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Sylviculture
Sylviculture


Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Généralités / I) Le travail forestier d'entretien / II) La recherche et l'obtention d'un peuplement adapté / III) Les stations forestières / Favoriser la biodiversité / Les actions sylvicoles : des outils pour contribuer à la restauration d'un équilibre faune - flore / Les sylvicultures au service du paysage / Bois rameaux fragmentés : une nouvelle filière pour les déchets verts ? / Les "Bois Raméaux Fragmentés" (BRF) : recycler les déchets vert pour produire de plus belles plantes ! / Traitement irrégulier : pourquoi s'y intéresser ? / Lexique : http://www.sief.ifn.fr/lexique.php / La sécurité des têtes d’abattage multifonctionnelles / Le guide des sylvicultures de montagne pour les Alpes du Sud françaises est paru / Quelle sylviculture pour le pin d'Alep ? / Le peuplier en Bretagne, une réhabilitation nécessaire /

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Le débardage fait aussi partie de la chaîne qui compose la sylviculture.
La sylviculture recouvre toutes les activités d'entretien, de culture, d'exploitation et de reboisement des forêts.


Actuellement, en Europe, il n'existe pratiquement plus de forêts dont la dynamique écosystémique ne dépend pas, à un moment ou un autre, de l'intervention humaine.

Lorsque la première fonction de la forêt est d'être le terme ultime de l'évolution d'un écosystème (climax), l'intervention humaine est limitée, voire exclue. Lorsque la fonction de la forêt est de produire du bois de qualité, on dit souvent que la forêt est jardinée.D'un point de vue anthropique, la forêt est le plus souvent gérée pour produire du bois, pour abriter du gibier, pour offrir des loisirs, pour assurer la protection des sols contre l'érosion, pour camoufler les militaires, pour l'agrément paysager… et depuis quelque temps, pour son rôle en écologie.

Mais parce que la production de bois demeure le principal objectif des forestiers, la gestion de la forêt vise essentiellement à mettre en place des peuplements adaptés aux besoins, d'une part, et aux capacités stationnelles et à leur pérennité, d'autre part.




I) Le travail forestier d'entretien.

En fonction de l'âge et du type de peuplement, plusieurs opérations sont nécessaires au cours de la vie d'une forêt.

Le dépressage s'applique surtout aux forêts de conifères où les arbres du peuplement ont été plantés ou semés avec une forte densité. Au bout de quelques années, ils sont très serrés et se concurrencent pour la lumière et les éléments du sol. Il est alors nécessaire de réduire la densité afin de permettre aux arbres dominants de pousser dans de bonnes conditions. Le dépressage ne génère aucun produit commercialisable.

La taille de formation est une opération qui se pratique sur les feuillus et notamment les feuillus précieux. Elle consiste à donner une forme de qualité à l'arbre. C'est dans le but d'obtenir un bois de qualité supérieure en éliminant les grosses branches pouvant donner des nœuds et en améliorant la rectitude du tronc.

L'élagage consiste à couper au ras du tronc et sur une hauteur donnée toutes les branches mortes ou vives afin d'améliorer la qualité du bois en évitant les nœuds. Ce sont surtout les résineux qui sont concernés par cette opération qui se fait parfois naturellement, les branches meurent et tombent d'elles-mêmes par manque de lumière (on parle d'élagage naturel).

Le dégagement consiste à éliminer la végétation concurrente qui gêne la bonne croissance des jeunes arbres.

Au bout de quelques années, les arbres se concurrencent bien qu'ils ne soient pas arrivés à maturité. Afin d'optimiser leur croissance et leur qualité, il est nécessaire de réduire la densité du peuplement. C'est pourquoi les éclaircies sont nécessaires.

L'éclaircie permet à l'arbre d'accroître son diamètre et sa hauteur, au peuplement de se régénérer et de s'assurer une meilleure stabilité face aux accidents climatiques et au propriétaire de valoriser son patrimoine forestier.

Il existe plusieurs types d'éclaircies selon les types de peuplements, la rotation (période) entre chaque éclaircie et le rôle de la forêt ainsi que son évolution :

L'éclaircie sélective consiste à sélectionner les arbres à garder ou à couper en fonction de l'objectif recherché.

L'éclaircie systématique est surtout utilisée dans les peuplements résineux réguliers. On enlève, par exemple sur une ligne, un arbre sur deux.

L'éclaircie sanitaire se pratique dans le cas où le peuplement a subi des dégâts et les arbres malades, blessés ou abîmés doivent être retirés.

L'éclaircie est une action combinant la gestion et l'exploitation forestière qui consiste à couper et sortir les bois du peuplement.




II) La recherche et l'obtention d'un peuplement adapté.

Le taillis sous-futaie était un traitement très utilisé au XIXe siècle lorsque les bois de chauffage (et le charbon de bois) feuillu avait une valeur relativement élevée.Ce peuplement est encore recherché lorsque l'on veut privilégier un objectif cynégétique ou lorsque les conditions stationnelles ne permettent pas d'envisager un traitement de futaie.

À chaque rotation, la coupe de taillis sous-futaie regroupe trois opérations :

» recépage des brins (rejets) du taillis, à l'exception de certains sélectionnés comme " baliveaux " pour compléter les baliveaux conservés parmi les jeunes tiges issues de semences ;

» opérations d'éclaircie et d'hygiène parmi les " futaies " des divers âges ;

» récolte des " futaies " ayant atteint les dimensions d'exploitabilité.

Le taillis est un traitement simple encore utilisé parfois, soit sur des stations très médiocres où une sylviculture en futaie n'est pas envisageable, soit pour certaines essences pour lesquelles le traitement peut conserver des avantages (chêne vert, chêne pubescent, châtaignier).

À chaque rotation, la coupe de taillis recèpe l'ensemble des brins de taillis qui se renouvelle à partir des rejets des souches.

La futaie irrégulière par pieds d'arbres

Contrairement à la futaie jardinée par pieds d'arbres, ce traitement est relativement limité en ambitions et économe en moyens. Le sylviculteur ne cherche pas à influer sur la composition ou la structure des peuplements, qui peuvent être très irréguliers (et variables au fil du temps) et qui résultent essentiellement des événements naturels.

Les coupes favorisent et récoltent en temps utile les plus beaux arbres ; elles peuvent aussi avoir pour but d'accroître la vigueur du peuplement par l'éclaircie et de stimuler la régénération par l'éclairement. Ce traitement implique que la régénération naturelle soit facilement obtenue.

Il n'est appliqué que lorsque les conditions stationnelles (médiocres) ou les objectifs (pas d'enjeux de protection marquée) ne justifient pas une sylviculture plus fine.

La futaie jardinée par pieds d'arbres

Les peuplements forestiers, partout semblables, sont constitués d'un mélange équilibré d'arbres de toutes dimensions et de tous âges, intimement mélangés. La coupe s'efforce de maintenir ou d'approcher de cet équilibre en éclairant au niveau souhaitable les semis et les jeunes, en favorisant la croissance des plus beaux arbres par des éclaircies convenables et en récoltant les arbres parvenus aux dimensions d'exploitabilité (variables selon espèces et stations*). À chaque endroit, le sylviculteur adapte ses interventions en comparant le peuplement présent au type de peuplement idéal (le plus stable et le mieux adapté aux conditions stationnelles et aux objectifs). Ce traitement implique une régénération naturelle facile des essences recherchées.

La futaie jardinée par bouquets

La parcelle est constituée par une juxtaposition de petits peuplements (bouquets) de quelques dizaines d'ares, d'âges différents, de sorte que toutes les classes d'âges sont présentes. La coupe réalise une coupe de régénération, par ensemencements naturels, dans les bouquets les plus âgés ; elle réalise une opération d'éclaircie dans les bouquets plus jeunes. Des essences diverses peuvent être mélangées, par bouquets, ou au sein du même bouquet. La parcelle porte en permanence des grands arbres sur la majeure part de sa surface et assume donc au mieux toutes les fonctions de protection souhaitables. (Grande diversité des écosystèmes à l'échelle de la parcelle). Arbres remarquables, arbres sénescents et arbres morts sont maintenus.

La futaie régulière en régénération lente

L'obtention de ce type de peuplement procède par des coupes de régénération progressive lente au sein d'un peuplement mélangé.

Les arbres dont on connaît bien l'âge sont récoltés progressivement (le délai peut atteindre plusieurs décennies) en fonction de leur vigueur, du diamètre qu'ils ont atteint et du besoin en semenciers. L'éclairement progressif du sol, à la faveur de petites trouées, permet de tirer profit de tous les ensemencements naturels ; le dosage de la lumière en fonction des besoins des semis des diverses espèces permet de doser le mélange des essences dans les régénérations.

Les arbres remarquables, les arbres sénescents et les arbres morts sont conservés. La répartition, l'étendue et le rythme des coupes de régénération sont étudiés de manière à maintenir ou à améliorer l'équilibre des diverses classes d'âges et des divers types d'écosystèmes dans la forêt.

La futaie régulière en régénération rapide

L'obtention de ce type de peuplement procède par des coupes de régénération progressives rapides (moins de 10 ans ou coupes rases à la limite), totalement exclues en présence de sols, stations, biotopes, paysages sensibles, ou d'un objectif de protection contre des risques naturels. Elles peuvent être nécessaires dans certains cas :

» soit en présence de peuplements instables du fait de la sylviculture passée ou déstabilisés par des accidents climatiques ou historiques ;

» soit en présence de peuplements inadaptés aux conditions stationnelles et aux objectifs, à transformer par plantation ou semis d'essences de pleine lumière. Les ouvertures ainsi réalisées dans la forêt ne sont que temporaires :

_____» elles sont favorables aux espèces végétales de pleine lumière et aux espèces animales de milieux ouverts ; elles jouent aussi un rôle dans la conservation dynamique de certaines espèces ;

_____» elles apportent de la diversité dans les paysages, à condition d'être judicieusement assises.

Les arbres remarquables, les arbres sénescents et les arbres morts sont conservés. Les contours des coupes et leur répartition dans l'espace sont maintenant étudiés pour optimiser leur insertion dans le paysage.

Les sylvicultures dirigées vers un objectif précis de conservation biologique

Dans un certain nombre d'endroits, la forêt est d'abord considérée pour ses caractéristiques écologiques, par exemple, comme un habitat ou une mosaïque d'habitats d'intérêt patrimonial, dans ces conditions, le forestier gestionnaire pratique une sylviculture adaptée, voire inexistante. C'est le cas de la sylviculture en faveur du grand tétras en réserve biologique ou encore de l'absence de sylviculture dans une réserve intégrale. Certains peuplements forestiers typiques sont totalement abandonnés à eux-mêmes afin de laisser libre cours aux processus évolutifs naturels et de permettre l'étude de l'évolution naturelle des écosystèmes (des parcelles en forêt de Fontainebleau, la forêt de Bialowieza en Pologne, diverses parcelles ou massifs entiers sur des parcs nationaux, etc.)




III) Les stations forestières.

La gestion durable d'un massif forestier ne peut pas s'envisager sans une parfaite connaissance des milieux qui le composent et des conditions stationnelles qu'ils offrent afin d'y admettre des essences adaptées.

C'est en ce sens que les organismes de gestion forestière dont l'ONF et des chercheurs ont, depuis une vingtaine d'années, entrepris une caractérisation systématique des stations forestières à l'aide de paramètres géologiques, pédologiques, hydriques et floristiques.

Connaître les facteurs de croissance des arbres

La typologie des stations n'est donc pas une fin en soi. Elle constitue la fondation pour l'aménagement des forêts. À l'origine, on lui assignait surtout pour objectif de guider le forestier dans le choix des principales essences. Mais elle apporte aussi des informations précieuses pour l'orientation des travaux et des pratiques sylvicoles (assainissement, travail du sol, technique de régénération, etc.). Elle renseigne sur la fragilité des sols : sensibilité au tassement, risque de dégradation podzolique, existence de nappes temporaires, etc. Elle devient indispensable pour certaines formes de gestions minutieuses : essences en mélange, culture de feuillus précieux disséminés, etc. Elle inclut également de plus en plus les milieux marginaux (zones humides, friches, pelouses, etc.), biotopes peu fréquents mais intéressants par leur flore et leur faune et qui sont souvent des refuges d'espèces rares. Mises en œuvre depuis plus d'une trentaine d'années, les typologies de stations intégraient donc déjà les notions de biodiversité et d'écologie forestière, bien avant que celles-ci ne constituent une priorité affichée.

Identifier et caractériser les stations forestières

Les études de typologie sont menées sur des massifs ou dans des régions climatiquement homogènes. La caractérisation des stations repose alors sur l'analyse des trois composantes indissociables du milieu : le sol, la végétation et la topographie. Chaque profil de sol est décrit avec précision. Il renseignera le forestier, entre autres, sur l'existence ou non de contraintes gênant le développement des racines (charge en cailloux, horizon compact, présence d'un engorgement temporaire, etc.), sur le niveau de fertilité minérale de ce sol et sur sa réserve en eau utile. La végétation fait également l'objet d'un examen attentif. Chaque espèce végétale a en effet ses propres exigences écologiques et ne se développe correctement que dans un milieu qui lui convient (richesse chimique, alimentation en eau, microclimat) ; l'ensemble des espèces végétales présentes reflète ainsi l'ensemble des conditions du milieu et en constitue un bon indicateur. Mais encore faut-il étalonner cet indicateur. À cette occasion, il faut écarter de l'analyse les milieux fortement perturbés (coupes importantes, trouées de chablis, etc.) dans lesquels une partie du groupement végétal reflète plus cette perturbation que les caractères édaphiques et climatiques du site. L'interprétation du cortège floristique est réalisée à partir d'analyses statistiques multivariables qui permettent de mettre en parallèle la présence de telle ou telle espèce et les divers caractères du milieu. Sont ainsi définis des groupes écologiques d'espèces qui seront utilisés comme éléments de diagnostic du milieu. Enfin, la notation de la situation topographique des diverses stations décrites permet, d'une part, de préciser le régime hydrique du sol et le microclimat et, d'autre part, de situer ces stations dans le paysage, ce qui facilitera ensuite leur cartographie.

Qu'est-ce qu'un " type de station forestière " ?

Un type de station forestière correspond à un regroupement de relevés (les " stations ") qui sont suffisamment homogènes quant à leur sol, leur groupement végétal et leur situation topographique, pour que le forestier puisse en attendre un comportement identique pour les essences qui y pousseront. Chacun de ces types de stations est ainsi caractérisé par une combinaison originale des facteurs topographiques, pédologiques et floristiques. La fiche d'identité du type de station décrit et traduit chacun de ces facteurs en termes de potentialité ou de contrainte pour sa mise en valeur forestière. Mais toutes les données de terrain nécessaires sont plus ou moins longues à acquérir et à interpréter. Pour faciliter les reconnaissances ultérieures, en particulier lors des travaux de cartographie, l'étude de typologie dégage, dans un deuxième temps, de cette relative complexité, les facteurs les plus simples qui permettent de différencier les types de stations les uns des autres. Ces derniers sont uniquement des caractères de diagnostic. Ils ne sont pas obligatoirement liés aux facteurs fondamentaux. Bien ordonnés, ils constituent la clé de détermination de ces types de station.

Les avantages des études régionales

Depuis une vingtaine d'années, les études de stations sont menées au niveau de régions naturelles présentant une homogénéité sur le plan du climat et des formations géologiques. Elles permettent d'avoir une vue d'ensemble des stations de ces zones et de les décrire de manière homogène. Mais surtout les résultats de ces études régionales constituent un langage commun à tous les forestiers de la région, qu'ils viennent de la forêt publique ou privée. Elles leur permettent de mettre en commun leurs expériences et d'en tirer le meilleur profit.

L'étude régionale présente également un intérêt économique. L'importance des surfaces forestières concernées permet en effet de recourir à des chargés d'études spécialisés et de disposer d'un budget en conséquence.

Il n'est pas souhaitable, pour autant, de travailler à l'échelle d'une région trop vaste (le Bassin parisien par exemple) car elle risque alors d'être trop hétérogène pour que l'on puisse extrapoler à tous les massifs de cette région des données sylvicoles acquises dans certains d'entre eux (comportement des essences, relations stations production, méthodes de régénération, etc.).

Les applications en gestion

Deux outils pour le gestionnaire : un catalogue et une carte des stations.

Le catalogue des stations forestières présente de manière complète et précise l'ensemble des fiches de caractérisation des types de stations qui ont été définis dans la région d'étude. En cela, il constitue un document de référence aussi bien pour décrire et cartographier les milieux forestiers que pour analyser le comportement des essences (croissance, production) et fixer les objectifs sylvicoles. La carte des stations forestières concrétise dans l'espace la typologie à l'échelle d'un massif forestier. Une telle carte est réalisée avec des densités d'observation et des méthodes d'échantillonnage adaptées aux conditions locales : le maillage est évidemment plus lâche dans une forêt de plaine à topographie monotone que dans une forêt de montagne à relief prononcé.

Les cartes de stations peuvent concerner tout un massif forestier ou bien être temporairement limitées à une partie de celui-ci (le " groupe de régénération " par exemple). L'utilisation des systèmes d'information géographique permet de compléter régulièrement ces documents cartographiques au fur et à mesure de leur réalisation. Il permet, à partir d'une base de données des paramètres édaphiques et floristiques notés lors de la campagne de cartographie, de produire des cartes thématiques : réserve en eau, nécessité d'assainissement, potentialités (stations propices au chêne sessile, aux feuillus précieux...) etc.

De la parcelle à l'unité de gestion pour des sylvicultures plus fines

Les parcelles forestières - unités de gestion traditionnelles - sont rarement homogènes sur le plan écologique.

Dans la mesure où la diversité des stations conduit à des interventions sylvicoles ou à des objectifs différents, le gestionnaire forestier est maintenant amené à affiner le découpage des parcelles en unités de gestion plus petites.

À chacune des unités ainsi retenues correspondent un objectif et une sylviculture adaptés.

Stations et production forestière

Le forestier est confronté en premier lieu au choix des essences les mieux adaptées. Mais il souhaite aussi connaître le niveau de production en volume et la qualité des produits qu'il peut espérer (moyennant par ailleurs une sylviculture adaptée).

Deux approches, complémentaires, sont envisageables. Elles concernent chaque essence prise individuellement.

La première démarche, dite autécologique, consiste à rechercher les liens entre un indice de fertilité (le plus souvent la hauteur à un âge donné) et les facteurs de croissance pris indépendamment les uns des autres. Cette démarche, analytique peut concerner une assez grande région. Elle permet de définir les facteurs discriminant au mieux les niveaux de fertilité, et de préciser les bornes des classes au sein de chacun de ces facteurs, ces classes n'étant valables que pour l'essence étudiée. Le forestier peut donc prévoir le comportement de cette essence en comparant son autécologie aux caractères des types de stations définis dans le catalogue.

Dans la deuxième démarche, l'indice de fertilité est calculé pour chacun des types de stations décrit préalablement. Ces résultats permettent de classer ces types les uns par rapport aux autres. Ce classement n'est bien sûr valable que pour la région de validité de la typologie ; il ne peut être envisagé de l'extrapoler à des régions voisines.


Trois articles sur d'autres rôles que peuvent jouer de bonnes pratiques sylvicoles.

FAVORISER LA BIODIVERSITÉ

Une notion complexe

La diversité biologique (ou biodiversité) englobe quatre niveaux d'organisation que le gestionnaire doit prendre en compte :

» la diversité génétique rassemble pour une espèce donnée l'ensemble des gènes, exprimés ou non. L'échelle pour le gestionnaire sera, au-delà de l'individu, le peuplement ou la population. Cette variabilité intraspécifique, garante de l'adaptabilité de l'espèce, conduit à se préoccuper tout autant des populations abondantes et interconnectées d'une espèce que des populations isolées ou à petits effectifs vivant en situation de marginalité vis-à-vis de l'aire de répartition ou vis-à-vis des conditions écologiques (par exemple population relictuelle ou espèce à aire disjointe) ;

» la diversité spécifique rassemble l'ensemble des espèces animales et végétales. Le nombre d'espèces d'un site donné dépend du nombre de niches écologiques et des capacités de colonisation des espèces potentielles ;

» la diversité des écosystèmes traduit le nombre d'entités fonctionnelles constituées par des assemblages de populations d'espèces animales et végétales. Ces écosystèmes abritent plus ou moins de niches écologiques et peuvent se trouver dégradés par la perte d'éléments constitutifs. La complexité et la stabilité de ces écosystèmes sont des attributs importants que l'on s'efforce de connaître. Les récents textes juridiques relatifs à la conservation de la nature prennent en compte ce niveau d'organisation, non plus seulement comme support à la vie d'espèces que l'on souhaite sauvegarder mais pour lui-même ;

» la diversité des écocomplexes rappelle enfin que les écosystèmes interagissent entre eux et que des mosaïques se créent. Au contact de ces écosystèmes, les lisères (ou écotones) représentent des interfaces particulièrement riches en espèces.

Favoriser la biodiversité par des sylvicultures adaptées, c'est prendre en compte ces niveaux d'organisation aux différentes échelles spatiales mais aussi leur évolution dans le temps. Cette évolution, plus ou moins rapide, est en général cyclique. Les écosystèmes évoluent naturellement vers des stades " climaciques ". Les grandes perturbations naturelles (incendies, inondations...) permettent de revenir sur des grandes surfaces (de l'ordre du km2) à des stades dits " régressifs ". Les microperturbations (chablis par exemple) introduisent quant à elles une variabilité sur de petites superficies (de l'ordre de l'ha). En Europe, l'aménagement de notre environnement a réduit considérablement les occurrences des grandes perturbations naturelles. D'autre part, la pression humaine qui maintenait sur certains milieux des stades régressifs, s'est relâchée, voire a disparu, laissant certains milieux évoluer vers le boisement : c'est par exemple le cas de pelouses calcicoles et de certains marais. Dans d'autres espaces, l'intensification des pratiques agricoles ou forestières a simplifié le milieu.

Ces différents niveaux d'organisation du vivant et le nécessaire maintien des dynamiques naturelles plaident pour une gestion globale et intégrée de la biodiversité sur l'ensemble des milieux et pas seulement dans quelques " espaces alibis " soigneusement préservés de toute intervention. La gestion se doit même de maintenir des stades d'évolution régressifs qui constituent un enjeu fort pour la conservation de la biodiversité.

Une biodiversité forestière menacée ?

En Europe tempérée, les milieux forestiers et associés représentent un part importante de la diversité biologique.

Les inventaires et analyses menés par les différentes institutions de conservation de la nature répertorient les différentes espèces particulièrement menacées de disparition. Au niveau mondial (source UICN, 1996), les espèces menacées liées aux habitats forestiers sont très nombreuses, la déforestation et la transformation des forêts primaires étant la cause première de cette perte de biodiversité. En Europe occidentale, les espèces actuellement menacées sont surtout liées aux milieux humides et aux espaces ouverts. Selon une étude sur le statut de conservation des oiseaux en Europe (BirdLife International, 1994), les boisements menacent plus d'espèces que les déboisements ou des pratiques sylvicoles jugées défavorables ! Est-ce à dire que nous avons déjà tout perdu ? Forêts vierges et espèces sauvages ? Ce serait caricatural et inexact. Certes, les grands prédateurs ont pratiquement disparu de notre pays : loup, lynx... Ceux-ci reviennent progressivement (avec un patrimoine génétique probablement appauvri).

Les besoins en bois pour le chauffage puis pour l'approvisionnement de l'industrie à partir de la révolution industrielle ont souvent conduit à choisir et à appliquer sur une longue durée un traitement en taillis. Ces ruptures historiques dans le maintien de vieux arbres ont fait disparaître de certains massifs des espèces aux exigences écologiques précises. Cette histoire des forêts du nord-est de la France expliquerait ainsi l'absence de certains insectes saproxylophages.

Ce bilan conforte le gestionnaire dans l'application du principe de précaution et rend nécessaire un suivi pérenne des éléments constitutifs de la diversité biologique, baromètre et système permanent d'alerte.

Des inventaires de plus en plus détaillés

Des inventaires des richesses patrimoniales sont réalisés ou réactualisés lors des révisions périodiques des aménagements forestiers. Scientifiques et naturalistes sont associés aux côtés des personnels forestiers. Les analyses du milieu naturel comportent une carte des stations, véritable synthèse des facteurs écologiques, mais elles prennent désormais en compte également les inventaires ZNIEFF et ZICO ainsi que ceux réalisés dans le cadre de la mise en œuvre de la directive " habitats ".

Pour la flore, les espèces protégées mais aussi les espèces menacées ou reconnues rares sont localisées. D'autre part, la carte des éléments naturels remarquables fait apparaître les arbres ou peuplements remarquables (situation exceptionnelle, diversité du cortège floristique, particularité de forme...). Les écotypes reconnus d'essences forestières (niveau intraspécifique) sont répertoriés. Pour la faune, les espèces protégées, menacées ou rares sont également inventoriées ou localisées. Les forêts reconnues comme des foyers de diversité biologique font l'objet d'études et de recherches particulières.

Préalablement à tout choix de gestion et de sylviculture, ces inventaires et études permettent de hiérarchiser les enjeux de conservation. La règle générale dans les forêts publiques est en effet de favoriser la biodiversité partout en adaptant les efforts et investissements aux enjeux.

Des règles sylvicoles générales en faveur de la biodiversité

Quels que soient les objectifs retenus et le type de sylviculture choisi pour une forêt, un ensemble de règles sylvicoles est partout appliqué, conformément à des instructions nationales. Il s'agit là de l'application concrète du principe de précaution.

» Le mélange des essences est recherché aux côtés d'une ou plusieurs essences principales dont le choix dépend des objectifs. Les espèces ou écotypes locaux sont ainsi conservés comme essences secondaires ou en petits peuplements.

» L'équilibre des diverses classes d'âge, outre ses nombreux avantages, notamment quant à la stabilité de la forêt et à son économie (répartition régulière dans le temps des récoltes et des travaux), évite l'apparition à l'échelle locale de " goulots d'étranglement " qui peuvent faire disparaître telle ou telle niche écologique et donc telle ou telle espèce.

» Le recours à la régénération naturelle dans toute la mesure du possible, en évitant tout acharnement sylvicole pour obtenir une régénération complète, permet de concilier préservation des ressources génétiques locales, maintien de petites ouvertures dans le peuplement et diminution des coûts de gestion.

» Le maintien d'arbres sénescents et d'arbres morts dans tous les peuplements compense pour partie la récolte de la majorité des arbres à un âge optimum d'exploitabilité qui tronque le cycle sylvigénétique complet. Les arbres morts ou sénescents constituent des abris et une source d'alimentation pour un ensemble d'êtres vivants (espèces cavernicoles, insectes, etc.). Un équilibre doit être trouvé avec les risques que ces pratiques peuvent faire courir en matière sanitaire et de sécurité du public et avec les inconvénients qu'elles peuvent présenter dans le domaine paysager. Ce sont parfois, lorsque l'enjeu le justifie, de petits peuplements entiers (" îlots de vieillissement ") qui sont maintenus sur pied jusqu'à un âge très avancé pour enrichir biologiquement la forêt (et parfois aussi les paysages).

» Les écotones jouent un rôle important dans la richesse globale d'un massif. De leur présence et de leur développement dépend l'existence et le maintien de certaines espèces. Des sylvicultures spéciales sont recommandées notamment en bordure de cours d'eau ou de zones humides.

Des gestions et des sylvicultures particulières

Les inventaires peuvent faire apparaître des éléments naturels remarquables. Cette présence peut conduire à appliquer sur certaines zones une gestion particulière. Selon la superficie plus ou moins étendue, l'aménagement forestier distinguera un " site " ou une " série d'intérêt écologique particulier ". Certaines séries peuvent, lorsque leur intérêt est grand, être érigées en réserves biologiques dirigées. Bénéficiant d'un comité scientifique, ces réserves sont des lieux d'expérimentation privilégiés pour accroître nos capacités d'ingénierie écologique.

Les résultats obtenus peuvent bénéficier à l'ensemble des espaces analogues.

Parallèlement à ces éléments remarquables par un type de rareté, la typicité de certains milieux forestiers et le manque de connaissances fines sur la dynamique de ces écosystèmes, nous amènent à créer des réserves biologiques intégrales où les processus évolutifs peuvent se développer en dehors de toute intervention sylvicole. Ce réseau en cours de constitution visera à terme tous les types d'habitats forestiers courants. Ces deux réseaux de réserves couvrent actuellement une superficie voisine de celle du réseau des réserves naturelles (140 000 ha pour 150 réserves). Enfin des directives nationales ou régionales précisent les règles particulières de gestion à mettre en œuvre au profit de certaines espèces menacées. Ainsi, après des études fines d'autécologie, le grand tétras bénéficie de sylvicultures spécialement adaptées à ses exigences. D'autres directives sont en préparation en faveur d'autres espèces ou d'autres milieux (if, habitats prioritaires de la directive 92/43) mais elles ne peuvent être établies qu'après des études fines car le fonctionnement des écosystèmes est complexe.

Pour prendre toujours mieux en compte l'objectif général de maintien de la biodiversité dans les forêts relevant du régime forestier, les sylvicultures se sont d'une part enrichies de dispositions nouvelles et d'autre part diversifiées. Dans des cas particuliers, ces sylvicultures sont désormais orientées vers la restauration de la biodiversité. La palette des pratiques évolue sans cesse vers une finesse accrue de perception et de gestion.


Jacques Trouvilliez

Chef du département " Forêt et environnement "




LES ACTIONS SYLVICOLES, DES OUTILS POUR CONTRIBUER À LA RESTAURATION D'UN ÉQUILIBRE FAUNE/FLORE

Depuis une vingtaine d'années le développement des populations de cervidés en France est spectaculaire. Ainsi, en 15 ans, il a été possible de multiplier les prélèvements de la chasse par 2 pour le cerf et par 4,5 pour le chevreuil. Ces augmentations des effectifs, constatées partout sur le territoire national, sont le résultat de la mise en œuvre du plan de chasse d'une part et de l'action des sylviculteurs d'autre part. En effet, le plan de chasse, en instaurant un prélèvement avec une fourchette minimale/maximale par espèce, par saison et par territoire, a permis de mettre en place une gestion raisonnée de ces espèces propice à leur développement. De même, le sylviculteur a progressivement façonné un milieu de plus en plus favorable aux animaux, notamment grâce à une augmentation sensible du rythme des travaux de renouvellement des peuplements forestiers.

Ce développement des populations de cervidés répond généralement aux objectifs de la gestion forestière qui intègre la satisfaction des divers usagers de la forêt (chasseurs, naturalistes, promeneurs...), mais il suscite des difficultés nouvelles pour les sylviculteurs. En effet, les grands herbivores, en s'alimentant principalement dans les parcelles de jeunesse, occasionnent de plus en plus souvent des dégâts aux essences forestières au point parfois de compromettre gravement l'avenir des peuplements forestiers et ainsi la gestion durable de l'écosystème.

Comme il l'a fait, dans un passé plus ou moins récent, pour accompagner le développement des connaissances dans le domaine des stations forestières et de l'écologie des essences, ou pour mieux intégrer de nouveaux objectifs en matière de biodiversité ou de paysage, le forestier se trouve souvent conduit à faire évoluer les pratiques sylvicoles.

Même si ce champ d'investigation récent fait encore l'objet de recherches communes de la part de l'Office national de la chasse, du Cemagref et de l'Office National des Forêts, des techniques sylvicoles adaptées existent déjà et sont de plus en plus souvent mises en œuvre par les gestionnaires afin d'accroître la capacité d'accueil de la forêt.

D'une manière générale, toute intervention dans un peuplement forestier, quel que soit son âge, qui favorise la pénétration de la lumière dans le sous-bois est favorable au grand gibier. En pratiquant des éclaircies plus fortes dans les peuplements adultes, sans porter atteinte à leur stabilité, le sylviculteur favorise l'apparition d'une végétation basse, recherchée des cervidés, dans des peuplements où souvent ceux-ci ne trouvaient pas de nourriture. Même si l'effet bénéfique pour la faune de chacune des éclaircies est peu durable, leur répétition dans le temps et dans l'espace à l'échelle d'un massif est toujours très positive. Cette nourriture supplémentaire, certes peu abondante mais bien répartie, permet d'éviter une surconcentration des animaux dans les seules parcelles ouvertes en régénération et contribue ainsi, à niveau de population égal, à limiter l'apparition de dégâts et donc à restaurer un " équilibre faune/flore ". Dans le même ordre d'idée, la pratique de dépressages énergiques et précoces, associée à la mise en place systématique de cloisonnements sylvicoles, prolonge un peu plus dans le temps la qualité nutritionnelle des jeunes peuplements forestiers issus des régénérations.

Il est également possible d'agir au niveau des parcelles en régénération, qui sont généralement les plus vulnérables. La technique la plus utilisée consiste à favoriser l'acquisition et le développement d'une végétation arborée et arbustive d'accompagnement qui " engaine " les plants ou les semis. La diversité floristique de ces zones, permettant alors aux animaux d'exercer pleinement leur sélection alimentaire, ainsi que l'abondance de la nourriture offerte réduisent très sensiblement les risques de dégâts. Il convient donc de pratiquer dans ces parcelles des entretiens fréquents, peu coûteux et respectueux de la diversité naturelle du milieu, afin d'éviter l'étouffement de la régénération. Une autre technique, actuellement moins utilisée mais néanmoins efficace, mérite d'être signalée. Il s'agit, dans les parcelles envahies par des tapis de graminées, où le développement de la régénération est également souvent perturbé, et qui par ailleurs ne sont pas très appétentes pour les cervidés, de provoquer, par l'emploi raisonné de phytocides, une modification de la flore et ainsi d'installer une végétation arbustive et herbacée diversifiée plus attractive pour les animaux.

Au-delà des programmes scientifiques en cours sur ce sujet et qui visent à préciser l'impact réel de la mise en œuvre de telle ou telle technique vis-à-vis de la faune, l'adaptation de nos pratiques sylvicoles à la présence d'une faune plus abondante est le plus souvent une affaire de bon sens. Elle implique que le sylviculteur s'interroge systématiquement avant d'agir sur les conséquences de ses interventions à la fois pour le peuplement forestier et pour les populations animales. Sa réflexion ne doit pas se limiter aux arbres et aux grands animaux, mais englober l'ensemble des espèces végétales et animales susceptibles de vivre ensemble, avec une attention particulière pour celles qui sont rares et menacées de disparition. Il convient enfin de remarquer que, quels que soient les efforts du sylviculteur et le progrès des techniques pour accroître la capacité d'accueil des forêts, celle-ci restera limitée ; les populations de grands herbivores devront être régulées par l'action de l'homme. Ainsi, le plan de chasse restera toujours l'un des principaux outils du gestionnaire ; mais parallèlement, les sylvicultures pratiquées seront également déterminantes dans la recherche et la restauration d'un équilibre faune/flore.


Benoît Guibert

Département " Forêt et environnement "




LES SYLVICULTURES AU SERVICE DES PAYSAGES

La place que les publics accordent au paysage est de plus en plus importante, même si certains préfèrent encore l'évoquer en terme d'écologie, craignant à tort que la revendication du paysage ne soit pas considérée comme sérieuse. Quoi qu'il en soit, cet intérêt croissant pour le cadre de vie de tous les jours, mais aussi pour le cadre de vie " à la campagne " tel que bien des citadins l'imaginent (plus de 80 % de la population française vit en milieu urbain), se répercute sur l'aménagement de l'espace et sur les actions menées en forêt.

Cette demande sociale se manifeste diversement selon les forêts et selon les publics ; mais d'une manière générale, nos concitoyens souhaitent que les modifications apportées au milieu forestier soient discrètes et ne perturbent pas l'idée qu'ils se font de la nature.

La carte des paysages remarquables et des sensibilités paysagères Pour une meilleure prise en compte de la sensibilité paysagère dans la gestion forestière, le manuel d'aménagement forestier prescrit, depuis 1993, l'élaboration d'une carte des paysages remarquables et des sensibilités paysagères pour chaque forêt, à l'occasion de chaque révision de l'aménagement forestier.

Cette carte est la synthèse de :

» la carte sur laquelle figurent tous les sites et tous les éléments visuellement remarquables à l'intérieur de la forêt et à sa proximité (arbres remarquables, rochers, ruines, cascades, etc.). Sur cette carte figurent également les " points noirs " le cas échéant ;

» la carte des zones visibles à partir d'un certain nombre de points de vision privilégiés, déterminés d'un commun accord avec les autres acteurs locaux et l'ensemble des intéressés (associations, municipalités, administrations) ;

» la carte de la fréquentation du public, tant dynamique (routes, voies ferrées, sentiers) que statique (aires d'accueil, sites remarquables...).

Cette carte de paysages remarquables et des sensibilités paysagères fournit une analyse précieuse du niveau de sensibilité des différentes parties de la forêt et de ses abords.

Elle va aider le gestionnaire forestier, à l'écoute des publics, à définir les objectifs de la gestion pour chaque zone, à peser les enjeux et à adapter en conséquence les programmes et les modalités des interventions sylvicoles.

Les principes généraux de la prise en compte du paysage dans les sylvicultures

La forêt étant considérée par la plupart de nos concitoyens comme un milieu naturel par excellence, les actions forestières doivent s'intégrer visuellement et écologiquement le mieux possible dans le paysage, afin d'éviter des réactions de rejet souvent dues à l'incompréhension de l'action du forestier. " Aller dans le sens du naturel " ne consiste pas à cacher les opérations sylvicoles, mais à permettre la découverte progressive du paysage forestier par un observateur, en stimulant sa curiosité et en lui laissant le temps d'assimiler les informations " données " par le milieu.

Vouloir limiter l'impact visuel des opérations sylvicoles ne signifie pas a priori qu'il faut diminuer les superficies des zones d'intervention.

Le gestionnaire doit respecter l'échelle visuelle du paysage et adapter les superficies à traiter, notamment en fonction des données figurant sur la carte des paysages remarquables et des sensibilités paysagères : les superficies seront d'autant plus limitées que le site est perceptible de près. Simultanément, le gestionnaire doit adapter les formes des zones d'intervention de manière à éviter l'apparition ou l'accentuation de lignes droites, notamment lorsque celles-ci sont très longues ou placées de manière à " contrarier " les lignes naturelles du paysage (relief...).

La diversité des paysages est dans tous les cas à rechercher. Il peut alors s'agir du maintien de la diversité visuelle ou de la création d'une diversité permettant de mettre en valeur d'une part les potentialités paysagères, d'autre part les paysages remarquables. À cet égard il faut insister sur le fait qu'il convient systématiquement de prendre en compte le caractère propre du milieu, et de respecter " l'esprit des lieux ".

Dans la recherche de la mise en valeur des paysages, il est primordial d'adapter les efforts aux enjeux tels qu'ils ressortent de l'interprétation de la carte des paysages remarquables et des sensibilités paysagères. Ainsi, dans les sites remarquables, selon les espèces et l'intérêt paysager particulier, le traitement sylvicole peut être fondamentalement modifié.

Mais le plus souvent il suffit, dans tous les traitements sylvicoles, de respecter certaines précautions générales, ou de mettre en œuvre certaines techniques spécifiques à objectif paysager.

Les techniques sylvicoles spécifiques et les précautions générales en faveur du paysage

Les techniques sylvicoles spécifiques concernent tout particulièrement le mélange d'essences, la régénération, le traitement des lisières et les éclaircies.

Le mélange d'essences

Si le choix des essences est basé sur les données locales, leur répartition peut avoir un impact visuel important.

Partant du principe qu'il faut éviter une monotonie visuelle, les " monocultures " comme les mélanges intimes par pieds d'arbres ne sont pas satisfaisants, tout comme les mélanges systématiques par lignes, en " damiers ".... Puisqu'il est également conseillé d'éviter des effets visuels de " mitage ", les mélanges seront préférentiellement faits par " bouquets " ou par " parquets " (grands bouquets) de forme et de superficie adaptés à l'échelle visuelle du paysage et aux données issues de la carte des paysages remarquables et des sensibilités paysagères. Des zones de superficie très inégales peuvent se côtoyer avantageusement. Ces mélanges peuvent être réalisés au moment de la régénération en introduisant des essences d'accompagnement dès la plantation, ou en permettant le développement d'une végétation d'accompagnement spontanée (qui doit être gérée par la suite !) dans la zone plantée ou régénérée naturellement.

Il est encore possible de conserver des plages des peuplements présents au sein des zones plantées ou régénérées naturellement.

Une combinaison de ces techniques peut être retenue en fonction des enjeux.

La régénération

L'impact visuel des opérations de régénération peut être réduit, d'une part en faisant durer davantage la régénération d'un peuplement, d'autre part en choisissant judicieusement la répartition spatiale, les contours et les dimensions des zones d'intervention.

Le traitement des lisières

Tout en permettant la perception des peuplements dont elles forment les limites, afin d'éviter tout effet d'écran visuel, les lisières seront de préférence diversifiées tant dans leur composition que dans leur aspect.

Cette diversification peut être obtenue aussi bien par un mélange de classes d'âges et d'essences différentes que par la densité de la végétation.

Cette densité peut, dans le cadre de la régénération artificielle, être ramenée en lisière à 25 ou 50 % de la densité normale de la plantation.

Dans des peuplements d'origine artificielle existants, la densité en lisière peut être également ramenée à ce taux par une éclaircie sélective forte.

Dans les régénérations naturelles, on peut procéder à un dépressage très énergique en lisière pour créer une transition douce entre le jeune peuplement et son environnement non boisé : on évite ainsi l'apparition d'un " mur végétal ".

L'apparition de lisières à l'aspect " hostile " au moment de la coupe rase d'un peuplement mettant à jour un peuplement voisin, peut être évitée si les enjeux le justifient : dans les zones visuellement très exposées, on peut procéder à la " préparation " d'une lisière quelques années avant l'exploitation ; il convient pour cela d'exploiter une bande de faible largeur entre le peuplement à exploiter et le peuplement à maintenir et d'y favoriser le développement d'une végétation spontanée, éventuellement enrichie de manière artificielle. Lorsque ce nouveau peuplement aura atteint une hauteur jugée suffisante (entre 3 et 5 m), la coupe rase envisagée pourra être réalisée. Une nouvelle lisière sera alors en place. Il est conseillé de faire en sorte que cette lisière comporte des essences présentes dans le peuplement ainsi protégé, pour éviter qu'elle ne fasse l'effet d'un écran de camouflage.

Les éclaircies

Il est recommandé, dans les zones les plus sensibles visuellement, de réaliser simultanément les éclaircies systématiques et les éclaircies sélectives pour éviter l'apparition d'effets de contraste forts. En effet, le " zébrage " de l'espace donne un caractère particulièrement artificiel aux peuplements.

Dans certains peuplements monospécifiques, très exposés à la vue, il peut être envisagé - si les enjeux le justifient - de réaliser des éclaircies plus fortes à certains endroits, sur des superficies en rapport avec l'échelle du paysage, afin de favoriser une certaine diversité. Des actions sylvicoles pour la mise en valeur des potentialités paysagères

Ces actions portent essentiellement sur deux points :

» les points forts ou potentiellement forts du paysage ;

» les points noirs.

L'exaltation des points forts ou potentiellement forts du paysage concerne les éléments d'origine naturelle ou artificielle en forêt et à sa proximité immédiate. Il s'agit alors non seulement de permettre l'observation de ces éléments dans les meilleures conditions (visibilité, accès), mais aussi de garantir un caractère durable et stable de l'aspect des peuplements, notamment par un traitement sylvicole approprié.

Il peut être utile aussi de créer des ouvertures dans les peuplements afin de permettre des visions panoramiques ou, au contraire de favoriser des visions focalisées, souvent orientées vers des éléments ponctuels tels que châteaux, rochers... Lorsque ces ouvertures se ferment naturellement ou à la suite de plantations, d'autres peuvent être ouvertes.

Certains axes routiers traversant des forêts peuvent bénéficier d'actions sylvicoles spécifiques en faveur du paysage. Elles peuvent consister en un traitement des lisières visant à diversifier la perception de la forêt. On peut alors agir simultanément sur le dessin de la lisière et sur son aspect en diminuant par places la densité des peuplements, et en favorisant un mélange d'essences d'âges différents.

Le traitement des points noirs consiste d'abord à essayer de les supprimer, et, si c'est impossible, à minimiser leur impact visuel.

Il existe différentes catégories de points noirs paysagers :

» les points noirs qui peuvent être supprimés (dépôts divers...) ;

» les points noirs provoqués par des éléments dont le forestier ne maîtrise pas la présence (infrastructures linéaires, lieux d'extraction de matériaux, constructions diverses...) ;

» les points noirs (souvent temporaires) provoqués par des actions humaines sur le milieu forestier (certaines coupes, création de pistes...).

Certains équipements linéaires, dont l'intégration n'a pas été convenablement étudiée en temps utile et qui sont considérés comme points noirs, peuvent faire l'objet de travaux de réaménagement notamment au niveau de la zone de contact " forêt-équipement ", afin de les intégrer au mieux dans le paysage.

Il s'agira alors souvent d'un compromis...

Parmi l'ensemble des points noirs, ce sont ceux qui résultent d'interventions en forêt qui suscitent les critiques les plus vives.

C'est alors souvent le fractionnement judicieux des zones d'intervention et un soin particulier apporté aux travaux, ainsi que le choix du traitement sylvicole le plus approprié, qui permettent d'éviter des traumatismes.

Chaque cas est unique

Une très grande majorité des forestiers adhère désormais à l'idée que la prise en compte du paysage dans l'aménagement et la gestion de la forêt est bien un objectif et un enrichissement nécessaire à la démarche pour une gestion durable.

Il n'en reste pas moins vrai que beaucoup auraient aimé disposer de quelques recettes... Or, les recettes dans le domaine du paysage n'existent pas. Chaque cas est unique et doit être traité comme tel.

La carte des paysages remarquables et des sensibilités paysagères permet d'adapter les efforts à fournir aux enjeux. La prise en compte du paysage ne sera jamais absente, même si les enjeux sont estimés faibles.

Cette carte est donc la base de tout projet ponctuel que le forestier sera amené à réaliser seul ou avec le concours de personnes plus particulièrement spécialisées dans le domaine du paysage.

Dans un tel projet, les principes généraux de la prise en compte du paysage (respect de l'échelle visuelle, respect de l'esprit des lieux et de la diversité...) seront confrontés aux spécificités locales. Cette confrontation permettra d'arrêter les mesures à prendre et les techniques à mettre en œuvre en faveur du paysage afin de mettre en valeur les points forts du paysage forestier et d'en prévoir la gestion dans le temps.

La seule réalisation de projets et leur bonne mise en œuvre ne sont cependant pas suffisants. Il est indispensable d'associer un public le plus large possible et de lui expliquer les raisons des choix retenus et les actions projetées. Dans cette démarche, le forestier doit affiner ses connaissances de la demande sociale - ne serait-ce qu'au niveau local - et contribuer ainsi au maintien et à l'amélioration du cadre de vie des générations futures.


Peter Breman

Département " Forêt et environnement "




Pour une gestion écologique des forêts européennes :
http://www.inra.fr/dpenv/carbic29.htm

Évaluation des peuplements forestiers :
http://www.engref.fr/coursenligne/Économie/Economie.html

Un portail dans les domaines Agriculture - Sylviculture - Pêche :
http://europa.eu.int/publications/fr/h.htm

http://www.onf.fr/doc/bt/sylviculture.htm

http://www.onf.fr/foret/dossier/sylviculture/

http://www.mediaforest.net/francais/espace_foret/
(pin des landes)

http://www.foretpriveefrancaise.com

http://www.arbocentre.asso.fr/Gp/Arbrebois/sylviculture/


QU'EST-CE QU'UNE STATION FORESTIÈRE ?:
http://www.bretagne-environnement.org/article/qu-est-ce-qu-une-station-forestiere-

Foresterie en zones arides - Guide à l'intention des techniciens de terrain :
http://www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/T0122F/t0122f0e.htm

Aménagement des forêts naturelles des zones tropicales sèches :
http://www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/W4442F/w4442f08.htm

Les techniques d'amélioration des sols par BRF (Bois Raméaux Fragmentés) :
http://www.sbf.ulaval.ca/brf/brf_afrique_98.pdf

Dans : http://www.sbf.ulaval.ca/brf/default.htm

Du bois mort pour des forêts vivantes... :
http://www.tela-botanica.org/actu/article236.html

Traité de photologie forestière : http://www.photologie.net/

Le matériau " bois " :
http://passion.bois.fr/le%20materiau%20bois/index_materiau_bois.htm

Systèmes sylvicoles de substitution d'Itcha-Ilgachuz (Sylviculture "adaptée" à la conservation des lichens terrestres et corticoles dans les plantations de pins tortueux (Pinus contorta), par la même occasion des caribous qui s'en nourrissent... Cela écrit et une fois lu, ça laisse rêveur !)
http://www.pfc.forestry.ca/ecology/ferns/itcha/index_f.html






[ Corrélats : Paysages / Régulations / Biodiversité / Dynamique des écosystèmes / ...]

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