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Picidés
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Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Généralités / Le pic noir (Dryocopus martius) / Le torcol / Corrélats /

Le plus petit de nos pics : le pic épeichette (Dendrocops minor)
Les pics sont des oiseaux arboricoles, très petits à grands, noir et blanc ou verdâtres, se nourrissant dans les troncs d'arbres ou sous les écorces d'insectes xylophages ou à terre, principalement de fourmis. Certaines espèces comme le pic noir, au moment de l'élevage des jeunes et en période de disette,n'hésitent pas à manger des couvées d'oisillons de mésanges, de grimpereaux ou de sittelles.

Les pics nichent dans des trous qu'ils creusent généralement eux-mêmes dans des arbres sains ou morts.


Le plus commun des pics bigarrés : le pic épeiche (Dendrocops major)
Hors la saison des nids, les pics vivent le plus souvent solitaires.

Pour avoir suivi cinq années de suite un couple de pic noir depuis son arrivée récente en forêt de Floranges (Morbihan), je puis affirmer queles partenaires de ce couple ont été fidèles à leur compagnon et à leur nid où ils ont élevé chaque année trois petits, mais je n'ai vu que 14 petits quitter le nid...

Je ne sais pas si j'ai raté son départ ou si un oisillon était mort.


Juvénile de pivert (Picus viridis) [Couvée 2005]
tentant de se cacher derrière une branche...
Les pics restent des oiseaux farouches et assez difficiles à observer. Mais pour communiquer entre eux,ils ont développé toute une série de signaux sonores comme des cris variés, spécifiques d'une situationou des tambourinages.

Ceux-ci servent à marquer le territoire et ce que l'on sait moins, c'est qu'ils servent aussicomme signal d'appel à l'attention des jeunes pour qu'ils quittent le nid quand ils sont en âge de le faire.
Juvénile de pivert en fin de mue (Picus viridis) [Couvée 2006]
tentant de se cacher derrière une feuille de pêcher !
Chaque année, nous avons la chance depuis le jardin d'assister aux premiers émois des jeunes piverts qui sont nés juste un peu plus bas dans le bois de châtaigniers.

Remarquablement, leurs tentatives pour se soustraire à la vue des humains sont d'autant plus comiques qu'elles pourraient être très efficaces si les oiseaux consentaient à ne pas crier incessamment !

Mais tous ces cris ont une conséquence inéluctable, c'est l'arrivée des adultes qui viennent les déloger et les chasser pour qu'ils acquièrent l'autonomie (voir émancipation) sans laquelle ils ne survivront pas.
Pivert en train de chanter (Picus viridis)
Les piverts, à l'instar d'autres oiseaux dont les chants portent loin, ne semblent pas ouvrir leur bec pendant l'émission ou à peine ; en tous cas pas de façon ostensible et synchrone des syllabes produites !

Cela écrit, il se peut qu'après des dizaines d'observations, je n'ai pas su voir exactement ce qui se passait… Mais j'ai aussi fait des dizaines de photographies et sauf à n'être jamais tombé au bon moment où le bec était ouvert, j'ai toujours photographié le pivert qui chante (et se jette en arrière au moment de l'émission) avec le bec fermé !
Pivert en train de se nourrir sur la pelouse (Picus viridis)
Pivert en train se nourrir sur la pelouse (Picus viridis)





Le pic tridactyle (Picoides tridactylus)

Traces laissées par le pic tridactyle (Picoides tridactylus)
Les traces les plus fréquentes que laisse le pic tridactyle sont ces trous alignés ou en spirale creusés sur les pins ou les épicéas desquels s'écoule de la résine dont ce pic semble particulièrement friand... Cela écrit, ce pic, à l'instar des autres pics est probablement davantage insectivore que résinivore.

Je rappelle que le pic tridactyle s'observe surtout en Scandinavie, où cette photo a été faite... en août 2009. Mais, je l'avais observé dans le Jura (Bellecombe) en 2008..







Le pic noir (Dryocopus martius) :

Il existe une très intéressante monographie sur le pic noir (n° 82 et 83 de la Hulotte / 2002 / www.lahulotte.fr).


Le plus grand pic d'Europe : le pic noir (Dryocopus martius)
Pendant très longtemps, le pic noir m'était resté pratiquement inconnu. Les rares fois où je l'avais rencontré dans le Jura et davantage en Scandinavie, c'était très incidemment.

Il faut dire que les vacances scolaires d'été ne sont pas souvent la meilleure période pour observer certaines espèces ou pratiquer certaines activités naturalistes, mais on n'a pas toujours d'autres choix de dates !




En novembre 1995, je trouvai le pic noir en Forêt de Floranges dans le Morbihan. Il faut dire que lorsqu'on connaît les manifestations vocales de cette espèce qui s'avère finalement assez peu discrète, il est relativement facile de l'approcher et de l'observer. Le plus difficile, au début, c'est de faire le lien entre certaines de ces manifestations vocales et l'émetteur !

Des sorties nombreuses et régulières me permettaient de trouver plusieurs trous ou ébauches de trous. L'un d'eux qui servait de dortoir pour le mâle, intéressait manifestement aussi la femelle.

J'avais la chance d'observer (et de filmer) des danses de pariades sur des branches horizontales. Le mâle tourne sur lui-même, les ailes pendantes et écartées. Par bien des côtés, la danse nuptiale du pic ressemble à celle du petit tétras ! Ces pariades hivernales n'aboutissaient pas au coït. Les premiers observés n'auraient lieu que vers la fin du mois de mars.

Ces danses avaient plutôt pour effet d'apaiser les deux oiseaux qui, dès mi-décembre, s'observeraient fréquentant le même territoire, certes à des distances respectueuses (30 à 100 mètres le plus souvent). C'est à ce moment aussi que les cris de contact miaulés et des cri-cri-cri-cris… sont poussés régulièrement et sitôt qu'un temps assez long est passé sans que les oiseaux du couple se soient vus. Ces observations diffèrent un peu de celles que Michel Cuisin ou l'auteur de la monographie de la revue la Hulotte quand ils disent que les oiseaux du couple restent éloignés l'un de l'autre et peu en rapport l'un avec l'autre. J'avais noté qu'il y avait entre 15 et 20 contacts visuels ou sonores, par jour (février) sur les abords du nid. Il est vrai que les contacts physiques sont rares et réservés au seul coït. Toutefois, les toilettages sur des branches proches, sinon la même branche sont très fréquemment observés.

Les mois de février et mars sont particulièrement riches en manifestations comportementales, surtout des patterns vocaux associés à des vols d'arbres en arbres (dans un ordre donné ?), de danses sur les branches horizontales, de tambourinages, d'écorçages violents apparemment sans intérêt alimentaire et de toilettage au cours duquel les deux oiseaux se tiennent parfois très proches l'un de l'autre (moins d'un mètre). Je n'ai jamais observé de toilettage mutuel. Le toilettage, s'il est pratiqué par les deux époux qui se tiennent proches l'un de l'autre, n'est pas synchronisé. Apparemment, chacun s'occupe de ses propres plumes, pandiculationne comme il l'entend et étend l'aile qu'il veut.

Remarquablement, alors que la réputation du pic noir est celle d'un oiseau farouche et difficile à observer, de novembre jusqu'au départ des jeunes du nid, ces oiseaux ne semblent pas du tout gênés par des observateurs. J'irai même jusqu'à écrire qu'après quelques centaines d'heures passées à suivre un couple, j'avais l'impression que les oiseaux venaient me saluer quand je revenais à mon poste au petit matin… ou plus exactement, vérifier que j'étais toujours la même bestiole qui ne présentait toujours pas le moindre danger, ni pour eux, ni pour leur progéniture.

Tout aussi remarquablement, les oiseaux semblent avoir une propension pour installer leurs nids au vu et au su de tout le monde… qui ne le voit mais, et qui s'étonne qu'on puisse passer autant d'heures à fixer sur de la pellicule un trou situé à une dizaine de mètres de hauteur sur un tronc de hêtre. C'est ainsi que j'ai pu repérer plusieurs autres nids dans des sites où les passages étaient réguliers, sinon fréquents.

Je n'ai pas réussi à savoir quand était pondu le premier œuf, si les œufs étaient pondus sur trois ou quatre jours, davantage.

Mais j'ai parfaitement su à quel moment exactement le premier oisillon était né, en observant le comportement des parents dont on remarqua qu'il traduisait pour le moins de l'étonnement ou de la surprise. Si j'avais été seul à faire cette observation, j'aurais bien volontiers accepté qu'on me reproche un certain anthropomorphisme. Mais nous étions tout un groupe d'observateurs, dont des pointures en ornithologie, venus pour l'occasion voir le pic noir en Bretagne. Tous tenaient le même discours traduisant ce sentiment que les oiseaux avaient eu l'air étonné ou surpris.

J'ai eu l'occasion de vivre cinq autres années de suite cette même expérience de la première naissance chez des oiseaux qui n'étaient plus naïfs et qui manifestèrent le même étonnement ! Il est clair que ce n'était pas ce sentiment ou cette émotion qui devait prévaloir. Probablement davantage la nécessité pour les parents de prendre en compte leur progéniture, de reconnaître les nouveaux-nés comme les leurs et surtout de ne pas les avaler comme ils le font des petites mésanges quand par hasard ils en dénichent dans un trou.

Toute la période de nourrissage qui va suivre et durer 28 - 30 jours est très riche en manifestations comportementales visuelles, mais surtout sonores. Les différents cris émis par les parents vont jouer un rôle important pour le développement psychique des oisillons (nystagmus, orientation, suivi des parents, découverte de l'environnement hors du nid, déclenchement des montées à la fenêtre du nid, replis stratégiques, etc.).

Les oisillons se révèlent aptes à quitter le nid au moment où leur pupille qui est noire au début s'éclaircit pour devenir claire comme chez l'adulte. Il m'a semblé toutefois que les oisillons au moment où ils quittaient leur nid n'avaient pas encore une pupille parfaitement claire comme celle des adultes.

On a beaucoup écrit que les oisillons quittaient leur nid parce que leurs parents les affamaient et les provoquaient en venant les narguer avec de la nourriture plein le bec comme le feraient les hirondelles ou les mésanges… Je ne partage pas du tout cette opinion.

D'abord, les petits pics tout comme les petites mésanges sont nourris jusqu'au bout, même après que des oisillons auront pris leur essor.

Chez le pic noir, ce qui déclenche le départ de l'oisillon, c'est un tambourinage. Au moment où un oisillon est mûr pour partir, le mâle s'installe sur un site de tambourinage et va tambouriner régulièrement pendant que la femelle vient miauler autour du nid pour provoquer l'installation du jeune à la fenêtre du nid.

À l'évidence, il est facile d'observer que les tambourinages provoquent un fort intérêt pour le jeune qui se penche toujours davantage pour apercevoir son père ou mieux l'entendre et qui se redresse brusquement sur ses pattes comme s'il voulait prendre son élan.

Au bout d'un temps qui varie le plus souvent entre un quart d'heure et une trentaine de minutes, l'oisillon va s'élancer pendant la durée du tambourinage. Dès lors, les tambourinages cessent jusqu'à ce qu'un autre oisillon soit perçu comme prêt à s'envoler, c'est-à-dire généralement le lendemain.

Les tambourinages ne sont pas émis au rythme de ceux qui ont pour effet de délimiter un territoire ou d'attirer un partenaire. J'avais noté un tambourinage toutes les trois ou quatre minutes. Cela revient à dire qu'une dizaine de tambourinages suffisent pour que l'oisillon s'envole. Il est arrivé deux fois, au moins, qu'un oisillon s'envole dès le début du premier tambourinage. Sur les cinq années, j'ai assisté au départ de 14 jeunes pics noirs. Je me suis toujours demandé si je n'avais pas manqué le départ du quinzième qui serait parti aussi dès le début d'un tambourinage à un moment où j'étais occupé à changer la batterie de la caméra.

Après le départ des jeunes, il devient très difficile, sinon impossible de suivre les oiseaux. J'ai pu, incidemment, constater que les jeunes se dispersaient dans les arbres où l'un des parents, le mâle probablement, venait les nourrir pendant quelques jours encore. J'ai pu aussi voir un jeune en compagnie d'un parent, par terre, au pied d'une souche, se repaître avec des fourmis.

Les pics noirs, du début juin jusqu'en septembre, deviennent très discrets. Seuls quelques cri-cri-cris matinaux nous indiquent qu'ils sont encore là.

En 2003 et en 2004, le couple que j'avais suivi ne s'est plus manifesté. Les oiseaux étaient-ils morts, avaient-ils changé de territoire, je ne l'ai jamais su. Fin novembre 2004, le territoire sur lequel je fais de fréquentes visites est à nouveau fréquenté par des oiseaux… des jeunes de l'ancien couple ?

J'ai le sentiment que l'ancien nid ne sera plus jamais utilisé, au moins par des pics noirs. Pour le moment, aucune autre espèce ne s'y est installée.

En octobre 2009 (et sûrement depuis pas mal de temps), il y avait des frelons autour de l'entrée de ce trou !

En novembre 2011, un nouveau trou a été creusé plus bas. Les deux trous sont "rafraîchis", au sens où ils ont l'air d'avoir été nettoyés... difficile de préciser, le trou le plus bas est à 7 -8 mètres au-dessus du sol. Et un oiseau est venu nous saluer de trois ou quatre crrrriii, crrriii... Je ne manquerai pas, je l'espère, les rendez-vous promis dès ce printemps prochain...


Des mois d’avril et de mai 2012 épouvantables ne nous permettent guère de prospecter comme on l’aurait aimé les bois de Floranges au cours de nos sorties dominicales… On note cependant que le pigeon colombin se fait davantage entendre qu’il ne l’avait jamais fait puisque cette espèce ne m’était pas familière dans le Morbihan. La présence de très nombreuses loges de pic noir est peut-être une explication ?... On entend aussi régulièrement les crii criii des pic noirs, mais, malgré nos recherches , pas moyen de trouver une loge occupée.

Il faut attendre le 20 mai, sous la flotte, pour entendre enfin les cris caractéristiques qui accompagnent les nourrissages. À moins de 200 mètres du nid de 1995 - 2000, un couple élève trois jeunes au moins… Je reviens le lendemain matin pour une séance de photos dans des conditions difficiles, sinon carrément mauvaises : pas de lumière, il pleut, il fait glacial et je n’ai droit qu’à un seul nourrissage sur près de cinq heures de planque et les orteils complètement gelés.

Un bébé...(Dryocopus martius)
Deux bébés...(Dryocopus martius)
Trois bébés : l'impatience est à son comble...(Dryocopus martius)
Le seul nourrissage peut s’expliquer pour partie par ma présence qui a pu dissuader les parents de venir au rythme habituel sur le nid, mais je crois que les conditions météorologiques que nous connaissons cette année, ne sont probablement pas favorables à ce que les parents trouvent facilement de la nourriture pour leurs petits. J’avais déjà observé ce phénomène durant les cinq premières années où j’avais suivi cette espèce dans ces mêmes bois.

Nourrissage du 21 mai 2012 (11 h 15 AM) (Dryocopus martius)
Nourrissage du 21 mai 2012 (11 h 15 AM) (Dryocopus martius)
Nourrissage du 21 mai 2012 (11 h 15 AM) (Dryocopus martius)
Nourrissage du 21 mai 2012 (11 h 15 AM) (Dryocopus martius)


Deux des jeunes avaient quitté le nid à 15 heures ce même jour et le troisième y était encore vers 17 heures 30, malgré les sollicitations pressantes d'un des parents. C'est plutôt le départ imminent qui explique le mieux l'absence de nourrissage... Il nous était bien difficile de calculer la date de sortie probable du nid dans la mesure où nous ne savions rien de son commencement.
Le dernier jeune prêt à partir 21 mai 2012 (Dryocopus martius)
Le dernier jeune prêt à partir 21 mai 2012 (Dryocopus martius)





Torcol (Jynx torquilla)
Bien que classé parmi les picidés, le torcol est un oiseau dont les mœurs et même certaines particularités anatomiques devraient le distinguer des vrais pics. Les seules choses qui rattachent le torcol aux pics sont ses pattes courtes et la position de ses doigts !


En Bretagne, le torcol est peu fréquent et même totalement absent d'une grande partie du territoire. Dans les années 70, il y avait un couple de torcol qui fréquentait assidûment les pelouses du campus de la faculté des sciences de Baulieu / Rennes. Je ne l'ai jamais vu dans le Morbihan autrement qu'au passage pendant les migrations.

Cet oiseau, quand il niche, est très discret et difficile à apercevoir. Mais son chant plaintif et régulièrement émis, le désigne, sans coup férir, aux observateurs un peu avertis.

La photographie ci-dessus a été faite par Jean Luc Blanchard, sur son exploitation agricole (Treauray 56), pendant la période migratoire de fin d'été. L'oiseau cueillait des fourmis sur les graminées du bord d'un chemin.




Pic épeiche (Dendrocops major)
À l’instar de la plupart des pics que je connais, le pic épeiche ne tarde jamais à faire son curieux aussitôt qu’il entend un bruit de tambourinage près de son territoire. L’individu photographié ci-contre fréquente les arbres du fond du jardin de Kerpotence et se fait prendre à ce piège grossier pratiquement à chaque fois quand on me demande de le faire venir… Il n’est même pas trop besoin d’imiter parfaitement le tambourinage, ce que je serai parfaitement incapable de faire, d’ailleurs.





Picidés * :
http://www.oiseaux.net/oiseaux/piciformes/pic.a.dos.blanc.html
[* Ouvrir la fiche et cliquer sur lien : 10 autres fiches de cette famille...]

Mes histoires avec des pics (à partir du torcol fourmilier) :
http://www.ecritsdesbetes.fr/torcol.html






[ Corrélats : Oiseaux / ...]

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