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S.R.A.S.
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Syndrome Respiratoire Aigu Sévère



Monde Diplomatique / juillet 2003 / Philippe Rivière /

LE PROFIT CONTRE LA SANTÉ / Mobilisation contre le SRAS, inaction contre le sida

Quel triomphe pour la biomédecine !



Alors qu'il avait fallu trois ans pour identifier l'agent pathogène à l'origine du sida, puis deux années encore pour en séquencer le génome, le cas du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) fut réglé en exactement un mois. Le 12 mars 2003, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) déclenchait l'alerte mondiale. Le 12 avril, " à 4 heures du matin ", l'agence du cancer de Colombie-Britannique (Canada) pouvait se féliciter d'être la première à publier la séquence génétique du virus. Les tests de dépistage allaient entrer en production immédiatement. Nous assistions, selon le mot d'un médecin américain, à " l'équivalent médical de l'opération "Choc et effroi" " qui venait de se dérouler à Bagdad (1).

Le sprint scientifique et le déferlement médiatique passés, l'économie mondiale, que la crainte de la pneumopathie atypique avait fait trembler sur ses bases - on évoque 50 milliards de dollars de pertes, plus du double de l'impact de la fièvre aphteuse, au Royaume-Uni, en 2001 -, pouvait reprendre ses droits. " Le docteur Norbert Bischofberger, vice-président exécutif pour la recherche et le développement de Gilead [un laboratoire pharmaceutique spécialisé dans les maladies infectieuses mortelles], a indiqué être "confiant à 100 %" que sa société serait capable de développer un médicament contre le sras, signale Andrew Pollack, du New York Times, mais qu'il ne pensait pas le faire, car il estimait que la maladie ne serait pas un fléau majeur. "Faire quelque chose contre ce coronavirus requiert autant d'efforts que contre toute autre cible, a-t-il déclaré, mais à la fin vous n'avez pas un produit que vous pouvez vendre" (2). "

Ainsi, tandis que l'OMS ignore toujours si le SRAS sera éradiqué, s'il fera, à l'instar de la grippe, un morbide retour annuel ou si une nouvelle flambée échappera à tout contrôle, ces industriels qui exigent des prix exorbitants pour " financer la recherche "... attendent, les bras croisés, que la file des malades s'allonge. Demandera-t-on aussi à ces derniers, si un médicament finit par voir le jour, qu'ils respectent un brevet d'une durée de vingt ans ?

Tous les industriels ne tournent pas le dos à la santé publique. Des multinationales travaillant avec l'Asie, associées à des banques d'investissement, ont pris contact avec l'OMS pour mettre sur pied un fonds d'urgence destiné à la Chine, qui serait doté, d'ici au mois de septembre, de quelque 100 millions de dollars, afin d'éviter autant que possible une reprise de l'épidémie.

Pour la plupart des pouvoirs économiques et politiques, la maladie est toutefois perçue comme un danger, une menace dont il faut se prémunir et qu'il faut combattre ; les patients n'intéressent pas en tant que tels, mais en leur qualité de consommateurs, d'électeurs ou de risques. Voilà sans doute pourquoi, si un " fonds global " a fini par voir le jour pour répondre aux trois principales maladies transmissibles qui affectent les pays les plus pauvres (sida, tuberculose et paludisme), d'autres maladies, non transmissibles celles-là (cancer, asthme, allergies, troubles cardiaques ou affections neuropsychiatriques), sont toujours considérées - à tort - comme des " maladies de riches ", qui n'appellent pas à une solidarité internationale ou à des exceptions au droit des brevets. Seule exception à ce tableau, la lutte contre le tabagisme : l'adoption en mai 2003, par la 56e Assemblée mondiale de la santé, d'un traité mondial de santé publique démontre qu'il n'est pas impossible de mener des politiques volontaristes.

De même, ce n'est qu'en qualité de risque majeur pour la planète que les quelque 7 000 personnes touchées par le coronavirus désigné comme responsable du SRAS (804 morts au 22 juin 2003) ont obtenu l'attention du monde entier. En Chine même, le vice-premier ministre, Mme Wu Yi, après le limogeage du ministre de la santé, a pu débloquer l'imposante somme de 692 millions de dollars pour la création d'un réseau de surveillance des maladies - les paysans du Henan, contaminés par le sida suite à la vente de leur sang, n'ont, quant à eux, jamais obtenu la moindre assistance de la part des autorités...

En 1969, devant les progrès de la médecine, le ministre américain de la santé croyait pouvoir " refermer le livre des maladies infectieuses ". La liste des pathogènes apparus depuis cette date - Ebola, maladie de Lyme, virus West Nile, grippe aviaire, légionellose, Creutzfeldt-Jakob, etc. - ne se résume pourtant pas à une imprévisible succession d'accidents. Comme les tremblements de terre ou le phénomène climatique El Niño, les " maladies émergentes " sont une facette normale et cruelle de l'histoire naturelle et humaine. Mais, en ces temps de " bioterrorisme ", la démarche sécuritaire qui nous guide en matière de santé, comme en tant d'autres domaines, est par principe aveugle aux conditions qui précipitent l'apparition des problèmes, ou leur aggravation. S'il ne suffit pas de pain pour guérir de la tuberculose, la malnutrition est un facteur important de la dynamique de la contagion.

Les inégalités tracent la ligne de plus grande pente que suivent les épidémies (3). La difficulté, pour la majeure partie des malades de la planète, d'accéder à des soins de santé de base et à des traitements efficaces renforce encore ce cycle. Le fait que le sras se soit développé à partir de la Chine, où l'ère Deng Xiaoping a jeté sur les routes quelque 80 millions de migrants et se solde par une brutale privatisation du système de santé, en est un évident symptôme.

Lire aussi :

Hold-up sur le médicament

Haïti, l'embargo et la typhoïde

(1) Newsweek, 28 avril 2003.

(2) Andrew Pollack, " With SARS, antivirus arms race heats up ", The New York Times, 25 mai 2003.

(3) Sur ce sujet, lire Paul Farmer, Pathologies of Power : Health, Human Rights and the New War on the Poor, University of California Press, 2003.




CHINE / COMITE DE DÉFENSE DES HOMMES DE SCIENCE (CODHOS)

Docteur Jiang Yanyong, chirurgien

Le Docteur Jiang Yanyong, chirurgien âgé de 72 ans, a été arrêté et mis en détention le1er juin 2004 dans un lieu tenu secret, sans avoir eu connaissance des charges retenues à sonencontre, et sans avoir pu s’entretenir avec un avocat.

Avant d’être arrêté, le Docteur Jiang Yanyong avait écrit deux lettres qui ontprobablement été à l’origine de ces ennuis :

- Dans une première lettre publiée dans le journal « Times », le Docteur Jiang Yanyonga dénoncé la minimisation par le gouvernement chinois de la gravité de l’épidémie duSRAS en 2003. Suite à cette publication, le gouvernement chinois a renvoyé leMinistre de la Santé et le Maire de Pekin. Il a aussi été contraint de fournir davantagede renseignements sur l’étendue de l’épidémie et de lancer des actions desensibilisation auprès de la population.

- Dans une seconde lettre, le Docteur Jiang Yanyong a rappelé aux autorités chinoisesque l’assaut militaire dirigé contre les civils sur la place Tiananmen le 04 juin 1989n’avait pas été oublié avec le temps, et que les sentiments de désarroi et de colère de lapopulation étaient sans cesse croissants. Le Docteur Jiang Yanyong a également faitun récit poignant de ce qu’il a vu le jour du massacre aux urgences d’un hôpital dePekin dont il dirigeait le service de chirurgie.

Au début du mois de juillet 2004, le Réseau International et François Jacob ont adressédes lettres de protestation aux autorités chinoises.

Le 19 juillet 2004, le Docteur Jiang Yanyong a été libéré après avoir été détenu de façonarbitraire pendant 45 jours. Cependant, il a été placé sous surveillance permanente etinterdiction lui a été faite de quitter son domicile sans autorisation.

Le 22 mars 2005, le Réseau International a appris que le Docteur Jiang Yanyong étaitdésormais totalement libre.





Pneumopathie et Asie du Sud Est : Syndrôme respiratoire aigu sévère (SRAS)
http://www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/pneumapathies/
Pneumonie atypique :la vérité sur une menace mondiale
http://www.doctissimo.fr/html/sante/mag_2003/sem01/mag0321/sa_6612_pneumopathie_menace_mondiale.htm

Le SRAS fait de la résistance
http://www.infoscience.fr/articles/articles_aff.php3?Ref=793

SARSReference
http://www.inist.fr/SARS/SARS.php

Epidémie de Syndromes respiratoires aigus sévères (SRAS) en Asie du Sud-Est
http://www.invs.sante.fr/display/?doc=presse/2003/le_point_sur/sras_asie_010403

SRAS, Stress et immunité
http://fr.clearharmony.net/articles/200312/10938.html

LE SRAS : Première maladie émergente du XXI° siècle
http://www.pasteur.fr/actu/presse/dossiers/emergent/SRAS.htm

GROG groupes régionaux d'observation de la grippe
http://www.grog.org/sras.html






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