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Empreinte écologique



Campagnol roussâtre (Clethrionomys glareolus)
Si je devais survivre avec les 1500 m2 du jardin de Kerpotence consacrés pour l'essentiel aux papillons de jour comme de nuit, aux abeilles solitaires, aux syrphes sur les fleurs, aux cétoines dans l'humus, aux bombyles, aux bourdons, aux lézards dans les pierres, aux noctuelles qui me bouffent mes salades, aux taupins qui me bouffent mes poireaux, aux campagnols qui me bouffent mes carottes, je n'y arriverai pas.


Et s'il arrive qu'il y ait des morts, je n'y suis pour rien, même pas par accident. Cela écrit, je ne contrôle pas du tout les hulottes qui nichent dans le bois à côté…




Tous les êtres vivants qui sont aussi des systèmes thermodynamiques ouverts, au cours de leur existence, vont circuler une certaine quantité d'énergie et de matière dans le respect des règles qui régissent les systèmes ouverts. Par exemple, on sait qu'ils doivent croître, c'est-à-dire qu'ils devront intégrer plus d'énergie et de matière qu'ils n'en exporteront. On sait aussi que les êtres vivants vont user de diverses stratégies qui leur permettront de se satisfaire de la plus petite croissance possible leur assurant la meilleure couverture thermodynamique possible par la réduction la plus drastique des pertes, ce qui a pour conséquence de limiter l'importance des apports.

Tout cela reste assez théorique et ne marche pas à tous les coups. C'est aussi la raison pourquoi les êtres vivants savent faire preuve d'opportunisme pour pallier à quelques vicissitudes et autres contrariétés. C'est aussi la raison pourquoi certains d'entre eux ne le savent pas, ne le peuvent pas ou encore vont rater leur entreprise et mourir, par exemple.

Pour assurer cette couverture thermodynamique d'existence, les êtres vivants, quel que soit leur statut trophique, vont avoir besoin d'une certaine surface au sol de la planète susceptible de leur fournir les ressources énergétiques et matérielles attendues.

Ainsi notre campagnol " décédé " aurait-il eu besoin de quelques dizaines de mètres carrés qui lui auraient fourni les plantes et les racines à rongerC'est cette surface qui constitue l'empreinte écologique.

Généralement, on désigne par empreinte écologique la surface au sol de la Planète nécessaire et suffisante pour satisfaire aux besoins énergétiques et matériels d'une espèce et à l'élimination de ses déchets… Il est évident que cette notion de déchets vaut principalement pour l'espèce humaine dont les besoins énergétiques et matériels ne sont pas qu'alimentaires et ses déchets uniquement urinaires et fécaux… lesquels sont facilement recyclables pour les espèces animales autres que celles qui sont élevées industriellement. La question des déchets porte essentiellement sur des déchets industriels, technologiques ou commerciaux dont on sait pertinemment qu'ils encombrent de plus en plus nos poubelles… et pour lesquels il faut de plus en plus de surfaces pour les stocker, faute de pouvoir les recycler.

On comprendra aisément que la notion d'empreinte écologique est intimement associée à la question du développement durable. La surface de la terre n'est pas infinie. Si les besoins réels, pressentis ou espérés d'un nombre toujours plus grand d'humains dépassent les capacités en termes de ressources matérielles et énergétiques de la Terre, il sera vite évident que l'humanité courra à la faillite… ce qui est déjà largement initié !On peut souvent lire que si tous les humains avaient les mêmes exigences que les états-uniens, il faudrait trois planètes Terre pour les satisfaire… alors même que plus des deux tiers de l'humanité souffre de malnutrition




C'est essentiellement à partir du constat que certains hommes consommaient plus que la Planète était en mesure de leur offrir que des concepts comme décroissance soutenable ou empreinte écologique ont vu le jour. Il fallait aussi trouver des moyens pour rapprocher deux conceptions fondamentalement opposées propres aux activités humaines : celles qui étaient rattachées à la sphère économique, à savoir les flux de matière, d'énergie et de finances afférentes et celles qui étaient rattachées à la sphère écologique, à savoir les ressources en matière et énergie sur lesquelles les ressources financières pouvaient certes influer, mais pas créer.

C'est en grande partie dans cette dualité que ce sont fait les choix du capitalisme et des appropriations induites : prévalence des capitaux et des rémunérations du capital, négligence du travail et des salaires.

C'est aussi sur des faux-semblants que l'on a construit des indices économiques comme la croissance ou le PIB pour lesquels on a volontairement oublié le coût des pollutions, des accidents du travail, des maladies environnementales, de l'empoisonnement des écosystèmes ou de la dégradation des écosociosystèmes. La thermodynamique des systèmes étant biaisée, rien de bien surprenant à ce que les systèmes soient faillitaires. L'exemple, maintes fois repris, d'une agriculture où les intrants énergétiques réels sont bien supérieurs aux bénéfices énergétiques affichés, est caractéristique de ce dysfonctionnement. Ce qui vaut pour l'agriculture productiviste vaut tout autant pour différentes formes d'industries dont on ne manque pourtant jamais de nous vanter l'intérêt. Le cas de l'automobile est particulièrement criant de ce point de vue et pourtant... en cette période de crise, chacun, qu'il soit politique, économiste, financier, journaliste, etc. ne manque jamais une seule occasion de nous vanter tous ces plans qui ne sauraient manquer de relancer une économie obsolète et décadente à laquelle tout à chacun essaie de se raccrocher comme à une bouée. Minable !

N'y aura-t-il jamais quelqu'un capable d'imaginer ce que nous ferions ou pourrions faire si on n'avait plus de bagnoles ?

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Une manière de penser "ecosociosystèmes"
Il est évident qu'aborder la question de l'empreinte écologique ne peut pas se faire autrement que pas le biais du développement durable et par celui de la décroissance soutenable. Cela est dû à la fois parce que l'homme est un animal essentiel dans les écosystèmes qu'il fréquente, mais aussi et surtout parce que c'est un être dont l'organisation sociale s'appuie d'abord sur des échanges de biens et de services en contrepartie d'un substitut thermodynamique constitué essentiellement par l'argent.


C'est d'ailleurs une des composantes majeures du sociosystème puisque les flux financiers interfèrent constamment avec les flux matériels et énergétiques.

L'homme dans sa dimension strictement écologique pose un nombre déjà important de problèmes tels que : tentative d'accaparation des niches écologiques d'autres espèces concurrentes ou supposées telles ; élimination de ces espèces ; atteintes à la biodiversité au travers d'activités telles que la pêche, la chasse, l'agriculture, la sylviculture, l'élevage : destruction des sols, gaspillage des ressources en eau, etc.

Mais l'homme a aussi une très grande influence sur trois des autres dimensions écosociosystémiques : la dimension économique, la dimension sociétale et la dimension politique qui lui sont rattachées. C'est dans ces dimensions qu'il faut analyser la place des hommes - citoyens - consommateurs au regard des besoins énergétiques et matériels qu'ils espèrent, des services de santé ou d'éducation qu'ils attendent aussi bien des entreprises pour lesquelles ils travaillent à la production de ces biens et services en contrepartie d'une rémunération que des États dont un des rôles essentiels est de réguler et de légiférer. On a bien vu comment d'avoir oublié le rôle de l'État dans cette triple gouvernance était survenue la crise qui frappe les économies mondiales et au-delà les sociétés… jusqu'à quel point ? On peut craindre, comme le GEAB le prédit, jusqu'aux troubles sociaux violents et les guerres civiles.

Une autre caractéristique propre à ces trois dimensions tient à la production de déchets qui, contrairement à ceux qui sont produits dans la dimension écologique, ne sont pas tous biodégradables ou recyclables. C'est le cas des déchets nucléaires, de certains produits chimiques, des pesticides…, … mais c'est aussi le cas du CO2 et des gaz à effet de serre qui s'accumulent, etc.

Enfin, il y a la question de la raréfaction, de la disparition de ressources importantes ou de leur mauvaise distribution entre les hommes : c'est le cas des ressources énergétiques, de l'électricité, de l'eau, du phosphore et des engrais, des graines, des médicaments, etc.

La dimension culturelle présente généralement deux volets : un rapport à la prise en compte de la dimension environnementale dans la société, d'une part et d'autre part, un rapport à la prise en compte des valeurs fiduciaires attachées à l'objet de culture. Cette dimension-là vaudrait qu'elle fût traitée dans une autre page et à part… Ce que j'essaierai peut-être de faire.




Tout ce qui est simple est faux. Tout ce qui est complexe est inutilisable… Cet aphorisme en forme de boutade de Valéry est effectivement bien trop simple pour être vrai et parfaitement inutilisable dès lors qu'on cherche des complications… C'est comme la mesure de l'empreinte écologique. Traiter de l'ensemble des effets liés à la place de l'homme dans ses environnements relève d'une telle complexité qu'il est probablement tout à fait illusoire d'imaginer en venir au bout et quand bien même y arriverait-on, dégager des poids relatifs en termes d'empreinte pour chacune des influences serait probablement impossible… Il faut donc faire des choix simplificateurs auquel cas on fausse la réponse.

En outre, l'empreinte écologique ne sera pas la même selon les hommes selon qu'ils sont riches ou pauvres, habitant des pays riches ou des pays pauvres, disposant de ressources matérielles, énergétiques, informationnelles abondante ou réduites, etc. Juste un exemple : comment parler d'empreinte écologique du paysan africain pour le palladium ?

Ces raisons et quelques autres, expliquent pourquoi l'empreinte écologique se résume à tenter de formuler un bilan comptable, par pays, pour exprimer quelle serait la surface bioproductive nécessaire à une population pour assurer la couverture de ses besoins sans entamer la pérennité de production de cette surface (épuisement de la ressource, accumulation des déchets et des pollutions, démographie maîtrisée, services d'éducation et de santé assurés, etc.)

Seulement ce bilan comptable, aussi largement établi qu'il soit possible souffre de graves manques et lacunes. D'abord parce que les États ne sont guère enclins à fournir un bilan correct de l'impact écologique de certaines de leurs activités. La France, par exemple, se garde bien de nous permettre de calculer l'empreinte écologique de son industrie nucléaire, même et surtout si Sarkozy va au Niger avec la patronne d'Areva qui compte bien y ouvrir la plus grande mine d'uranium jamais exploitée. Mais les États ne sont pas beaucoup plus enclins à fournir certaines données concernant l'utilisation de telle ou telle ressource. La France, par exemple, se garde bien de fournir les chiffres corrects de l'utilisation des eaux souterraines par les paysans, FNSEA oblige. Les États ne sont guère enclins non plus à dévoiler l'ampleur de certains dégâts environnementaux. Ainsi la France fait très peu d'information sur l'ampleur des pollutions de ses grands fleuves par le PCB et pas du tout pour les plus petits cours d'eau dont il ne faut surtout pas croire qu'ils en sont exempts. Les États ne fournissent pas non plus de données sur les externalisations qu'ils mettent en place pour diminuer leur empreinte. Ainsi la France se garde bien, dans son bilan carbone, d'y adjoindre celui lié à la production de biens d'équipement fabriqués en Chine ou en Corée.

Lacunes ou pas, manques ou pas, l'empreinte écologique, pour imparfait que serait son bilan, a au moins le mérite d'attirer l'attention sur les gabegies, les gaspillages, les dilapidations, les gâchis et les dégâts que l'humanité impose à nos environnements et à la Planète toute entière.

Aujourd'hui, toutes méthodes de calcul confondues, on s'accorde pour affirmer que l'humanité actuelle utiliserait 25 % de surfaces en plus que la surface totale disponible ! Autrement écrit, l'humanité devrait disposer de 1.25 planète pour survivre !

Il est évident que cette situation ne pourra pas durer. Les crises énergétiques, pétrolières, alimentaires, écologiques et maintenant financières ne sont pas étrangères à ce constat. La multiplication et l'aggravation des effets des risques naturels et technologiques, non plus. Les conflits et les guerres civiles pour l'accès aux ressources alimentaires, à l'eau, au pétrole et au gaz, mais aussi maintenant à un travail, un toit, des soins… se multiplient et vont encore le faire… jusqu'où ?

Enfin et ce qui ne devrait pas être le moins préoccupant, c'est le formidable dépassement de notre empreinte carbonée pour lequel il nous faudrait plus de 1.5 planète à la condition qu'elle soit presque entièrement couverte de forêts…

Vu globalement de cette façon, c'est extrêmement préoccupant, mais ce devrait l'être davantage dès lors que l'on sait que ni l'Afrique, ni le continent asiatique (pour le moment encore), ont un bénéfice écologique planétaire. Dans la réalité, le déficit d'empreinte est surtout le fait des États-Unis, de l'Europe et du Moyen-Orient !

Il est devenu évident que cette situation ne peut pas durer… encore que l'on n'a pas vraiment entendu le concert des nations quand Bush perdurait dans son refus de signer les accords de Kyoto… et il n'est pas vraiment écrit qu'Obama englué dans des déficits records aient tant que cela les mains libres pour faire moins pire que son prédécesseur.

Repenser la thermodynamique n'est pas, à l'évidence, à la portée du premier politique venu. C'est pourtant bien la tâche à laquelle ils devraient s'atteler et vite. Sauver les banques ne les sauvera pas, ni ne les dédouanera des manquements gravissimes qu'ils manifestent tous.

Repenser les productions (et autrement qu'au travers de cette escroquerie potentielle de capitalisme vert). Repenser les besoins à la mesure des ressources et des moyens ou des volontés de partage des richesses. Repenser les couvertures énergétiques. Repenser la production et la gestion des déchets. Repenser la démographie… et cætera… Quand je pense qu'en 1970, c'étaient déjà les questions que posaient Ehrlich !




Compléments d'information sur Wikipédia :

Empreinte écologique :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Empreinte_%C3%A9cologique

Développement durable :
http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9veloppement_durable

Décroissance soutenable :
http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9croissance_soutenable






"Calcul" de l'empreinte écologique* :
http://www.agir21.org/flash/empreinteecoweb/loadcheckplugin.html

[* Un détail, sauf à crever la faim, se cailler les meules, vivre sale comme un cochon, habiter un taudis et ne jamais mettre le nez dehors même pour aller bosser, vous serez toujours noté comme un infâme surconsommateur... Ça ne donne pas envie de devenir africain...]




[ Corrélats : Développement durable / Décroissance soutenable / Alternatives énergétiques / ...]



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