Entrez un mot-clé
Grippe aviaire
Grippe aviaire


Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Catastrophisme ou nécessaire prudence (septembre 2004) / Scénarios catastrophe de grippe aviaire / De l'honnêteté intellectuelle des médias et d'autres… / Il fallait vacciner les oiseaux dès 2004 (12 novembre 2005) / H5N1 : «Les États ont péché par manque de solidarité» (6 mars 2006) / Un premier cas de transmission inter-humaine du virus H5N1 (23 juin 2006) / Qui est le dindon de la farce ? Le rôle central de l'industrie de la volaille dans la crise de la grippe aviaire (février 2006) / Actualités grippe aviaire / La grippe aviaire continue de faire rage (GRAIN : avril 2007) / Grippes pandémiques : informations pratiques / Le virus H7 de la grippe aviaire serait susceptible de causer une pandémie / Industrie pharma: marchandisation publicitaire de la santé / 150 000 poussins hachés vivants chaque jour dans une usine / Un virus de la grippe aviaire extrêmement dangereux créé en laboratoire / Si les porcs recombinaient les virus aviaires et humains … /
La nouvelle stratégie pour la combattre /
La veille et la surveillance pendant la pandémie grippale à virus A(H1N1)2009 : bilan de l'InVS /

Sites Internet et articles / Corrélats /


Si les poules nous prennent en grippe : une coïncidence ? ... Pas sûr !
Alors que l'épidémie de grippe aviaire continue de s'étendre, l'Organisation Mondiale de la Santé lance un cri d'alarme. Pour cet organisme, si ce virus du poulet se combine avec celui de la grippe humaine, nous devrons faire face à une tragédie mondiale.






Catastrophisme ou nécessaire prudence ?

Le point avec Doctissimo.

Identifié pour la première fois en Italie il y a plus de 100 ans, le virus de la grippe aviaire refait depuis peu son apparition en Asie. Et déjà, une dizaine de pays sont touchés.

Un virus qui donne la chair de poule…

La grippe aviaire ou "grippe du poulet" est une infection due à un virus de la famille des Orthomyxoviridae qui comprend plusieurs genres (ou types) dont Influenzavirus A. Cette infection peut toucher presque toutes les espèces d'oiseaux, sauvages ou domestiques. Pouvant être fortement contagieuse surtout chez les poulets et les dindes, elle est susceptible d'entraîner une mortalité extrêmement élevée dans ces espèces. Le virus Influenza aviaire peut éventuellement infecter d'autres espèces animales comme le porc et d'autres mammifères.

Le virus de la grippe aviaire, lorsque la souche est hautement pathogène, peut se transmettre exceptionnellement à l'homme, comme cela a été observé pour le virus influenza A/H5N1 à Hong Kong en 1997 et en février 2003 ou, plus récemment, au Vietnam. Des cas de transmission à l'homme du virus influenza A/H7N7 ont également été observés aux Pays-Bas au printemps 2003.

La transmission s'effectue lors de contacts fréquents et intensifs avec des sécrétions respiratoires ou des déjections d'animaux infectés. Les patients présentent généralement des conjonctivites, des symptômes classiques d'une grippe, de fièvre, de gorge irritée, de toux et, pour les cas mortels, de troubles respiratoires sévères dus à l'infection pulmonaire virale. Des adultes et des enfants auparavant en bonne santé ainsi que des malades chroniques ont été touchés. Le taux de mortalité lié à l'infection reste inconnu, car le nombre exact des personnes contaminées reste ignoré. Malgré cela, les estimations les plus catastrophistes circulent…

Le scénario catastrophe de l'OMS

Le 24 janvier 2004, l'Organisation mondiale de la santé lance un cri d'alarme. Sa hantise : la possibilité que le virus de la grippe aviaire puisse se combiner avec celui de la grippe humaine pour donner un nouveau sous-type de virus capable de se transmettre facilement d'une personne à l'autre. Une perspective plausible car la propagation de l'infection chez les oiseaux augmente les possibilités d'infection directe de l'homme et donc la probabilité que des personnes infectées simultanément par des souches humaines et aviaires, servent de "creuset" pour ce super-virus qui pourrait alors se répandre comme une traînée de poudre."Il s'agit d'une grave menace mondiale pour la santé humaine" a souligné le Dr Lee, directeur de l'OMS "Mais nous avons déjà été confrontés à plusieurs maladies infectieuses émergentes dans le passé. Cette fois, nous avons la possibilité de combattre la maladie avant qu'elle ne prenne des proportions mondiales, à condition de coopérer et de mettre en commun les ressources nécessaires. C'est une entreprise difficile et coûteuse qui doit commencer dès maintenant".

La psychose est d'autant plus grande que l'épidémie de SRAS qui avait a tué près de 800 personnes en 2003 est encore dans toutes les mémoires. Selon les experts, seuls une transparence réelle des pays touchés et l'abattage systématique des volailles contaminées pourront enrayer cette menace.

Actuellement dix pays sont touchés par cette épidémie de grippe aviaire : Chine, Thaïlande, Vietnam, Indonésie, Taiwan, Japon, Cambodge, Pakistan, Laos, Corée du Sud. Réunis à Bangkok avec les États-Unis et l'Europe pour une rencontre sur cette épidémie, ces pays se sont engagés à "en faire plus" en intensifiant ces efforts de coopération internationale. Ils ont ainsi étudié la mise en place d'un système régional de surveillance vétérinaire.

Dernière minute : l'OMS a pour la première fois évoqué une possible transmission du virus d'homme à homme le 1er février. Cette annonce fait suite au décès de deux sœurs au Vietnam qui auraient pu être contaminées par leur frère. Au total, des victimes humaines ont été recensées en Thaïlande (3) et au Vietnam (9) (chiffres au 31 janvier 2004).

L'Union européenne joue les mères poules

Compte tenu de la situation de la grippe aviaire en Asie, les autorités sanitaires françaises ont dès le 22 janvier (le 23 janvier pour l'Europe) pris des mesures visant à prévenir l'introduction du virus sur le territoire national :

· L'interdiction d'importation de volailles vivantes et de leurs viandes originaires des pays de la zone atteinte ;

· Le renforcement des conditions sanitaires à l'importation des oiseaux de volière, ainsi que sur les oiseaux de compagnie accompagnant les voyageurs.

Ces mesures visent à protéger l'élevage avicole français contre l'introduction de la maladie animale. Le 28 janvier 2004, les autorités françaises demandent à la Commission européenne avec d'autres États membres, l'interdiction d'importation des oiseaux de volière et des oiseaux accompagnant les voyageurs. Une mesure adoptée par l'Union européenne le jour même. En 2003, près de 10 000 oiseaux de compagnies (en majorité des perruches et des perroquets) ont été importés en Europe en provenance des pays aujourd'hui touchés par cette épidémie, principalement le Pakistan, la Chine et l'Indonésie.

Par ailleurs, les autorités françaises recommandent aux voyageurs se rendant dans ces pays d'éviter tout contact avec les volailles et les porcs vivants et de ne pas rapporter un animal vivant dans ses bagages. Si l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments considère que le risque de contamination de l'homme par des viandes infectées est faible, voire négligeable, la Direction Générale de la santé recommandent aux voyageurs d'éviter la consommation de produits alimentaires crus ou peu cuits en particulier les viandes et les œufs et de se laver régulièrement les mains. Il faut néanmoins souligner que jusqu'à présent les malades ont été contaminés par voie respiratoire.

Quels sont les traitements disponibles ?

Plusieurs points positifs semblent minimiser la menace de la grippe aviaire. Le principal est qu'à ce jour aucun cas de transmission d'homme à homme n'a été observé. De plus, contrairement au SRAS, il existe déjà des tests de diagnostic fiables et il existe une grande expérience dans la mise au point et la production de vaccins antigrippaux. Malgré tout, l'OMS estime qu'il faudra "au moins quatre mois pour produire en grande quantité un vaccin efficace contre un nouveau sous-type grippal". Enfin, deux médicaments antiviraux (le Tamiflu® et le Relenza®) pourraient se révéler efficaces dans le traitement de cette épidémie de grippe aviaire, même si pour le moment cette propriété n'a pas été prouvée par des données cliniques. En attendant de trouver le meilleur traitement (préventif ou curatif), mieux vaut miser sur plusieurs stratégies, histoire de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier…

Alors que la menace pour la santé reste aujourd'hui théorique, la menace économique pour tout le secteur de l'élevage de volailles est bien réelle. Avec plus de 20 millions de poulets abattus en Asie, certains pays producteurs risquent d'y laisser des plumes…




J'avais composé cette page vers le 20 septembre 2004, deux ou trois jours avant d'apprendre que le virus de la grippe aviaire était passé directement d'une mère à sa fille et que les deux en étaient mortes. À suivre donc...




Épizootie. Des chercheurs ont simulé par ordinateur la transmission du virus entre hommes.

Scénarios catastrophe de grippe aviaire

Par Laure NOUALHAT / jeudi 04 août 2005 (Libération - 06:00)

La grippe aviaire poursuit son funeste périple. L'ouverture récente d'un front eurasien (lire ci-dessous) du virus augmente le réservoir animal qui pourrait déclencher une pandémie. Pour l'heure, le virus H5N1 ne se transmet toujours pas d'homme à homme. Mais rien n'assure que ce ne sera pas le cas demain. Cette incertitude n'a pas empêché deux équipes de chercheurs, l'une britannique, l'autre américaine, de simuler le pire. À l'aide d'ordinateurs et de probabilités, elles ont modélisé l'explosion d'une pandémie, mais aussi les stratégies pour la contenir. L'une des études est publiée aujourd'hui dans la revue Nature, l'autre le sera demain dans Science.

Contacts. "On n'est pas sûrs à 100 % que le virus mutera pour se transmettre entre humains, mais c'est arrivé par le passé. L'essentiel est de s'y préparer et de planifier les stratégies adéquates", explique l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui se félicite de la parution des deux modèles. L'équipe de Neil Ferguson, du département d'épidémiologie de la faculté de médecine de Norfolk, a réalisé celui qui paraît aujourd'hui dans Nature. Le modèle choisi est la population thaïlandaise, c'est-à-dire 85 millions d'individus répartis sur un territoire limitrophe de nombreux autres pays. Ils ont pris en compte les modes de vie des habitants, le nombre de contacts quotidiens, leurs modes de déplacement, et ont utilisé différentes hypothèses : d'une personne à l'autre, le virus se propage et se déclare en 2,6 jours ; 50 % des cas seulement sont diagnostiqués ; une personne malade en infecte en moyenne 1,5 (hypothèse basse). Dans ce cas-là, le pic de contamination survient au 150e jour et 33 % de la population est infectée. Dans l'hypothèse haute (un malade contamine 1,8 personne), le pic survient au 100e jour et la moitié du pays est atteinte... La modélisation américaine concerne une population de 500 000 individus répartis sur 5 000 km2, mais la propagation du virus est sensiblement la même. "Le nombre de contacts suffisants pour infecter quelqu'un varie de 1 à 7,5 selon les classes d'âge, explique Mary Elizabeth Halloran qui a mené l'étude. Chez les enfants, il faut moins de contacts que chez les adultes." La vitesse de propagation est évidemment la clef du problème. "Il faut identifier le groupe initial de gens contaminés le plus rapidement possible, c'est-à-dire avant qu'il y ait plus de 50 cas", explique Neil Ferguson. Au-delà, la mise en place de mesures prophylactiques n'est pas assez efficace. "Avec 50 cas, on peut éliminer le virus en traitant chaque personne avec des antiviraux, y compris dans l'entourage sain des gens infectés. Ces médicaments agissent un peu comme un vaccin temporaire auprès des personnes saines." Plusieurs pays ont déjà fait des réserves d'antiviraux et l'OMS est en train de constituer un stock international de trois millions de doses. C'est, avec la surveillance de la maladie et l'élaboration de vaccins, un composant essentiel de la lutte contre le virus.

Quarantaine. Les chercheurs ont aussi modélisé des solutions. "La mise en quarantaine est l'une des mesures de santé publiques à prendre, mais il y en a d'autres. Il faut réduire le nombre de contacts quotidiens des personnes atteintes, fermer les écoles, les lieux de culte et certains bureaux, restreindre les voyages et les déplacements pour éviter les entrées et sorties des zones infectées..." Des mesures très difficiles à prendre, quel que soit le pays. "Contenir l'épidémie à la source est la seule politique qui fera une grande différence à la fin. Si nous échouons, on peut compter des millions de morts à travers le monde. Si nous réussissons, il ne s'agira "que" de quelques dizaines, voire de centaines, de victimes." Reste à traduire sur le terrain ce qu'ont produit les ordinateurs des chercheurs. Pour cela, il faut un niveau de coopération et de planification efficace entre les pays et les organisations internationales. Et pour Neil Ferguson, cette partie-là n'est pas gagnée.





De l'honnêteté intellectuelle des médias et d'autres…

Ibis falcinelle (Plegadis falcinellus)
Château de Suscinio / Morbihan / 5 octobre 2005
Une question récurrente revient sur nos télés ou dans nos journaux : Quels rôles jouent les oiseaux sauvages migrateurs dans la transmission du virus ?

Tous les experts, spécialistes en épidémiologie, vétérinaires et autres ornithologistes s'accordent pour dire que les oiseaux sauvages migrateurs sont potentiellement porteurs (sain ?) du virus et par conséquent, vecteurs potentiels et facteurs probables de la pandémie si celle-ci devait se propager. Comment pourraient-ils affirmer le contraire d'ailleurs ?


Alors, les médias, surtout télévisuels, nous montrent aussitôt des cartes de migration des oiseaux où, avec force flèches rouges censées représenter les cheminements migratoires des oiseaux soviétiques ou roumains, on nous montre que ceux-ci affectent bien la Turquie, puis, sans grande distinction, arrosent toute l'Afrique, sans susciter aucun émoi d'ailleurs de la part du journaliste… tant il est vrai que les africains ont déjà le SIDA, le paludisme, la rougeole, la mouche tsé-tsé et nos déchets en location.

Remarquablement, ces chemins migratoires évitent soigneusement notre pays, à l'instar sans doute du nuage de Tchernobyl. À peine si l'on suggère qu'au retour, c'est-à-dire au printemps prochain, ces oiseaux pourraient repasser par chez nous !

Pourtant, en ce début octobre, en Bretagne, nous avons observé la présence d'un certain nombre d'oiseaux qui viennent nécessairement de ces contrées (puisqu'ils y sont nés) comme des ibis falcinelles, des mouettes pygmées, des martins roselins ou d'autres dont les vagabondages les y ont peut-être conduit comme les mouettes mélanocéphales ou les grandes aigrettes... sans oublier le passage exceptionnel, mais parfaitement attesté, d'espèces asiatiques très lointaines comme le pipit de Godlewski ou la grive dorée !

Au contraire des humains qui, pour transhumer, se retrouvent tous un même jour sur une même autoroute les conduisant sur une même plage, les oiseaux savent (peuvent) emprunter des routes parfois peu habituelles, sinon improbables.




Il paraîtrait qu'au Palais Brongniart court une petite histoire : " Sais-tu comment on appelle un délit d'initié ? " Non ! " Où Tamifluz ? "




On se souvient peut-être de l'épidémie de fièvre aphteuse qui avait envoyé des milliers de brebis et de vaches au bûcher. On aurait certainement pu éviter cette hécatombe aussi inutile que cruelle, au moins indigne, toute sensiblerie mise à part... Pourquoi n'avait-on pas vacciné les animaux à cette époque et pourquoi ne le fait-on toujours pas... simplement pour le COMMERCE, pour ne pas jeter la suspicion sur les viandes à l'export... FOUTAISE, poudre au yeux et manipulation de l'information puisque ce n'est qu'une fois encore l'application du principe de la privatisation des profits et de la socialisation des pertes.

La FAO, il y a déjà deux ans au moins, préconisait la vaccination des poules dans les régions de l'Asie du Sud Est. Récemment encore un de ses responsables indiquait que pour une somme équivalente à 10 % de la somme consacré à l'achat massif de Tamiflu, on aurait pu vacciner toutes les volailles du Vietnam, du Laos, de la Thaïlande, de la Birmanie, de la Chine, des deux Corées et de quelques autres pays encore... Ce responsable s'interrogeait d'ailleurs aussi sur les " motivations " des gouvernants quant à leurs comportement quasi compulsifs et certainement complaisants à l'égard des laboratoires Roche...

Ces jours-ci Bernard Vallat, de l'OIE, critique l'OMS pour sa gestion de la crise de la grippe aviaire.

" Il fallait vacciner les oiseaux dès 2004 "

par Sylvie BRIET / Libération : samedi 12 novembre 2005

Bernard Vallat, directeur général de l'OIE (Office international des épizooties), l'organisation mondiale de la santé animale, rentre de la conférence mondiale de Genève sur la grippe aviaire. Très critique sur la gestion de la crise par l'OMS (Organisation mondiale de la santé), il est aujourd'hui satisfait d'avoir été entendu sur les priorités à donner.

Sur le même sujet

Lee Jong-Wook, le directeur général de l'OMS a ouvert la conférence en disant qu'un virus de la grippe aviaire finirait par se transformer en souche hautement pathogène pour l'homme, que ce n'était qu'une question de temps. Vous êtes, vous, beaucoup plus réservé.

Oui, car personne au monde n'est capable de prédire l'apparition de la pandémie. Depuis l'arrivée de la souche asiatique fin 2003, les experts de l'OMS affirment qu'il y aura une pandémie parce qu'il y en a eu plusieurs au siècle dernier. Si on leur demande quand, ils répondent peut-être demain, ou plus tard... Mais ils ne disent pas toujours que ça peut être à la fin de ce siècle. La théorie de l'arrivée cyclique de pandémies n'a aucune base scientifique. C'est interprété comme quelque chose d'imminent : il y a donc un biais de communication qui n'est pas très scientifique. Notre réseau, constitué de virologues spécialistes de l'animal, est enclin à plus de prudence. Des virus à potentiel mutagène de l'influenza aviaire existent dans la nature depuis des siècles : des textes de l'Antiquité décrivent des maladies de volailles qui sont très probablement la grippe du poulet. Le potentiel pandémique de ce virus animal n'est donc pas nouveau, c'est une menace permanente.

Qu'y a-t-il donc de si particulier aujourd'hui ?

La souche apparue il y a deux ans en Asie a une capacité à se diffuser et à tuer les oiseaux sans précédent. Elle s'est répandue très vite dans une dizaine de pays et tue même des oiseaux sauvages, alors que les souches qu'on connaissait provoquaient peu de mortalité chez eux. Il y a beaucoup d'autres souches de H5N1 dans la nature, mais les caractéristiques génétiques complémentaires de la nouvelle souche déterminent son comportement. Ce virus n'est pas adapté à l'homme, il arrive à passer la barrière d'espèce dans quelques cas, mais finalement très peu par rapport aux centaines de milliers de contacts qui ont lieu entre oiseaux malades et hommes. Depuis deux ans, cette souche est stable, ce qui lui permet de continuer à sévir chez les oiseaux. Cela incite à l'optimisme pour l'homme, mais pas pour l'animal, pour qui les dégâts sont énormes.

Cette année, 2 millions de poulets ont été abattus à cause de H5N1 alors qu'en 2004, c'était 45 millions de poulets. On en parlait pourtant beaucoup moins.

L'an dernier, au début de la crise, les pays de la première ligne Vietnam, Indonésie... ont eu de grosses difficultés car ils n'avaient pas de services vétérinaires adaptés. Et il y a eu un problème majeur de communication. Nous avons essayé de convaincre la communauté internationale que la priorité était d'aider les services vétérinaires de ces pays à combattre la maladie. Notre message dès le départ était : si on donnait des ressources à ces pays touchés, on diminuerait la probabilité de pandémie humaine, on n'aurait pas besoin d'investir autant. On n'a pas été entendus et l'OMS est peut-être responsable. Cette année, elle a entièrement ciblé sa communication sur la prévention de la pandémie humaine. Les politiques étant très sensibles à la communication, ils ont donné priorité à l'affectation de ressources sur les stockages d'antiviraux, préparations de vaccins, plans d'urgence pour sauvegarder les populations... Mais là, à la conférence de Genève, notre message a enfin été entendu.

Pourquoi y a-t-il eu un tel emballement alors ?Je pense que, au sommet des Nations unies en septembre dernier, les déclarations de grands de ce monde sur l'impérieuse nécessité de protéger les populations ont eu un rôle important auprès du grand public. Comme, juste après, la Roumanie et la Turquie ont déclaré des cas sur des oiseaux, cela a mis le feu aux poudres. Il y a eu confusion entre grippe aviaire et pandémie. En Roumanie, les gens se sont précipités sur le vaccin contre la grippe saisonnière qui ne protège pas contre la grippe aviaire, ce qui montre qu'il régnait une grande confusion. L'OMS considère que le monde doit se préparer à une pandémie grippale et c'est vrai que la situation actuelle va permettre la mise en place de dispositifs qui seront utiles un jour, mais est-ce que tous les pays pourront renouveler leurs stocks de Tamiflu (périssable) s'il n'y a plus de pression médiatique ?

Tout le monde n'est pas d'accord sur la vaccination des volailles ?

Il faut vacciner quand les lignes de défense ont été percées. Lorsque le virus apparaît, il faut le bloquer le plus vite possible. Mais en amont, il faut des fonds de compensation nationaux car les éleveurs ne déclareront un phénomène anormal sur leurs volailles que s'ils ont la certitude d'être indemnisés. Ensuite, il faut un service public vétérinaire capable de suivre les législations sanitaires, de mobiliser l'armée et les forces de police pour bloquer les mouvements d'animaux, désinfecter les sites, etc. À ces seules conditions, le virus disparaît. Sinon, il se répand de façon si exponentielle et si rapide qu'on ne peut plus le bloquer : impossible en effet de paralyser tout un pays et d'abattre tous les oiseaux. Il ne reste alors que la vaccination. Même si c'est un outil transitoire : des oiseaux vaccinés peuvent porter le virus sans montrer de signes.

La vaccination réduit la pression globale du virus. Plus de virus circulent dans le monde, plus la probabilité de mutation est forte. C'est le message envoyé à Genève, et bien reçu. Nous avions préconisé, début 2004 avec la FAO, la vaccination dans des pays très touchés tels le Vietnam et l'Indonésie car il était clair que ceux-ci n'étaient pas en mesure de combattre H5N1 par l'abattage. Ces recommandations n'ont pas été suivies. Beaucoup d'experts médicaux de l'OMS disaient que la vaccination n'était pas appropriée, car elle ne ferait pas disparaître le virus. Il a fallu attendre un an pour qu'ils se décident à vacciner.

Aujourd'hui, vous êtes donc satisfaits des résultats de la conférence ?

Oui. L'engagement massif de la Banque mondiale devrait permettre aux pays infectés ou à risque de se doter de services vétérinaires efficaces. Aujourd'hui, le Vietnam doit vacciner 500 millions d'oiseaux. Imaginez la logistique... J'espère qu'ils vont enfin pouvoir travailler comme les Roumains ou les Turcs, qui ont manifestement réussi à stopper le virus. Mais il faut surtout des mesures durables. Beaucoup d'agents pathogènes circulent dans le monde. On va avoir de plus en plus de maladies nouvelles et les pays en voie de développement sont de vraies bombes à retardement.





Jacques Diouf, directeur général de la FAO, rappelle que, si la crise aviaire a débuté fin 2003, les pays riches n'ont réagi qu'une fois le virus à leur porte.

H5N1 : «Les États ont péché par manque de solidarité»

par Christian LOSSON / Quotidien Libération / lundi 06 mars 2006

Jacques Diouf est directeur général de la FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, en première ligne dans la lutte contre la grippe aviaire. Pour Libération, il revient sur l'histoire d'une crise sanitaire annoncée. Et très mal anticipée.

Les institutions ont-elles tardé à prendre les mesures qui s'imposaient face à la grippe aviaire ?

Ce sont surtout les États qui ont péché par manque d'anticipation et de solidarité. On est incapable de tirer les leçons du passé. La crise aviaire a vraiment commencé en décembre 2003. Dès février 2004, la FAO a injecté 5,5 millions de dollars sur ses fonds propres pour tenter d'aider la Thaïlande, le Vietnam et la Chine. Dans la foulée, on est aussi intervenu dans sept autres pays - jusqu'aux Philippines - pour tenter de circonscrire l'épizootie, avec l'OIE (Organisation mondiale de la santé animale) et l'OMS (Organisation mondiale de la santé). Les résultats ont été assez probants puisque le développement du virus a, en grande partie, été enrayé. On a alors tenté d'alerter la communauté internationale. «Mettons le paquet maintenant pour circonscrire l'épidémie !» lui disait-on. À l'époque, on avait tous les atouts en main. On pouvait éliminer rapidement la volaille contaminée, discuter du choix de vacciner ou non, mettre en place des centres de référence, renforcer les services vétérinaires...

Et que s'est-il passé ?

Les pays développés ont pensé que cela se passait en Asie, que tout cela était très loin et que l'on exagérait les risques d'épidémie. Mais le virus est passé des poulets aux oiseaux sauvages, puis aux migrateurs, et la grippe aviaire s'est retrouvée au Kazakhstan, en Russie. Très vite, on a dégagé 2 millions de dollars pour le Moyen-Orient et l'Afrique, afin de sensibiliser les autorités politiques. Et appelé à l'aide pour des fonds supplémentaires. Rien. Comme on le redoutait, la grippe aviaire a touché la Turquie, les Balkans, l'Afrique (au Nigeria) et l'Europe. Pendant ce temps, on était déjà dans les Caraïbes, où l'on débloquait encore 2 millions de dollars pour anticiper la mondialisation de la grippe aviaire. On a multiplié les conférences pour tenter de lever des fonds. À Ottawa en 2005, puis à Genève dans la foulée et à Pékin début 2006. Les pays riches ont commencé à bouger quand le virus est arrivé en Turquie. Avant, on demandait, avec l'OMS et l'OIE, 430 millions de dollars pour effectuer une véritable politique de prévention. On n'a même pas eu 30 millions de promesses ! À Pékin, on a demandé 1,2 milliard de dollars, on nous a promis 1,9 milliard ! À ce jour, la FAO n'a reçu que... 16 millions.

La FAO n'est-elle pas prise de court par ces crises désormais planétaires ?

Dès 1994, on a mis en branle un programme de lutte préventive contre les prédateurs, les maladies transfrontalières, avec un système de détection rapide, la mise en réseau de centres spécialisés, etc. Ça a marché, mais on n'en a pas parlé. Depuis 2000, on fait face à l'invasion acridienne au Soudan, la fièvre porcine africaine, la fièvre de la vallée du Rift (des moutons et des boeufs)... Mais quand les criquets ont envahi la Mauritanie, les fonds ont cruellement manqué. Cette invasion a été terrible. Des essaims de 72 kilomètres, un traitement de 11 millions d'hectares, sans parler des dégâts collatéraux. Quand la grippe aviaire est arrivée, on a lancé aux États : «Ne soyez pas aussi passifs qu'en Afrique face à l'invasion de criquets !» Tout au long de l'année où l'on poussait des cris d'alarme, on nous avait affecté 2 millions de dollars, avant de débloquer 55 millions en catastrophe une fois la crise arrivée.

Comment lutter contre la diffusion du H5N1 ?

Renforcer les services vétérinaires dans les pays les plus démunis, multiplier le développement de labos de détection, travailler sur des vaccins plus simples à administrer et moins coûteux, assurer une surveillance des points d'eau et des zones de transit des oiseaux migrateurs. Indemniser les paysans les plus pauvres, sinon les gens cachent leur volaille malade, sensibiliser les médias pour qu'ils informent précisément sur les risques. Tout cela tient du bon sens...

... qui n'a pas vraiment été la règle ?

Pas vraiment, non. Médias et autorités politiques ont plutôt relayé les messages de l'OMS sur la pandémie humaine, alors que notre discours, comme celui de l'OIE, n'a pas été entendu pendant près de deux ans ! Et les pays développés se sont tellement cristallisés sur les risques de pandémie qu'ils ont dépensé des milliards pour l'achat de médicaments ou de masques, au lieu de mettre le paquet pour enrayer l'épizootie, dont le développement peut entraîner la pandémie. Mettre l'accent sur les animaux plutôt que les humains aurait permis, de surcroît, d'éviter les tentations de psychose collective que l'on voit dans les pays développés. On a le sentiment que les ministres de la Santé ont été davantage en première ligne que les ministres de l'Agriculture ; cela aurait dû être l'inverse.

Etes-vous inquiet ?

Pour les pays les plus pauvres, oui. Le poulet y est souvent la seule source de protéines. D'ailleurs, si les tendances se maintiennent, le nombre de personnes qui souffrent de la faim dans le monde ne diminuera de 50 % qu'en 2150 et non en 2015, comme les objectifs du millénaire de l'ONU l'avaient fixé.

La grippe aviaire illustre-t-elle la crise de la mondialisation ?

Oui, en partie, parce qu'elle montre que derrière le discours sur le village global et planétaire, les réflexes nationaux l'emportent, l'égoïsme règne et la gouvernance mondiale





- Vendredi 23 juin, un porte-parole de l’OMS annonce officiellement un premier cas de transmission inter-humaine du virus H5N1, avec apparition de la maladie, formellement confirmé par des tests de laboratoire. Il s’agit du cas de la famille indonésienne du district de Karo (nord de Sumatra) qui a compté 7 morts fin mai. Auparavant, une transmission entre humains avait été fortement soupçonnée dans une demi-douzaine de cas (Vietnam, Thaïlande), mais sans preuve scientifique considérée comme absolument formelle. Ici, c’est une mère de famille, infectée par des volailles malades et décédée le 4 mai, qui a contaminé par sa toux plusieurs membres de la famille vivant dans la même pièce.

Cependant, les experts précisent qu’il y a eu « contamination inter-humaine limitée et non prolongée » ; d’autre part, la souche virale en cause ne présenterait, selon l’OMS, qu’une modification génétique « minuscule », sans transformation qui le rendrait aisément transmissible d’homme à homme ; les risques de pandémie humaine ne seraient donc pas augmentés et l’OMS a décidé de rester au niveau d’alerte 3. Des spécialistes ont toutefois fait part d’une certaine inquiétude face au cas indonésien ; pour Jean-Claude Manuguerra, virologiste à l’Institut Pasteur de Paris et responsable de la cellule française d’intervention biologique d’urgence, « Dans l’attente de données complémentaires, les éléments dont nous disposons sont a priori inquiétants dans la mesure où une seule personne a été à l’origine de sept contaminations, ce qui, pour les spécialistes de modélisation des épidémies, est un taux extrêmement élevé. À l’inverse, les faits remontent aujourd’hui à près de six semaines et la propagation redoutée n’a pas eu lieu. En d’autres termes, le virus n’est pas, cette fois encore, parvenu à muter de manière suffisante pour menacer l’espèce humaine. » (Le Monde daté des 25 et 26 juin).

Voir aussi : http://www.gestiondecrise.com/grippeaviaire.htm






Liste des principaux textes réglementaires et législatifs concernant la peste aviaire en France depuis 1990
http://www.liste-hygiene.org/veillepesteaviaire.htm

La grippe aviaire, une menace pour les moyens d'existence ruraux, la production agricole et la santé humaine :
http://www.fao.org/newsroom/fr/focus/2004/36467/index.html

Les moyens agricoles traditionnels menacés (sida et agriculture) :
http://www.fao.org/newsroom/fr/focus/2004/49923/index.html

Les canards domestiques pourraient représenter une nouvelle menace de grippe aviaire :
http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2004/51443/index.html

Grippe aviaire - situation in Asie : le rôle du canard domestique a changé :
http://www.who.int/csr/don/2004_10_29/fr/index.html

En pleine grippe aviaire / pandémie annoncée / viendra ? viendra pas ?
CINDYNIQUE DE L'INTERFACE HOMME - ANIMAL ET NOTAMMENT DES ZOONOSES :
http://www.amrae.asso.fr/lesrencontres/toulouse-2001/ACTESTOULOUSE/A11/A11nicolet.docSuivi sanitaire :

Septembre 2006 / Lettre d'information de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage

Arrêté du 4 août 2006 modifiant l'arrêté du 24 octobre 2005 relatif à des mesures de protection vis-à-vis de l'influenza aviaire.

Arrêté du 1er août 2006 modifiant l'arrêté du 18 février 2006 fixant des mesures techniques et administratives applicables lors d'une suspicion ou d'une confirmation d'influenza aviaire hautement pathogène causée par un virus de sous-type H5N1 chez des oiseaux vivant à l'état sauvage.

La liste des correspondants du réseau Sagir pour les Fédérations départementales de chasseurs a été actualisée :
http://www.oncfs.gouv.fr/events/point_faune/suivi-sanitaire.php

Actualités Grippe aviaire :
http://news.webplanete.net/index.php?folder_id=196

Avis de l’Afsset relatif au risque sanitaire pour l’homme lié à la présence dans divers effluents aqueux de virus influenza aviaire dans le cas d’épizootie et pandémie
http://www.afsse.fr/index.php?pageid=452&newsid=107&MDLCODE=news

Avis de l’AFSSET relatif aux risques sanitaires pour la population générale et les travailleurs liés à la présence de virus Influenza aviaires hautement pathogènes de sous-type H5N1
http://www.afsse.fr/index.php?pageid=452&newsid=193&MDLCODE=news

Rôle épidémiologique du cygne tuberculé anatidés dans l’épisode d’influenza aviaire H5N1 HP dans la Dombes en 2006
http://www.oncfs.gouv.fr/events/point_faune/oiseaux/rs06_hars.pdf

Grippe aviaire et risques professionnels
http://www.inrs.fr/dossiers/grippe-aviaire.html






[ Corrélats : Virus / Zoonoses / SRAS / Élevage / ...]

Retour