Le débardage fait aussi partie de la chaîne qui compose la sylviculture. | La sylviculture recouvre toutes les activités d'entretien, de culture, d'exploitation et de reboisement des forêts. |
La diversité biologique (ou biodiversité) englobe quatre niveaux d'organisation que le gestionnaire doit prendre en compte :
» la diversité génétique rassemble pour une espèce donnée l'ensemble des gènes, exprimés ou non. L'échelle pour le gestionnaire sera, au-delà de l'individu, le peuplement ou la population. Cette variabilité intraspécifique, garante de l'adaptabilité de l'espèce, conduit à se préoccuper tout autant des populations abondantes et interconnectées d'une espèce que des populations isolées ou à petits effectifs vivant en situation de marginalité vis-à-vis de l'aire de répartition ou vis-à-vis des conditions écologiques (par exemple population relictuelle ou espèce à aire disjointe) ;
» la diversité spécifique rassemble l'ensemble des espèces animales et végétales. Le nombre d'espèces d'un site donné dépend du nombre de niches écologiques et des capacités de colonisation des espèces potentielles ;
» la diversité des écosystèmes traduit le nombre d'entités fonctionnelles constituées par des assemblages de populations d'espèces animales et végétales. Ces écosystèmes abritent plus ou moins de niches écologiques et peuvent se trouver dégradés par la perte d'éléments constitutifs. La complexité et la stabilité de ces écosystèmes sont des attributs importants que l'on s'efforce de connaître. Les récents textes juridiques relatifs à la conservation de la nature prennent en compte ce niveau d'organisation, non plus seulement comme support à la vie d'espèces que l'on souhaite sauvegarder mais pour lui-même ;
» la diversité des écocomplexes rappelle enfin que les écosystèmes interagissent entre eux et que des mosaïques se créent. Au contact de ces écosystèmes, les lisères (ou écotones) représentent des interfaces particulièrement riches en espèces.
Favoriser la biodiversité par des sylvicultures adaptées, c'est prendre en compte ces niveaux d'organisation aux différentes échelles spatiales mais aussi leur évolution dans le temps. Cette évolution, plus ou moins rapide, est en général cyclique. Les écosystèmes évoluent naturellement vers des stades " climaciques ". Les grandes perturbations naturelles (incendies, inondations...) permettent de revenir sur des grandes surfaces (de l'ordre du km2) à des stades dits " régressifs ". Les microperturbations (chablis par exemple) introduisent quant à elles une variabilité sur de petites superficies (de l'ordre de l'ha). En Europe, l'aménagement de notre environnement a réduit considérablement les occurrences des grandes perturbations naturelles. D'autre part, la pression humaine qui maintenait sur certains milieux des stades régressifs, s'est relâchée, voire a disparu, laissant certains milieux évoluer vers le boisement : c'est par exemple le cas de pelouses calcicoles et de certains marais. Dans d'autres espaces, l'intensification des pratiques agricoles ou forestières a simplifié le milieu.
Ces différents niveaux d'organisation du vivant et le nécessaire maintien des dynamiques naturelles plaident pour une gestion globale et intégrée de la biodiversité sur l'ensemble des milieux et pas seulement dans quelques " espaces alibis " soigneusement préservés de toute intervention. La gestion se doit même de maintenir des stades d'évolution régressifs qui constituent un enjeu fort pour la conservation de la biodiversité.
Une biodiversité forestière menacée ?
En Europe tempérée, les milieux forestiers et associés représentent un part importante de la diversité biologique.
Les inventaires et analyses menés par les différentes institutions de conservation de la nature répertorient les différentes espèces particulièrement menacées de disparition. Au niveau mondial (source UICN, 1996), les espèces menacées liées aux habitats forestiers sont très nombreuses, la déforestation et la transformation des forêts primaires étant la cause première de cette perte de biodiversité. En Europe occidentale, les espèces actuellement menacées sont surtout liées aux milieux humides et aux espaces ouverts. Selon une étude sur le statut de conservation des oiseaux en Europe (BirdLife International, 1994), les boisements menacent plus d'espèces que les déboisements ou des pratiques sylvicoles jugées défavorables ! Est-ce à dire que nous avons déjà tout perdu ? Forêts vierges et espèces sauvages ? Ce serait caricatural et inexact. Certes, les grands prédateurs ont pratiquement disparu de notre pays : loup, lynx... Ceux-ci reviennent progressivement (avec un patrimoine génétique probablement appauvri).
Les besoins en bois pour le chauffage puis pour l'approvisionnement de l'industrie à partir de la révolution industrielle ont souvent conduit à choisir et à appliquer sur une longue durée un traitement en taillis. Ces ruptures historiques dans le maintien de vieux arbres ont fait disparaître de certains massifs des espèces aux exigences écologiques précises. Cette histoire des forêts du nord-est de la France expliquerait ainsi l'absence de certains insectes saproxylophages.
Ce bilan conforte le gestionnaire dans l'application du principe de précaution et rend nécessaire un suivi pérenne des éléments constitutifs de la diversité biologique, baromètre et système permanent d'alerte.
Des inventaires de plus en plus détaillés
Des inventaires des richesses patrimoniales sont réalisés ou réactualisés lors des révisions périodiques des aménagements forestiers. Scientifiques et naturalistes sont associés aux côtés des personnels forestiers. Les analyses du milieu naturel comportent une carte des stations, véritable synthèse des facteurs écologiques, mais elles prennent désormais en compte également les inventaires ZNIEFF et ZICO ainsi que ceux réalisés dans le cadre de la mise en œuvre de la directive " habitats ".
Pour la flore, les espèces protégées mais aussi les espèces menacées ou reconnues rares sont localisées. D'autre part, la carte des éléments naturels remarquables fait apparaître les arbres ou peuplements remarquables (situation exceptionnelle, diversité du cortège floristique, particularité de forme...). Les écotypes reconnus d'essences forestières (niveau intraspécifique) sont répertoriés. Pour la faune, les espèces protégées, menacées ou rares sont également inventoriées ou localisées. Les forêts reconnues comme des foyers de diversité biologique font l'objet d'études et de recherches particulières.
Préalablement à tout choix de gestion et de sylviculture, ces inventaires et études permettent de hiérarchiser les enjeux de conservation. La règle générale dans les forêts publiques est en effet de favoriser la biodiversité partout en adaptant les efforts et investissements aux enjeux.
Des règles sylvicoles générales en faveur de la biodiversité
Quels que soient les objectifs retenus et le type de sylviculture choisi pour une forêt, un ensemble de règles sylvicoles est partout appliqué, conformément à des instructions nationales. Il s'agit là de l'application concrète du principe de précaution.
» Le mélange des essences est recherché aux côtés d'une ou plusieurs essences principales dont le choix dépend des objectifs. Les espèces ou écotypes locaux sont ainsi conservés comme essences secondaires ou en petits peuplements.
» L'équilibre des diverses classes d'âge, outre ses nombreux avantages, notamment quant à la stabilité de la forêt et à son économie (répartition régulière dans le temps des récoltes et des travaux), évite l'apparition à l'échelle locale de " goulots d'étranglement " qui peuvent faire disparaître telle ou telle niche écologique et donc telle ou telle espèce.
» Le recours à la régénération naturelle dans toute la mesure du possible, en évitant tout acharnement sylvicole pour obtenir une régénération complète, permet de concilier préservation des ressources génétiques locales, maintien de petites ouvertures dans le peuplement et diminution des coûts de gestion.
» Le maintien d'arbres sénescents et d'arbres morts dans tous les peuplements compense pour partie la récolte de la majorité des arbres à un âge optimum d'exploitabilité qui tronque le cycle sylvigénétique complet. Les arbres morts ou sénescents constituent des abris et une source d'alimentation pour un ensemble d'êtres vivants (espèces cavernicoles, insectes, etc.). Un équilibre doit être trouvé avec les risques que ces pratiques peuvent faire courir en matière sanitaire et de sécurité du public et avec les inconvénients qu'elles peuvent présenter dans le domaine paysager. Ce sont parfois, lorsque l'enjeu le justifie, de petits peuplements entiers (" îlots de vieillissement ") qui sont maintenus sur pied jusqu'à un âge très avancé pour enrichir biologiquement la forêt (et parfois aussi les paysages).
» Les écotones jouent un rôle important dans la richesse globale d'un massif. De leur présence et de leur développement dépend l'existence et le maintien de certaines espèces. Des sylvicultures spéciales sont recommandées notamment en bordure de cours d'eau ou de zones humides.
Des gestions et des sylvicultures particulières
Les inventaires peuvent faire apparaître des éléments naturels remarquables. Cette présence peut conduire à appliquer sur certaines zones une gestion particulière. Selon la superficie plus ou moins étendue, l'aménagement forestier distinguera un " site " ou une " série d'intérêt écologique particulier ". Certaines séries peuvent, lorsque leur intérêt est grand, être érigées en réserves biologiques dirigées. Bénéficiant d'un comité scientifique, ces réserves sont des lieux d'expérimentation privilégiés pour accroître nos capacités d'ingénierie écologique.
Les résultats obtenus peuvent bénéficier à l'ensemble des espaces analogues.
Parallèlement à ces éléments remarquables par un type de rareté, la typicité de certains milieux forestiers et le manque de connaissances fines sur la dynamique de ces écosystèmes, nous amènent à créer des réserves biologiques intégrales où les processus évolutifs peuvent se développer en dehors de toute intervention sylvicole. Ce réseau en cours de constitution visera à terme tous les types d'habitats forestiers courants. Ces deux réseaux de réserves couvrent actuellement une superficie voisine de celle du réseau des réserves naturelles (140 000 ha pour 150 réserves). Enfin des directives nationales ou régionales précisent les règles particulières de gestion à mettre en œuvre au profit de certaines espèces menacées. Ainsi, après des études fines d'autécologie, le grand tétras bénéficie de sylvicultures spécialement adaptées à ses exigences. D'autres directives sont en préparation en faveur d'autres espèces ou d'autres milieux (if, habitats prioritaires de la directive 92/43) mais elles ne peuvent être établies qu'après des études fines car le fonctionnement des écosystèmes est complexe.
Pour prendre toujours mieux en compte l'objectif général de maintien de la biodiversité dans les forêts relevant du régime forestier, les sylvicultures se sont d'une part enrichies de dispositions nouvelles et d'autre part diversifiées. Dans des cas particuliers, ces sylvicultures sont désormais orientées vers la restauration de la biodiversité. La palette des pratiques évolue sans cesse vers une finesse accrue de perception et de gestion.
Depuis une vingtaine d'années le développement des populations de cervidés en France est spectaculaire. Ainsi, en 15 ans, il a été possible de multiplier les prélèvements de la chasse par 2 pour le cerf et par 4,5 pour le chevreuil. Ces augmentations des effectifs, constatées partout sur le territoire national, sont le résultat de la mise en œuvre du plan de chasse d'une part et de l'action des sylviculteurs d'autre part. En effet, le plan de chasse, en instaurant un prélèvement avec une fourchette minimale/maximale par espèce, par saison et par territoire, a permis de mettre en place une gestion raisonnée de ces espèces propice à leur développement. De même, le sylviculteur a progressivement façonné un milieu de plus en plus favorable aux animaux, notamment grâce à une augmentation sensible du rythme des travaux de renouvellement des peuplements forestiers.
Ce développement des populations de cervidés répond généralement aux objectifs de la gestion forestière qui intègre la satisfaction des divers usagers de la forêt (chasseurs, naturalistes, promeneurs...), mais il suscite des difficultés nouvelles pour les sylviculteurs. En effet, les grands herbivores, en s'alimentant principalement dans les parcelles de jeunesse, occasionnent de plus en plus souvent des dégâts aux essences forestières au point parfois de compromettre gravement l'avenir des peuplements forestiers et ainsi la gestion durable de l'écosystème.
Comme il l'a fait, dans un passé plus ou moins récent, pour accompagner le développement des connaissances dans le domaine des stations forestières et de l'écologie des essences, ou pour mieux intégrer de nouveaux objectifs en matière de biodiversité ou de paysage, le forestier se trouve souvent conduit à faire évoluer les pratiques sylvicoles.
Même si ce champ d'investigation récent fait encore l'objet de recherches communes de la part de l'Office national de la chasse, du Cemagref et de l'Office National des Forêts, des techniques sylvicoles adaptées existent déjà et sont de plus en plus souvent mises en œuvre par les gestionnaires afin d'accroître la capacité d'accueil de la forêt.
D'une manière générale, toute intervention dans un peuplement forestier, quel que soit son âge, qui favorise la pénétration de la lumière dans le sous-bois est favorable au grand gibier. En pratiquant des éclaircies plus fortes dans les peuplements adultes, sans porter atteinte à leur stabilité, le sylviculteur favorise l'apparition d'une végétation basse, recherchée des cervidés, dans des peuplements où souvent ceux-ci ne trouvaient pas de nourriture. Même si l'effet bénéfique pour la faune de chacune des éclaircies est peu durable, leur répétition dans le temps et dans l'espace à l'échelle d'un massif est toujours très positive. Cette nourriture supplémentaire, certes peu abondante mais bien répartie, permet d'éviter une surconcentration des animaux dans les seules parcelles ouvertes en régénération et contribue ainsi, à niveau de population égal, à limiter l'apparition de dégâts et donc à restaurer un " équilibre faune/flore ". Dans le même ordre d'idée, la pratique de dépressages énergiques et précoces, associée à la mise en place systématique de cloisonnements sylvicoles, prolonge un peu plus dans le temps la qualité nutritionnelle des jeunes peuplements forestiers issus des régénérations.
Il est également possible d'agir au niveau des parcelles en régénération, qui sont généralement les plus vulnérables. La technique la plus utilisée consiste à favoriser l'acquisition et le développement d'une végétation arborée et arbustive d'accompagnement qui " engaine " les plants ou les semis. La diversité floristique de ces zones, permettant alors aux animaux d'exercer pleinement leur sélection alimentaire, ainsi que l'abondance de la nourriture offerte réduisent très sensiblement les risques de dégâts. Il convient donc de pratiquer dans ces parcelles des entretiens fréquents, peu coûteux et respectueux de la diversité naturelle du milieu, afin d'éviter l'étouffement de la régénération. Une autre technique, actuellement moins utilisée mais néanmoins efficace, mérite d'être signalée. Il s'agit, dans les parcelles envahies par des tapis de graminées, où le développement de la régénération est également souvent perturbé, et qui par ailleurs ne sont pas très appétentes pour les cervidés, de provoquer, par l'emploi raisonné de phytocides, une modification de la flore et ainsi d'installer une végétation arbustive et herbacée diversifiée plus attractive pour les animaux.
Au-delà des programmes scientifiques en cours sur ce sujet et qui visent à préciser l'impact réel de la mise en œuvre de telle ou telle technique vis-à-vis de la faune, l'adaptation de nos pratiques sylvicoles à la présence d'une faune plus abondante est le plus souvent une affaire de bon sens. Elle implique que le sylviculteur s'interroge systématiquement avant d'agir sur les conséquences de ses interventions à la fois pour le peuplement forestier et pour les populations animales. Sa réflexion ne doit pas se limiter aux arbres et aux grands animaux, mais englober l'ensemble des espèces végétales et animales susceptibles de vivre ensemble, avec une attention particulière pour celles qui sont rares et menacées de disparition. Il convient enfin de remarquer que, quels que soient les efforts du sylviculteur et le progrès des techniques pour accroître la capacité d'accueil des forêts, celle-ci restera limitée ; les populations de grands herbivores devront être régulées par l'action de l'homme. Ainsi, le plan de chasse restera toujours l'un des principaux outils du gestionnaire ; mais parallèlement, les sylvicultures pratiquées seront également déterminantes dans la recherche et la restauration d'un équilibre faune/flore.
La place que les publics accordent au paysage est de plus en plus importante, même si certains préfèrent encore l'évoquer en terme d'écologie, craignant à tort que la revendication du paysage ne soit pas considérée comme sérieuse. Quoi qu'il en soit, cet intérêt croissant pour le cadre de vie de tous les jours, mais aussi pour le cadre de vie " à la campagne " tel que bien des citadins l'imaginent (plus de 80 % de la population française vit en milieu urbain), se répercute sur l'aménagement de l'espace et sur les actions menées en forêt.
Cette demande sociale se manifeste diversement selon les forêts et selon les publics ; mais d'une manière générale, nos concitoyens souhaitent que les modifications apportées au milieu forestier soient discrètes et ne perturbent pas l'idée qu'ils se font de la nature.
La carte des paysages remarquables et des sensibilités paysagères Pour une meilleure prise en compte de la sensibilité paysagère dans la gestion forestière, le manuel d'aménagement forestier prescrit, depuis 1993, l'élaboration d'une carte des paysages remarquables et des sensibilités paysagères pour chaque forêt, à l'occasion de chaque révision de l'aménagement forestier.
Cette carte est la synthèse de :
» la carte sur laquelle figurent tous les sites et tous les éléments visuellement remarquables à l'intérieur de la forêt et à sa proximité (arbres remarquables, rochers, ruines, cascades, etc.). Sur cette carte figurent également les " points noirs " le cas échéant ;
» la carte des zones visibles à partir d'un certain nombre de points de vision privilégiés, déterminés d'un commun accord avec les autres acteurs locaux et l'ensemble des intéressés (associations, municipalités, administrations) ;
» la carte de la fréquentation du public, tant dynamique (routes, voies ferrées, sentiers) que statique (aires d'accueil, sites remarquables...).
Cette carte de paysages remarquables et des sensibilités paysagères fournit une analyse précieuse du niveau de sensibilité des différentes parties de la forêt et de ses abords.
Elle va aider le gestionnaire forestier, à l'écoute des publics, à définir les objectifs de la gestion pour chaque zone, à peser les enjeux et à adapter en conséquence les programmes et les modalités des interventions sylvicoles.
Les principes généraux de la prise en compte du paysage dans les sylvicultures
La forêt étant considérée par la plupart de nos concitoyens comme un milieu naturel par excellence, les actions forestières doivent s'intégrer visuellement et écologiquement le mieux possible dans le paysage, afin d'éviter des réactions de rejet souvent dues à l'incompréhension de l'action du forestier. " Aller dans le sens du naturel " ne consiste pas à cacher les opérations sylvicoles, mais à permettre la découverte progressive du paysage forestier par un observateur, en stimulant sa curiosité et en lui laissant le temps d'assimiler les informations " données " par le milieu.
Vouloir limiter l'impact visuel des opérations sylvicoles ne signifie pas a priori qu'il faut diminuer les superficies des zones d'intervention.
Le gestionnaire doit respecter l'échelle visuelle du paysage et adapter les superficies à traiter, notamment en fonction des données figurant sur la carte des paysages remarquables et des sensibilités paysagères : les superficies seront d'autant plus limitées que le site est perceptible de près. Simultanément, le gestionnaire doit adapter les formes des zones d'intervention de manière à éviter l'apparition ou l'accentuation de lignes droites, notamment lorsque celles-ci sont très longues ou placées de manière à " contrarier " les lignes naturelles du paysage (relief...).
La diversité des paysages est dans tous les cas à rechercher. Il peut alors s'agir du maintien de la diversité visuelle ou de la création d'une diversité permettant de mettre en valeur d'une part les potentialités paysagères, d'autre part les paysages remarquables. À cet égard il faut insister sur le fait qu'il convient systématiquement de prendre en compte le caractère propre du milieu, et de respecter " l'esprit des lieux ".
Dans la recherche de la mise en valeur des paysages, il est primordial d'adapter les efforts aux enjeux tels qu'ils ressortent de l'interprétation de la carte des paysages remarquables et des sensibilités paysagères. Ainsi, dans les sites remarquables, selon les espèces et l'intérêt paysager particulier, le traitement sylvicole peut être fondamentalement modifié.
Mais le plus souvent il suffit, dans tous les traitements sylvicoles, de respecter certaines précautions générales, ou de mettre en œuvre certaines techniques spécifiques à objectif paysager.
Les techniques sylvicoles spécifiques et les précautions générales en faveur du paysage
Les techniques sylvicoles spécifiques concernent tout particulièrement le mélange d'essences, la régénération, le traitement des lisières et les éclaircies.
Le mélange d'essences
Si le choix des essences est basé sur les données locales, leur répartition peut avoir un impact visuel important.
Partant du principe qu'il faut éviter une monotonie visuelle, les " monocultures " comme les mélanges intimes par pieds d'arbres ne sont pas satisfaisants, tout comme les mélanges systématiques par lignes, en " damiers ".... Puisqu'il est également conseillé d'éviter des effets visuels de " mitage ", les mélanges seront préférentiellement faits par " bouquets " ou par " parquets " (grands bouquets) de forme et de superficie adaptés à l'échelle visuelle du paysage et aux données issues de la carte des paysages remarquables et des sensibilités paysagères. Des zones de superficie très inégales peuvent se côtoyer avantageusement. Ces mélanges peuvent être réalisés au moment de la régénération en introduisant des essences d'accompagnement dès la plantation, ou en permettant le développement d'une végétation d'accompagnement spontanée (qui doit être gérée par la suite !) dans la zone plantée ou régénérée naturellement.
Il est encore possible de conserver des plages des peuplements présents au sein des zones plantées ou régénérées naturellement.
Une combinaison de ces techniques peut être retenue en fonction des enjeux.
La régénération
L'impact visuel des opérations de régénération peut être réduit, d'une part en faisant durer davantage la régénération d'un peuplement, d'autre part en choisissant judicieusement la répartition spatiale, les contours et les dimensions des zones d'intervention.
Le traitement des lisières
Tout en permettant la perception des peuplements dont elles forment les limites, afin d'éviter tout effet d'écran visuel, les lisières seront de préférence diversifiées tant dans leur composition que dans leur aspect.
Cette diversification peut être obtenue aussi bien par un mélange de classes d'âges et d'essences différentes que par la densité de la végétation.
Cette densité peut, dans le cadre de la régénération artificielle, être ramenée en lisière à 25 ou 50 % de la densité normale de la plantation.
Dans des peuplements d'origine artificielle existants, la densité en lisière peut être également ramenée à ce taux par une éclaircie sélective forte.
Dans les régénérations naturelles, on peut procéder à un dépressage très énergique en lisière pour créer une transition douce entre le jeune peuplement et son environnement non boisé : on évite ainsi l'apparition d'un " mur végétal ".
L'apparition de lisières à l'aspect " hostile " au moment de la coupe rase d'un peuplement mettant à jour un peuplement voisin, peut être évitée si les enjeux le justifient : dans les zones visuellement très exposées, on peut procéder à la " préparation " d'une lisière quelques années avant l'exploitation ; il convient pour cela d'exploiter une bande de faible largeur entre le peuplement à exploiter et le peuplement à maintenir et d'y favoriser le développement d'une végétation spontanée, éventuellement enrichie de manière artificielle. Lorsque ce nouveau peuplement aura atteint une hauteur jugée suffisante (entre 3 et 5 m), la coupe rase envisagée pourra être réalisée. Une nouvelle lisière sera alors en place. Il est conseillé de faire en sorte que cette lisière comporte des essences présentes dans le peuplement ainsi protégé, pour éviter qu'elle ne fasse l'effet d'un écran de camouflage.
Les éclaircies
Il est recommandé, dans les zones les plus sensibles visuellement, de réaliser simultanément les éclaircies systématiques et les éclaircies sélectives pour éviter l'apparition d'effets de contraste forts. En effet, le " zébrage " de l'espace donne un caractère particulièrement artificiel aux peuplements.
Dans certains peuplements monospécifiques, très exposés à la vue, il peut être envisagé - si les enjeux le justifient - de réaliser des éclaircies plus fortes à certains endroits, sur des superficies en rapport avec l'échelle du paysage, afin de favoriser une certaine diversité. Des actions sylvicoles pour la mise en valeur des potentialités paysagères
Ces actions portent essentiellement sur deux points :
» les points forts ou potentiellement forts du paysage ;
» les points noirs.
L'exaltation des points forts ou potentiellement forts du paysage concerne les éléments d'origine naturelle ou artificielle en forêt et à sa proximité immédiate. Il s'agit alors non seulement de permettre l'observation de ces éléments dans les meilleures conditions (visibilité, accès), mais aussi de garantir un caractère durable et stable de l'aspect des peuplements, notamment par un traitement sylvicole approprié.
Il peut être utile aussi de créer des ouvertures dans les peuplements afin de permettre des visions panoramiques ou, au contraire de favoriser des visions focalisées, souvent orientées vers des éléments ponctuels tels que châteaux, rochers... Lorsque ces ouvertures se ferment naturellement ou à la suite de plantations, d'autres peuvent être ouvertes.
Certains axes routiers traversant des forêts peuvent bénéficier d'actions sylvicoles spécifiques en faveur du paysage. Elles peuvent consister en un traitement des lisières visant à diversifier la perception de la forêt. On peut alors agir simultanément sur le dessin de la lisière et sur son aspect en diminuant par places la densité des peuplements, et en favorisant un mélange d'essences d'âges différents.
Le traitement des points noirs consiste d'abord à essayer de les supprimer, et, si c'est impossible, à minimiser leur impact visuel.
Il existe différentes catégories de points noirs paysagers :
» les points noirs qui peuvent être supprimés (dépôts divers...) ;
» les points noirs provoqués par des éléments dont le forestier ne maîtrise pas la présence (infrastructures linéaires, lieux d'extraction de matériaux, constructions diverses...) ;
» les points noirs (souvent temporaires) provoqués par des actions humaines sur le milieu forestier (certaines coupes, création de pistes...).
Certains équipements linéaires, dont l'intégration n'a pas été convenablement étudiée en temps utile et qui sont considérés comme points noirs, peuvent faire l'objet de travaux de réaménagement notamment au niveau de la zone de contact " forêt-équipement ", afin de les intégrer au mieux dans le paysage.
Il s'agira alors souvent d'un compromis...
Parmi l'ensemble des points noirs, ce sont ceux qui résultent d'interventions en forêt qui suscitent les critiques les plus vives.
C'est alors souvent le fractionnement judicieux des zones d'intervention et un soin particulier apporté aux travaux, ainsi que le choix du traitement sylvicole le plus approprié, qui permettent d'éviter des traumatismes.
Chaque cas est unique
Une très grande majorité des forestiers adhère désormais à l'idée que la prise en compte du paysage dans l'aménagement et la gestion de la forêt est bien un objectif et un enrichissement nécessaire à la démarche pour une gestion durable.
Il n'en reste pas moins vrai que beaucoup auraient aimé disposer de quelques recettes... Or, les recettes dans le domaine du paysage n'existent pas. Chaque cas est unique et doit être traité comme tel.
La carte des paysages remarquables et des sensibilités paysagères permet d'adapter les efforts à fournir aux enjeux. La prise en compte du paysage ne sera jamais absente, même si les enjeux sont estimés faibles.
Cette carte est donc la base de tout projet ponctuel que le forestier sera amené à réaliser seul ou avec le concours de personnes plus particulièrement spécialisées dans le domaine du paysage.
Dans un tel projet, les principes généraux de la prise en compte du paysage (respect de l'échelle visuelle, respect de l'esprit des lieux et de la diversité...) seront confrontés aux spécificités locales. Cette confrontation permettra d'arrêter les mesures à prendre et les techniques à mettre en œuvre en faveur du paysage afin de mettre en valeur les points forts du paysage forestier et d'en prévoir la gestion dans le temps.
La seule réalisation de projets et leur bonne mise en œuvre ne sont cependant pas suffisants. Il est indispensable d'associer un public le plus large possible et de lui expliquer les raisons des choix retenus et les actions projetées. Dans cette démarche, le forestier doit affiner ses connaissances de la demande sociale - ne serait-ce qu'au niveau local - et contribuer ainsi au maintien et à l'amélioration du cadre de vie des générations futures.
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