Gaza : un enfant tué devant l'hôpital où un passant le conduisait... Juin 2006
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La photo ci-contre illustre un article dans Libération du 14 juin 2006 : Un raid contre des activistes fait neuf morts parmi la foule.
Deux missiles israéliens font un carnage à Gaza.
Parmi les morts, on compte deux ambulanciers, deux enfants, trois femmes et deux activistes sans doute ? Ça n'est pas précisé.
Je suppose que vous ne savez pas comment font les israéliens pour faire des victimes civiles et passivistes. Évidemment non, il faut vivre en Palestine parce que la seule lecture des journaux occidentaux ne nous renseigne guère.
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La technique de Tsahal est très simple. Elle consiste à tirer, depuis un hélicoptère, un missile* sur une cible quelconque dans laquelle on pourra toujours dire qu'elle abritait des activistes. Puis quand on est bien sûr qu'un fort attroupement s'est constitué autour de la cible (femmes, enfants, pompiers, policiers, ambulanciers, curieux, activistes forcément), le gentil pilote renvoie la sauce. Le plus marrant, c'est que ça marche à chaque fois. Et même que dans la presse, on n'a pas encore compris comment ça fonctionnait. Faut dire que depuis le bar de l'hôtel Hilton à Jérusalem, ce qui se passe à Gaza, Djénine, Deheshié, Ramallah ou ailleurs, les journalistes occidentaux s'en tapent. Valeurs obligent** !
[* Un détail : les missiles sont-ils de fabrication américaine ?]
[** Trois ou quatre jours après avoir consommé mes humeurs, je lisais dans Libération une réponse de M. Michel Tubiana, président d'honneur de la ligue des Droits de l'homme, à un "Rebonds" antérieurement publié.
Je me suis senti soulagé. Je n'étais plus tout à fait seul à dire que l'on pouvait critiquer la politique de l'État d'Israël sans passer obligatoirement pour antisémite. Ouf ! Je vais pouvoir dire ce que je pense de la politique de Ségolène Royal sans passer pour un machiste ou claironner que Sycolas Narkosie est un personnage dangereux pour notre société sans passer pour un ultra-gauchiste Tarnaco-guévariste. Cela écrit, ceux qui fabriquent, en sous-main, ces deux personnages sont infiniment plus dangereux pour notre société et le peu de démocratie que d'aucuns croient y apercevoir encore. C'est sans doute la raison pour laquelle il est si difficile de se prononcer quant à la priorité qu'il faut donner en matière d'élimination de cette vermine.]
Ne peut-on dénoncer le bombardement d'une population civile sans être taxé d'antisémitisme ?
Israël, un État comme un autre.
Par MICHEL TUBIANA président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme.
Un vieux proverbe chinois édicte que, lorsque le doigt montre la lune, l'imbécile regarde le doigt. Autant le dire clairement, l'article publié par Shmuel Trigano nous invite à la même démarche. Que nous dit Shmuel Trigano ? Que l'on se préoccupe trop des cadavres libanais et pas assez des cadavres sri-lankais, que l'on ignore les corps des Irakiens martyrisés par d'autres Arabes ? Que l'image des enfants arabes tués envahisse les écrans, ressuscitant le mythe antisémite du Juif tueur d'enfants. Et de se livrer à une analyse des images pour en conclure qu'elles résultent d'une "mise en scène théâtrale par des reporters sous le contrôle de l'Autorité palestinienne, du Hamas et du Hezbollah". Shmuel Trigano en conclut que la source de tout cela est un "vieux fond archaïque" revisité par "une forme nouvelle de l'antisémitisme, un antisémitisme compassionnel qui se focalise sur la "victime "des Juifs".
Certes, les manipulations de l'information existent, dans le conflit israélo-palestinien, comme dans tous les autres événements. On peut s'en désoler, on doit les dénoncer, car, non seulement, elles altèrent la réalité, mais, de plus, elles ne font qu'attiser la haine. Ce qui est inquiétant dans le propos de Shmuel Trigano, c'est la généralisation à sens unique. Toutes les images mettant en cause l'armée israélienne sont "sous contrôle". En postulant cela, il use du vieux procédé selon lequel toute information est nécessairement mensongère dès lors qu'elle va à l'encontre d'une des thèses en présence. C'est sans doute pourquoi il ne se souvient pas des images insupportables des corps déchiquetés d'enfants israéliens ou des morceaux de chairs humaines parsemant les rues de Jérusalem et de Tel-Aviv. Ces images reflètent-elles la réalité où ont-elles pour but de renforcer l'imagerie traditionnelle de la cruauté des Arabes ?
Le soupçon général que délivre Shmuel Trigano vaut alors pour tous, avec pour seul résultat d'absoudre le camp auquel on s'identifie. Il conduit, in fine, à justifier l'intolérable puisque, si la vérité n'est que relative, chaque horreur n'est, elle aussi, que relative. C'est, hors de toute éthique, faire de l'insupportable une possible morale. C'est, sans doute, ce qui permet à Shmuel Trigano d'oser les guillemets lorsqu'il évoque les victimes de la politique des autorités israéliennes.
L'invocation de l'usage de vieux mythes antisémites, qui seraient revêtus de nouveaux oripeaux, est encore plus inquiétante. Est-il donc possible de dire que bombarder des populations civiles volontairement, où que ce soit et quel qu'en soit l'auteur, est un crime de guerre, sans être taxé d'antisémitisme ? Là encore, le processus de généralisation n'a pour effet que d'interdire tout dialogue : l'Autre est d'ores et déjà diabolisé, puisqu'il a recours à des mythes antisémites.
Lorsque Shmuel Trigano aura admis que l'État d'Israël est un État comme un autre, avec les mêmes droits et les mêmes obligations, lorsqu'il cessera de traquer l'antisémitisme derrière chaque image, derrière chaque critique d'une politique effectivement critiquable, il retrouvera peut-être le chemin d'une rationalité qui ne s'évapore pas dès que les mots "Juifs" et "Israël" sont prononcés.
En attendant, peut-être consentira-t-il à admettre qu'avant de se préoccuper des intentions de la main qui prend la photo le cadavre de l'enfant que l'on y voit est d'abord celui d'un innocent dépourvu de nationalité.
Rebonds publié dans Libération du mardi 5 septembre 2006.
[ Corrélats :
Violence et violance / ...]

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