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Parasitisme
Parasitisme




Douve du foie (Fasciola hepatica)
La relation entre un parasite, son hôte et l’environnement dans lequel ils vont évoluer est le type même de ce que l’on nomme en écologie : une interaction durable.



Si pendant très longtemps, les biologistes ont regardé les parasites comme seulement susceptibles d’apporter des inconvénients à leurs hôtes, depuis les années 1980, le regard que certains d’entre eux ont commencé à porter sur le parasitisme a été très novateur pour mieux comprendre bien des points encore obscurs, sur le fonctionnement des écosystèmes ou ayant trait à l’évolution des espèces.

Il est tout à fait probable qu’il existe plus d’espèces parasites à la surface de la Terre qu’il n’existe d’espèces libres ! Cela veut dire qu’il est pratiquement impossible qu’une espèce libre puisse passer toute son existence sans avoir jamais été en rapport avec un parasite. Or, au cours de la relation parasite – hôte, leurs deux génomes vont être en intime interrelation. Il est donc raisonnable de faire l’hypothèse qu’aucun organisme libre ne doive toute son existence, son métabolisme, ses fonctions physiologiques, ses comportements qu’à son seul potentiel génétique.

Les progrès réalisés, ces dernières vingt années, dans le domaine de la biologie moléculaire et particulièrement les techniques d’analyse des génomes et du séquençage de l’ADN, nous ont appris que les espèces, tant végétales qu’animales ou bactériennes et même virales, présentaient en commun des séquences plus ou moins longues d’ADN identiques. Sans doute découvrir que l’ADN de l’homme partage 60 % de ses séquences de gènes avec le pissenlit peut surprendre. Mais peut-il en être autrement si l’on accepte l’idée que plantes et animaux ont eu un ancêtre commun (coacervats fermenteurs ?) probablement transformé par des relations symbiotiques avec des bactéries et d’autres, moins bien définies encore, avec des virus ?

Ce n’est certainement pas un hasard si on a découvert, ces dernières années, dans tous les organismes vivants, de remarquables similitudes quant aux molécules constitutives, aux voies du métabolisme, aux procédés retenus de conservation de l’information génétique, immunitaire ou nerveuse… comme si la vie était quelque chose de relativement « simple », mais dont la simplicité se cacherait dans une complexification apparente due aux déclinaisons à l’infini d’espèces variées et différentes.

Diverses hypothèses font état que les virus pourraient être des morceaux d’ADN perdus par un organisme et leur fonctionnement, nécessairement parasite, ne serait dû qu’à la recherche de leur parentèle perdue. D’autres tendent à accréditer l’idée que l’apport (et le rajout) de l’ADN ou de l’ARN viral au génome de l’hôte pourrait être une explication pour comprendre comment se seraient complexifiés les génotypes au cours de l’évolution. Autrement dit, nous serions tous des OGM naturels ! Ces hypothèses n’ont pas été vérifiées, au moins pour l’instant, mais elles sont susceptibles d’apporter un nouvel éclairage sur d’autres faits de parasitisme.

Dans une relation parasite – hôte, il convient de distinguer deux phases : la première, quand les deux espèces possèdent encore leur phénotype initial et leur génome propre ; la seconde, quand le génome du parasite et celui de l’hôte vont se trouver en concurrence et comment cette concurrence va influer sur leurs deux phénotypes. Celui du parasite va le plus souvent évoluer pour être le mieux adapté aux nouvelles contraintes qu’il va rencontrer pour assurer sa pérennité de parasite et celui de l’hôte pour essayer de se défendre au mieux vis-à-vis de l’attaque dont il est l’objet.

Les transformations, souvent drastiques, que l’on peut observer entre la forme libre d’une espèce et la forme qu’elle prend dans son rôle de parasite en sont un des exemples les plus notables. Mais on peut aussi, aisément, observer chez les parasites, de remarquables modifications physiologiques, comportementales, chronobiologiques ou autres, de manière à mieux « coller » à la physiologie, aux comportements ou à la chronobiologie de l’hôte recherché. Pourquoi les femelles de Culex émergent-elles en fin de soirée, si ce n’était pour venir nous piquer, quelques heures plus tard, pendant notre sommeil ? Plus sérieusement, on a pu montrer que l’agent de la schistosomiase intestinale dont les réservoirs peuvent être soit des rats, soit des humains, les cercaires infectantes se libéraient de leur hôte provisoire (mollusque) plutôt l’après-midi, au moment où les humains se baignent ou font leur lessive, quand le vecteur de la transmission de la maladie était l’homme et beaucoup plus tard dans la soirée, quand les rats venaient se désaltérer, si le rat était le vecteur de transmission.

Mais si le parasite connaît des transformations, il en provoque aussi chez son hôte dans le but que celui-ci assure au mieux sa dissémination. On connaît mieux les raisons qui font que certains bourdons, au cours de leur vol, « tombent en panne » et s’écrasent sur le sol avant de repartir pour s’écraser un peu plus loin. Ces « crashs » ont pour effet d’expulser et de disperser sur le sol, des nématodes parasites (Sphaerularia bombi) qui s’étaient développés dans leur tractus génital. On a pu remarquer comment certaines espèces parasitées pouvaient oublier leurs comportements de fuite face à un prédateur et devenir ainsi des proies faciles. Cette perte de faculté de défense apparaît toujours quand le parasite est mûr pour franchir une nouvelle étape de son cycle. Par exemple, on a pu mettre en évidence chez des gammares infectés par des métacercaires que ceux-ci inhibaient, par des sécrétions de neuromédiateurs, le fonctionnement normal des ganglions cérébroïdes du crustacé qui, oubliant de fuir, se faisait capturer plus facilement par des oiseaux.

Naturellement, l’hôte ne se laisse pas parasiter sans réagir. Les animaux « connaissent » parfaitement divers insectes qui les attaquent et adoptent vis-à-vis de ceux-ci des comportements individuels ou collectifs de défense. C’est le cas pour les vaches en réponse aux attaques des taons ou celui des moutons en réponse à celle des œstres. L’homme, dans ce domaine, a su démontrer qu’il n’était pas dépourvu d’imagination depuis l’invention de la pantoufle jusqu’à l’insecticide qui se vaporise si on le branche sur la prise électrique pour se débarrasser des moustiques.

Mais c’est aussi dans le domaine des réponses physiologiques, humorales ou immunitaires que les hôtes ont dû réagir. Bon nombre d’espèces d’hôtes ont probablement disparu faute d’avoir su limiter les dégâts induits par le parasite, entraînant de facto la disparition du parasite ou l’obligation pour lui de trouver un autre hôte. A contrario, si l’hôte a pu mettre en jeu des réponses immunitaires inhibant le développement du parasite, c’est celui-ci qui aura disparu ou aura été dans l’obligation de trouver un autre hôte.

Paradoxalement, une attaque parasitaire a souvent pour effet de diminuer fortement la fécondité des individus parasités, ce qui, si cela nuit à la reproduction de l’espèce, va nuire aussi au parasite qui trouvera moins d’hôtes à parasiter. Il s’en suivra des variations démographiques hôtes – parasites comparables à celles que l’on observe entre les prédateurs et les proies. Il n’est d’ailleurs pas invraisemblable de penser que certaines variations acycliques, encore mal comprises ou difficilement interprétables au regard des seules variations d’effectif de proies et de prédateurs, puissent mettre aussi en jeu des relations parasite – hôte, soit chez la proie, soit chez le prédateur, soit chez les deux.

Il est probable aussi que les parasites aient eu (ont encore) un rôle non négligeable sur l’occupation des niches dans les communautés vivantes d’un écosystème ou sur la répartition des espèces. Ainsi la présence sur un territoire donné d’un parasite peu actif sur une espèce A, mais plus virulent sur une espèce proche B, susceptible de convoiter la niche de A, aura pour conséquence que B ne pourra pas survivre sur le territoire. Une fois encore, la compétition (ici entre A et B), compétition dont je prétends qu’elle n’est ni productive, ni intéressante, pas plus pour l’individu que pour l’espèce, a été réduite à son niveau le plus bas. On a décrit de tels exemples chez des oiseaux (tétraonidés et phasianidés) ou chez des mammifères (cervidés, lagomorphes, rongeurs,) et même chez l’homme, contrecarré, plus d’une fois, dans ses volontés de conquête du territoire d’un autre mieux adapté à un parasite avec lequel il vivait depuis longtemps que son envahisseur qui en fut affecté et fut battu. Il est vrai aussi que le contraire se produisit quand l’envahisseur, bien aidé par un parasite qu’il portait et vis-à-vis duquel il avait acquis une certaine immunité, contaminait tous les habitants du territoire convoité.

Mais d’une manière générale, si un parasite et son hôte survivent, c’est probablement que le premier aura trouvé le juste équilibre qui lui permet de « profiter » de l’hôte, lequel aura trouvé la « juste » réponse physiologique, humorale, immunitaire et / ou comportementale pour « accepter » l’intrus. Il est fort probable, à l’instar de ce que l’on a montré pour la relation varron – bœuf, que s’instaure (!) une sorte de relation mutualiste entre le parasite et son hôte. Dans cette relation entre Hypoderma bovis (le varron) et Bos taurus (le bœuf), on a découvert récemment que le bovidé, quand il s’accommodait de la présence de la larve de la mouche sous son cuir, recevait en échange l’hypodermine que cet asticot sécrète. Cette molécule serait d’abord un dépresseur de l’immunité de la vache laquelle ne reconnaîtrait plus la larve du diptère comme un corps étranger, ce qui revient à dire qu’elle ne souffrirait ni d’allergie, ni d’aucune affection comme celles que déclenchent, sans coup férir, quelque antigène que ce soit ! Mais, en outre, le bovin bénéficierait de la protection que cette molécule apporterait au prion qui resterait normal, alors que sans cette protection, le prion pourrait évoluer et s’avérer le facteur déclenchant l’ESB.

De multiples relations mutualistes entre un parasite et son hôte sont connues. On pourrait même se poser la question de savoir si une symbiose n’est pas un parasitisme qui aurait « bien tourné » ? Ou encore qu'une pathologie est un parasitisme sans avenir ?

On peut souvent trouver dans la littérature scientifique des hypothèses tendant à expliquer comment des organismes, primitivement fermenteurs, ont pu devenir photosynthétiques ou respirant, selon qu’ils se seraient associés avec des bactéries « plastes » ou des bactéries « mitochondries ». Remarquablement, dans les cellules eucaryotes où ces organites existent, ils sont tous deux « enkystés ». Je veux dire, par là, que la mitochondrie comme le plaste sont entourés d’une double membrane, comme s’ils appartenaient à la cellule tout en s’en protégeant (de la même façon dont bien des parasites s’entourent, dans les tissus de leur hôte, d’un jeu de membranes protectrices). D’ailleurs, ces organites ont une vie relativement indépendante de celle de la cellule. En particulier, ils sont capables de se reproduire en dehors des moments où la cellule le fait.

Un autre organite possède aussi une double membrane, c’est le noyau. Résulte-t-il aussi d’un processus parasitaire – symbiotique ? Par quelle bactérie, virus ou parasite davantage différencié ? Je n’ai pas la réponse et je n’ai encore rien lu sur cette question. Mais je sais que l’hypothèse selon laquelle la sexualité (laquelle est directement en relation avec la présence d'un noyau dans la cellule) résulterait d’un parasitisme a été formulée (Clayton, Hamilton, Ebert, etc.). Cette hypothèse, si elle était vérifié, pourrait certainement aider à lever le voile sur des questions de co-évolution, de spéciation et sur leurs corollaires : la biodiversité.




Une provocation en forme de note :

J’ai toujours considéré l’œuf des mammifères euthériens comme l’un des plus extraordinaires parasites de la Planète. Tout l'indique : la manière dont est libéré l’ovule, le moment où il est libéré, la manière dont l’œuf se fixe sur la matrice utérine, puis « s’enkyste » en profitant au mieux de l’organisme porteur, mais en s’en protégeant ; comment progressivement le phénotype de l’embryon modifie le phénotype maternel, comment ses propres productions humorales, hormonales, immunologiques vont influencer les humeurs de la mère au point d’en modifier jusqu’à son comportement, puisqu’elle affirmera combien l’enfant nouveau-né était désiré…

Maintenant, avec le cocooning, c’est pendant plus de trente années que nous sommes parasités et quand nos enfants se sont reproduits, on se laisserait même à être fiers de nos (leurs) rejetons… à juste titre !




Un article de Libération paru le samedi 11 juin 2005

Les parasites jouent un rôle moteur dans l'évolution du vivant.

Par Corinne BENSIMON

Claude Combes, biologiste, s'est spécialisé dans la recherche sur le parasitisme. Qu'ils s'appellent tiques, virus, bactéries, tous les organismes vivants en hébergent. Ils évoluent avec l'espèce hôte, dans un fragile équilibre entre symbiose et conflit qui peut aller jusqu'à la mort.



"Le commun des mortels rêve d'un monde sans parasites. Vous, vous avez de la sympathie pour eux. Pourquoi ?

(Rires) Parce que je vis sur leur dos depuis trente-cinq ans, j'ai passé toute ma carrière de biologiste à les étudier. Plus sérieusement, tout le monde doit la vie au parasitisme. Les cellules des hommes, des animaux, des plantes, des champignons, sont le fruit de l'invasion d'une cellule primitive par une bactérie. Il y a 2 ou 3 milliards d'années, une bactérie est entrée dans une cellule primitive, y a trouvé un abri pour s'y reproduire en paix, et sans doute au détriment, au départ, de son hôte. Au fil de l'évolution, ce parasitisme s'est transformé en un échange de services, une relation de symbiose, où la bactérie a mis son aptitude à produire de l'énergie au service de la cellule hôte qui lui fournit le gîte. Les descendantes de ces bactéries parasites sont les mitochondries présentes par centaines dans les cellules de tous les organismes supérieurs. Quant à la différence entre l'animal et la plante, on la doit aussi au parasitisme : les végétaux ont pu voir le jour parce qu'une bactérie capable de transformer la lumière en énergie a parasité une cellule primitive. Les descendants, ce sont les chloroplastes que l'on trouve dans toutes les cellules végétales. Grâce aux chloroplastes, les plantes n'ont pas besoin de se déplacer pour se nourrir. Elles n'ont donc pas développé ce système nerveux qui nous permet de disserter. Ainsi, le processus du parasitisme est à l'origine de cette unité de base du vivant qu'est la cellule " moderne ".

Mais le parasitisme tue aussi...

Bien sûr, malheureusement. J'ai travaillé avec mon équipe sur les parasites responsables de la bilharziose, qui est la deuxième maladie parasitaire humaine, après le paludisme. Il faut évidemment tout mettre en œuvre contre les pathogènes de l'homme. Mais il faut aussi considérer de façon plus positive le rôle des parasites dans l'évolution du vivant. Ils ont joué là un rôle moteur. L'hôte et son parasite sont en effet toujours en compétition, le second pour exploiter le premier, le premier pour se débarrasser du second. Ainsi, ils évoluent : quand l'un trouve une nouvelle arme, l'autre doit également en inventer une. Regardez le système immunitaire de l'homme moderne : il a été largement façonné par la lutte millénaire de notre espèce contre toutes sortes de parasites.

On a cependant du mal à concevoir l'utilité des tiques...

Et pourtant... Une antilope dans la savane porte entre 5 000 et 10 000 tiques. Elle passe 30 % de son temps à se toiletter, c'est-à-dire à contrôler la démographie de la tique. Que se passerait-il si on débarrassait toutes les antilopes de leurs tiques ? Elles y trouveraient un avantage immédiat : elles passeraient plus de temps à manger, elles grossiraient et se reproduiraient davantage. Les lions seraient contents... Ils auraient plus à manger et ils se reproduiraient plus, d'autant que les antilopes, plus grosses, courraient moins vite. À qui profiterait la mort des tiques ? Aux lions ? Aux antilopes ? Ce qui est certain, c'est que l'équilibre entre proies et prédateurs changerait. Un collègue anglais me disait récemment : " Il faut protéger les parasites ! " C'est excessif. Mais cela donne à réfléchir.

Existe-t-il des parasites en voie de disparition ?

Bien sûr ! On assiste à l'extinction de nombreuses espèces. Or toutes les espèces et même les virus hébergent des parasites, dont certains ne vivent que chez une espèce. Si celle-ci disparaît, c'en est fini pour le parasite, et même pour de nombreux parasites, car plus l'espèce est évoluée, un mammifère par exemple, plus elle abrite de parasites. Ainsi, l'homme héberge des parasites dans ses organes (son appareil digestif, notamment), ses cellules (où l'on trouve, chez nombre d'entre nous, les bactéries nommées toxoplasmes et des virus dormants comme celui de la varicelle), et même dans son génome. Il y a là des morceaux d'ADN qui ne servent pas à la cellule mais qui utilisent son énergie et ses fonctions pour se multiplier. Certains de ces morceaux d'ADN sont peut-être d'anciens virus.

Quelle est la définition d'un parasite ?

C'est un organisme voire une simple information génétique qui utilise un autre organisme à la fois comme source d'habitat et d'énergie. Le parasite vit non pas dans l'eau ou sur terre, mais dans ce " troisième environnement " qu'est le vivant.

Il se " greffe " sur une autre espèce. Comment cela peut-il fonctionner ?

Le rapport hôte / parasite suppose une cohabitation suffisamment longue pour que le parasite se développe. Il y a là une " interaction durable " entre deux espèces, un concept que j'ai proposé il y a une quinzaine d'années. Qu'est-ce qui permet à l'interaction parasite / hôte d'être durable ? Aujourd'hui, on le découvre : c'est la capacité du parasite à parler le langage de son hôte.

La force du parasite, c'est donc la communication ?

Un exemple : les sauterelles sont victimes d'un insecte parasite qui se loge sous leur cuticule. Une fois là, le parasite produit un signal, une molécule qui est reçu par les cellules de l'épiderme de l'hôte et qui déclenche leur multiplication. Elles forment alors un sac autour du parasite qui devient dès lors invisible au système immunitaire de la sauterelle. Que s'est-il passé ? Les gènes de l'envahisseur ont " parlé " le langage de la sauterelle. Cette communication est remarquable car elle passe entre des organismes dont l'ancêtre commun a vécu, il y a des dizaines de millions d'années. Elle est la plus belle preuve que nous sommes tous parents. Le parasite produit des signaux qui manipulent les cellules de son hôte, son métabolisme ou même son comportement.

Peut-il changer le mode de vie de son hôte ?

Oui, s'il fabrique une molécule qui agit sur le cerveau de son hôte. C'est une des grandes astuces du parasitisme. Par exemple, il existe un parasite qui doit passer d'un poisson de mer à un oiseau de mer pour achever son développement. Ce parasite " pousse " le poisson à se faire manger. Il se loge dans son cerveau et le rend fou : le poisson parasité se met sur le dos et expose son ventre blanc à la vue de son prédateur, l'oiseau. Qui passe, et le croque lui et son parasite.

Existe-t-il des parasites qui modifient aussi le comportement humain ?

Bien sûr. À commencer par tous ceux qui attaquent le système nerveux. Le virus de la rage, par exemple. Mais il y en a d'autres, sans doute, qui font des dégâts plus subtils. Des chercheurs tchèques ont découvert que les personnes en bonne santé qui hébergent des toxoplasmes (c'est fréquent) sont plus souvent responsables d'accidents de la route que les autres. La corrélation paraît absurde. Elle ne l'est pas. Car on a également observé que le toxoplasme modifie le comportement des rongeurs. Il les rend audacieux, agités. Résultat : ils se font plus facilement attraper par les chats. Bien joué : le toxoplasme a besoin de l'organisme du félin pour se reproduire de façon sexuée... Évidemment, cette stratégie est le fruit de la sélection qui s'est exercée, au fil de l'évolution, sur les souches de toxoplasme. Ce n'est pas un projet conscient du parasite !

Les gènes d'un individu, c'est donc son génome, plus les gènes de ses parasites...

En effet. Et si on supprimait tous les parasites d'un organisme en bonne santé, il se comporterait sans doute différemment. Ajoutez à cela le cas extraordinaire de ces bactéries qui contrôlent la sexualité de leurs hôtes, déséquilibrant le nombre de mâles et de femelles. Par exemple, les cloportes sont parasités par une bactérie qui se propage de génération en génération uniquement par la voie des ovules. C'est une formidable stratégie. Mais cette bactérie va plus loin : elle augmente ses chances de propagation en augmentant le nombre de cloportes fabriquant des ovules, c'est-à-dire le nombre de cloportes femelles. Et, pour ce faire, lorsqu'elle parasite des mâles, elle les transforme en femelles de sorte qu'ils se mettent à fabriquer des ovules et non du sperme. Et la transmission de la bactérie est multipliée !

Ça se termine mal ?

Non, tant qu'il y a assez de mâles pour assurer la reproduction des cloportes. Pour être efficace, pour se multiplier au maximum, un parasite ne doit pas être trop méchant avec son hôte. Au contraire, il doit l'exploiter de façon optimale. S'il en fait trop, il va le tuer et disparaître prématurément. S'il n'en fait pas assez, il risque aussi de disparaître, éliminé par son hôte. Cela explique que les souches trop pathogènes sont éliminées, à terme, par le jeu de la sélection naturelle, au profit des souches de virulence moyenne, qui se reproduisent plus et sont donc disséminées en plus grand nombre. C'est ce qui s'est passé avec le virus de la myxomatose, introduite dans les années 50 en France pour contrôler les populations de lapins. Au début, c'était l'hécatombe. Aujourd'hui, ils en meurent moins, d'une part parce que les lapins sont devenus résistants, mais aussi parce que les souches les plus agressives du virus ont disparu au profit de souches de virulence intermédiaire.

Peut-on imaginer un scénario similaire qui s'appliquerait pour le virus du sida ?

La disparition des souches les plus virulentes du virus HIV prendra, si elle se produit, des milliers d'années. On ne peut donc pas compter sur la sélection naturelle pour en finir avec l'épidémie. De même, les virus de Marbourg et d'Ebola qui sévissent en Afrique centrale, sont mal adaptés à l'homme : ils le tuent très vite. Leur dissémination est donc peut-être plus réduite que si le malade demeurait longtemps contagieux. Par le jeu de la sélection naturelle, on peut penser qu'ils pourraient, avec le temps, laisser la place à des souches moins immédiatement meurtrières. Celles-ci existent sans doute déjà chez l'homme ou chez des animaux " réservoirs " de ces virus, réservoirs non identifiés pour l'instant.

Le destin d'une espèce parasite est-il donc de vivre en paix avec son hôte ?

Les organismes parasites actuels sont les descendants d'ancêtres dits " libres ", capables de vivre dans l'eau ou la terre. Mais il est difficile de prévoir l'évolution de la virulence d'un organisme devenu parasite. Certaines bactéries qui vivent dans nos intestins de façon symbiotique, nous aidant à digérer, peuvent aussi provoquer des infections. C'est le cas du colibacille. La symbiose est la fin du conflit entre le parasite et son hôte. Mais c'est un événement rare dans l'évolution. Et réversible. L'un apporte quelque chose à l'autre. Mais il peut y avoir des tricheurs un bourdon qui prend le nectar d'une fleur et ne transporte pas son pollen, par exemple et, s'il y a trop de tricheurs, le conflit recommence.

N'est-il pas séduisant de transposer l'étude du parasitisme chez l'animal aux sociétés humaines ? L'esclavage, c'est du parasitisme...

On retrouve là des rapports de forces où le fort domine le faible. Mais j'estime qu'on passe à côté de l'essentiel si on analyse les sociétés humaines à cette seule lumière. Car le propre de l'homme, c'est la culture. Darwin lui-même, qui était contre l'esclavage, refusait de voir la société à travers ce crible. Je dis toujours à mes étudiants : vous commencez à être des hommes quand vous commencez à lutter contre vos gènes. Il est tentant de céder à la loi du plus fort car nous sommes des êtres issus de 3 milliards d'années d'évolution égoïste. Mais notre cerveau d'homme nous permet de briser le carcan de cette loi."


Professeur de biologie à l'université de Perpignan, où il codirige le Centre de biologie et écologie tropicale et méditerranéenne, membre de l'Académie des sciences, Claude Combes est, à l'âge de 80 ans, l'un des plus brillants spécialistes au monde de la recherche sur l'évolution et les fonctions du parasitisme. Inspirateur d'une nouvelle conception de ce phénomène écologique fondamental, vu désormais comme une " interaction durable " entre espèces, il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier, réédité par Flammarion, est sobrement intitulé : l'Art d'être parasite.




L'histoire de Paragordius tricuspidatus est intéressante à de multiples égards. Ce ver nématode, au départ aquatique, parasite des orthoptères terrestres par l'intermédiaire d'un hôte secondaire amphibie.

Le ver, dès sa sortie de l'œuf, s'insinue dans une larve de trichoptère. Cet insecte va vivre sa vie terrestre et mourir. Il sera peut-être mangé par d'autres insectes. S'il se fait qu'il est consommé par un grillon des bois ou par quelques autres espèces de sauterelles et de criquet, le ver va consommer toutes les parties non vitales de l'insecte au point d'atteindre 10 à 15 cm de longueur. Dès lors ce ver n'est plus constitué d'autre chose que d'un testicule ou d'un ovaire géant. Il lui faut se reproduire vite. Mais cette reproduction ne peut se faire que dans l'eau. Il faut donc que le grillon se noie !

Il semble que le ver produise des substances qui changent le comportement du grillon qui devient imprudemment erratique et, qui, au cours de ses pérégrinations, finira bien par tomber dans un trou d'eau lesquels ne manquent pas dans son environnement habituel. Aussitôt que le grillon tombe à l'eau, il se débat ce qui a pour effet de renseigner le ver sur le fait que le grillon se noie. Le ver s'empresse alors de quitter son hôte en perforant la cuticule de son abdomen.

Avec un peu de chances plusieurs dizaines, sinon centaines de grillons se noieront. Les vers mâles et femelles formeront un nœud " gordien " d'où leur nom et des œufs sortiront d'autres nématodes pour poursuivre le cycle vital.

Il arrive que le grillon soit gobé par une truite ou par une grenouille. Le ver n'a que quelques minutes pour s'extraire du tube digestif du vertébré avant d'être digéré… ce qu'il arrive à faire, semble-t-il, avec pas mal de bonheur. On remarquera que ça n'est pas souvent qu'un parasite choisisse une stratégie de fuite pour survivre.

Des exemples de modifications comportementales induites par un parasite sont fréquents dans la nature. On pourra citer celui de la petite douve du foie qui oblige les fourmis parasitées à grimper sur une tige de graminée et d'attendre d'y être broutée par un mouton (hôte définitif) ou encore celui de champignons parasitant les fourmis ponérines.




Mésaventure à l'école primaire publique de Plouhinec

Chenilles de la piéride du chou (Pieris brassicae)
Dans le cadre des activités de découverte du monde vivant, ma compagne avait profité de la présence de six belles chenilles de la piéride du chou sur un gros radis du jardin pour les enfermer dans une boîte à papillons de manière à ce que les enfants (CP et CE1) puissent observer leurs métamorphoses en chrysalides et en papillon…
Cocons de Apanteles glomeratus, parasite de la piéride du chou
Si une des chenilles a bien formé une chrysalide, des cinq autres sont sortis, en traversant la cuticule, plusieurs dizaines de petits vers qui se sont très rapidement enfermés dans des cocons de couleur jaune. Il s’agit d’un parasite, Apanteles glomeratus. C’est un minuscule Hyménoptère Braconidae, voisin des Ichneumons. http://www.insectes-net.fr/pieride/pieride4.htm
Imagos de Apanteles glomeratus, parasite de la piéride du chou
À peine huit jours plus tard, les premiers adultes vont éclore. Ce sera une bonne occasion pour les CP et les CE1 d’observer ces minuscules insectes dont ils ont peine à croire que ce puisse être des insectes voisins des guêpes.
Imago de Apanteles glomeratus, parasite de la piéride du chou
Imago de Apanteles glomeratus, parasite de la piéride du chou
Imago de Pieris brassicae ou piéride du chou
Ce matin, lundi 2 juillet, la chrysalide a donné naisance à une femelle qui, dès que les autres CP et CE1 seront venus la voir et à la condition qu'il cesse de tomber des cordes sera libérée, afin qu'elle puisse vivre sa vie de piéride du chou.





VIE PARASITAIRE ET REPRODUCTION : UN HASARD ? par Claude Combes
http://perso.wanadoo.fr/papiers.universitaires/bio20.htm

Dossier Parasitisme :
http://www.cnrs.fr/Cnrspresse/n385/pdf/n385a01.pdf

Cours de parasitologie médicale :
http://arachosia.univ-lille2.fr/labos/parasito/Internat/courspar/index.html

Cours de parasitologie:
http://perso.wanadoo.fr/christian.coudre/parasite.html/

http://www.paris-nord-sftg.com/cr.parasitologie93.htm


Polycopié de parasitologie :
http://www.med.univ-angers.fr/service_serveur/invite/anofel/polycopie/polyplan.html

Parasites :
http://www.techmicrobio.net/parasito/generalites.html

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Quelques notions sur les champignons pathogènes de plantes :
http://cgdc3.igmors.u-psud.fr/microbiologie/champignons_parasites.html

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Répertoire de pages Web de biologie (BioNetbook) :
http://www.pasteur.fr/recherche/BNB/

Le Deambulum : Documentation Éducation - Cours en ligne :
http://www.infobiogen.fr/deambulum/tab.php?page=cours

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Plathelminthes :
http://www.ustboniface.mb.ca/cusb/abernier/Animaux/Plathelm/plathelm.html

Nématodes :
http://simulium.bio.uottawa.ca/bio2521/cours/N%E9matodes.htm

http://www.ustboniface.mb.ca/cusb/abernier/Animaux/Pseudocoelom/pseudocoel.html


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Les plasmodiophorides (parasitisme) :
http://cgdc3.igmors.u-psud.fr/microbiologie/plasmodiophorides.htm

Le parasitisme :
http://cgdc3.igmors.u-psud.fr/microbiologie/parasitisme.htm

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Les microsporidies :
http://cgdc3.igmors.u-psud.fr/microbiologie/microsporidies.htm

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Le point sur la recherche d'une résistance à la maladie du chancre coloré du platane http://www.inra.fr/dpenv/vigouc06.htm

Le Chancre coloré et autres affections du platane
http://www.inra.fr/dpenv/vigouc43.htm

Le flétrissement américain des chênes
http://www.inra.fr/dpenv/pinonc09.htm

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La lutte biologique à l'aide de Trichogrammes :
http://www.inra.fr/dpenv/hawlic16.htm
http://www.inra.fr/dpenv/frandc00.htm






[Corrélats : Parasitoïdes / Labbes / Crustacés / Vers / Acariens / Orobanchacées / Myxozoaires / Flagellés / Sporozoaires / Hématozoaires / Symbiose / Rhizopodes / Zoonoses / Maladies infectieuses / Hémiparasite / Urticales / Processionnaires / Tachinaires / Œstres / Hyménoptères / Dimorphisme sexuel / Ascomycètes / Champignons / Grégarisme / Berbéridacées / ... ]

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