Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Les lemmings / Autres pullulations / Le réchauffement climatique est une menace pour les lemmings en Norvège / L'invasion des iules / Les criquets pèlerins / Sites Internet et articles / Corrélats /
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Lemming des toundras (Lemmus lemmus)
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Les lemmings sont représentés en Europe par deux espèces : __________» Le lemming des toundras (Lemmus lemmus) et __________» Le lemming des forêts (Myopus schisticolor). |
C'était la nuit du 13 octobre. À trois heures du matin, Danièle est réveillée par son fils : une armée de mille-pattes avance dans son salon. Des iules. De minuscules bêtes gris foncé, par milliers. " Le lino était noir. Ça grouillait. " Elle déplace tous les meubles, balaie " dix ramasse-poussière " sur les 20 mètres carrés du salon, puis remonte se coucher. Mais dort mal. " On en rêvait, même. " Deux nuits, ils surveillent à tour de rôle si les myriapodes ne passent pas sous la porte.
Barrages. Depuis, quand le soleil se couche, chez Danièle et ses trois voisins de la rue de Picardie à Verquin, près de Béthune (Pas-de-Calais), les iules repassent à l'offensive. De moins en moins nombreux, à cause du froid, mais toujours là. Les mille-pattes quittent le terrain vague du bout de la rue et avancent sur les murs, les portes d'entrée, les volets des quatre maisons. Les poteaux téléphoniques ont l'air d'avoir du poil aux pattes.
"On a tout essayé. La chaux vive, l'eau de Javel. Il n'y a que le vinaigre qui marche. On imbibe les serpillières, et on fait des barrages ", soupire Danièle. Son mari Serge les immole sur sa terrasse. " J'asperge d'alcool à brûler et je mets le feu entre les pavés." Quand le jour se lève, ils se logent dans les interstices, fuyant la lumière. " Le soir, sur le trottoir, quand on marche dessus, ça craque comme des coccinelles. " Sa voisine d'en face, Marie-Claire, a, elle "parfois l'impression de marcher sur du verglas ".
Inoffensifs. Jocelyne, elle, n'avait rien remarqué, la nuit du 13. Mais sa voisine lui glisse : " Surveillez votre pas-de-porte, il y a des bestioles qui sortent le soir. " Elle met le nez dehors. " Il y en avait des milliers et des milliers, mes volets n'étaient plus blancs, ça faisait comme un nuage noir. " Elle en est à deux bouteilles de vinaigre par jour.
"Il paraît que si ça pique, ça fait une tache marron. On avait peur d'en mourir, on en devenait zinzin." En fait, les bestioles sont inoffensives.
Les riverains déposent une pétition à la préfecture du Pas-de-Calais. Et se sentent abandonnés : " On nous a répondu que les iules étaient utiles à l'environnement, qu'il fallait laisser faire la nature." Mangeurs de végétaux en décomposition, ces mille-pattes sont les champions du compost. Ils vivent sous terre, en bonne intelligence avec leurs voisins humains. Sauf quand ils sortent.
En trente-trois ans à Verquin, Serge n'avait jamais vu ça. Michel Hecquet, adjoint à l'environnement, avance une explication : " Peut-être le réchauffement du climat et l'épandage de pesticides dans le champ voisin qui auraient perturbé l'habitat naturel des iules ?" Personne ne sait. Même pas Jean-Jacques Geoffroy, chargé de recherche au CNRS, et spécialiste des myriapodes au Muséum national d'histoire naturelle à Paris. " Ces pullulations et ces migrations, de plus en plus fréquentes, restent en grande partie inexpliquées." On a quand même repéré des signes : un hiver doux, ou un printemps humide, ou période chaude et sèche suivie de pluie. Alors les iules communiquent par signaux chimiques "et c'est l'agrégation, puis la migration en masse". Ils ont réussi à arrêter des trains. En 2003 à Sydney en Australie, les roues patinaient sur les rails. À Lançon de Provence, ils ont envahi par milliards une quinzaine de maisons en avril 1987.
Comme ils peuvent vivre jusqu'à quatre ans, en cas de climat doux, plusieurs générations cohabitent. Et un peu comme les lemmings, s'ils manquent de nourriture, ils migrent vers le néant. Et meurent, affamés. Ou écrasés par un train à Sydney. Ou grillés sur une terrasse à Verquin.
C'est un nuage qui obscurcit soudain le ciel. Une masse sombre et menaçante qui vibrionne, comme la neige sur un écran de télévision. " Fermez les fenêtres, calfeutrez tout, ils arrivent !" Mercredi matin, les téléphones du Caire n'ont cessé de sonner. Partout, les mêmes voix surexcitées, les mêmes témoignages effarés. L'invasion de criquets pèlerins qui a déferlé sur la capitale égyptienne a provoqué un début de panique, à peine calmée par les propos rassurants du ministre de l'Agriculture, Ahmed al-leithy selon lesquels le phénomène n'aura "aucun impact sur l'homme et sur l'agriculture ".
Pas vorace. " Je n'ose plus sortir de chez moi ", indiquait mercredi une habitante du centre-ville, terrorisée par les nuées voletant devant ses fenêtres. Dans le quartier de Gizeh, des scènes impressionnantes ont été rapportées par les Cairotes traumatisés par le vol bas des insectes, qui se sont posé dans les rues, les balcons et les jardins publics. Malgré les rumeurs annonçant le survol de la ville par des avions chargés de pesticides, les autorités égyptiennes n'ont finalement pas essayé de lutter contre ces criquets jaune orangé, d'une taille respectable (près d'une dizaine de centimètres), qui n'ont, au bout du compte, pas vraiment fait de dégâts dans la capitale. Une chance, explique Bernard Quéré, consultant indépendant en agriculture au Caire. " Ces insectes, bien qu'adultes, sont encore immatures. Le danger intervient plutôt en période de reproduction. Le criquet devient alors vorace. Les larves et les insectes jeunes non ailés surtout provoquent de vrais désastres, en rongeant tout. "
Les premiers acridiens avaient été observés fin octobre à la frontière nord-ouest du pays. Une situation exceptionnelle : si l'Égypte connaît chaque année une petite alerte, elle est essentiellement localisée dans le sud et liée aux essaims venus du Soudan. Cette fois-ci, devant les nuées venues en nombre de Mauritanie, via la Libye, le gouvernement a décrété l'état d'alerte maximale, et éradiqué sans trop de peine les premières salves. Une semaine plus tard, les criquets ont pourtant récidivé en s'abattant en masse entre l'oasis de Siwa et la ville côtière de Mersa Matrouh. Une vision apocalyptique, selon des témoins : sur l'autoroute, la circulation était interrompue, les conducteurs affolés s'enfermant dans leurs voitures, et les essaims de criquets s'infiltraient jusque dans les moteurs.
À l'approche des grandes cultures et des vergers du delta du Nil, les populations ont fait brûler des pneus et de la paille séchée, afin de produire une fumée noire pour chasser les insectes. Mais mercredi, les premiers criquets ont atteint Le Caire. Hier, on signalait leur présence, pour la première fois, au Liban.
Bataille à gagner. Pour la population égyptienne, cette invasion est la conséquence d'une mauvaise gestion de la crise. Le quotidien semi-officiel Al-Akhbar et près d'une centaine de députés ont réclamé l'ouverture d'une enquête sur les défaillances du ministère de l'Agriculture. Un échec sans conséquence immédiate pour l'Égypte, mais bien plus inquiétant pour l'ensemble du continent africain.
La semaine dernière, le secrétaire général adjoint des Nations unies, Jan Egeland, affirmait : " Si nous perdons la bataille dans les cinq prochaines semaines, des dizaines de millions de personnes n'auront plus de quoi se nourrir dans les pays d'Afrique occidentale." Il y a un an déjà, la FAO avait lancé un appel à contribution pour neutraliser les essaims. Un cri d'alerte qui n'a pas été entendu par les États, ce que regrettent les spécialistes qui soulignent notamment le risque d'une famine prochaine au Mali, sur les plateaux dogons ravagés par les criquets, alors que les stocks céréaliers sont insuffisants. Quant à l'Égypte, cette invasion spectaculaire, mais inoffensive, pourrait n'avoir été qu'un coup de semonce. Le consultant Bernard Quéré avoue ainsi "son inquiétude ", alors que la FAO signale la présence au Soudan de criquets adultes, qui pourraient faire des ravages au printemps. " La température en baisse perturbe pour l'instant les cycles reproductifs, explique-t-il. Mais l'arrivée des prochaines chaleurs pourrait donner un coup de fouet aux vagues de criquets. Et provoquer le retour de la huitième plaie d'Égypte. "
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