Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Définition / Patrimoine génétique des arbres forestiers / Projet de Traité pour le partage du patrimoine génétique commun / Corrélats /
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Probablement une des plus jolies mouches
de notre entomofaune (Phasia hemiptera) |
Le patrimoine génétique d'une espèce correspond à la totalité des gènes présents sur l'ensemble des chromosomes caractéristiques de cette espèce.
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Chaque espèce d'arbres forestiers est définie par un groupe de caractéristiques communes. Autour de ce "type", on observe une multitude de variantes. Certaines de ces variantes s'expriment sous la forme de caractères visibles comme la croissance, la forme du fût, la branchaison, la densité du bois, la phénologie, etc. D'autres sont plus discrètes comme la composition de la résine ou la géométrie des molécules enzymatiques des cellules. Elles trouvent toutes leur origine au niveau le plus élémentaire, celui du gène. Dans le règne végétal, les arbres forestiers présentent la particularité de posséder une variabilité génétique très élevée. Celle-ci est généralement interprétée comme une adaptation à la grande longévité : seuls peuvent survivre plusieurs siècles, et faire face à de très nombreux aléas, les organismes et populations possédant un patrimoine génétique diversifié.
Deux arbres, ou groupes d'arbres, peuvent différer par des caractères très variés. Certains, comme la tardivité du débourrement ou la résistance au froid, commandent l'adaptation au milieu : ils permettent souvent de caractériser des populations entières.
D'autres n'apportent semble-t-il aucun avantage particulier : dits neutres, ils sont en général très variables d'un individu à l'autre au sein du même peuplement.
Tous sont utiles pour évaluer la diversité génétique d'une espèce donnée.
Cette importante variabilité des arbres forestiers n'a encore été, dans la plupart des cas, que très peu altérée par l'homme, au contraire de la plupart des plantes cultivées. Nos espèces forestières sont encore " sauvages ". Cette réserve intacte est pour les forestiers à la fois une chance et une responsabilité.
Préserver
Permettant d'affronter les modifications de l'environnement, la diversité génétique est une assurance face à l'avenir : le gestionnaire avisé évitera donc de la réduire.
En danger dans leur station d'origine, certaines populations ne peuvent être préservées que dans un autre lieu, on dit ex-situ, par exemple sous forme de lots de graines ou encore dans des parcs à clones. Lorsque le patrimoine génétique est maintenu identique à lui-même, on parle de conservation statique. En France, seul un tout petit nombre de populations forestières, heureusement, relève de telles actions : orme, peuplier noir.
La très grande majorité des populations forestières doit donc être préservée in-situ, en restant confrontée à la pression de sélection naturelle, c'est-à-dire en conservation dynamique. Ayant la responsabilité de préserver le patrimoine génétique dont il dispose, le gestionnaire forestier respectera quelques règles simples : proscrire les transferts de matériel provenant de régions écologiquement différentes, réaliser les régénérations naturelles à l'aide d'effectifs suffisants de semenciers, ne pas effectuer de sélection à rebours par "écrémage", accorder une place suffisante aux espèces secondaires.
A la suite des conférences de Strasbourg et d'Helsinki, la France a commencé l'installation de réseaux de conservation in-situ pour le hêtre et le sapin pectiné : 26 et 18 peuplements respectivement, tous situés en forêt gérée par l'ONF. Cette politique s'étendra prochainement aux autres essences sociales, à commencer par les chênes et l'épicéa. Des actions spécifiques sont de surcroît en préparation pour les fruitiers disséminés : merisier (CEMAGREF), alisiers (ONF- Conservatoire génétique forestier d'Orléans) et cormier (INRA).
Valoriser
Le processus d'amélioration des arbres forestiers commence par le repérage de populations, les provenances, parfaitement adaptées à la région concernée. C'est la démarche qui fut adoptée pour les principales essences sociales autochtones lors de la mise en place de la réglementation issue de la loi de 1971, avec l'exigence supplémentaire d'une croissance au moins moyenne et d'une morphologie satisfaisante.
Les graines issues des peuplements classés couvrent aujourd'hui de 80% à 100% de nos besoins en semences des espèces concernées. On ne peut que se réjouir de voir ce système qui a fait ses preuves s'étendre à de nouvelles espèces. On remarquera que l'amélioration procurée par la certitude d'une bonne adaptation et par la mise à l'écart des peuplements de mauvaise forme s'accompagne d'effets bénéfiques du point de vue de la préservation du patrimoine génétique :
- assez étendus, les peuplements classés renferment une grande variabilité
- du fait des aléas de la fructification en forêt, les semences sont récoltées sur des peuplements différents selon les années
- les transferts entre régions écologiquement différentes peuvent être évités.
L'étape suivante consiste à valoriser la variabilité individuelle. La plupart des caractères qui concourent à la valeur d'un peuplement forestier sont sous le contrôle des gènes et offrent donc prise à la sélection. Dans certains genres (Populus, Larix), l'hybridation débouche sur des produits d'une vigueur exceptionnelle et réunissant les caractéristiques favorables séparées dans les espèces parentes. Les améliorateurs forestiers de l'INRA ont ainsi créé des variétés améliorées des principales espèces résineuses nettement plus performantes que le matériel sauvage. Les premières de ces variétés, issues des vergers à graines mis en place par le CEMAGREF et l'ONF, possèdent une base génétique très large, gage d'une bonne faculté d'adaptation. Elles permettront l'installation de reboisements performants produisant du bois de qualité. Bien entendu, des précautions seront prises pour éviter que les boisements effectués avec des variétés sélectionnées ne réduisent la diversité génétique des peuplements autochtones des mêmes espèces.
Complémentarité et non pas antagonisme
Les différences entre les démarches de la conservation et de l'amélioration sont évidentes. Potentiellement, la conservation des ressources génétiques concerne l'ensemble des populations forestières : elle devra mettre en œuvre dans la majorité des cas des méthodes légères et peu coûteuses afin de concentrer les moyens sur les populations rares et menacées. L'amélioration opère surtout par sélection puis recombinaison. Elle évolue actuellement vers des variétés spécialisées, à base génétique plus étroite, plus souvent renouvelées que les premières variétés polyvalentes à base large.
Conservation et amélioration offrent cependant plusieurs points communs. Elles reposent sur le même corps de connaissances. Elles considèrent la variabilité naturelle comme un capital à préserver. Toutes deux voient le patrimoine génétique comme une réalité évolutive et non pas figée. Toutes deux supposent une stratégie sur le long terme. Enfin, elles donnent la priorité absolue à l'adaptation à l'environnement.
Bien comprises, les démarches complémentaires de conservation et d'amélioration des arbres forestiers, sont des pièces essentielles de la gestion durable de nos forêts.
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