMP6.
N.B : Je soutiens cette grève. Ce mail comporte donc une dose de subjectivité, mais je ne fais ni dans la propagande, ni dans le mensonge. Je reste objectif sur des faits dont vous n'entendez probablement pas parler.
Let's go !
En effet, la Guadeloupe connaît depuis bientôt 4 semaines une grève générale contre les profits abusifs (de grâce, cessez de parler de grève contre la vie chère car il ne s'agit pas tout à fait de cela). Je vais simplement, sans organisation donner quelques faits (j'écris à mesure que ça vient et je m'excuse d'avance des fautes d'orthographe que ma vigilance laissera passer).
Une grève contre la vie chère ? Non. Pas vraiment
Le collectif qui mène la grève est un ensemble de 49 associations syndicales, politiques, associations de consommateurs et associations culturelles. Elle a déposé (un mois avant le début de la grève générale, et personne n'a jugé bon de s'en préoccuper) un cahier de 146 revendications réparties sur 10 chapitres. Parmi ces chapitres, un (un seul !) concerne la vie chère.
Mais alors qu'est-ce que cette grève ?
Le collectif à l'initiative de cette grève s'appelle "LKP" : Lyannaj kont pwofitasyon (C'est du créole). Traduction "alliance contre le vol et les profits abusifs". C'est une mobilisation sans précédant. Le LKP parle de 100 000 personnes dans les rues (sur une population de 460 000, soit près du quart de la population). Au delà de la bataille des chiffres, une chose est sure : c'est historique. C'est la plus grande mobilisation de l'histoire de la Guadeloupe et chaque sortie du LKP crée un nouveau record. Depuis une semaine, la Martinique emboîte le pas, la réunion depuis deux jours, et la Guyane s'y prépare.
Qu'est-ce que la "pwofitasyon" ?
Surtout, ne pas traduire par "profit" (c'est un faux ami). La "pwofitasyon", ici peut se traduire comme je viens de dire par "profits abusifs". Dans le langage courant, "pwofitasyon" désigne l'abus de pouvoir qu'un puissant exerce sur quelqu'un dont il sait déjà qu'il est plus faible que lui, pour le rendre encore plus subordonné. L'exemple-type, est celui des enfants dans la cours de récréation d'une école primaire. Les "grands" de CM2 peuvent exercer dans la cour des "pwofitasyon" sur les "petits" de CP, qui n'auront que leurs yeux pour pleurer. (N'est-ce pas mignon, notre chère et tendre enfance ?)
Les domaines de "pwofitasyon" sont multiples chez nous
Le constat est le suivant. En Guadeloupe, les prix sont beaucoup plus élevés qu'en France et donc parmi les plus élevés d'Europe et du monde. On constate (pour les mêmes enseignes et les mêmes produits) des écarts de plus de 100 % que l'éloignement (il faut bien payer le transport) n'explique pas (exemple : 84 % sur les pâtes alimentaires). Selon tous les experts, après analyse de la chaîne, de la production au caddie du consommateur, en passant par le transport, le surcoût par rapport à l'hexagone ne devrait pas dépasser 10 %. Les différences de prix constatées ressemblent donc fortement à... du vol organisé.
Quelques exemples de "pwofitasyon" dénoncés par le LKP : L'essence que payaient les guadeloupéens était l'une des plus chère au monde. Il y a une crise internationale qui a fait exploser le cours du pétrole, certes, mais cela n'explique absolument pas le cours des prix en Guadeloupe (dans les DOM de manière générale). Aujourd'hui qu'un début de lumière commence à être fait sur la question, plus personne ne le conteste.
Le LKP a présenté à l'état son expertise des méthodes de fixation des prix, résultat : tout le monde est d'accord sur le constat qui consiste à dire que les prix sont anormaux (même ceux qui sont contre la grève générale comme forme choisie pour le dénoncer). Le secrétaire d'état aux DOM, monsieur Yves Jego envisage même une action en justice de l'Etat contre la SARA (Société Anonyme de Raffinage Antillaise) dont l'actionnaire principal (70 %) est TOTAL. Vous m'accorderez sans doute que ce ne sont pas des nécessiteux. Et Jego (lui-même), a dit que si après enquête, il est démontré que la SARA a perçu des sommes indues (ce sera probablement le cas), cette somme devra être remise aux guadeloupéens sous la forme d'un fond pour la formation professionnelle. [1]
Quant aux prix de la grande distribution... une des pistes est de créer "un panier de la ménagère" constitué d'environ 100 produits sur lesquels la grande distributions n'aurait plus le droit de dépasser les prix de l'hexagone de plus de 10%, avec la création d'un organe bimensuel de contrôle des prix pour éviter de nouvelles dérives. Les géants de la distribution sont en situation de quasi monopole. Il s'agit principalement du groupe Hayot (Bernard Hayot est dans le top 120 des fortunes françaises). En plus ils détiennent l'importation et ont le monopole de la distribution sur plusieurs grandes marques. Pour accentuer le problème, les quelques concurrents existants sont des groupes amis (cousins, alliances...) puisque ce circuit est aux mains d'une ethno classe compacte et réduite [2]
Autre détail intéressant. Parmi les revendications sur le coût de la vie, il y a la baisse des tarifs des prestations bancaires. Et que s'est-il passé ? Dès que les banques en Guadeloupe (pourtant les mêmes que dans l'hexagone) ont pris connaissance des revendications les concernant, avant même que cette question ait été négociée, les banques ont adopté une baisse de leurs tarifs !! Permettez-moi de penser que ça signifie que les tarifs étaient effectivement abusifs.
Le reste des revendications ?
Elles traversent TOUS les domaines de la société. Vraiment tout. Les 9 autres chapitres : Éducation, Formation professionnelle, Emploi, Droits syndicaux et liberté syndicales, Services publics, Aménagement du territoire et infrastructures, Culture, et enfin "pwofitasyon" (il s'agit de réclamer des mesures pour contrôler désormais les prix). J'appelle ça un mouvement sociétal. Si certains persistent à parler de vie chère… je n'y peux rien. C'est un véritable cahier de Doléances. Il parcourt l'ensemble des domaines de la société.
Rappelons que ces revendications sont au nombre de 146 et que le LKP a défini parmi ces 146, 19 à négocier immédiatement, puis d'autres qui demandent des réponses plus purement politiques voire institutionnelles, qui devront être débattues à long et moyen terme.
Je peux, si vous le souhaitez, vous envoyer ce cahier de revendications.
Mais alors... Pourquoi ne parle-t-on que de ces foutus 200€ que le LKP demande ?
Parce que cela fait partie effectivement des revendications et comme tout le monde s'y attendait, c'est le point qui bloque les négociations. Le LKP ne démord pas. Le patronat ne démord pas. Les positions se radicalisent.
Commentaire personnel : je trouve ça dommage qu'un si beau mouvement bloque sur un point que je considère comme étant secondaire en terme de portée sociétale sur le futur de la Guadeloupe. [3]
Les guadeloupéens sont asphyxiés et meurent de faim alors ? Mais pas du tout !!
C'est cette question qui m'a poussé à écrire ce mail. Un ami métropolitain m'a appelé aujourd'hui pour me demander si on tenait le coup. Au début j'ai commencé à répondre que malgré la durée du conflit, la mobilisation était toujours de mise. Il me coupe : "Non, je voulais dire...Arrivez-vous à remplir le réfrigérateur" !! La Guadeloupe est en grève générale depuis bientôt 4 semaines. Les hypers marchés et supermarchés sont fermés. En revanche les petits commerces de proximités sont ouverts, mais les rayons des magasins sont de plus en plus vides...
MAIS : La Guadeloupe s'organise. L'UPG (Union des Producteurs Guadeloupéens) ainsi que les pêcheurs font partie du LKP. Les poissons ne sont pas en grève : les pécheurs continuent à pêcher et à vendre leurs poissons. Les animaux ne sont pas en grève : les éleveurs continuent à s'en occuper et à vendre leur viande. La terre n'est pas en grève : les cultivateurs continuent à travailler leurs exploitations et vendent leurs denrées. Notre réfrigérateur n'a jamais été aussi plein.
Les hypers marchés sont fermés, mais les marchés sont ouverts. Il y a mieux : des marchés populaires sont organisés devant les piquets de grève et un peu partout. Les producteurs y vendent leurs denrées aux prix auxquels ils ont l'habitude de vendre aux supermarchés. Conséquence : ils ne perdent pas leur récolte ni leurs revenus, et le portefeuille du consommateur apprécie puisque les marges exorbitantes de la grande distribution ne sont plus là. Nous mangeons à notre faim et -fait intéressant- nous n'avons jamais autant consommé local !!
Je n'ai pas de purée mousseline, je n'ai plus de pâtes Panzani… et alors ? J'ai des tubercules, des légumes, de la viande, du poisson, des fruits frais, des fruits secs, des fruits de mer... Et ça coûte moins cher que d'habitude. En fait, je crois que je n'avais jamais mangé aussi équilibré de ma vie. Si vous n'avez jamais entendu tout ça, est-ce que la presse nationale fait de la désinformation ? Je n'irai pas jusqu'à dire qu'on vous ment. Disons que parmi tout ce que les envoyés spéciaux des média nationaux voient, ils choisissent 5 %, et le choisissent d'une manière assez surprenante.
La première semaine, ils n'en parlaient pas. La deuxième semaine, ils n'ont montré que des images de touristes dont les vacances ont été gâchées par cette grève (je suis sincèrement désolé pour eux, mais c'est la vie). Ils ont montré des rayons de super marché vide et ont semblé vouloir dire que la rupture des stocks créait le plus grand désarroi... Ils ont fustigé une grève qui - dit-on - pénaliserait de manière irrémédiable l'économie guadeloupéenne.
Puis Le secrétaire d'état aux DOM est arrivé en Guadeloupe. Il y a carrément déplacé son cabinet et son staff. La presse ne pouvait plus se contenter des mini sujets bâclés. Ils ont commencé à en parler un peu plus. Aujourd'hui, l'information que vous recevez est de plus en plus conforme à ce qui se passe. Les "vrais" reportages font leur apparition. France inter a fait une longue émission dessus, j'ai pu voir un long article sur Élie Domota, porte parole du LKP dans je journal Le Monde. Libération a publié un long texte d'Ernest Pépin (écrivain Guadeloupéen)... Ça commence à changer. Pourtant, je suis persuadé que ceux qui ont tout lu de ce mail ont appris beaucoup de choses.
Pour les plus courageux, j'ajoute encore quelques points importants. Je quitte la description pour rentrer dans l'analyse (mais vous pouvez vous arrêter là).
Xénophobie ? Racisme ? Les slogans ?
Non, non, et trois fois non ! Le slogan principal repris depuis le 20 janvier en coeur par les manifestants : "La Gwadloup sé tan-nou, la Gwadloup sé pa ta yo. Yo péké fè sa yo vlé, adan péyi an-nou" Traduction littérale : " La Guadeloupe est à nous, La Guadeloupe n'est pas à eux. Ils ne feront pas ce qu'ils veulent dans notre pays" Traduction plus usuelle : "La Guadeloupe nous appartient, elle ne leur appartient pas. Nous ne les laisserons pas faire ce qu'ils veulent dans notre pays." La question qui inquiète certains : mais qui est ce nous et ce eux ? Nous = noirs ? Eux = blancs ? Si oui, lesquels ? Les blancs en général (métropolitains) ou les "béké", descendants des maîtres d'esclaves et qui ont su conserver leur domination économique et d'influence grâce aux héritages de génération en génération depuis l'époque esclavagiste, jusqu'à présent (sans la diluer dans le reste de la population car le béké fait souvent attention à "conserver la race"). [4]
Selon moi, il ne s'agit pas de ça. Moi qui vit ce mouvement de l'intérieur, moi qui reprend ce refrain avec joie depuis 4 semaines, je n'ai jamais désigné le blanc par ce "eux" et tous les gens de mon entourage sans exception sont du même avis.
Mais alors qui ?
Eux… mais bien sûr, cela désigne les "profiteurs". Les responsables de la pwofitasyon. La Guadeloupe n'est pas un simple tube digestif, une sorte de terre de consommation, un simple marché ou tout le monde peut venir faire ce qu'il veut, comme dans une zone de non droit. Or les "pwofitasyon" révélées par ce collectif, et que plus personne ne conteste, donne bien l'impression que c'est le cas depuis déjà trop longtemps. Avec la complicité de l'État, volontairement ou par négligence (je veux bien croire que c'est par négligence).
On en est à une situation ou il a fallu qu'un collectif de 49 association déclenche une grève générale et les plus grandes manifestations de l'histoire de la Guadeloupe pour que l'État, enfin joue son rôle d'arbitre et de répression des fraudes. De nombreuses voix en Guadeloupe avaient déjà dénoncé ces faits, mais de manière isolée et sans réel résultat. Aujourd'hui, la tendance semble s'inverser. C'est ce "eux" là que nous dénonçons depuis 4 semaines (27 jours). Quant au nous, il est prometteur de quelque chose de tout à fait nouveau, qui peut être enfin dépassera les clivages de race (ou en tous cas tendra vers ça). La première personne à m'avoir envoyé un sms pour me dire de venir en meeting est une Guadeloupéenne ...blanche !
Pour moi, un Guadeloupéen est quelqu'un qui lie son destin à celui de la Guadeloupe. Il est souvent noir (question de chiffre), mais il est aussi blanc, indien (de nombreux indiens ont débarqué en Guadeloupe après l'abolition de l'esclavage). Il pourrait même être vert pomme que cela ne dérangerait pas les dizaines de milliers de manifestants qui chantent ce slogan. Surtout, nous ne sommes pas prêts à échanger sous prétexte de la race, une pwofitasyon blanche contre une pwofitasyon noire. Ce Nous-Eux est moral, bien plus que racial. Cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de problème de racisme en Guadeloupe. Il est clair que la société est pyramidale et que plus on monte vers le sommet de la pyramide, plus les peux sont claires. Les races n'existent pas, c'est une vérité qu'il faut répéter sans cesse... Mais le racisme existe et le poids de l'histoire esclavagiste et coloniale est palpable. Nous voilà avec ce mouvement face à un formidable défi qui consiste à poser les problèmes tels qu'ils sont, pour les régler, et les dépasser. Permettez-moi d'ajouter que je suis assez optimiste sur cette question.
Scolarité en péril ?
J'étais à Paris VI lors de la grève contre le CPE et sur les 12 semaines prévues du semestre, on a pu faire 11 semaines (moyennant le sacrifice des vacances scolaires). Il y a fort à parier que nous ferons la même chose. Tout le monde est prêt à voir disparaître les vacances de pâques, pentecôte et les jours fériés. D'ailleurs les cours sont mis en ligne par les enseignants dans de nombreux établissement. Et RFO, la télé locale (une branche de France télévision) va bientôt commencer à diffuser des cours faits par des enseignants sur les plateaux de télévision, afin que tout le monde puisse regarder, à chaque niveau, à chaque matière. La petitesse de l'île le permet, nous ne nous priverons pas de ce moyen !
Évolution statutaire ?
Peut être. En tout cas la question est posée. Le débat est ranimé. Le mouvement s'exprime sous forme de grève, mais la densité du cahier de revendications montre clairement que tous les fondements de la société sont remis en question.
Parmi les meneurs du LKP, nombreux sont ceux qui sont "au moins" autonomistes. Pourtant, après 4 semaines, aucun membre (sans exception) n'a jamais prononcé les mots "évolution statutaire". C'est un débat qui déchaîne les passions et pour le bien du mouvement, il convient de rappeler que ce n'est pas le but du mouvement. Ce mouvement pose des questions et met en avant ce que veulent les Guadeloupéens.
Si les hommes politiques apportent parmi leurs réponses une question institutionnelle, elle fera de toutes les façons objet de débats, et de référendum.
Mon avis sur la question
Les lois françaises sont conçues pour répondre à une réalité géopolitique précise. Celle d'une France au cœur de l'Europe, société post-industrielle. Elles n'ont jamais convenu ni aux colonies, ni plus tard aux DOM-TOM et COM. Si bien que pour pallier le "handicap", nous sommes toujours passé par des lois, qui mettent en avant de nombreuses spécificités. Aujourd'hui, le système d'intégration montre ses limites. Ceux qui jadis s'en accommodaient, aujourd'hui, soutiennent massivement un mouvement social, qui -bien que ce ne soit pas son objectif- attire l'attention sur le fait que rien ne va bien et qu'il faut peut être songer à changer les choses en profondeur.
Quoi qu'il arrive, l'indépendance n'est absolument pas à l'ordre du jour. Ni l'État, ni le LKP, ni les nombreux manifestants qui soutiennent le LKP, ni même les organisations anciennement indépendantistes des années 60, 70 et 80 ne considèrent que la question est à l'ordre du jour. Les organisations "anciennement indépendantistes" continuent à énoncer le principe moral du droit des peuples à l'autodétermination qui est un droit inaliénable inscrit dans la charte de l'ONU ; mais s'accordent pour dire qu'il faut aller pas à pas, sans brûler les étapes.
Les pistes avancées sont plutôt celles d'une évolution statutaire dans le cadre de la République Français (genre article 73 et 74 de la constitution) vers plus de pouvoir décisionnel local, plus de pouvoir législatif et douanier, afin de répondre à la réalité géopolitique (nous sommes européens, mais nos îles baignent dans le bassin caraïbéen !).
Je vous remercie d'avoir bien voulu lire un aussi gros pavé. Je rappelle que je ne suis ni politologue, ni sociologue… vous excuserez les approximations et la lourdeur du style. Je suis simple étudiant guadeloupéen, solidaire du mouvement et j'expose là, ce que je comprends de ce mouvement.
P.S : : J'ai commencé ce mail hier. Aujourd'hui, la situation a un peu évolué. La répression policière et militaire est désormais en marche.
Le mouvement a une dimension internationale. Hier, c'est le révérend Jessy Jackson en personne qui a envoyé son soutien au peuple de Guadeloupe et au LKP. Les organisations syndicales du monde entier (je n'exagère pas) rentrent en contact avec le LKP pour leur demander comment ils arrivent à mobiliser 100 000 personnes, sans un débordement (c'est le service d'ordre du LKP qui organise la sécurité générale).
La Guadeloupe vient de connaître ses 27 jours les plus calmes, niveau violences domestiques. Jamais il n'y a eu si peu d'agressions et de faits divers. 0u d'accidents de voiture (pas d'essence, tout le monde roule à 70 km/h).
Les Guadeloupéens sont vraiment fiers de ce mouvement. Mais ce matin, la répression a commencé face a un mouvement pacifiste depuis 27 jours. Il y a eu une soixantaine d'arrestations de gens qui étaient simplement sur les barrages pacifiques. Une des têtes du LKP a été blessée. Il a subi des injures racistes venant des forces de l'ordre (toux ceux qui s'y connaissent un peu en histoire de la Guadeloupe savent que c'est monnaie courante lors des répressions de mouvement sociaux aux DOM).
Je ne fantasme pas sur le poids de l'histoire. Tout au long de la seconde moitié du 20e siècle, tous les grands mouvements sociaux ont été réprimés par les mitraillettes, lorsqu'à Paris, le gaz lacrymogène suffisait largement. C'était le cas en 1910, en 1952, en 1967, en 1975, en 1985. Chaque répression a apporté son lot de mort, même si celle de mai 1967 accapare toutes les mémoires puisque le nombre de morts a dépassé peut-être la centaine de personnes.
Évidemment, de l'eau a coulé sous les ponts. 1967 et 2009 sont différents. Mais le préfet et l'État jouent à un jeu dangereux. Car l'ensemble des mobilisés connaît le poids de l'histoire et la tension est à son comble et beaucoup ont déjà averti que cette fois ci, les guadeloupéens ne mourront pas...
Le LKP a appelé au calme. Il appelle à la mobilisation massive et pacifiste pour faire reculer la répression. L'immense majorité des interpellés aujourd'hui a été relâchée ce midi grâce (une fois de plus) à la pression populaire de la foule, massée pacifiquement devant la police et le tribunal de Pointe-à-Pitre. La tension redescend petit à petit.
Le préfet avait promis que les environ 4000 CRS débarqués en Guadeloupe dès le début du conflits étaient juste une sécurité qu'il souhaitait de tout coeur ne pas utiliser. Depuis que les négociations sont bloquées, d'autres ont débarqué...
Sadi SAINTON
Et comme on dit dans les îles : Kimbé rèd pa moli !
Notes
[1] La SARA est en situation de monopole en Guadeloupe, pas de concurrence. C'est elle qui distribue l'essence.
[2] voir reportage assez édifiant de canal + "Les derniers maîtres de la Martinique" voici un lien ou on peut voir l'émission :
http://www.megavideo.com/?v=1Q1M01NV [3] Il s'agit d'une augmentation de 200 € des bas salaires
[4] voir reportage assez édifiant de canal + "Les derniers maîtres de la Martinique" voici un lien ou on peut voir l'émission :
http://www.megavideo.com/?v=1Q1M01NV
**********
Plate-forme contre la PWOFITASYON
vendredi 27 février 2009 par Taimoin
La quasi-totalité de la presse et du PAF est au-dessous de tout. À ma connaissance, aucun des quotidiens, aucune chaîne, aucun des patrons de presse et de programmes, qui sortent les violons chaque année pour nous vanter les médias comme indicateur de démocratie, n'a eu l'idée, le réflexe journalistique minimal de faire connaître la plate-forme du LPK, toute la plate-forme, rien que la plate-forme. Bassesse corrigée.
LIYANNAJ KONT PWOFITASYON
Mi nou ! nou gwadloupéyen. Nou ansanm ansanm sanblé adan on bel balan a konsyans avè angajman é détewminasyon pou nou détòtyé Gwadloup.
Mi nou…nou LIYANNAJ KONT PWOFITASYON, liyannaj a owganizasyon, liyannaj a jenn, liyannaj a fanm, nonm, avoté kon matrité…, moun wodibou ansanm avè moun badibou an chimen é kapab konstwi on sosyété nèf ki dwet kapab prévwa manjé, édikasyon, konésans, santé, kaz, travay é respé pou tout pitit ay avè mès é labitid ay.
Mi nou…nou avè détwa lidé nou ka kwè ki bon pou nou, ki ka ba Gwadloup sans…tout sans ay davwa sé pawol senk é kat, sé pawol nèf, sé pawol a soufwans, sé pawol an-nou. Nou ja gannyé davwa nou sanblé pou alé pli lwen
KA NOU VLE…
1- NIVEAU ET CONDITIONS DE VIE
» Un relèvement immédiat et conséquent d'au moins 200 €, des bas salaires, des retraites et des minima sociaux afin de relancer le pouvoir d'achat, de soutenir la consommation des produits guadeloupéens et plus généralement la demande.
» Le relèvement immédiat du SMIC, des salaires du secteur privé, des traitements de la fonction publique, du minimum vieillesse, des minima sociaux.
» Un salaire minimum guadeloupéen calculé sur le coût réel de la vie en Guadeloupe.
» Création d'un bureau d'études ouvrières, chargé de calculer l'évolution des prix des produits réellement consommés par les travailleurs.
» Réductions d'impôts fondées sur la justice fiscale.
» Baisse significative de toutes les taxes et marges sur les produits de première nécessité et sur les transports.
» Baisse des taux de la taxe sur les carburants.
» Suppression de la taxation des produits locaux
Logements
» Gel des loyers pour une période indéterminée et pour l'année 2009 l'annulation del'augmentation de 2,98%
» L'arrêt des saisies immobilières des propriétés des guadeloupéens et restitution des biens
» Un plan quinquennal pour résorber l'habitat insalubre
» Un vaste programme de construction de logements sociaux et intermédiaires.
Environnement
Contamination des terres par la chlordécone :
» Définition de mesures sanitaires pour protéger les populations des zones contaminées
» Indemnisation des victimes professionnelles et civiles
Transports Mise en place d 'un véritable service de transport des usagers.
» Engagement d'un audit indépendant sur les modalités de constitution des Groupements et d'attribution des marchés ;
» Révision des conditions d'exécution des marchés envers les usagers (abris bus, arrêts matérialisés, gares routières, poteaux d'indications des horaires de passage des bus)
» Réhabilitation et indemnisation des Transporteurs déclarés ''clandestins''
» Révision des conditions d'exécution des marchés par les groupements vis-à-vis des transporteurs (mise en fonction de la billetterie, fixation du prix à verser par chaque sous-traitant en fin de mois)
2-EDUCATION
» Mise en place dans l'immédiat d'un moratoire de 4 ans en ce qui concerne la réforme du recrutement des enseignants, le temps de permettre la mise en place par l'U.A.G. des masters de professionnalisation et les sorties des premières promotions.
» Acter dans ce cadre un plan de titularisation des contractuels pour palier les besoins de recrutement.
» Maîtrise de la gestion des postes et des personnels en Guadeloupe pour mettre en place une politique de l'emploi et de la formation conforme à nos besoins.
» Disposer d'un pouvoir décisionnel en matière de programmes, d'orientation, d'éducation de gestion des ressources, de la mise en place d'un plan de titularisation des personnels contractuels et des contrats aidés.
3-FORMATION PROFESSIONNELLE
Création d'une structure assurant un véritable service public de la formation professionnelle : le CRFP ne constituant pas une réponse à la hauteur des enjeux.
» Augmentation des fonds alloués à la formation professionnelle - Minimum 100 millions d'euros.
» Création de filières de formation professionnelle liées à tous les secteurs stratégiques pour le développement de la Guadeloupe et adaptées à nos réalités avec production de référentiels spécifiques (Agriculture, Environnement, Energies renouvelables,…)
» Plan de formation obligatoire dans toutes les entreprises et particulièrement dans les entreprises de moins de 10 salariés.
» Mise en place d'un dispositif d'accompagnement et de formation pour un chômeur ou un travailleur dans le cadre de la création d'activité.
» Création d'un Fonds d'urgence pour la formation professionnelle alimenté par les remboursements des trop perçus de la SARA. 4-EMPLOI
» Priorité d'embauche pour les Guadeloupéens.
» Embauche obligatoire de Guadeloupéens dans toutes les entreprises qui bénéficient d'aide publique.
» Mise en place d'un avenant régional à la prochaine convention Unedic en vue d'améliorer et d'élargir les conditions d'indemnisation du chômage en Guadeloupe : revalorisation des allocations de chômage en montant et en durée (moins du ¼ des chômeurs de Guadeloupe ont droit à ce jour à l'ARE).
» Respect de l'obligation de recrutement des Travailleurs Handicapés
» Arrêt de la déprogrammation des fonds de la formation professionnelle
» Ouverture des financements de la formation professionnelle à tous les chômeurs et non plus uniquement aux seuls indemnisés au titre de l'ARE & instauration d'un crédit annuel de formation pour chaque chômeur.
» REHABILITATION DU FONDS SOCIAL de l'ex ASSEDIC pour les situations individuelles.
» Limitation du CDD à 6 mois renouvelable une fois, à l'issue du renouvellement, embauche du salarié.
» Limitation du recours aux sociétés d'intérim à 5% des contrats du secteur marchand
» Embauche prioritaire à l'issue d'un contrat en alternance
» Obligation d'embauche des travailleurs handicapés au lieu du paiement de la pénalité prévue par la loi.
Contre les LICENCIEMENTS
Participation des représentants des salariés dans les instances dirigeantes de l'entreprise avec voix délibératives.
» Plan social, reclassement et formation obligatoire quel que soit le nombre de licenciés et l'effectif salarié de l'entreprise, Réintégration de droit des licenciés pour faute, suite à la décision de justice ne confirmant pas la faute et systématisation du droit à la réparation.
» Remboursement par l'entreprise des aides publiques perçues en cas de licenciement économique.
5-DROITS SYNDICAUX ET LIBERTES SYNDICALES
» Obligation d'un Accord de Branche ou d'Entreprise avant toute autorisation de travail le dimanche
» Mise à disposition d'une Maison des Syndicats à Jarry
» Négociation d'un Accord de Branche et Interprofessionnel sur l'exercice du droit syndical, la représentativité, la représentation de Branche, l'emploi
» Régularisation des travailleurs en situation irrégulière.
» Négociation de Convention Collective dans tous les secteurs.
» Renforcement de moyens des Inspecteurs et Contrôleurs du travail.
» Mise en place et respect du comité d'hygiène, de sécurité et de conditions de travail dans toutes les entreprises.
» Mise en place de délégué du personnel dans toutes les entreprises d'au moins 5 salariés.
» Représentation des syndicats de Guadeloupe dans les entreprises et les organismes paritaires, (ASSEDIC-Sécurité Sociale-CAFAGEFOS- PME-FONGECIF…)
» Liberté de participation de syndicalistes extérieurs au Comité d'Entreprise et aux Négociations Annuelles Obligatoires
» Extension systématique des Accords Collectives de Guadeloupe à l'ensemble de l'archipel,
» Reconnaissance du 27 Mé, jour férié, chômé et payé.
» Droit à l'organisation de formation syndicale ouverte à toutes les organisations syndicales de Guadeloupe.
» Budget formation alloué aux syndicats dans le cadre de la formation syndicale
» Annulation et Arrêt des poursuites pénales en matière d'action syndicale.
6-SERVICES PUBLICS
Création et préservation de véritables services publics dans les secteurs stratégiques (eau, transport, énergie électrique et fossiles, traitement des déchets, prévention et sécurité civile, crédit...) au service de la population et des besoins économiques du pays, comprenant au sein des instances dirigeantes des représentants des usagers et des travailleurs.
TRANSPARENCE sur la fixation des prix de l'eau, des transports, des carburants, des loyers, du gaz, de l'électricité, des nouvelles technologies de l'information et de communication
» Baisse immédiate de 50 centimes du prix des carburants
» Baisse du prix de l'eau, du prix de transport de passagers, du prix des communications
EAU
» Distribution de l'eau en qualité et en quantité sur l'ensemble du territoire
» Fixation d'un prix unique sur l'ensemble du territoire
» Facturation en fonction de la quantité réellement consommée.
» Remplacement du réseau vétuste (plus de 50 ans)
» Révision du mode de calcul de l'assainissement des eaux usées.
» Suppression de la majoration de 12 € pour retard de paiement
SANTE
» Ouverture des négociations portant sur l'équilibre de l'offre de soins entre le Public et le Privé, entre Etablissements Privés et sur l'ensemble du territoire ;
» Résorption des déficits structurels des Hôpitaux ;
» Engagement des procédures pour la reconstruction du CHU ;
» Révision du système d'évaluation des budgets dans le public et le privé
7-PRODUCTION
Volet Agricole
» Maintien et aménagement du foncier agricole (eau d'irrigation, voiries, téléphone, électricité) afin de créer des entités de production viables et en constante recherche d'autonomie.
» Finalisation de la mise à disposition des 32 hectares de terre pour la réalisation du projet porté par " Kè a Kanpech ".
» Maintien du traitement des dossiers collectifs par les SICA et Groupements de producteurs.
» Exonération de la taxe foncière au profit des exploitants agricoles sur l'ensemble du territoire.
» Suppression des taxes sur les engrais, désherbants, semences, aliments de bétail et gasoil etc.., destinés à la production agricole.
» Paiement des aides aux agriculteurs.
» Prise en compte de la valorisation de tous les co-produits issus de l'agriculture comme partie intégrante de la richesse produite par l'exploitation agricole (ex : bagasse pour l'énergie etc..).
» Mise en place de mécanismes fiscaux et douaniers pour développer la préférence guadeloupéenne.
Volet Pêche
» Suppression immédiate de toutes les taxes perçues sur les matériels, révision du coût des intrants.
» Révision immédiate du texte concernant les exonérations au titre de l'URSSAF pour les marins pêcheurs embarqués seuls.
» Mise en place d'un plan de formation des professionnels et des jeunes aux différentes activités de la pêche, aux acquisitions des techniques de capture nouvelles, aux utilisations de matériel électronique embarqué, aux techniques de conservation et de vente.
» Traiter les problématiques, conditions de vente en gros et au détail réalisé par les marins pêcheurs, produits d'importation, groupements d'intérêt économique, organisation des producteurs.
» Traiter les problématiques d'aménagement portuaire, points d'avitaillement, zone d'entretien des navires, zone de stockage des matériels.
» Mise en place d'une plate-forme de rencontres et d'échange avec les professionnels de la Caraïbe.
8-AMENAGEMENT DU TERRITOIRE ET INFRASTRUCTURES
La maîtrise foncière
» Fixer à 50 000 ha la surface agricole incompressible sous forme de ZAP (Zone Agricole Protégée) et mise en place d'une commission d'évaluation et de contrôle annuel.
» Favoriser l'installation des jeunes diplômés sur des exploitations viabilisées (350 dossiers en attente).
» Protection du patrimoine écologique de la Guadeloupe (forêt, mangrove,…)
» Arrêt de toutes spéculations immobilières et de la discrimination privant les Guadeloupéens du droit à l'accession à la propriété dans leur pays.
» Arrêt d'implantation de nouvelles stations services
» Arrêt de l'implantation et de l'extension des grandes surfaces
» Arrêt définitif du projet d'implantation d'un circuit automobile " Vigie Gate " à Anse Bertrand.
» Publication de tous les baux passés par les collectivités locales avec des particuliers et/ou des structures privées, à propos de la mise à disposition des terres achetées par ces dites collectivités Un développement équilibré du territoire
» Rééquilibrage des territoires pour harmoniser l'organisation, la complémentarité et la répartition des activités sur l'ensemble du pays.
» Renforcement de pôles secondaires complémentaires aux pôles principaux (Région Pointoise et Basse Terre)
» Redynamisation des bassins de vie par le développement économique d'activités de terroir (exemples : agro-transformation, pêche…)
» Dynamiser et valoriser les îles en s'appuyant sur leur identité culturelle.
» Redynamiser les quartiers et les bourgs susceptibles de développer l'emploi de proximité.
Les infrastructures
» Dynamiser l'habitat social au travers d'un recensement des besoins égalitaire et concerté (Région - État- Mairie).
» Réaliser un recensement des besoins en logements, établissements scolaires, crèches, équipements sportifs, maisons de quartier afin d'y pourvoir par-delà toute prétention politicienne et électoraliste.
» La création d'une pépinière artisanale et agricole qui serait la vitrine de nos produits du terroir
» Le développement urgent de réseaux de transport secondaires : maritime, inter-iles, intercôtiers..
» Mise aux normes parasismiques de tous les établissements et infrastructures publics (écoles, hôpitaux, ponts…)
» Arrêt du projet d'implantation du port en eaux profondes.
9-KILTI
» Prise en compte dans la programmation des medias de la langue et de la culture guadeloupéenne par la présence de représentants des associations culturelles dans les conseils d'administration.
» Favoriser le développement d'entreprises et associations d'insertion culturelle.
» Réhabilitation des lieux de mémoire populaire par l'adressage (non a lari).
» Création d'un institut culturel " Papa Yaya " à Capesterre Belle Eau.
10-ARETE PWOFITASYON
» Rachat par les Collectivités du patrimoine foncier de Kalenda en vue de la création d'une unité hôtelière de luxe et du reclassement des salariés licenciés d'Anchorage et Kalenda.
» Restitution du patrimoine (financier, mobilier et immobilier) des mutuelles liquidées en Guadeloupe.
» Dessaisissement de l'administrateur provisoire (M.BORGAT) du dossier des mutuelles.
» Domiciliation des paiements de France Télécom, EDF…, dans les banques installées en Guadeloupe.
» Poursuites pénales pour les infractions relevant d'abus de position dominante, d'entente illicite et de publicité mensongère.
» Poursuite contre les Responsables des massacres de mai 67 à Pointe à Pitre et réparation des préjudices aux victimes et ayant-droits.
» Transparence et baisse des coûts des services et des taux pratiqués par les banques et par les établissements de crédit.
» Priorité et facilité d'accès au marché et aux aides publiques pour les entreprises Guadeloupéennes.
» Arrêt des abominations à l'encontre des travailleurs étrangers.
» Résolution de tous les conflits en cours.
POU BOUT…..
Peuple de Guadeloupe, ouvriers, paysans, artisans, retraités, chômeurs, entrepreneurs, jeunes, LIYANNAJ KONT PWOFITASYON est notre construction, notre idée, notre outil, notre conscience.
Liyannaj kont pwofitasyon c'est nous !!! An nou bay lanmen pou ba'y sans é pouvwa…Ansanm ansanm nou ké gannyé tout rèvandikasyon nou dépozé an kabech a lé pwofitan.
Que partout dans les bourgs, les villes, les campagnes, le peuple envahisse les rues !!
Nou péké konstwi on sosyété nèf si nou rété anba dominasyon é pwofitasyon kapitalis é kolonyalis.
La Gwadloup sé tan nou, La Gwadloup a pa ta yo, yo péké fè sa yo vlé an péyi an-nou
ADIM - AFOC - AGPIHM - AKIYO - AN BOUT'AY - ANG - ANKA - ASSE - ASS.AGRICULTEURS DU NORD BASSE-TERRE - ASS.LIBERTE EGALITE JUSTICE - CFTC - CGT G - CNL - COMBAT OUVRIER - COMITE DE L'EAU - CONVENTION POUR UNE GUADELOUPE NOUVELLE - COPAGUA - CSFG - CTU - ESPERANCE ENVIRONNEMENT - FAEN SNCL - FO - FSU - GIE SBT - KAMODJAKA - KAP Gwadloup - LES VERTS - MADICE - MAS KA KLE - MOUVMAN NONM - PCG - SGEP/SNEC/CFTC - SOS B/Terre ENVIRONNEMENT - SPEG - SUD PTT GWA - SUNICAG - SYMPA CFDT - TRAVAYE é PEYIZAN - UDCLCV - UIR CFDT - UNSA - UGTG - UPG - UPLG - UMPG - VOUKOUM.
Lapwent, 20.01.09
**********
Comment Sarkozy a mis le feu aux universités
Par Édouard Husson, professeur d'université et chercheur. Qui remonte à 2006 pour analyser la genèse de la crise universitaire, largement ignorée par l'ensemble des médias. Devinez qui l'on retrouve avec des allumettes...
Acte I. L'action se situe en mars 2006.
Dominique de Villepin est confronté aux manifestations des étudiants qui bloquent les universités par refus du Contrat Premier Emploi. Jacques Chirac ne soutient que mollement son Premier ministre. Nicolas Sarkozy s'engouffre dans la brèche, prend publiquement fait et cause pour les grévistes, trahissant le gouvernement qu'il sert. En particulier, c'était déjà à l'époque un secret de Polichinelle qu'il avait pris contact avec le président de l'UNEF, Bruno Julliard. Mais la plupart des médias étaient déjà aux ordres et n'en ont rien dit.
Acte II. Quinze mois plus tard.
Sarkozy, recueillant le fruit de sa trahison, vient d'être élu président de la République et il entend ne pas commettre les mêmes erreurs que ses prédécesseurs. La loi de réforme de l'université qu'il veut faire passer sera votée en juillet - et non à l'automne comme le projet Devaquet de 1986. Et Sarkozy aura l'UNEF de son côté : il négocie le contenu de la loi avec Bruno Julliard. Résultat, un compromis bâtard. Au programme de la droite, la loi LRU a pris la notion d'autonomie des universités; mais on a fait des concessions à Julliard : il n'y aura pas de possibilité de sélection des étudiants par les universités ; les circuits de financement privés seront contrôlés très strictement par les présidents d'université. Ceux-ci sont les grands gagnants du marchandage: on n'a pas vraiment instauré l'autonomie des universités, mais on a renforcé le pouvoir de leurs présidents ; en particulier, ils joueront un rôle bien plus important qu'avant dans le recrutement des professeurs et dans la gestion du personnel enseignant.
Acte III. Dix-huit mois de brouillard.
La traîtrise (de 2006) et le cynisme (de 2007) semblent avoir payé. Il règne un calme étrange sur l'université, qui semble accepter la loi LRU sans broncher. Le ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, prépare dans le calme un décret de réforme du statut des enseignants-chercheurs. On prévoit aussi, dans le silence l'abolition d'un des deux concours de recrutement de l'enseignement supérieur, le CAPES. Sans aucun doute, l'idée qui se cache derrière la "mastérisation" des concours est d'abolir, à terme, le statut de fonctionnaires des enseignants. Personne ne s'en rend compte. L'étrange torpeur qui s'est emparée des esprits vient aussi de ce qu'il y a, dans le cabinet de Madame Pécresse ou à Matignon, convergence entre la droite qui rêve de réduire au maximum le coût de l'université pour l'État et la gauche tendance Jospin - Allègre, qui a mis depuis longtemps le pédagogisme au service d'une pseudo - américanisation de l'enseignement supérieur.
Acte IV. Coup de tonnerre. Le 22 janvier 2009, le président de la République flanque lui-même par terre le bel édifice qu'il avait construit. Recevant des représentants des enseignants-chercheurs à l'Élysée, il tombe le masque, révèle la piètre idée qu'il se fait de la recherche française, dont il dénigre les résultats et ridiculise les modes d'évaluation (pourtant semblables à ce qui se fait en Allemagne et aux États-Unis). Visible sur Internet, la vidéo a un effet mobilisateur immédiat :
Recevant des représentants des enseignants-chercheurs à l'Élysée, il tombe le masque, révèle la piètre idée qu'il se fait de la recherche française, dont il dénigre les résultats et ridiculise les modes d'évaluation (pourtant semblables à ce qui se fait en Allemagne et aux États-Unis). Visible sur Internet, la vidéo a un effet mobilisateur immédiat.
Même quand ils sont de droite, la plupart des enseignants-chercheurs français, ulcérés, se mettent "en grève". Et commence alors un épisode sans équivalent dans l'histoire de l'université française, au milieu duquel nous sommes encore.
Faire grève, pour les enseignants chercheurs, prend de multiples formes : certains continuent à faire cours comme si de rien n'était ; d'autres s'arrêtent une demi-heure avant la fin, pour faire de l'instruction civique ; d'autres encore ne font pas cours du tout. J'ai des collègues historiens qui font visiter le Paris du moyen Âge ; d'autres organisent des " cours alternatifs "; d'autres participent à une marche permanente sur le parvis de l'Hôtel de Ville. Tous, ou presque, sont unis derrière leurs syndicats pour faire reculer Madame Pécresse sur la question du statut des enseignants chercheurs. Ils jugent en particulier inadmissible que les présidents d'université puissent, un jour, décider du nombre d'heures d'enseignements de leur personnel en fonction de l'étendue des travaux de recherche effectués par ailleurs. Mais, surtout, quelque chose de plus viscéral s'exprime : un sentiment de dignité bafouée. Vu le maigre salaire et le manque de moyens mis à disposition, être enseignant-chercheur dans la France de Sarkozy, c'est servir une cause : celle de la recherche française ou bien celle du savoir émancipateur dans la tradition des Lumières. S'entendre dire qu'on n'est pas au niveau par un homme qui a commencé sa carrière politique à la fin des années 1970 et est donc concrètement co-responsable de l'absence de politique publique de grande envergure en faveur de l'université est proprement insupportable.
Un mouvement inconnu, la grève des appariteurs
À la faveur du mouvement d'opposition des enseignants-chercheurs, le personnel des universités s'est mis en grève dans certains établissements universitaires. Beaucoup sont employés dans des conditions de grande précarité - selon des contrats qui relevaient déjà, avant la loi LRU, des présidents d'université. Cela ne fait que souligner la misère financière des établissements d'enseignement supérieur - hors (grandes) écoles. Paradoxe, donc, si de nombreuses universités sont aujourd'hui bloquées, c'est moins par des étudiants que par des appariteurs qui n'ouvrent pas les salles. Petit à petit, cependant, les étudiants aussi s'associent au mouvement. C'est en particulier l'avenir du recrutement des enseignants du secondaire qui fait peur. La question de la " mastérisation " des concours - en fait leur abandon au profit d'une évaluation par le contrôle continu et le pédagogisme, la réalisation du rêve jospinien - est ce qui pourrait mettre définitivement le feu aux poudres.
Le silence des médias
Si l'on voulait une preuve supplémentaire que l'information est contrôlée, sous Sarkozy, on la trouverait dans le silence quasi-total qui marque la situation universitaire, à part des reportages sur quelques manifestations. Les médias sont largement au service d'un gouvernement qui espère faire pourrir le conflit. Madame Pécresse recule à petits pas concernant le décret d'application de la loi, espérant gagner du temps. Elle espère des divisions au sein d'un mouvement où certains voudraient carrément l'abrogation de la loi LRU. De fait, l'atmosphère est de plus en plus tendue dans les universités. A de nombreux endroits, les radicaux, parmi les enseignants-chercheurs ou les étudiants, deviennent intolérants vis-à-vis de tous ceux qui voudraient lutter contre le gouvernement mais que les cours continuent. Huit semaines du second semestre universitaire ont été, dans certaines universités, purement et simplement perdues. Il est cependant frappant que, malgré les tensions internes, la confiance dans la parole du gouvernement soit si infime que le front des opposants se ressoude régulièrement - à chaque communiqué ministériel.
Nicolas Sarkozy, en populiste consommé, a, depuis le début, misé sur le sentiment général selon lequel " les chercheurs sont planqués au CNRS et ne font rien", les "profs d'université" sont au fond à mettre "dans le même sac que ceux du secondaire: rendez-vous compte, ils ne font que cinq ou six heures de cours par semaine! " etc. À ce petit jeu, pourtant, le président pourrait bien, s'il continue à vouloir laisser pourrir le conflit, se retrouver avec une opposition frontale de tout le système éducatif ; ou bien voir le malaise social global cristalliser autour de la contestation universitaire.
C'est au Président de dénouer la crise !
J'avoue pour ma part être souvent agacé par le discours figé de beaucoup d'opposants : le problème n'est pas que le gouvernement veuille introduire de la sélection à l'université : elle existe, déjà, sauvage, puisque personne n'a le courage de l'assumer par des procédures officielles : en master, on ne retrouve plus que 10 à 15 % des étudiants qui s'étaient inscrits en première année. Le problème n'est pas non plus dans la perspective que " l'argent privé entre à l'université " . Si l'on arrivait à créer les fondations d'université prévues par la loi LRU, un immense progrès serait accompli car l'un des gros problèmes de la France est le manque d'engagement du patronat dans le mécénat universitaire - à la différence de ce qui se passe dans d'autres pays. C'est une des grandes tâches de l'État dans les décennies qui viennent: responsabiliser le patronat français, l'engager à nouveau dans les grandes questions qui concernent l'avenir de la nation. Les opposants à l'intégralité de la loi LRU vivent sur le même déni de réalité que le gouvernement : la France républicaine fonctionne suivant un système d'enseignement supérieur à deux vitesses, où, d'un côté, la perspective d'une augmentation des droits universitaires met les étudiants dans la rue, tandis que la plupart des écoles fonctionnent suivant un système de droits très élevés.
Mais ne nous faisons pas d'illusions, c'est le président qui a la clé de la résolution du conflit. Il a insulté les chercheurs ; il devra se mettre à leur parler avec égards. Il devra surtout commencer à regarder ce qui se passe vraiment aux États-unis. Contrairement à ce que croit un Sarkozy, dont la connaissance de la réalité américaine est inversement proportionnelle à l'admiration qu'il professe pour ce pays, l'État y investit massivement dans l'enseignement supérieur et la recherche. Si Sarkozy était vraiment aussi " américain " qu'il le dit et que le croient ses opposants, il proposerait un effort massif d'investissement dans les sciences humaines - élément-clé de la stratégie globale d'un pays au même titre que les investissements technologiques. Si les États-Unis ont pu impose leur volonté au reste du monde ces quarante dernières années, c'est autant à leurs philosophes et leurs historiens, qui ont peuplé, depuis Kennedy, les bureaux de la Maison Blanche, qu'ils le doivent, qu'à leurs ingénieurs et leurs économistes.
Il y a là une immense tâche qui pourrait rassembler le pays : réfléchir aux priorités d'investissement dans le système français d'enseignement supérieur. Identifier ce qui peut relever d'un financement privé et ce que l'État doit assumer. Évidemment, cela signifie que l'occupant de l'Élysée cesse de penser que l'étude et l'enseignement de la littérature ancienne ne doivent plus être financés car ils sont inutiles - il n'a pas entendu parler du débat sur " l'empire romain " aux États-Unis depuis le 11 septembre; il ne sait pas non plus que dans les pays anglo-saxons, en Suisse ou en Allemagne, le mécénat privé est massif pour l'étude de l'Antiquité.
Que sera l'acte V de la crise actuelle puisque l'acte IV a débouché sur une véritable " anarchie " au sein de l'université - plus personne n'a prise sur rien? Nicolas Sarkozy a voulu jouer le rôle principal - en tuant Villepin à la faveur d'une crise universitaire; puis en se jugeant plus malin que ses prédécesseurs ; enfin en polarisant le conflit, le 22 janvier dernier. Qu'il assume le rôle principal jusqu'au bout. Il lui suffit de dire aux enseignants-chercheurs : " J'ai découvert que vous étiez aussi géniaux que moi ! Ensemble, tout est possible! "
Mardi 31 Mars 2009 - 11:53
Edouard Husson
**********
Il s'agit d'un conflit social Madame la ministre : il n'y aura pas d'année universitaire 2008-2009.
In Universités en lutte
Madame la ministre,
Je lis dans la presse qu'au bout de onze semaines de grève dans les universités, vous vous préoccupez de ce qui va arriver aux étudiants en fin de semestre. Pour illustrer ce qu'est l'" autonomie " des universités, vous nous donnez des ordres : vous ne validerez pas " des semestres sans cours ", nous devons rattraper nos enseignements, étaler les examens, utiliser les vacances de Pâques. Peut-être estimez-vous que, tout à notre mouvement, nous avions oublié " de penser aux étudiants et aux diplômes "…
Mais rassurez-vous, Madame la ministre : nous n'entendons pas " valider des semestres sans cours ". Nous sommes en grève : pas de cours, pas d'examens ; pas d'examens, pas de diplômes. Les conséquences ? Nous les connaissons autant que vous : les étudiants de cette année, victimes de votre obstination, ne pourront pas valider leur année. Ils devront redoubler l'année prochaine. Par conséquent, il nous sera impossible d'inscrire de nouveaux étudiants. Nous ne présiderons pas les jurys du baccalauréat. Quelques centaines de milliers d'étudiants et de bacheliers vont se souvenir avec émotion de votre passage au ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, Madame la ministre.
Il est fini le temps des " voies de passage ", des réécritures, des petits reculs, des petites astuces, des petits arrangements avec de petits syndicats. Votre mépris de notre enseignement est tel que vous ne vous êtes pas vraiment préoccupée, jusqu'à maintenant, de l'arrêt des cours dans la quasi-totalité des universités. On peut toujours rattraper, n'est-ce pas ? On peut dispenser le contenu de 13 semaines en 7 semaines, pas vrai ? Et puis ces diplômes universitaires ont tellement peu de valeur, après tout… Voilà comment vous voyez les choses, Madame la ministre : il y a eu un peu de " grogne ", comme disent vos amis de TF1, et puis au final tout rentre dans l'ordre, on rallonge un peu l'année (il faut bien que ces fainéants d'enseignants-chercheurs travaillent enfin), vous faites les gros yeux et puis tout finit bien, les étudiants ont un diplôme, vaille que vaille, et votre décret passe, avec " modulation de service ", " évaluation ", et tout ce qui vous tient à cœur. Ouf ! On peut passer aux élections régionales. C'est que vous avez un plan de carrière à tenir.
Mais je suis désolé de vous dire que ce scénario bien huilé ne va pas pouvoir se réaliser. L'université est en grève, depuis onze semaines, jusqu'au retrait du projet de décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs, de celui qui instaure un " contrat doctoral ", du projet de " mastérisation " des concours de recrutement et jusqu'à ce qu'on annule les suppressions de postes de cette année. Et c'est une grève totale, illimitée, pas l'expression vague et fiévreuse d'" inquiétudes " ou de " incompréhensions ". Il s'agit d'un conflit social, Madame la ministre, comme en Guadeloupe ou chez Continental, un conflit que vous avez si mal géré que vous avez réussi à le " radicaliser ", à l'étendre et à créer la situation très grave où nous sommes aujourd'hui : il n'y aura pas d'année universitaire 2008-2009.
Vous pensez avoir isolé une " frange " d'acharnés et pouvoir la désigner à la vindicte publique ? Vous comptez sur les congés du printemps pour casser le mouvement et faire passer votre décret en catimini devant le Conseil d'Etat ? Vous croyez avoir trouvé des alliés fidèles auprès des présidents d'université et des médias serviles qui se contentent de reproduire vos communiqués ? Vous pensez, même, que la majorité présidentielle va vous soutenir jusqu'au bout ? Erreurs, Madame la ministre, erreurs lourdes de conséquences pour l'enseignement supérieur et la recherche. Le mouvement continue, il ira jusqu'au bout de sa logique. La " ronde infinie des obstinés ", cœur battant et symbole de notre refus, tourne toujours, de jour et de nuit. Elle tourne avec des étudiants, des enseignants, des personnels administratifs et techniques, des bibliothécaires, des chercheurs, et même, de plus en plus, avec nos collègues du primaire, du secondaire, avec des hospitaliers.
Il paraît que vous vous " inquiétez " pour l'année universitaire, " menacée ", d'après vous, si " les cours continuent à être perturbés au retour des vacances de Pâques ". Je vous le confirme : si vous ne retirez pas rapidement et clairement tous vos projets de casse de l'université, les cours continueront à être " perturbés " et l'année universitaire est bien " menacée ". 83 universités, 724 000 étudiants et leurs familles, 58 000 enseignants-chercheurs, 55 000 BIATOSS attendent vos décisions, Madame la ministre.
Michel Bernard
Professeur des universités
Université de la Sorbonne Nouvelle - Paris 3
**********
L' ÉLYSÉE BÉNIT LES DIPLÔMES CATHOS
Sous ce titre Le Canard Enchaîné du 22 avril 2009 a publié un article qui décrit très bien la situation et auquel il n'y a rien à ajouter ni à retrancher. Jugez vous-mêmes.
" Sarko vient donc de torpiller un des piliers de la laïcité. Un décret du Président de la République, paru le 19 avril au Journal Officiel, abolit de facto une vieille loi de 1880 qui enlevait aux établissements catholiques le droit de distribuer des diplômes universitaires reconnus par l'État.
Le décret légalise les termes d'un accord signé le 18 décembre dernier, entre le Saint-Siège et le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner portant sur la reconnaissance mutuelle des diplômes. Désormais seul un hypothétique recours devant le Conseil d'État pourrait faire capoter cette œuvre impie.
L'accord s'applique en effet aussi bien sur le territoire du Vatican qu'en France aux universités catholiques, facultés ecclésiastiques et établissements supérieurs dûment habilités par le Saint-Siège. En clair, les facs cathos qui enseignent aussi bien la théologie que la médecine, les lettres, le droit ou l'économie, pourront-elles aussi délivrer des doctorats, des masters ou des licences.
Devant les protestations des présidents d'universités, Kouchner et sa collègue des universités Valérie Pécresse, avaient enclenché, en janvier dernier, une timide marche arrière.
Dans un communiqué les ministres avaient déclaré que le décret ne concernait que les disciplines canoniques. Mais le Vatican ne l'entend pas de cette oreille. Comme le souligne LA CROIX du 21 avril, la nonciature apostolique rappelle que l'accord s'applique également aux matières profanes.
De toute façon, l'Église est sûre de rafler la mise : l'accord signé par Kouchner a confié à la seule Congrégation pour l'éducation catholique le soin de rédiger le liste des institutions et des diplômes concernés.
À ce train là, Sarko va finir par être béatifié". H.L.
**********
Université : le gouvernement n'a pas reculé d'un décret
Par Denis Guedj | Universitaire et écrivain | 20/06/2009 | 19H00
Historique ! Un mouvement débuté juste après le Jour de l'An, qui se poursuit jusqu'aux vacances d'hiver, persévère jusqu'à Pâques, traverse avec légèreté trois "
ponts " successifs, Ascension, 8 Mai, Pentecôte. qui le mènent, toujours aussi obstiné, jusqu'à l'orée de l'été.
Une demi-année ! Qui l'aurait imaginé ? Alors qu'en 1968 le mouvement n'avait duré que cinq semaines)est en soi une victoire, cette durée inédite donne la mesure de notre engagement et de notre persévérance. Les pressions, les chantages, la désinformation, les articles assassins, sans compter les gesticulations des bouffonnes associations de parents d'étudiants (sic), n'y ont rien fait. Nous n'avons pas cédé, ils ne nous ont pas réduits.
Mais ils n'ont pas reculé d'un décret. C'est cela qu'il nous faut gérer. La plus grande richesse d'un mouvement réside dans les individus qui le composent. Nous ne disposons ni d'argent, ni d'armes, ni des lieux de pouvoir, ni des lieux d'information, nous sommes notre seule force. Nous avons pour nous notre intelligence, notre créativité, notre imagination, notre obstination, notre refus intransigeant de nous soumettre à des coups de force contre la pensée. Cette richesse, il nous faut la protéger en veillant à ce que les combats que nous menons ne nous affaiblissent pas, mais au contraire nous renforcent humainement, philosophiquement et politiquement.
Hormis les "
revendications " (préférons le terme "
exigences "), qui s'adressent à l'adversaire, une lutte a principalement pour objet de nous donner toutes les raisons de poursuivre le combat entamé et de ne pas laisser se rompre les solidarités et les amitiés tissées pendant et par le conflit.
Décider nous-mêmes de l'issue du conflit
Voilà pourquoi il est décisif que nous décidions nous-mêmes ce qui est pour nous victoire ou défaite. C'est-à-dire que nous décidions de "
ce qui compte " POUR NOUS. Ce que je dis n'est en rien un renfermement sur nous, mais une affirmation que nous sommes la source des luttes que nous menons. Le maintien des décrets ne signe en rien une défaite du mouvement, ceux qui espéraient que la reprise des cours et des examens mettrait fin aux mouvements, n'ont vraiment rien compris.
Grève, blocage, examens, rétention des notes, refus de participations aux jurys étaient des figures circonstanciées de notre lutte. Nous ne sommes pas fétichistes. Dès janvier, nous savions que le gouvernement ne reviendrait pas sur ses décrets et que ce qu'il désirait avant tout était de nous infliger une défaite radicale pour mater enfin ce monde universitaire et de la recherche non pas rebelle, oh non ! mais rétif...
Il s'agissait d'un règlement de comptes avec un milieu social porteur de valeurs qui le dépassent. En agissant avec une telle haine, il perdait toute légitimité. Ce gouvernement n'est plus pour nous un interlocuteur valable. Ainsi, libérés d'avoir à attendre et à analyser ces gesticulations, nous avons pu mener nos luttes avec nos propres logiques, sereins, inventifs, finalement apaisés.
La force de ce mouvement :
» Le nombre et la diversité des acteurs. Pour la première fois et de façon durable, toutes les composantes de l'université, et des labos, enseignants chercheurs, administratifs, étudiants, se sont unies et ont mené ensemble une lutte non corporatiste. Et, remarquable, la présence importante de retraités, qui, grâce à " l'ouverture " du mouvement, ont pu se l'approprier et trouver leur présence légitime dans ces combats. Ils étaient là, non par solidarité, mais en acteurs.
» La dimension géographique. Le mouvement a innervé le territoire entier. Pas une ville qui ne soit " touchée ". Pas un établissement universitaire, pas un labo qui ne se soit investi dans la lutte. Que d'enseignants, de chercheurs, d'étudiants, d'administratifs qui ont vécu là pour la première fois l'expérience grisante du combatsocial.
» L'auto-organisation du mouvement. À aucun moment, nous nous sommes laissés déposséder de l'initiative et des décisions à prendre. AG fréquentes, comité de grève, comité de mobilisation, élection des délégués aux différentes coordinations. Aucun regroupement n'a chapeauté le mouvement, aucun syndicat n'a voulu ou pu négocier sans nous et contre nous. Qui peut citer le nom d'un seul leader ? Les médias n'ont pas réussi à " isoler " l'un d'entre nous, pour en faire un leader qui leur aurait permis de placer le Un à la place du Nous.» Est-ce une partie de l'explication de la pérennité, de l'obstination, de l'inventivité dont le mouvement a fait montre. Porte-parole qui ne monopolise pas la parole, la Coordination Nationale des Universités, renouvelée tous les quinze jours, réunie dans une ville différente qui assure son accueil, a pleinement joué son rôle.
» L'incroyable inventivité des formes de lutte et de résistances Cours hors les murs, ligne de métro transformée en Amphi, la ligne 14 ! Les " Procès " de ministres. La Marche de Tous les Savoirs. La Nuit des Universités à Paris 8, l e vendredi 12 juin. Lancée par l'université de Pau, l'opération Escargot Électronique, partie à l'assaut des boîtes de courriers électroniques officielles, les ensevelit peu à peu sous un raz-de-marée de courriels de protestations. Les innombrables actes de désobéissance, de refus, 3000 instituteurs et directeurs d'écoles entrés en dissidence, les refus administratifs répétés.
Comme elle se l'était promis, la Ronde Infinie des Obstinés a repris ici ou là, intempestive. Sa mobilité focale a fait place à une mobilité géographique. Nous avons gagné une dimension. Nous tournons sur nous-même et dans la ville. Sur le parvis du Panthéon, à la BNF (Bibliothèque nationale de France), aux côtés des bibliothécaires en grève, à Beaubourg pour accueillir les marcheurs obstinés partis de Chartres quatre jours plutôt.
"
Darcos, on te voit "
Nous girons rue de Grenelle, où gît le Ministère. "
Darcos, on te voit ! " Et dès mardi, durant cinq jours, du 2 au 6 juin, de 12h à minuit devant le Panthéon, pour une ronde "
européenne " . Sans oublier la métaronde, la Ronde des Rondes, où par-delà la distance, dans une dizaine de villes, les Rondes ont tourné ensemble.
Que ces rondes ne cachent pas la forêt des actions multiples, singulières qui fleurissent aujourd'hui dans des facs où les cours ont repris et où les examens ont lieu. Qui imagine que l'été nous consumera et que nous ne rependrons pas nos activités pour leur offrir une belle rentrée !
Le gouvernement a quelques soucis à se faire. Nous l'avertissons que cette lutte a produit des dizaines de milliers d'individus durablement engagés dans la résistance, qui ont plus encore qu'avant un compte àrégler avec lui et avec la société qu'il veut nous imposer.
Serons-nous capables de poursuivre et d'amplifier notre lutte, de résister à leurs attaques, de ne pas nous défaire ? Seront-nous capables de résister aux sollicitations insidieuses et pleines de bon sens des « réformistes » toujours si réalistes, si pragmatiques, si ouverts, si modernes et qui toujours ont fini par nous faire un enfant dans le dos ?
À travers cette lutte collective, nous avons éprouvé ce que la lutte a de formateur, de mise en pratique de l'amitié entre égaux. Et de plaisirs.
**********
Enseignant et désobéissant
Par ALAIN REFALO enseignant du primaire en résistance.
"La désobéissance n'est pas compatible avec les valeurs de l'éducation, avec l'idée que je me fais du métier d'enseignant", a déclaré récemment Luc Chatel. Cette déclaration, qui a l'apparence de l'évidence, mérite réflexion.
Certes, l'obéissance aux lois et aux règles qui fondent le droit et la justice est nécessaire dans toute société démocratique. Et nous avons à cœur, tout particulièrement à l'école primaire, d'élaborer avec nos élèves des lois et des règles, justes, équitables et utiles au vivre ensemble. Apprendre à nos élèves à les respecter s'inscrit dans un projet éducatif qui prend en compte la dimension relationnelle inhérente à toute situation d'enseignement. Mais vouloir "inculquer" l'obéissance, c'est rendre acceptable la soumission inconditionnelle, c'est inciter à renoncer à tout jugement personnel. Est-ce compatible avec la formation d'individus responsables ? Nous ne le pensons pas.
Comment apprendre aux enfants à dire "non" lors de situations de racket, ou lorsqu'ils font face à des intentions malveillantes d'adultes, s'ils grandissent dans une culture de l'obéissance sans discernement ?
Il semble en réalité que M. Chatel confonde deux notions qu'il convient de distinguer : l'autorité, nécessaire à tout enseignement et l'autoritarisme, abus de pouvoir contraire au principe même de l'éducation. À l'école, l'autorité éducative est fondée sur une parole et une attitude du maître, respectueuses de l'élève, qui doivent notamment lui faire comprendre le bien fondé de l'obéissance aux règles de vie communes. Elle est une alternative à la permissivité et à l'autoritarisme. Cette autorité de l'adulte, nécessaire à la structuration de la personnalité de l'enfant, ne saurait donc résulter d'un rapport de domination-soumission entre l'adulte et l'enfant, qui est la marque de l'autoritarisme. Le maître qui abuse du pouvoir que lui confère son statut utilise la contrainte pour obliger l'élève à obéir. Il fait le choix de la punition (du latin punire, "se venger"), et non de la sanction éducative qui vise à responsabiliser l'enfant et lui permettre d'être accepté par le groupe.
C'est précisément cet abus qui est la marque de notre institution aujourd'hui envers les enseignants du primaire qui contestent des "réformes" élaborées sans concertation et imposées à la hussarde. Cet autoritarisme suscite tantôt la soumission des enseignants, tantôt leur révolte.Notre résistance à des dispositifs pédagogiques néfastes, parfois inapplicables et qui contribuent à déconstruire l'école publique, est obéissance aux principes d'égalité, de liberté et de fraternité qui fondent la République. Elle s'appuie tout particulièrement sur la liberté pédagogique inscrite dans la loi. "Le professeur des écoles ne saurait être un simple exécutant", est-il énoncé dans les nouveaux programmes. Si ces mots ont un sens, le ministre doit faire respecter la loi et reconnaître que les enseignants qui n'appliquent pas à la lettre certains dispositifs pédagogiques tout en mettant en place des alternatives efficaces et reconnues sont parfaitement dans leur droit.
Nous rappellerons utilement que 70 % des enseignants du primaire ne respectent pas l'interdiction formelle de donner des devoirs écrits à la maison, interdiction martelée par une dizaine de circulaires depuis quarante ans. Désobéissance non revendiquée, mais tolérée par l'institution… Un élève du primaire ne serait-il pas en droit de refuser les devoirs écrits et de désobéir ? Devra-t-il être puni pour son refus d'obéissance ? Des règles justes, de la considération, voilà ce qui suscitera "l'obéissance" des élèves. Les enseignants doivent être exemplaires sur ce point.
Et si M. Chatel souhaite que les enseignants obéissent, il doit signer, en rupture avec son prédécesseur, des décrets et des arrêtés porteurs de progrès pour l'école publique. Car là où règnent la justice et le respect, la désobéissance est sans objet, tant pour les adultes que pour les élèves.
A. Refalo
**********
Casus belli ou le moment est venu de graisser nos Kalachnikov !
L'UMP soigne l'enseignement supérieur catho
Lundi 9 novembre par Eddy Khaldi, Muriel Fitoussi
Valérie Pécresse fait discrètement avancer la contractualisation pour les "grandes écoles" privées fédérées par l'Union des établissements d'enseignement supérieur catholique et l'Union des grandes écoles indépendantes.
Il y a tout juste 50 ans, la loi Debré (Michel) organisait solennellement la mise en concurrence des enseignements primaire et secondaire public et privé.
Depuis la réforme avortée de Devaquet en 1986, l'on songe à organiser la concurrence dans l'enseignement supérieur. Hé bien le vieux loup vient de ressortir des tiroirs du ministère de l'Éducation nationale. L'objectif : uniformiser les statuts et les modes de gestion et de financements du public et du privé.
Dans un premier temps, la loi Pécresse, qui fait entrer le public dans une marche forcée vers l' "autonomisation", était déjà synonyme de désengagement de l'État.
Dans une deuxième phase, la même ministre mène, dans la plus grande discrétion, une contractualisation avec financement public pour les établissements supérieurs privés associatifs fédérés par l'Union des établissements d'enseignement supérieur catholique (Udesca) et l'Union des grandes écoles indépendantes.
En juin dernier, Valérie Pécresse chuchotait ces mots doux à l'oreille de l'enseignement privé : "Cet automne, nous définirons ensemble un nouveau modèle de financement qui prenne en compte l'activité des établissements et valorise leur performance, à l'image de ce que nous proposons aux établissements publics d'enseignement supérieur".
Pendant près d'un an, la première réforme avait fait des vagues ; l'été venu, le chantage à l'examen aidant, le soufflé était retombé. On s'achemine à présent vers une sorte de loi Debré bis, pour l'enseignement supérieur privé.
Vases percés mais communicants
Ainsi, le projet de budget 2010 prévoit une augmentation de 4,5 millions d'euros du budget alloué aux établissements supérieurs privés, selon le principe des vases communicants de fonds publics pour la contractualisation du privé.
Ce transfert était préparé par une circulaire sortie discrètement des tiroirs, le 20 juillet dernier. Au final, une enveloppe globale de 66,4 millions d'euros, alors que la part de subvention par étudiant du privé se situait déjà, à environ 1.100€ par étudiant. Et que la taxe d'apprentissage librement versée par les entreprises à l'enseignement privé est dix fois supérieure à celle distribuée au public : 1.709€ par étudiant du privé, contre 171€ pour celui du public.
Dans le même temps, certaines universités publiques en sont aujourd'hui réduites à créer des fondations dans l'espoir de recueillir des fonds privés pour pallier aux carences organisées par le Ministère de l'enseignement supérieur.
L'UMP applaudit
En marge de la discussion à l'Assemblée en juin dernier, certains élus UMP s'étaient laissés aller à des prises de position pour le moins radicales.
Le député-maire du XVIe arrondissement de Paris Claude Gloasguen, au détour d'une récente table ronde sur " le modèle économique des établissements d'enseignement supérieur associatif ", appelait de ses vœux la formation d'un authentique lobby des établissements d'enseignement supérieur privé associatif afin de lever des fonds supplémentaires.
Laurent Hénart (député UMP de Meurthe-et-Moselle) expliquait pour sa part que " l'intérêt de la contractualisation, c'est que l'on peut fédérer les efforts de plusieurs ministères ", autrement dit, des financements croisés pour le privé.
Laurent Wauquiez, en sa qualité de secrétaire d'Etat chargé de l'Emploi, y allait de la dialectique manichéenne Bien privé - Mal public, en tenant à peu près ce langage aux chefs d'établissements : "Vous avez votre particularité et votre identité. J'en vois les résultats en matière d'accès à l'emploi et d'insertion professionnelle. C'est l'une de vos 'marques de fabrique'".
Il applaudissait encore les "bonnes pratiques" des établissements d'enseignement supérieur associatifs en matière de contacts directs entre étudiants et entreprises, de stages, de cursus à l'étranger, de liens entre enseignants et entreprises, et de suivi individuel en matière de recherche d'emploi… N'en jetez plus.
Des conventions attendues comme le Messie
La contractualisation franchira une étape supplémentaire dès le 1er janvier 2010, avec la signature de conventions pluriannuelles entre le ministère et chaque établissement privé ou association, non lucrative, volontaire, au motif de sa contribution aux " missions de service public ", et dans le cadre futur du respect d'indicateurs de performance.
Jeudi dernier 5 novembre, après la prière du matin, les évêques de France se penchaient sur cette question de l'enseignement supérieur catholique lors de leur assemblée plénière à Lourdes. La proposition de Pécresse de nouer un contrat avec l'État suscitait des interrogations : " …c'est tentant de signer un contrat avec l'État'. Mais certains se demandent quelles contraintes vont nous être imposées et si nous serons évalués selon les mêmes critères que les universités d'État, alors que nous n'avons pas les mêmes ressources. "
Cheval de Troie
Mais toute inquiétude de principe sera vite apaisée par les accords France-Vatican décidés en décembre 2008.
Signés par Kouchner et les autorités du Saint-Siège, ils représentaient déjà une victoire inespérée pour l'enseignement supérieur privé catholique. Ces accords stipulent que les diplômes délivrés par " les établissements d'enseignement supérieur catholiques reconnus par le Saint-Siège ", qu'ils soient canoniques (touchant à la théologie, à la philosophie ou au droit canonique), ou, grande nouveauté, profanes (toutes les autres disciplines, histoire, philosophie ….), seront reconnus par la France sans autre examen ni précaution.
Aucune autorité publique française n'ira donc plus mettre son nez dans les programmes des formations supérieures estampillées Saint-Siège, dispensées sur le territoire hexagonal.
"La réflexion que nous avons engagée sur l'Enseignement Supérieur Catholique se situe dans la perspective d'un engagement fort de notre Église dans l'annonce de l'Évangile" déclarait samedi le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et Président de la Conférence des Évêques de France. "Nous avons commencé à mieux identifier les forces, les enjeux et les défis de cette mission telle qu'elle s'est développée en France depuis plus d'un siècle."
Valérie Pécresse et Bernard Kouchner auront ainsi, finalisé à eux deux, le mariage des crédos libéraux avec l'Église sur l'air de la petite musique qu'avait entonnée Michel Debré. Cheval de Troie d'une guerre scolaire de cinquante ans qui continue de se dérouler sous nos yeux.
L'UMP a accéléré le mouvement de la contractualisation
Muriel Fitoussi et Eddy Khaldi sont auteurs de "Main basse sur l'école publique".
**********
Rendre l'Éducation nationale anorexique
Lu dans l'Homme Nouveau :/ Posté le 21 novembre 2009
"Il en va du Mammouth scolaire comme des autres services publics à la française (PTT, SNCF, EDF, Sécurité sociale…) : on ne le sauvera de la faillite que par une privatisation progressive et maîtrisée. L'expérience a suffisamment montré en effet qu'on ne peut pas plus réformer l'Éducation nationale que la Sécurité sociale. Ce n'est plus de " dégraissage " qu'il faut parler aujourd'hui mais d'alternative pour ces calamiteux et coûteux monopoles d'État : il faudrait la possibilité matérielle de créer en abondance des écoles et des groupes d'écoles vraiment libres, comme on devrait donner la possibilité de multiplier des mutuelles bénéficiaires à l'instar de ce qui se faisait avant la Sécu, sous l'impulsion des syndicalistes chrétiens.
Là aussi, comme ailleurs, se fait sentir la nécessité d'un laïcat chrétien, qui cesse de militer dans et pour des structures déficientes, mais soit capable de retrouver une force et un pouvoir propres dans l'ordre temporel par des propositions et des œuvres spécifiques - appuyées si possible par nos évêques - que l'État puisse entendre et encourager dans l'intérêt de tous. Du point de vue politique, comme on l'a fait progressivement avec les PTT en séparant la Poste et les Télécommunications (qu'on a doucement privatisés en permettant la concurrence et le progrès technologique), on pourrait fortement inciter par exemple à la séparation de l'Enseignement catholique du Service étatique, en permettant une concurrence féconde et non pas servile (comme supplétif du monopole). En attendant de séparer totalement l'école de l'État par le moyen généralisé de l'allocation scolaire (redistribuant l'impôt aux familles). La promotion institutionnelle de la (vraie) liberté de l'enseignement jusque dans l'école publique passe de toute façon par la remise en cause du système soviétoïde de l'Éducation nationale [...]
Encore une fois, il ne s'agit pas de supprimer d'un seul coup la monstrueuse bête préhistorique, mais d'offrir progressivement des alternatives et des libertés qui le dégraissent en quelque sorte de l'extérieur jusqu'à l'anorexie, faisant apparaître l'inanité de son monopole et de ses déficits. Sans révolution."
Michel Janva
**********
Communautarisme ou footoir ?
Depuis plusieurs jours, d’éminents hommes politiques, philosophes, éditorialistes et comiques troupiers viennent nous expliquer le naufrage de l’équipe de France à travers une analyse fort intéressante mettant en avant le problème du communautarisme et des clans qu’il génèrerait dans cette équipe.
Il est grand temps d’aller regarder ça de près.
Il est évident qu’on a un clan ultra communautariste qui s’est formé composé d’Eric Abidal, un noir venu de la banlieue lyonnaise et qui est forcément proche de Malouda, un guyannais formé en Bretagne et amoureux de Londres et bien sûr Patrice Evra, un chrétien d’origine sénégalaise et qui a mis en place des relations presque filiales avec un basque nommé Deschamps et un écossais nommé Fergusson.
Ensemble, ils ont essayé de défendre un type de Trappes, proche de Djamel Debbouze et donc inscrit dans une logique communautariste très bien représentée par le Djamel Comedy Club et ses valeurs repliées sur la communauté … euh … la communauté quoi ! Bref !
Ils ont forcément fait le lien avec un ch’ti, pote de Danny Boon, Ribéry, converti à l’islam et dont le meilleur pote au Bayern est un belge connu pour faire la fête. L’homme est un fervent admirateur d’un berbère qui a sublimé le maillot de l’équipe de France dont le meilleur pote est un bordelais. Ribéry avec ses connexions marseillaises a emmené avec lui dans cette entreprise communautariste un Gignac, gitan marseillais formé par le père du breton leader de l’autre bord, un Valbuena, gars issu du vignoble bordelais et un Cissé, qui a une relation fusionnelle avec un célèbre entraîneur bourguignon très vieille France.
En face, une coalition a noué les blancs qui se protègent les uns les autres, comme Lloris un franco espagnol, Réveillère dont la femme est de couleur noire (d’ailleurs, c’est un sacré communautarisme puisque les blancs épousent des noires et les noirs épousent des blondes), Alou Diarra dont on doit supposer que c’est un bounty et surtout Gourcuff, un breton dont le père a protégé comme un fils, un ivoirien rencontré au Qatar et a des liens privilégiés avec l’Algérie et l’Argentine. Ce même Gourcuff pour qui un homme a fait 10 000 km pour lui apporter son soutien à la sortie du match contre l’Afrique du Sud, un international marocain du nom de Marouane Chamakh.
Putain, c’est compliqué le communautarisme ! Heureusement que les hommes politiques, les philosophes, les éditorialistes et les comiques troupiers sont là pour simplifier les choses aux pauvres gens que nous sommes.
Olivier Davoust
**********
Cohésion sociale
http://fr.wikipedia.org/wiki/Coh%C3%A9sion_socialeIndividualisme
http://fr.wikipedia.org/wiki/IndividualismeLa dissociété
http://dissociete.viabloga.com/Dissociété / J. Généreux
http://jacquesgenereux.fr/news/entretien-sur-la-dissociete-dans-les-dernieres-nouvelles-d-alsaceGénéreux / Dissociété
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=331D’une maladie sociale dégénérative
http://politique.eu.org/archives/2007/02/355.htmlOLSON M. : Logique de l'action collective
http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/olson.htmlGAMEL C. : Économie de la justice sociale - Repères éthiques du capitalisme
http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/cgamel_justicesociale.docREYNAUD J-D : Les règles du jeu : L’action collective et la régulation sociale
http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/jdreynaudreglesdujeu.docQuelle école pour demain ?
http://4tous.net/ecoledemain/spip.php?article58La destruction de l’école primaire : l’heure d’un premier bilan
http://www.meirieu.com/FORUM/frackowiak_destruction_ecole_primaire.pdfCM2 : L'étude cachée du ministère (Darcos)
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Documents/docsjoints/NI-0838.pdfRéflexions sur le recrutement et la formation des maîtres
http://sauvons-lecole.over-blog.com/article-27447359.htmlQuelle école pour demain ?
http://4tous.net/ecoledemain
**********
[ Corrélats :
Altruisme /
Individu /
Insécurité / ...]
Retour