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Les pollutions par le phosphore
Les pollutions par le phosphore

Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Observation / Quelques rappels / Les excédents de phosphore / L'eutrophisation : un problème de nitrates ou un problème de phosphates ? / Contrôle du ruissellement, de l'érosion et des pertes de phosphore par les résidus de culture, sous pluie simulée / Des remèdes ? /


Interdiction des phosphates dans les détergents : le Parlement européen veut aller plus loin /
Matières phosphorées : concentration (Q90) dans les cours d'eau /
Sites Internet et articles / Corrélats /


Les taches noires sont des bancs d'alevins de poisson chat.
Août 2005 : les eaux dans le barrage de Villerest sur la Loire (Amont de Roanne) sont à la fois très basses et très vertes.

Si les nitrates sont souvent accusés de cette explosion algale (eutrophisation), c'est sans doute parce que l'on sait moins bien le rôle des phosphates dans ce phénomène.

Apparemment, les seuls organismes qui semblent se satisfaire de cette situation sont les alevins de poisson chat dont on voit les bancs sur la photographie ci-contre.


Quelques rappels :

Le phosphore est l'un des trois éléments indispensables à la croissance des plantes (les deux autres étant l'azote et le potassium). Le phosphore est aussi un élément important pour les animaux. En effet, c'est un constituant fondamental de la matière vivante (acides nucléiques) et il participe à l'élaboration des molécules dites énergétiques (ATP).

Dans les sols, le phosphore se trouve soit sous forme organique, soit sous forme minérale. Sa disponibilité pour les plantes dépend de sa solubilité, de sa relation avec les colloïdes du sol, mais aussi du pH. Le plus souvent, seule une proportion relativement faible du phosphore présent dans un sol est assimilable. Dans les tourbières acides, par exemple, le phosphore est tellement peu assimilable, que beaucoup de plantes pour se le procurer sont devenues " carnivores " et tirent cet élément des insectes qu'elles piègent (Droséras, Dionées, Népenthes, Sarracénies, etc.).

D'une manière générale, le phosphore sous forme minérale est peu soluble. Pour satisfaire la demande de l'agriculture productiviste, des engrais phosphatés dans lesquels les phosphates ont été rendus plus facilement solubles furent mis sur le marché. Le phosphore rejeté par les déjections animales est naturellement un peu plus facilement soluble.

Quoi qu'il en soit, ce qui retient le phosphore dans les sols, c'est le type de liaison qu'il entretiendra avec les éléments constitutifs des sols (argile et humus). Déversés en excès, les phosphates ne peuvent pas avoir de relation avec les sols et dès lors, solubles ou non, ils seront entraînés dans les eaux de surface et dans les eaux marines à la faveur des pluies et de l'érosion.

Une des particularités du cycle du phosphore, c'est d'être un cycle ouvert et parce que c'est un élément peu volatil, sans pratiquement d'étapes par l'atmosphère. Cet élément, au rythme où il est gaspillé à l'heure actuelle, pourrait bien manquer rapidement, puisque son
On pourra consulter plusieurs autres pages qui parlent du phosphore [le phosphore (élément), le cycle du phosphore, la gestion des ressources naturelles, l'eutrophisation, les plantes carnivores, etc.].




Les excédents de phosphore :

Pendant très longtemps, beaucoup de sols agricoles français, particulièrement ceux des socles siliceux (Bretagne, Auvergne), à cause de leur pH acide étaient considérés comme carencés en phosphore. On estime généralement qu'au-dessous d'un seuil de 300 mg de P2O5 / kg de terre (300 ppm), les sols sont pauvres en phosphore. On estime aussi qu'au-delà de 400 ppm, les apports nouveaux de phosphates sont excédentaires et concourent à différentes pollutions des eaux douces et marines.

Aujourd'hui, en Bretagne, dans le Nord et plus insidieusement, en Ardèche, Lozère, Haute Loire, Loire et divers autres départements de la région Auvergne, les taux de phosphore dépassent souvent 450 ppm, sinon 500 ppm et plus localement !

Le plus souvent, on considère que les deux origines principales des excédents de phosphore sont :

o» les rejets agricoles : lisiers et fumiers auxquels, comme s'ils ne suffisaient pas, il faut ajouter les engrais phosphatés que les paysans continuent d'épandre en écoutant les conseils avisés des techniciens agricoles.

Divers experts estiment qu'en Bretagne, par exemple, ce sont plus de 30 000 tonnes de phosphore excédentaire qui sont déversés chaque année et qu'au moins 10 % de cette quantité pollue les eaux de surface et souterraines. En outre et du fait de la spécificité des sols bretons, particulièrement de leur faiblesse structurelle à s'enrichir durablement en matière organique stable (lessivage profond, acidité, etc.), ce seraient 3000 tonnes supplémentaires de phosphore qui gagneraient les eaux à partir des sols, chaque année, soit 6000 à 7000 tonnes annuelles !

o» les rejets domestiques : les excréments essentiellement auxquels il faut ajouter les lessives, même si celles-ci contiennent maintenant moins de phosphates !

Certes, on sait théoriquement récupérer le phosphore dans les stations d'épuration, encore faut-il que les systèmes de déphosphatation physico-chimiques ou biologiques soient en place sur la station (selon les régions bretonnes, seules 10 à 12 % des stations d'épuration disposent d'un système de déphosphatation) ou encore que les gens soient raccordés à une station d'épuration. En Bretagne, par exemple, du fait d'une politique d'habitat dispersé disproportionnée, seule la moitié des habitants sont reliés à un système d'assainissement collectif !

(Pour les procédés de déphosphatation, on pourra lire le texte de Eric POUILLEUTE : LA LUTTE CONTRE L'EUTROPHISATION des rivières, des lacs et des réservoirs / http://www.u-picardie.fr/~beaucham/duee/pouilleu.htm)




L'eutrophisation : un problème de nitrates ou un problème de phosphates ?

Si l'on en croyait les tenants de l'agriculture productiviste (surtout de tonnes de merde) l'eutrophisation ne doit rien qu'aux phosphates que les gens de la ville utilisent pour laver leur linge ou leur vaisselle, surtout pas aux nitrates !

Or en dépit de coûteux procédés de déphosphatation mis en place depuis longtemps déjà, les marées vertes sont toujours plus intenses en baie de St Brieuc et les eaux théoriquement potables davantage hors norme autant pour les nitrates que pour les pesticides maintenant.

En réalité, les mécanismes d'eutrophisation sont initiés par les nitrates lorsque ceux-ci sont en grandes quantités à la condition que les quantités de phosphates soient suffisantes, au début, pour assurer le complet développement des algues. Par la suite, la décomposition des algues mortes suffit à libérer (on dit aussi relarguer) assez de phosphates pour qu'en présence de nitrates, le phénomène d'eutrophisation se reconduise, d'abord d'année en année et maintenant selon des cycles très inférieurs à l'année et y compris à des périodes considérées comme trop froides, il y a peu de temps encore, par la communauté scientifique.

Le déséquilibre est conjoncturellement du fait des nitrates, mais a besoin d'un recyclage local de phosphore pour se maintenir. La diminution d'apport exogène de phosphore ne change rien au problème tant qu'il y a des nitrates pour nourrir des algues qui mourront et libéreront le phosphore dont les générations d'algues à venir auront besoin.

Le remède pourrait être de supprimer les nitrates et se débarrasser des algues mortes avant qu'elles ne pourrissent… mais pour les mettre où, pour qu'elles ne relarguent pas leur phosphore ailleurs ?

Pour couronner le tout, si l'on peut dire, les phénomènes d'eutrophisation s'accompagnent depuis quelques années (depuis toujours sans doute, mais on ne l'avait pas assez bien noté ou appréhendé ?) de proliférations d'algues bleues ou cyanobactéries dont on sait mieux leur toxicité pour les écosystèmes aquatiques et pour l'homme.




Des remèdes ?

Encore un domaine environnemental où la France est encore bien à la traîne par rapport à ses partenaires européens… Tout bien considéré, est-ce si étonnant ?

Combien de temps faudra-t-il revenir sur l'incommensurable gabegie de moyens humains et financiers des plans Bretagne eau pure… pour quels résultats ? Sûrement pas à la hauteur des espérances que l'on aurait pu y mettre compte tenu des moyens !

Sérieusement, peut-on parler de politique environnementale en France ? Bien sûr, il y a des avancées… surtout quand le France traduit une directive européenne dans son droit national et la respecte… Mais le plus souvent, les ministres de l'écologie qui se suivent, sans se ressembler, font assaut de " discrédébilité " sur un nombre considérable de sujets (chasse, politique de l'air, de l'eau, loi littoral, loi montagne, etc. etc. et cætera !) au point d'ailleurs que la France est régulièrement tancée, sinon condamnée par la cour de justice européenne.

C'est d'ailleurs sous la menace d'une condamnation (8 mars 2001) et surtout d'une amende très forte que, par exemple, la Bretagne avait été, tardivement, entièrement classée zone sensible pour le traitement du phosphore. M. Serge Lepeltier avait même promis des dispositions pour 2005, sur les teneurs en phosphate des lessives pour le linge qui en contenaient un peu moins et pour les lessives pour la vaisselle qui en contiennent toujours beaucoup trop.

Las, M. Lepeltier a été mis à pied après le non au projet de constitution européenne… et a été battu hier (18 septembre 2005) à une élection sénatoriale partielle… Dur pour les statistiques du chômage et la confiance en le gouvernement !

Concrètement, ce classement en zone sensible signifie que toutes les stations d'épuration de plus de 10 000 équivalent-habitant * devront posséder un système de déphosphatation.
[* Un équivalent-habitant est une unité commode de rejet type définissant des quantités de MES (Matières En Suspension) et de DCO (Demande Chimique en Oxygène) contenues dans un litre d'eau à épurer.]

Pour ce qui est des rejets agricoles, comment gérer les près de 90 000 tonnes de phosphore annuels déversés ? Que faire des volumes considérables déjà présents dans les sols et menaçant pour des décennies les eaux et le plages ?

La politique française de soutien inconsidéré à une certaine forme d'agriculture et à celle-là surtout avait même incité un préfet à autoriser des extensions d'élevage dans des zones déjà trop polluées. C'était sans compter sur une décision de justice, rendue après que l'association bretonne d'Eaux et rivières ait porté plainte et qui annulait l'arrêté du Préfet.

Cela écrit, le soutien inconsidéré à une certaine forme d'agriculture perdure et continuera de perdurer… Il suffit pour s'en convaincre de mesurer avec quelle mauvaise foi, certains fonctionnaires en charge de l'agriculture sont capables d'argumenter pour affirmer qu'en zone excédentaire en phosphore, il en manque !

Alors au beau pays du doigt de l'homme, on continuera de le pointer : qui sur l'incurie des gouvernants, qui sur le laxisme de l'État, qui sur les lobbies de l'élevage, qui sur tel ou tel problème particulier quand tout concourt à envisager comme seuls remèdes efficaces une prise en compte globale des problèmes. En l'occurrence, les excédents de phosphore ne sont pas indépendants des excédents de nitrates et à bien y regarder, je crois qu'on pourrait sans peine découvrir qu'ils ont un rapport certain avec les choix d'une agriculture productiviste totalement inadéquate et dont les conséquences pour l'avenir ne sont sûrement pas bien mesurées.




Environnement, élevages industriels : La lâcheté du gouvernement
http://perso.wanadoo.fr/erb/elevages.pdf / autres dossiers : http://perso.wanadoo.fr/erb

Il faut sauver la directive "Voynet – Le Pensec"
http://perso.wanadoo.fr/alguesvertes/Coup/ilfautsauverladirective.htm

Une réforme pour les élevages industriels porcins qui pénalise l’environnement
http://www.brest-ouvert.net/article.php?id_article=700

Excédents d'azote dans les systèmes laitiers...
http://www.inst-elevage.asso.fr/html1/IMG/pdf/Excedents_d_azote.pdf

L'élevage bovin et l'environnement en France : le diagnostic justifie-t-il des alternatives techniques ?
http://www.inra.fr/Internet/Produits/PA/an2003/num234/chatel/vc234.htm

LES « MARÉES VERTES » EN BRETAGNE, UNE POLLUTION QUI DÉRANGE
http://www.senat.fr/rap/l02-215-2/l02-215-242.html

Préservation de l'eau face aux pollutions agricoles: La Bretagne (rapport de la cour des comptes)
http://www.ccomptes.fr/Cour-des-comptes/publications/rapports/ressources-en-eau/EauBret6.html






Évaluation des mesures écologiques / La charge des eaux de surface en phosphore liée à l’érosion des sols
http://www.reckenholz.ch/doc/fr/publ/schrift/sr37.html

L'azote en agriculture
http://europa.eu.int/comm/agriculture/envir/report/fr/nitro_fr/report.htm

Lisier de porc - Flux d’azote, phosphore, potassium, cuivre et zinc - Étude de quatre élevages spécialisés
http://www.web-agri.fr/dossier_special/default.asp?idDoss=4&idrub=198&id=1276

Recommandations pour l’établissement d’une fiscalité agricole verte (au Québec !!!)
http://uqcn.qc.ca/org/doc/mem/recomman-fiscagri.htm

Enquête sur une bombe environnementale et humaine.
http://www.selection.ca/mag/2002/01/cochons.html

Encore trop d'engrais azotés et d'effluents d'élevage
http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/et_primeur/FO/affactu.asp?id=141

Légumineuses : quels enjeux écologiques ?
http://www.inra.fr/dpenv/pointc44.htm

Gestion de l’azote : le trèfle, un vrai bonheur
http://www.confederationpaysanne.fr/cs/153dostrefle.htm

Diagnostic territorial de la pollution diffuse agricole
http://www.dijon.inra.fr/thonon/bassinversant/pollutiondiffuse/diagnostic.htm






[ Corrélats : Phosphore / Cycle du phosphore / Azote / Eutrophisation / Dystrophisation / ...]

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